FAREL, 1. EVANGELISTE DE LA SI ISSE ROMANDE
les lignes suivantes, où des sentiments assez contraires luttent ensemble: « Combattez avec constance, mais avec ordre et sans trouble, pour voir si ces betes insolentes seront attirées par la douceur, et seront retenues par un nœud solide. Il faut combattre avec des raisons qui ont la force de l'Ecriture, mais qui respirent
Le cloître, (p. 164)
toute la modestie de Christ '. » Aussi il sait écouter, sans se fâcher, les critiques de son ami Œcolampade : « Plus tu es porté à la violence, plus tu dois t'exercer à la douceur et dompter la magnanimité du lion par la modestie de la colombe. 11 faut conduire, non tirer, les hommes 2. » — « Avec ta permission, je te dirai, comme un ami et comme un frère à un frère, que tu ne semblés pas te souvenir toujours de ta charge. Tu as été envoyé pour évangéliser et non pour maudire 3.... Il ne suffit pas que tu sois doux aux amis de la Parole: aie soin d'être doux même à ses ennemis J'approuve, je loue le zèle, pourvu que la douceur
fils: « Et la pouvre vefve, la mère tant plaine d'angoisse, la quelle vous soit recommandée. » [Ibid. p. 169-172.) — 2. 22 avril 1536. Herminjard, IV, p. 38. Il est vrai que, dans la même lettre, parlant de moines, il les appelle: «ces ânes qui braient contre Christ. > (Ibid., p. 39.) Dans une autre lettre (21 novembre 1536) au même correspondant, il dit: « Ne précipite rien, mais fais tout avec maturité.... Recommande tout au Seigneur, Lui demandant de te donner son esprit de sagesse et de prudence. » Ibid., p. 109.
i. Herminjard, IV, p. 112, — 2. Ibid., I, p. 255. — 3. Ibid., p. 265. Œcolampade écrit à Farci, le 9 mars 1526: « Jusqu'ici Dieu a exaucé mes prières en ne me donnant ni les richesses ni la pauvreté. La médiocrité sera toujours pour moi la magnificence : nobis enim lataiias pro magnificentia fuerit. » Herminjard, I, p. 418.
CALVIN A GENEVIv. PREMIER SEJOUR
ne soit pas absente '. » Dans l'exemplaire imprimé de cette correspondance qui appartenait à Farel, aujourd'hui à la Bibliothèque de Genève, le nom du destinataire manquait ; Farel l'y a inscrit lui-même, conservant ainsi à la postérité le souvenir de ses faiblesses et de ses défauts. Et, en définitive, Œcolampade, qui le connaissait si bien, pouvait dire à Luther : « Rien n'est plus candide que
Fauteuil de Farel. (p. 165)
Chaire portative de Farel. (p. 165)
Farel. Quelques frères lui voudraient un zèle plus modéré envers les ennemis de la vérité : mais moi je trouve cette vertu admirable et, si elle est exercée avec discernement, non moins nécessaire que la douceur. Tu reconnaîtras, dès le premier entretien, de quel esprit il est animé 2. »
Il est extrêmement modeste3; on le vit bien à la façon dont il céda peu à peu
1. Herminjard, I, p. 266. — 2. Ibid., p. 216. Dans ses Vrais Pour/rai/s (1581), Bèze dit à Farel:
Ta foy, ta piété, ta loyauté constante,
Et ta grave douceur, Farel, t'ont couronné
D'un honneur éternel....
3. Ses amis l'appelaient souvent •■ l'apôtre des Allobroges, » et lui envoyaient même leurs lettres avec cette adresse. Il écrit un jour (5 mai 1537) à Capiton : « Tu m'accables trop de titres et tu me désignes à l'envie. Plût au ciel que tu voulusses te modérer autant que je m'efforce de me cacher.... Ouelle n'a pas été l'émotion des ennemis de l'Evangile, quand ils ont vu sur ta lettre que tu m'appelais apôtre des Allobroges. Voilà le pape! voilà l'apôtre! voilà le nouveau pontife... Avertissons les frères d'être sobres dans leurs adresses, et ceux qui m'écrivent souvent, qu'ils mettent seulement : à G. Farel, Genève. De toutes les laçons je m'efforce de désarmer l'envie; autant que je le puis, je me cache en Christ, et je désire que de meilleures choses soient faites par d'autres, comme elles sont faites grâce à Dieu. Calvin et Viret sont rendus responsables de tout, parce qu'ils agissent mieux et plus, et les ennemis ne m'en veulent pas tant.... Je t'en supplie, toi et tous les autres, ne m'écrivez que comme à un homme de rien, ce que je suis. » Opéra, X1', p. 97-99. Herminjard, V, p. 434-439.
IWHIX. l'évangélisTe DE LA SUISSE UoMANDK
la première place à Calvin, lui, dont Berthold Haller disait : « Il est le Mécène des pasteurs bernois, » lui. dont Bucer disait : « Tu es seul notre couronne de France'. » Ici, il nous faut transcrire les lignes où il demande qu'à la place de son Sommaire (dont le succès cependant avait été si grand) on prenne l'Institution de son « frère »
Calvin :
a Entre les autres, mon bon et entier frère, participant de la croix de Jésus, avec tous les fidèles serviteurs du Seigneur, marchant droitement en l'œuvre de l'Evangile, n'entrant que par la porte de la vocation très saincte et très certaine, et ne sortant que par le commandement de Dieu, Jean Calvin, selon la grâce que Dieu luy a donnée en son Institution, qu'il a dédiée au Roy de France, si amplement a traité tous les poinctz touchez en ce Livret, et autres, qui appartiennent à la conservation et intelligence de la doctrine
,i/ r , . ,. 4. „ ^,,„ Coupe de communion de Farel. (p. pî
de Jésus, en confutant tout ce que v
les adversaires peuvent amener; tellement que par grande grâce de Dieu, surmontant non seulement ce que j'ay touché, mais ce que je pourroye toucher, a osté l'occasion à moy, aux autres, et la matière d'en vouloir plus plainement escrire, et de tascher de faire sur ce une œuvre plus grande; par quoy n'estime estre nécessaire d'autre chose, fors que de envoyer tous à une telle et si excellente œuvre. Suppliant tous, qui auront veu mon petit Livret, et qui à bon droit désirent plus ample déclaration de ce que sommairement icy ont veu, qu'ilz regardent en celle Institution, laquelle regardant ilz n'ont plus besoin de ma petitesse, et de prendre peine à lire ce petit Livret. Mais puisans trop plus grosse abondance d'eaul célestielle en la dite Institution qu'en ces gouttes très petites,... de là se transportent à la mer de toute doctrine, es sainctes Escntures... Qu'on lise donc celle belle Institution.... Pour servir à la vérité et pour obvier à mensonge, revoyant ce petit Livret, j'ay derechef touché et adjousté... et sur ce je n'ay fait long procès, à cause... que Calvin très amplement à tous a satisfait; duquel je désire qu'on prenne, car certainement son œuvre tant me plaist en nostre Seigneur, que volontiers, s'il estoit en mon pouvoir, je retireroye ce Livret, comme digne d'estre mis et retiré à part en donnant lieu faisant