LA LETTRE DE NOYON
avoir été en relation, spirituelle tout au moins, et assez intime, avec Bucer. Avec les coutumes du temps, peut-on supposer qu’il n'ait pas été aussi en relation épistolaire ?
Ne pouvant trouver pour la lettre une place convenable, M. Lang déclare le mystère impénétrable, pour le moment, et suspend son jugement.
Ce qui prouve du reste jusqu’à quel point la fixation du millésime de cette lettre dépend de l’idée que l’on se fait des sentiments de Calvin, ce sont les lignes suivantes, qu'avec sa loyauté si scrupuleuse, M. Herminjard a bien voulu nous adresser: « Si alors j'avais connu dans son entier le discours de Cop, j'aurais peut-être choisi comme date vraisemblable 1533. »
Appendice N° VIII.
PSEUDONYMIE DE CALVIN"!
1. Calvinus. — 2. Alcuinus. — 3. Lucanius. — 4. Passelius. — 5. Despeville, — 6. D’Apremont. — 7. J. de Bonneville, — 8. Deparçan. — 9. Chambardus. — 10. Les cachets. — 11. Adresses Cauvin, etc. — 12. Adresses Passelius, etc. — 13. Adresses Despeville, etc. — 14. Adresse Calphurne.
1. Calvinus, Calvin. Nous avons vu que le nom de famille de notre Réformateur était Jean Cauvin. Par conséquent Calvin peut être regardé comme son premier pseudonyme. C’est l’idée qu'ont eue ses anciens biographes catholiques, et ils ont trouvé, dans ce fait, l’occasion des plus étranges suppositions et des plus vifs reproches.
Déjà P. Masson remarque que le Réformateur avait abandonné le nom de sa famille pour prendre celui de « Lucius Calvinus, citoyen romain. » Or voici, d’après Le Vasseur (p. 1157), tout ce que signifiait ce changement: « Il se fit appeler Calvin à l’exemple de Domitius Calyinus, consul romain, qui estant venu à main forte en nos Gaules, empourpra les eaux du Rosne du sang de nostre nation, que ce jeune boutefeux a bien sceu imiter en son temps. » Quelle imagination!
Tout le monde sait qu’il était de mode, au XVI: siècle, de traduire son nom en latin ou en grec, ou tout simplement de le transformer, pour le rendre plus significatif. Le père de Luther s'appelait Luder. Le père d'Œcolampade s’appelait Hausgen. (De Hausgen, qui ne signifiait rien, on fit d’abord « Hausschein, » qui signifiait lumière de la maison, et puis on traduisit l'allemand en grec). Schwarzerd (Terre noire) vit son nom traduit en grec par son grand-onçle, Reuchlin, et ce fut Mélanchthon, etc., etc. Drelincourt a expliqué très simplement pourquoi Cauvin est devenu Calvin. « Au fond, dit-il, le changement d’une lettre arrivé au nom de Calvin n’est pas considérable, et même il se peut dire qu’il est nul. Et de fait, ayant à traduire en latin le nom de Cauvin, pour lui donner un air et une termination convenables au génie de cette langue-là, on ne l’a pu traduire autrement que par Calvinus. Or les premiers ouvrages de cet homme de Dieu, ayant esté écrits en latin, et estant connus par tout par ce nom de Calvinus, si, lorsqu'il a écrit
1. Sur la question de la Pseudonymie de Calvin, il faut lire le petit livre de Liebe, tout à fait remarquable pour l’épo: que où il fut écrit, et très utile encore à consulter: Chris#ian Sigismundi Liebit, serenissimo Duci Saxo-Gothano ab Epistolis, Diatribe de Pseudonymia Jo. Calvini, in qua tis quæ Petrus Baœlius, Bailletus, aliique de hoc argumento tradiderunt, sub examen vocatis, idem illud uberius illustratur, et epistolæ anecdotæ XXVIL Jo. Calvini aliorumque ad eum devéovvuoc, date nunc primum in lucem eduntur. — Amstelædami, apud Wetstemos MDCCXXIIT.
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en François, il eust pris un autre nom que celui de Calvin, l’on eut creu que l’ouvrage eust esté d’un autre auteur, et cela eust fait grand tort au Public et aux imprimeurst!. »
Nous donnons ici quelques fac-similés des signatures Calvinus et Calvin. On verra comment Calvin a varié sa signature, l’accompagnant, ou non, de son prénom, et abrégeant ce prénom et ce nom de toutes les manières possibles. En même temps nous donnons quelques exemples des souscriptions dont notre Réformateur accompagnait sa signature. La forme la plus fréquente est Joannes Calvinus tuus. Mais combien de nuances Calvin sait mettre dans l’expression de ses sentiments!
A. Première lettre de Calvin (c’est-à-dire première lettre dont l’autographe nous a été conservé, et qui se trouve munie d’une date indiscutée) ?.
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B. Lettre à Libertet (Fabri) du 11 septembre 1535. (Signée: Martianus Lucanius tuus.) Voir plus loin, p. 565, le fac-similé au pseudonyme Lucanius.