‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 5)Chapitre 99 sur 166 · LA REVOLUTION A GENEVE KT LES GUILLERMINS · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION A GENEVE KT LES GUILLERMINS

auraient eu besoin de les dépasser encore par leur énergie, leur prestige, leur autorité morale, leur étaient infiniment inférieurs. Les rênes de l'Etat étaient tenues par un Conseil, aux yeux duquel la religion était surtout tic la politique. là la moralité publique était « dissipée. -

Par la volonté des pasteurs ? par la volonté du Conseil? Non : pas par leur volonté, et cependant par leur faute '.

On comprend très bien que les pasteurs n'aient pas voulu rester sous le coup de toutes ces accusations, et qu'ils aient cherché à protester de leurs intentions et surtout à s'assurer définitivement l'appui public, solennel de Berne. Quelqu'un qui se noie saisit volontiers une main forte, à sa portée.

Morand et Marcourt se rendirent donc à Berne (25 ou 26 septembre)2 et y scellèrent une entente parfaite (nosirae reformationi suam volunt aequatam, disent d'eux les pasteurs de Berne) 3.

Seulement, il se trouve que le document de cette entente contient, avec la discrétion habituelle à une pièce officielle, signée par des amis et maîtres, la preuve que la « dissipation » de l'Eglise de Genève n'était que trop réelle. Il y a, en effet, deux réserves (c'est le mot de Cornélius) fort significatives. i°Les pasteurs bernois émettent l'espoir [quod speramus) que, malgré leur respect pour 1 autorité, quand la nécessité le demandera, les pasteurs genevois attaqueront vivement les vices et n'épargneront personne ; ce que Cornélius traduit lui-même : « que les Genevois ne pousseront pas leur soumission au gouvernement au delà des limites, et jusqu'à la violation des devoirs de leur charge 4. » Et 2° les pasteurs bernois formulent la prière (oramus) que les pasteurs genevois « usent de la sévérité qu'ils doivent (qua debent) contre les vices publics, qu'ils se préoccupent (animadvertant) des jeux, des adultères, de l'ivresse et autres choses de ce genre, et qu'ils n'acquiescent pas seulement au renouvellement des cérémonies, s ils désirent vraiment être reconnus d'accord avec nous et nos constitutions 5. »

Ce n'étaient pas ces « réserves » qui pouvaient convaincre d'erreur les plaintes de Calvin, de Farel et des Guillermins !

1. La chronique rimée {Mémoires et documents, XIX, p. 262) écrite par un Guillermin bien informé, mais passionné, et qui raconte les événements de 1538 à 1540, dit que les Genevois chassèrent

Leurs bons prescheurs, leur magistrat fidelle,

Leurs droicts régents, ensemble leur séquelle,

Pareillement l'ospitallier propice

Pour y mettre ung sac ramply de vice.

•2. Herminjard, V, p. 135, n. 3. Au sujet de ce voyage, Calvin (première moitié d'octobre) dit à Farel ce qu'il pensait qu'il en allait résulter : le départ des deux prédicateurs de Genève. Cornélius fait remarquer qu' «il se trompait bien. » M. Herminjard, au contraire, estime < que sa conjecture et sa prévision semblent avoir été justifiées par les événements. » Calvin lui-même (24 octobre) avoue qu'il s'est trompé. Mais en réalité il avait seulement cru imminent ce qui fut retardé de quelque temps. Herminjard, V, p. 144 et n. 15, 16; 145, n. 17, iS; p. 16S. — :t. Les pasteurs de Berne au Conseil de Berne. Document rédigé vers le 1" octobre 1538, et non entre la fin de décembre 1537 et les premiers jours d'avril 1538, comme le pensent les Opéra, X\ p. 1S1. n. 1. - Voir Herminjard, V, p. 135, n. 1; p. 139- - '»■ Cornélius, p. 214. -

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