‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 21 sur 156 · CAT ATUTAT, EE TETE · texte numérisé non relu

CAT ATUTAT, EE TETE

leter l’histoire de ces « rogatons, » et la description de « la foyre villaine et deshonneste ? » Le grand silence d’aujourd’hui nous aidera à entendre le bruit tumultueux d'autrefois.

L’énumération des principales reliques de la chrétienté commence par celles de notre Seigneur :

Les cruches de Cana. « Les unes ne tiennent point plus de cinq quartes de vin, tout au plus haut; les autres encore moins, et les autres tiennent environ un muys. Qu'on accorde ces fleuttes, si on peut. A Orleans, ilz se disent avoir du vin, lequel ilz nomment de l’architriclin. Car pource que S. Jehan, récitant le miracle, parle de l’architriclin, qui est à dire maistre d’hostel, il leur a semblé advis que c’estoit le nom propre de’l’espousé : et entretiennent le peuple en ceste bestise. Une foys l’an, ilz font lescher le bout d’une petite coullière à ceux qui leur veulent apporter leur offrande, leur disant qu’ilz leur donnent à boire du vin que nostre Seigneur feit au banquet; et jamais la quantité ne s'en diminue, moyennant qu’on remplisse bien le gobbelet!. » — Le bois de la croix : « Si on vouloit ramasser tout ce qui s’en est trouvé, il y en auroit la charge d’un bon grand bateau?.» — Les trois clous: 11 y en a «quatorze de compte faict*. » — Le fer de la lance : « Il faut dire que il est passé par les fourneaux de quelque alchumiste : car il s'est multiplyé en quatre*. » — La couronne d’épines : « Il faut dire que les pièces en ont esté replantées pour reverdir : autrement, je ne say comment elle pourroit estre ainsi augmentée Ÿ, » — Le sang: « En un lieu il s'en monstre quelques gouttes, comme à la Rochelle en Poictou, que recueilla Nicodeme en son gand comme ilz disent®. »

La plupart de ces reliques ont été apportées d'Orient par des rois, comme saint Louis. Mais ces bons rois avaient plus de zèle que de connaissance : « I y avoit bien une dévotion et zèle tel quel d'augmenter la chrestienté : mais si on leur eust monstré des crottes de chièvres, et qu’on leur eust dit : voylà des patenotres de nostre Dame, ilz les eussent adorées sans contredit, ou les eussent apportées en leurs navires par deçà, pour les colloquer honnorablement en quelque lieu. Et de faict, ilz ont consumé leur corps et leur bien, et une bonne partie de la substance de leur pays, pour rapporter un tas de menues folies dont on les avoit embabouinés, pensant que ce fussent joiaux, les plus précieux du monde”. »

On a même des reliques du Christ après sa résurrection : « Un morceau du poysson rosty que lui présenta sainct Pierre, quand il s’apparut à luy sur le bord de la mer. I1 faut dire qu’il ayt esté bien espicé, ou qu’on y ait fait un merveilleux saupiquet, qu'il s'est peu garder si longtemps. »

Après le Christ, la Vierge : « Le reste qu’ilz ont des reliques de nostre Dame est de son baguage. Premièrement, il y en a une chemise à Chartres, de laquelle on fait une idole assés renommée : et à Aix en Allemaigne, une autre. Je laisse

4. Advertissement, p. 417. — 2. Id., p. 420. — 3. Id., p. 421. — 4. Id., p. 421. — 5. Id., p. 422. — 6. Id., p. 415. — 7. Id., p. 429. — 8. Id., p. 429.

là comment c'est qu'ilz les ont peu avoir ; car c'est chose certaine que les apostres et les vrays chrestiens de leur temps n’ont pas esté si badins que de s'amuser à telles manigances. Mais qu’on regarde seulement la forme, et je quitte le jeu, Si on n’aperceoit à l’œil leur impudence. Quand on faict la monstre, à Aix en Allemaigne, de la chemise que nous avons dict estre là, on monstre, au bout d’une perche, comme une longue aulbe de prestre. Quand la vierge Marie auroit esté une géante, à grand peine eust-elle porté une si grande chemise. Et pour luy donner meilleur lustre, on porte quant et quant les chaussettes sainct Joseph, qui seroyent pour un petit enfant ou un nain. Le proverbe dit: qu'un menteur doit avoir bonne mémoire, de peur de se coupper par oubly. Iz ont mal gardé ceste reigle, quand ilz n’ont pensé de faire meïlleure proportion entre les chausses du mary et la chemise de la femme. »

La conclusion vient fort naturelle : « Tout y est si brouillé et confus qu’on ne sauroit adorer les os d’un martyr que on ne soit en danger d'adorer les os de quelque Brigand ou Larron, ou bien d’un asne, ou d’un chien, ou d’un cheval. On ne sauroit adorer un aneau de nostre Dame, ou un sien pigne, ou ceincture, qu’on ne soit en dangier d’adorer les bagues de quelque paillarde?. »

En vérité, quelle époque que celle où les plus savants cultivaient l'astrologie, où les plus pieux adoraient les reliques, et où l'Eglise, bataïllant à coup d’anathèmes, et à coup de poings, au sujet de a barbe de Mgr de Hangest et des prétendus os de saint Eloi, confiait ses bénéfices à des enfants de douze ans et trafiquait d’une charge de chapelain, comme on trafique aujourd’hui d'un titre de rente, ou d’une obligation au porteur !

À. Aduertissement, p. 433. — 2. Id., p. 452. — « Il existe dans la littérature du XIIe siècle une œuvre absolument unique, tant par le sujet qu’elle traite que par l'esprit qui l'anime... et qui marque une date vraiment importante dans l’histoire de l’évolution intellectuelle du moyen âge. Je veux parler du traité de Guibert de Nogent, intitulé : De pignoribus sanciorum, — Sur les gages ou les reliques des saints — dont le seul titre suffit à indiquer les visées audacieuses. » « Une autorité a sûrement contribué à procurer à Guibert, si je puis dire, Passurance nécessaire pour aller à l’encontre de tant de pratiques superstitieuses et des puissants intérêts matériels qui s’y rattachaient. Cette autorité n’est autre que saint Augustin, qui, coïncidence vraiment singulière, fournira aussi plus tard à Calvin non seulement le point de départ de son Trailé des reliques, mais encore toute une série de textes cités avec complaisance par le réformateur genevois, heureux d’en étayer ses arguments. » © Pour découvrir un ouvrage susceptible d’être rapproché de celui de Guibert, groupant comme le sien des éléments nombreux de discussion, basé sur des principes de critique sérieuse et inspiré par des préoccupations d’ordre général, il faut descendre jusqu’à l’époque de la Réforme, en plein XVIS siècle. Un autre Picard, le fondateur et le chef du protestantisme français, Jean Calvin, né à quelques lieues à peine de l’abbaye où vécut Guibert, a le premier donné un pendant à l’œuvre de l’auteur du De pignoribus sanctorum. Il put y ajouter naturellement des aperçus nouveaux que rendaient faciles les progrès réalisés dans l'intervalle. Mais, au fond, le point de vue est le même, et souvent aussi l’argumentation se ressemble étrangement, bien qu'aucun rapport ne puisse être établi entre les deux traités, puisque celui du moine était demeuré manuscrit et qu’il n’en existait très probablement qu’un seul exemplaire. Ces deux hommes, si éloignés par le temps, se sont ainsi rencontrés sur le terrain de la critique historique, se fondant sur les mêmes invraisemblances, usant des mêmes autorités, citant les mêmes textes et les mêmes reliques... Il est telle plaisanterie, celle relative aux deux chefs de saint Jean-Baptiste, par exemple, qui, rapprochement singulier, se retrouve mot pour mot dans le Trailé des reliques du réformateur noyonnais. » Le traité des reliques de Guibert de Nogent, el les commencements de lu critique historique au moyen âge, par Abel Lefranc dans Etudes d'histoire du moyen dge, dédiées à Gabriel Monod, 1896, p. 285,

Teile était l'Eglise, au sein de laquelle Calvin venait de passer son enfance.

On était ainsi arrivé au mois d’août 1523. La peste, qui depuis plusieurs années, régnait à l’état endémique à Noyon, redoubla de violence. Les chanoines commencèrent à s'enfuir. « Girard Cauvin, raconte Desmay, qui aimoit son fils Jean Calvin, pour ce qu’il le voyoit de bon esprit, d’une prompte naturelle à concevoir, et inventif en l’estude des lettres humaines, Iuy procura un congé! de s'absenter et sortir de la ville, tel qu’on avoit accordé en chapitre aux chanoines, ainsi que nous voyons au chapitre tenu le 5 d’aoust 1523, auquel requeste se voit présentée par Girard, à ce que son fils Jean Calvin obtint congé d’aller où bon lui sembleroit durant la peste sans perdre ses distributions, ce qui luy fut accordé jusques à la feste de Sainct-Remy suivant*. »

Ce n’était pas la crainte seule de la peste, qui avait dicté à Gérard Cauvin sa requête. Les jeunes Montmor allaient à Paris pour y continuer leurs études. Gérard voulait profiter de cette occasion admirable pour avancer l'instruction de son fils. Jean partit donc avec ses amis . Il avait quatorze ans.

4. Le 17 août 1519, G. Cauvin avait demandé une semblable permission, pour son fils Charles, aussi « à cause de la peste qui couroit. » Desmay, p. 8 — 2. Desmay. Archives curieuses, p. 388. — 3. Il est probable que la mère de Calvin était déjà morte à ce moment, et peut-être depuis plusieurs années, ce qui explique pourquoi Calvin, dans sa correspondance, ne parle jamais d’elle. Son père se remaria. « Après le décès de Jeanne Le Franc, Gérard convola en secondes nopces et prit une vefve qui ne luy donna aucun enfant. » Le Vasseur, p. 1152.

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Fleuron placé par Farel en tête de ses ouvrages.

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