Ibid
ou se jouer ainsi follement en une assemblée célèbre ? Ce n'est ne l'un ne l'autre; mais ils prennent le peuple, qui est là regardant, pour tesmoin, par ce signe là, qu'ils n'ont point en mépris la saincteté de eeste eau conjurée1. »
Mais c'est surtout contre la messe que Calvin concentre son attaque : « Considérons donc quelque peu quelle est ceste chose d'assister aux mystères de la messe.... Quand ils y vienent, ils mettent en oubli qu'ils vienent là pour estre spectateurs d'une horrible tragédie.... Je di seulement que nul fidèle ne peut ignorer que le seul nom de sacrifice (comme les prestres missatiers le prenent) abolit entièrement la croix du Christ2.... Quand il n'y auroit que ces deux poincts abolition de la croix, et renversement de la cène] qui sont tousjours conjoincts à la messe, en sorte qu'ils n'en peuvent estre séparez aucunement, par lesquels je prens peine de te rendre exécrable toute la communion- de la messe, que pourrois-tu faire autre chose que de la détester avec moy d'une mesme bouche?... C'est de l'idolâtrie détestable, quand on fait accroire que le pain est Dieu.... Un morceau de pain (ou une oublie) est monstre, adoré, invoqué, et finalement tenu et creu pour Dieu : ce qui n'a jamais été persuadé aux Gentils de leurs idoles.... Car il ne s'en suit point pourtant, si le Seigneur donne son corps à ses fidèles, qui révèrent religieusement la mémoire de sa mort, qu'il se donne aussi soy même à des prestres puants et infâmes, pour estre sacrifié et mis à mort, toutes et quantes fois qu'il leur plaira : sinon, peut-estre que nous pensons qu'il y a une telle vertu en ceste huyle puante avec laquelle le prêtre est consacré], qu'elle ait rendu habiles toutes les mains, qu'elle a oinct, à former Christ ; ou que nous croyons que le vouloir et fantaisie d'un prestre missatier ait l'authorité et crédit d'un décret céleste, à fin qu'il ait Christ présent soudain à sa poste, toutes et quantes fois qu'il luy plaira le faire descendre du ciel ; ou que nous nous forgeons, et attribuons aux parolles de Christ, quelque vertu magique, lesquelles estans
seulement marmotées à droit, monstrent leur vertu et efficace Il est donc
manifeste que ce dieu, que le prestre en s'esbatant et faisant du badin, monstre, tourne et vire çà et là à l'entour de l'autel, n'est tiré du ciel, comme ils nous veulent faire accroire : mais qu'il est tel qu'il est venu du moulin3. >>
Quelle est donc la conduite à tenir? Le Réformateur, dont la passion obscurcit bien rarement le bon sens, dit : « Je ne requiers point que vous faciez profession de vostre foy et religion publiquement, seulement je demande de vous de ne la renier par profession d'impiété'*. » « Je vous enseigne de vous abstenir en général de toute communion de sacrilèges. Car par la communion, vous entendez non point toute simple prochaineté de lieu, laquelle ne nous peut envelopper en iceux : mais et le consentement intérieur, et toute signification et attestation extérieure, par laquelle nous approuvons et ratifions tels sacrilèges5. »
Calvin termine par cette page magnifique: « Eh quoy ? encores à grand peine toutes ces choses nous seront persuadées estre tant grandes que nous ne voudrons perdre la vie pour elles et espandre notre sang, s'il estoit besoing? Mais
I. Opuscules, y. 73. — i. Ibid., ;>. 74. — :t. //-/,/., p. 75, 76. — \. Ibtd., p. 95. — ">. Ibid.,p. 83.