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Francfort. La cathédrale et les environs (d'après le plan de 1552
la douloureuse histoire de cette communauté, et bornons-nous à contempler ces voûtes sous lesquelles retentirent les voix de John Knox, de Valérand Poullain, de Jean de Lasco, et de Calvin lui-même. C'est en i56i que l'édifice fut retiré
aux calvinistes1.
Voici.... Oh! ici, plus besoin de choisir entre ce qu'il faut regarder et ce qu'il ne faut pas voir : c'est le moyen âge pur, le seizième siècle sans changement, le quartier du Rœmer (hôtel de ville) et de la cathédrale : rues étroites, avec maisons authentiques du seizième et du dix-septième siècle, à quatre, cinq étages, qui avancent, dédale de ruelles encore plus étroites, se terminant en cul de sac, où la lumière pénètre à peine. En particulier le coin des bouchers est unique! Un étal touche l'autre, et, au-dessus, la chair pend, sous toutes ses formes et couleurs : rouge, noire, blanche : même du sang qui fume! des boudins qui cuisent! des peaux que l'on dépèce ! et ici, là, tout ce que l'œil peut apercevoir, devant, derrière, à droite, à gauche, jusque dans des p.èces basses et noires, éclairées par des chandelles, c'est de la chair, du sang, des boyaux, des tripes, des poumons, des cœurs, des vessies, quarante, cinquante vessies devant une seule boutique...! le rude, brutal, plantureux moyen âge, sanguinolent et
faisant ripaille !
Et voilà le « Dom, » la cathédrale, à une seule nef, avec deux bras plus longs,
1. Wolffund Jung, Die Baudenkmakr in Fraukfurt ain Mai», 1896, p. 113.
EN ALLEMAGNE
et aussi larges que la nef, se prêtant bien aux évolutions des magnifiques cortèges impériaux. C'est aussi coloré que les boucheries, seulement tout brille d'or. Ici on couronnait les empereurs ; et les piliers, les voûtes, les murs reluisent de tous les rouges, de tous les bleus que peut fournir la palette de l'artiste. Les diverses scènes de l'élection et du couronnement de i562 nous sont présentées
Francfort. La place
par des fresques avec personnages, qui processionnent, couverts de brocarts, de la pourpre rouge, de l'hermine blanche : et partout de l'or, encore de l'or !
Le cortège impérial sort, et trouve moyen de se dérouler, on ne sait trop par quel miracle, à travers les ruelles pavoisées. C'est un flot pressé, endigué, d'or, de soie, de velours, de chevaux, de princes et de prêtres. Il débouche sur la place du Rœmer au milieu des acclamations, des hurlements frénétiques, et bientôt, au balcon de l'hôtel de ville, le nouvel empereur se montre. On lui apporte le premier morceau d'un bœuf, qu'on vient de faire rôtir tout entier. Le reste est jeté en pâture au peuple, en même temps que des pièces de monnaie. Sur la place une fontaine laisse couler des flots de vin '.
\. MUtheihmgen des Vereins fur Geschichte und Alterthumskunde in Frankfurt a. M., VI, 1S81, p. 170.