‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 5)Chapitre 3 sur 166 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

grains de poussière, les trie et les relie par des ciments divers. Messieurs les historiens, cherchez là des matériaux. M. Emile Doumergue prétend que c'est de l'histoire. Je le conteste. Celle-ci est toute fruste et laborieuse à lire. A l'historien d'opérer la synthèse de ces multiples éléments, de les résumer, et de les vivifier par un coloris de bon aloi, extrait de la quintessence même des caractères et de l'étude minutieuse des événements. C'est pour avoir oublié que je ne suis qu'un historiographe, un ajusteur d'atomes, que vous m'avez tellement surfait. Quand on ne se fait pas d'illusion sur soi-même, on souffre d'une pareille erreur. » (Lettre du 5 octobre 1895.)

Et comme j'avais fait allusion à l'oubli de ses concitoyens, qui ne l'avaient nommé ni professeur, ni même bibliothécaire (une de ces fonctions aurait diminué de trop continuels soucis, épargné un gaspillage pénible d'heures perdues à donner des leçons, à corriger des copies, et aurait peut-être permis l'achèvement de la Correspondance), et que j'avais dit, dans ce sens, « M. Herminjard n'est rien, » ce qui était parfaitement vrai, l'homme humble et excellent écrivit un post-scriptum, où il m'énumérait les sociétés qui lui avaient envoyé « des témoignages d'estime pour ses travaux. » « Vous voyez, concluait-il, cher monsieur, qu'on n'a pas été injuste envers moi. »

Une autre preuve, plus étonnante peut-être, de cette débonnaire modestie, se trouve dans les observations qu'il me fit à propos de mon jugement sur Kampschulte. Le savant allemand avait été d'une injustice criante, et je l'avais montré. « Vous êtes trop sévère, m'écrivait M. Herminjard, le 22 mai 1898. La critique de Kampschulte portait sur le premier volume de la Correspondance. Il a écrit sur le deuxième qu'il était meilleur que le premier. » — Et cela lui suffisait. Que dis-je ? Il finissait par se donner tort à lui-même : « Le premier des articles de Kampschulte était écrit avec une mauvaise humeur évidente. Mais il avait peut-être raison sur quelques points, l'éditeur [c'est-à-dire lui, M. Herminjard] n'ayant pas eu à sa portée tous les ouvrages relatifs à un sujet si vaste. » (14 juin 1898.)

Il n'aimait pas l'exagération, et poussait jusqu'à l'horreur la peur de tout ce qui dépassait l'exacte, l'absolue vérité. Il n'avait rien du style naturiste, gros, voyant, et, à force de diminutions, de réticences, de tâtonnements pour indiquer sa pensée, il pouvait arriver à des phrases ternes, mais d'une honnêteté telle qu'elles inspiraient la joie d'une pleine confiance, d'une exactitude indépassable. « Vous devriez ajouter un « très probablement, » m'écrivait-il ; ou bien il me donnait ce conseil, dans lequel il est tout entier : « Signalez les divers degrés de la vraisemblance par des sans doute, des peut-être, et des probablement, ou tout autre garde à vous consciencieux. » (27 mai 1897. )

Mais ce que je veux surtout noter ici, c'est sa bonté et son dévouement. Relevant d'une bronchite, vieille de trois semaines, il m'écrit le 3 juillet 1897 : « Mes croix ( + ) ' sont celles d'un lecteur quelconque, un peu grincheux, parce qu'il est difficile, par devoir encore plus que par amitié. »

Le 29 avril 1898 : « J'ai un peu tardé à vous envoyer quelques remarques sur les folios 181- 214 de vos épreuves. L'état de ma vue et la tristesse, qui s'était emparée de moi aux approches du départ de mes enfants, pourraient en partie m'excuser. » — Suivent des observations, des critiques, des conseils. « C'est presque un sermon, ce que je me permets de vous écrire. N'y voyez que le grand intérêt que je porte à votre entreprise. »

Malgré tout, il hésitait encore, et avait toujours peur de me froisser, en me montrant mes erreurs. Je réussis à le convaincre que rien au contraire ne m'était vraiment plus agréable. Il m'écrivit alors, le 27 mai 1898 : « Puisque vous me faites l'honneur de vouloir tenir compte d'une façon ou d'une autre de mes observations, et que vous les requérez avec insistance, je suis libéré de tout scrupule, et invité à vous parler avec une entière franchise, brièvement, s'il le

< Signe dont il émaillait mes épreuves pour attirer mon attention.

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