LA RÉVOLUTION A G KM VI. ET LES GU1LLERM1NS
Il était dit encore : « Nous promettons que les desiderata relatifs à l'Eglise, à l'ébranlement de la discipline publique, à la négligence des pauvres, aux écoles, et autres choses, s'il y a lieu, seront pris par nous en considération, avec autant de foi, de vigilance, et de zèle qu'il est en nous1. »
On comprend que si Farci avait désiré une condamnation plus sévère, que si Calvin lui-même trouvait encore à redire à certaines expressions1, notre Réformateur se soit en définitive tenu pour très satisfait, et n'ait pas hésité à écrire au bas du document : « Je déclare accéder à cet accord '. o
Alors il se passa ce qui s'était passé à propos de Caroli. Calvin avait été sévère, vif contre lui; mais la réconciliation conclue, personne ne voulut lui être plus fidèle.
Ici encore, Calvin dépose toute animosité , et l'accord le remplit d'espoir: a Je commence à espérer de cette concorde, telle qu'elle est, plus de bien qu'auparavant.... Je conçois quelque espoir d'une plus ferme constance.... Et déjà, nous avons en partie obtenu ce que tout d'abord nous avons toujours cherché, à savoir que ces si tristes divisions entre frères, qui déchiraient complètement les Eglises, soient apaisées. Nous ne rendrons donc jamais assez grâce au Seigneur, qui, dans sa bénignité, surpasse ainsi notre espérance i. »
Tous les Réformateurs et leurs amis se mettent à l'œuvre: Fabri\ Viret, Farel6. Et Calvin écrit à l'Eglise de Genève son épître 7 du 25 juin, qui clôt
1. C'est la condamnation de tout le système de Cornélius qui, en effet, s'insurge contre le texte, le trouve injuste et partial. D'après lui, ces défauts, ces lacunes étaient la faute des temps, et on aurait dû mettre quelques mots d'excuse en faveur des prédicants! — 2. « Mihi non omnino probabantur. » Opéra, Xb, p. 338. Herminjard, V, p. 290. — 3. Les éditeurs des Opéra estiment que la signature de Calvin ne saurait être antérieure à 1541. Opéra, XI, p. 360. Mais, avec M. Herminjard (V, p. 246, n. 11), nous pensons qu'elle doit remonter à 1539. — Il y a une assez curieuse différence de sentiment à noter entre Farel et Calvin. C'est Farel qui se réjouit le moins de la réconciliation, c'est Calvin qui s'en réjouit le plus. Le 16 avril 1540, Farel écrit à Calvin : « Au sujet de Genève, je n'ai pas des nouvelles sûres.... Comme les péchés ne sont pas confessés et ne déplaisent pas, et que Dieu n'est pas invoqué, je ne sais ce que je dois espérer. » (Herminjard, VI, p. 210.) Vers le 13 mai, Calvin lui répond: « La nouvelle m'a été très agréable (perjucundus) de cette fin, quelle qu'elle soit, mise à ces discordes et à ces divisions. J'ai toujours pensé qu'on ne pouvait rien attendre de bon pour cette malheureuse ville, tant qu'elle souffrirait de cette fatale maladie. J'aurais seulement désiré qu'ils se fussent unis dans le Seigneur.... Je ne les vois pas encore regarder au Seigneur, comme il aurait fallu.... C'est cependant quelque chose, qu'ils aient commencé à être un peu guérissables, bien qu'ils ne soient pas encore guéris. » (End., p. 216.) — 4. Fin avril 1539. Herminjard, V, p. 289, 290. — .">. Fabri à Calvin, il avril 1539 : « Viret a prêché deux ou trois fois.... J'ai conféré avec les ministres de la restauration de ce qui est si misérablement en ruines, mais j'espère peu que cette blessure si grave soit guérie par ceux qui en sont (comme on le croit) les auteurs. > Opéra, X*>, p. 336. Herminjard, V, p. 283. — 6. Opéra, X*, p. 332- Herminjard, V, p. 276. — 7. Fin mars 1539, Capiton avait écrit aux pasteurs de Genève une lettre, dont on a le manuscrit, corrigé par Calvin. On voit donc ce que celui-ci n'avait pas d'objection à laisser dire. Il remplace le mot frères vénérés (observandi) par celui de frères bien-aimés \dilecti), et il laisse sans rature cette phrase : « Si vous pensez, car chacun a son opinion, qu'ils [les exilés] ont en quelque manière offensé et brisé par trop de sévérité ceux qu'ils auraient pu fléchir par une douceur continue.... > Herminjard, V, p. 272.
cette période: « Rien, bien-aimés frères, ne m'a causé plus de tristesse, après les troubles qui avaient si misérablement dissipé et presque renversé votre Eglise, que la nouvelle de vos querelles et de vos disputes avec les ministres qui nous ont succédé. Bien que le désordre (prœposteritas), qui avait accompagné leur première arrivée et qui subsistait toujours, ait pu, à juste titre, nous offenser, je ne puis sans une grande et intime horreur entendre qu'il y a quelque schisme dans l'Eglise, quelle qu'en soit l'occasion.... Espérant un fruit certain de cette conciliation, j'ai été facilement amené à m'y joindre.... Quoiqu'il en fût, je jugeais que cette occasion si désirée (optatissima) et très opportune était offerte par le Seio-neur pour rétablir notre Eglise. Mais maintenant, au moment où j'apprends, contre cette mienne attente, que cette réconciliation entre vos pasteurs et les Eglises voisines [du territoire bernois], réconciliation approuvée même par Farel et par moi, n'a pas été suffisante pour vous unir par une sincère amitié (sincero amicitiœ affectu) et par le lien d'une légitime liaison à vos pasteurs, auxquels le soin de vos âmes est confié, — ; j'ai été contraint de prendre la plume, pour apporter, autant qu'il est en moi, le remède à ce mal. » Il faut considérer avant tout la charge, la dignité pastorale. Les pasteurs sont les « pères » du troupeau, les « anges » de Dieu. Il faut les honorer comme tels. « Cela ne veut pas dire que vous perdiez le droit... de soumettre à votre examen tous les pasteurs, pour discerner les bons et les mauvais, et pour réprimer ceux qui, sous le masque pastoral, trahissent la rapacité des loups. Je veux seulement ceci que, vis-à-vis de ceux qui remplissent en quelque façon (aliquatenus) la charge des pasteurs, de telle sorte qu'ils sont tolérables, vous vous comportiez chrétiennement, et que vous soyez plus préoccupés de ce qui est dû par vous aux autres, que de ce que les autres vous doivent à vous *. »
Ainsi, sans se rétracter, Calvin pacifie. Avec quel art, dirais-je, s'il ne fallait dire avec quelle piété ! — Le bannissement reste détestable, satanique : « Le changement qui a été opéré par notre départ doit être attribué à un artifice du diable. » Mais précisément, dans la mesure où il accuse Satan, Calvin excuse en quelque mesure ceux qui lui ont seulement servi d'instrument. Le mal est flétri d'autant plus que les hommes sont plus pardonnes. Et à son tour Satan lui-même n'est qu'un instrument du Très-Haut. « Nous vous avons toujours avertis de voir dans le renversement de cette Eglise une Visitation du Seigneur, nécessaire pour vous et pour nous, et de ne pas accorder autant d'importance aux méchants, aux instruments de Satan, qu'à vos propres péchés, qui méritaient une peine, non pas plus légère, mais de beaucoup plus grave. » Qu'ils s'humilient donc ; qu'ils rendent même grâce à Dieu pour « ce bienfait, par lequel il a empêché que l'édifice de l'Eglise fût complètement ruiné parmi eux2. »
Calvin ne craint pas même d'aborder la question délicate de la dignité de ses successeurs. On sait comment il les a traités dans un premier mouvement d'irritation. Eh bien, ici encore, sans rétracter ce que son indignation avait de légitime,