‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 5)Chapitre 11 sur 166 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Renée de France et sa cour.

I. Renée de France. — II. Les miniatures de son livre d'Heures. — III. Hercule d'Esté. — IV. La cour de Renée. — V. Sentiments français. — VI. Sentiments évangéliques. — VII. La manifestation Jehannet.

— Vin. L'interrogatoire. — IX. L'évasion. — X. Calvin et Renée. — XI. L'aumônier. — XII. Francisca.

— XIII. Fin lugubre.

Ri; S ENTONS-NO US à la maîtresse du château et du duché de Ferrare, à Renée de France. Comme Français, nous pouvons compter sur l'accueil le plus cordial.

Les auteurs, sages et prudents, qui s'appellent les frères Haag, ont écrit : « Renée de France fut, de l'aveu de tous les historiens, une des femmes du XVIe siècle les plus remarquables par les brillantes qualités de son esprit et la noblesse de son caractère. La nature ne l'avait point favorisée du côté des avantages extérieurs; mais elle l'avait douée d'une âme grande et énergique, d'un jugement sain et éclairé, d'un cœur généreux et ami de la justice. Dès son enfance, la jeune Renée montra pour les lettres l et les sciences une inclination, qui lui avait été transmise par le roi Louis XII et la reine Anne de Bretagne, ses parents, et qui se fortifia encore à la cour de François Ier, par l'intimité de ses relations avec Marguerite de Navarre. Elle apprit le grec, le latin, les mathématiques, l'astrologie même, pour se conformer au goût du temps, et fit dans toutes ces sciences2 de remarquables progrès3. » « C'étoit, dit Brantôme, une fort bonne et habille princesse, car elle avoit ung des bons espritz et subtilz qui estoit possible. Elle

1. Elle aurait reçu les enseignements de Le Fèvre d'Etaples. (Rodocanachi, p. io.i — 2. Elle savait tout, sauf l'orthographe. Elle écrit : « J'ai ressu par le porteur la laictre qui a plu par Iuy me escripre, ensemple l'avis dedens. •> (Rodocanachi, p. 14.) — :i. France protestante (ire édit.), VIII, p. 41t.

avoit fort estudié, et l'ay veue fort sçavante discourir fort hautement et gravement de toutes sciences, jusques à l'astrologie et la congnoissance des astres1. » Au lieu de force détails minutieux sur sa jeunesse, consacrons quelques instants à la contempler elle-même, je veux dire ses portraits. Jules Bonnet, qui avait voué non seulement ses études, mais presque son culte, à la duchesse de Ferrare, décrit ainsi le portrait peint par Clouet2: « Les portraits authentiques de cette princesse sont d'une extrême rareté. J'ai vainement cherché son image en Italie, et le portrait si défectueux conservé à Versailles n'est pas fait pour consoler de ce mécompte. Heureusement il existe au Louvre deux crayons très remarquables du XVIe siècle, dont l'un représente Renée dans toute la grâce de l'adolescence, l'autre dans l'épanouissement de la jeunesse, voisin de la maturité. Mais il y a loin de l'esquisse tracée par une main habile à l'œuvre parfaite, admirable, d'un artiste consommé dans son art. On connaît les rares qualités qui distinguent François Clouet, le peintre en titre de la cour des Valois : pureté du dessin, charme du coloris, naïveté, finesse, élégance. Les portraits de Henri II, de Charles IX et d'Elisabeth d'Autriche, que l'on voit au Louvre, sont des chefsd'œuvre. On en peut dire autant de celui de la duchesse de Ferrare. Elle est représentée de face, dans le beau costume du temps, qui rehausse la grâce naturelle, en robe de velours noir à manches bouillonnées, ses blonds cheveux, relevés sous un voile, retombant à longs plis en arrière, un riche collier descendant sur sa poitrine à demi découverte. Son front pur atteste les dons de l'esprit, unis à ceux du cœur le plus généreux. Les yeux, d'une rare beauté, sont limpides et parlants. La bouche fine semble hésiter entre le sourire et la mélancolie. Les joues, faiblement colorées, présentent ces ombres légères et ces teintes merveilleusement fondues, qui sont la perfection du pinceau. Il y a comme un rayonnement calme et doux autour de cette figure, quand on l'a contemplée quelques instants. C'est une beauté de l'âme, une splendeur toute morale qui s'en détache. Brantôme ne l'exprimait-il pas à sa manière dans ces lignes, qui sont aussi un portrait : « Bref, ceste princesse estoit bien fille de France, vraye en bonté et charité. Elle avoit aussi le cœur fort grand et haut. Je luy ay veue en Italie, et à la court, garder aussi bien son rang qu'il estoit possible, et encore qu'elle aparust n'avoir pas l'apparence extérieure tant grande, à cause de la gasture de son corps, si est ce qu'elle en avoit beaucoup en sa majesté, monstrant bien en sa grandeur et en son visage royal, et en sa parade qu'elle estoit bien fille de roy et de France :!. » Telle on aime à se la représenter dans cette cour de Ferrare, alors si célèbre, accueillant Calvin, protégeant Clément Marot, qui payait son hospitalité par ces vers charmants :

Les oyselletz des champs en leurs langages. Vont saluant les buyssons et boscages

1. Brantôme, VIII, des Dames, édit. L. Lalanne, p. 10S. — 2. Ce portrait, représentant, selon J. Bonnet, la duchesse « pendant les premières années de son séjour à Ferrare, » appartenait à ce moment à un amateur aussi éclairé que généreux. M. Charles Haas. — .!. Brantôme, Ibid., p. 113.

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