LA LETTRE DE-NOYON
M. Herminjard propose comme millésime 1534. « La différence complète de ton, dit-il, qui existe entre cette lettre et celles des années précédentes doit fixer le millésime. C’est ce qui nous empêche de la placer en 1532°... »
Les éditeurs des Opera répondent: « M. Herminjard propose 1534. Cependant il ne donne que cette raison: le ton et la couleur, pour ainsi dire, de cette lettre paraissent plus sérieux, plus religieux que ceux des lettres précédentes. » Mais, ne croyant pas pouvoir décider la question d’après ces seules raisons internes, ils conservent la date traditionnelle de 1532.
M. Lefranc a repris l’hypothèse de M. Herminjard. « Le découragement, dit-il, qui perce dans toute la lettre montre que le moment du départ est proche, et qu’à la première alerte Calvin suivra l’exemple de son ami. » Mais, justement, comment Calvin aurait-il pu indiquer un désir si vague, si incertain en septembre:1534, alors qu’il était décidé à sortir de France, qu’il avait déjà réglé ses affaires à Noyon, depuis le mois de mai, et qu’il était en route pour la frontière! Il faut de plus admettre, si Calvin est à Noyon le 4 septembre 1534, qu’il y revint trois mois après son emprisonnement, bien que toutes ses affaires fussent réglées. Est-ce vraisemblable? et où trouver dès lors le temps pour les séjours à Poitiers et à Orléans, où il a dû demeurer assez pour composer sa Psychopannychia ?
Enfin M. Lang déclare que cette lettre serait aussi énigmatique en 1534 qu’en 1532°. Il se demande si le Noviod., d’où elle a été datée, est bien Noyon. Il se demande si l’on peut admettre une lettre de Calvin à Bucer avant le 1° décembre 1536. Il est vrai que Bucer dit dans sa lettre à Calvin du 1% déc. 1536, qu’il ne lui a pas été donné de le connaitre (4e nosse), de le saluer (appellare), lors de son récent passage à Strasbourg. Mais ces expressions : te sosse, te appellare désignent une connaissance personnelle, de visu, et n’excluent pas le fait d’une correspondance antérieure. Notons ici une remarque de M. Max Scheibe. « Pour la doctrine de la prédestination, telle qu’elle est indiquée dans la première édition de l’Jnstitution chrétienne, Calvin se rapproche de Bucer plus que d’aucun autre Réformateur 5, » Or on sait que cette édition de l’Institution fut non pas définitivement rédigée, mais composée partiellement dès 1534. Déjà à ce moment Calvin semble donc
1. Le millésime de cette lettre manque sur l'original. Conrad Hubert, un collègue de Bucer, a noté, au haut de la page : 1532. 4. Sept. — 2. Herminjard, IL, p. 204, n. 11. — 3. Opera, XY, p. 23. — À. Lefranc, Jeunesse de Calvin, p. 1809- 190. — 5. Lang, Die Bekehrung lohannes Calvins, p. 16:17. — 6. Max Scheibe, Calvin’s Prœdestinationslehre, p. 20, 21.