‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 24 sur 156 · TITRE · texte numérisé non relu

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Fac-similé de l'écriture et de la signature de Mathurin Cordier ?.

bruit, dans une chaire de petit collège, toute une série de réformes fécondes, qui font de lui le véritable fondateur de l'instruction secondaire *. » Ce fut le « Lhomond du XVI* siècle" » dit M. Egger. Ce fut « l'idéal du professeur, » ajoute M. Quicherat*. Mais, pour achever de le caractériser, il faut se hâter de citer encore le jugement de Senebier : « Les hommes qui font le bien, et qui le font constamment, sont comme les beaux jours dont on jouit sans en parler. » C'était un grand modeste.

4. Quicherat, o. c., I, p. 206. — 2. On ne trouve pas de portrait de Mathurin Cordier. Nous sommes obligé de nous borner à donner un fac-similé de son écriture C’est la fin de la lettre écrite par lui de Neuchâtel au Conseil de Genève, qui aurait voulu le faire revenir en même temps que Calvin, en 1541. Cette lettre de Cordier est scellée d’un cachet circulaire portant ses initiales, un M et un C liés par un entrelacs, avec quatre petites croix à l’entour. (Archives de Genève. P. h. No 1263.) — 3. Lefranc, p. 60. — 4. Revue chrétienne, 1875. Mathurin Cordier. À propos d’une soutenance à la Sorbonne, par Massebieau, p. 761. — 5. « Entre 1525 et 1530 le but auquel on aspiraït depuis si longtemps fut atteint. Le véritable enseignement classique prit possession de toutes les chaires. Cordier fut l'idéal du professeur élémentaire. » Quicherat, I. p. 152,

Né vers 1477, dans le Perche, à moins qu'il ne soit né en Normandie!

Cordier se destina d’abord à la prêtrise, et, après ses études à l'Université de Paris, il desservit comme prêtre l'Eglise Notre-Dame des bonnes nouvelles, à Rouen. Mais il finit par céder à son impérieuse vocation, et se voua à l'instruction des enfants.

[1 enseigna avec un égal succès dans les collèges de Reims, de Sainte-Barbe, de Lisieux, de Navarre, sans compter celui de La Marche?, où nous le rencontrons. Et l’on fit un proverbe latin, qui passa comme exemple dans les grammaires du temps : « Partout où enseigne M. Cordier fleurissent les belles lettres. »

Précisément au moment où Calvin entrait au collège de La Marche, M. Cordier venait d'y accomplir un acte qui révèle bien son caractère. Il avait jusque-là enseigné, et avec éclat, la rhétorique dans la première classe. Cette fonction aurait pu le conduire au rectorat. Mais voyant ses élèves « formés uniquement pour la montre et gonflés de vent, sans rien de solide au fond, » il en éprouva « un si insurmontable ennui » qu'il descendit en quatrième pour ne pas avoir toujours « à refaire de fond en comble leur instruction. »

La quatrième classe, c'était la dernière. Elle venait immédiatement après celle des abécédaires, où l’on apprenait à lire en latin et en français à.

C’est à ce dévouement extraordinaire que Calvin, (duquel nous tenons du reste ces détails) entrant en quatrième, dut le bonheur de rencontrer Cordier. « Tel avait été ton * dessein, écrivait-il plus tard, mais par un singulier bienfait de Dieu, c’est à moi que profita le début de cet enseignement Ÿ. »

4. Voir Appendice III. Où est né Cordier? — 2. M. Quicherat a cru pouvoir affirmer que Calvin avait étudié, sous Cordier, au collège de Sainte-Barbe, et non au collège de La Marche. Son principal argument est que Bèze parle du collège de La Marche dans une édition de sa Vie de Calvin, et du collège de Sainte-Barbe dans une autre. Or, dit M. Quicherat, il faut suivre évidemment les indications de la Vie écrite la dernière, « attendu que les changements introduits dans la seconde rédaction d’un même ouvrage ont toujours passé pour des corrections. » (Quicherat, o. c., I. 206.) Le principe est excellent, et il n’y a qu’à l’appliquer, en rectifiant l’erreur de M. Quicherat. C’est dans la première édition, et non dans la seconde que Bèze fait étudier Calvin au collège de Sainte-Barbe (J. Bonnet, Bulletin du Prot… Calvin fut-il barbiste? XVII, p. 555-558). Même, les textes exactement examinés sont encore plus décisifs. Dans la première édition Bèze parle de Cordier, non pas quand il raconte la vie de Calvin à Paris, mais seulement, en passant, dans une parenthèse, à propos des dédicaces faites par le Réformateur. « Le semblable est de ses commentaires sur la première aux Thessaloniciens à M. Cordier son régent au collège de Sainte- Barbe à Paris, en sa première jeunesse, » (Bèze, Wie de Calvin, XXI, p. 36.) Mais dès la seconde édition (Opera XXI p. 51), quand le sujet est-traité chronologiquement, nous lisons, à propos de Paris : « Là entre autres personnages il eut pour son commencement au collège de La Marche, M. M. Cordier. » Et dans la troisième édition (Opera XXI p. 121) « præceptorem habuit in gymnasio Marchiano Mat. Corderium. » Il est étonnant que Quicherat ait commis une pareille erreur, et que Bonnet ne l’ait pas réfutée plus péremptoirement. M. Lefranc pense que Cordier enseigna aux deux collèges « en même temps. » (O. c., p. 63.) Mais le texte de Cordier dit seulement qu’il enseigna dans l’un et dans l’autre. « Parisiis primum eo munere fungi coepi, cum in aliis gymnasiis tum in Rhemaesi, sanctae Barbarae, Lexoviensi, Marchiano, etc. » (Colloquiorum Praæfatio.) 11 s’agit évidemment d’enseignements successifs et non simultanés. — 3. Bulletin, XXXI, p. 41. — 4. Nous traduisons fon, et non pas vofre; et cette traduction exige un mot d’explication. Calvin tutoyait-il Cordier? Non, sans doute. Nous savons qu’il ne tutoyait pas davantage Farel. En effet, la lettre de Calvin à Farel, du 27 octobre 1539, est suivie d’un post-scriplum moitié latin, moitié français. En latin, Calvin dit {u; en français, il dit vous: « Vous m'avez mandé, etc. » « Ce dernier post-scriptum, dit M. Herminjard (VI, p. 118, No 51), biffé par Calvin lui-même, a pour nous une certaine valeur : c’est l’unique post-scriptum français adressé par Calvin à Farel, et il prouve que les deux réformateurs ne se tutoyaient pas. » —

Pour savoir ce qu'était cet enseignement, il nous suffit d'écouter Cordier dans la préface du premier livre qu’il publia.

Il s’est souvent demandé, dit-il, pourquoi, les étrangers arrivant à l’Université peuvent facilement s’entretenir avec les savants, tandis que nos jeunes gens parlent si mal latin. Entre eux, ils bavardent toujours en français (Gallice semper garriunt).

C'est la faute des maîtres, de leur négligence, et surtout de leur manque de piété : « Dans les gymnases de cette cité Christ est si négligé! Il y a si peu de souci de la parole divine! Combien peu de maîtres exhortent leurs élèves, soit dans la chambre, soit dans la classe, à l'amour de Dieu, à l'étude des choses divines ! Combien ne préfèrent pas un enfant lettré et écrivant bien à un enfant probe et vivant bien! Quel gymnasiarque place la charité avant le gain? »

Voilà pourquoi les écoles gâtent les écoliers. « N’avons-nous pas honte de renvoyer tout à fait perdus (perditissimos) ces jeunes gens que nous avons reçus tout à fait innocents (znnocentissimos)? Pour me servir d’un proverbe, « pourquoi ces enfants arrivent-ils dans nos écoles anges, et en sortent-ils démons ? »

IÎ faut donc changer le système d'éducation et ne pas osciller entre trop d’indulgence et trop de sévérité. Ici le bon Cordier laisse parler son cœur tout entier.

« Ces flagellations quotidiennes et assidues détournent tellement les jeunes gens honnêtes de l'étude des lettres, qu'ils haïssent les écoles plus que la morsure d’un chien ou d’un serpent, et qu'ils croient vivre dans une galère ou

Autre preuve: « L'histoire de la vie et mort de feu M. Jean Calvin, etc., à Genève, de l'imprimerie de François Perrin, MDLXV, est suivie de deux lettres « familières » de Calvin à « ses deux grands amis, M. Guillaume Farel et Pierre Viret, » lettres ajoutées par l'éditeur « afin que quelques pages ne demeurässent blanches, » lettres traduites par Th. de Bèze : le #w latin y est remplacé par le vous français. On peut donc très bien soutenir, comme le fait M. Herminjard, que la traduction du fu latin par le {4 français n’est pas « historique. » — Cependant voici un ou deux faits qui ont bien leur importance. Lorsque Calvin traduisit, de sa propre main, son Jnstitution, il conserva, dans la lettre adressée à François Ier lui-même, le tutoiement. Cette excessive familiarité disparut dans les éditions postérieures, elle n’en est que plus significative dans la première. — D'autre part, nous voyons Amyot conserver dans ses traductions l’antique tutoiement.... Nous nous sommes décidé à conserver le /w, pour la même raison qui nous à fait traduire: disputer de laua caprina par : disputer sur un poil de chèvre, et non: disputer pour un rien. Quand nos réformateurs parlaient français, ils s’exprimaient d’une façon; quand ils parlaient latin, ils s’exprimaient d’une autre. Notre traduction a pour but d’indiquer, non pas ce qu'ils auraient dit s'ils avaient parlé français, mais ce qu'ils ont dit, quand ils ont parlé latin. Or il est incontestable qu'ils se sont écrits en latin et qu’ils se sont tutoyés. En introduisant le « vous » dans notre traduction, nous aurions, semble t-il, trahi en quelque sorte le génie de la langue dont ils se servaient et enlevé quelque chose à la familiarité dans laquelle ils ont, en fait, vécu. — 3. Opera. XII, p. 525. M. Lefranc commet donc une légère erreur en croyant que Cordier changea ainsi de classe à cause de Calvin et des Montmor qu’il trouvait trop peu avancés pour suivre son

cours avec profit, Ce changement était déjà accompli. « Eo anno descenderas, » dit Calvin. (Lefranc, p. 61.)

PARIS. DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL ET MORAL DE CALVIN 6t

dans une prison; tandis que les anciens, dans leur sagesse, se servaient de préférence du mot jeu pour désigner le lieu où l'on enseigne... Pour moi je pense qu'il faut plutôt les inviter par de petites récompenses (præmiolis). Il faut non les traîner, mais les amener, et les amener de telle façon que non seulement ils aiment la langue latine, mais qu'ils s’en délectent.….

» Pourquoi forces-tu ? Pourquoi frappes-tu, ou même tortures-tu ?.. Veux-tu instruire très facilement ? Commence par les mœurs. Débute par Dieu et les choses célestes. Enseigne aux enfants, non pas livrés à eux-mêmes, mais soutenus par le secours divin, enseigne-leur, dis-je, à aimer le Christ, à respirer le Christ, à avoir le Christ à la bouche. Le nom de Jésus-Christ! Verse-le comme goutte à goutte dans l’âme de tes élèves; introduis-le, fais-le pénétrer en elle. Inculqueleur si assidument la parole de Dieu qu'ils soient du moins touchés de quelque étincelle de l’amour divin. Eloigne le faisceau de ces verges, et approche le tison et les petites flammes de la piété. !.

» Pourquoi si peu font-ils des progrès dans les bonnes lettres et dans les bonnes mœurs, sinon parce que Christ ne règne pas dans les gymnases ? Mais, dis-tu, je désespère de pouvoir persuader ces choses aux enfants. Ils ne sont pas encore capables d’une si haute science. En vérité, nous cherchons des subterfuges et des excuses dans nos péchés. Nous avons honte de disputer dans le cercle de l’école sur la piété, sur la religion, sur le Christ. Nous avons peur, je pense, que les enfants se moquent de nous et nous appellent (appellitent) précheurs.... Pourquoi, je t'en prie, désespères-tu, ou te défies-tu, homme de peu de foi? si c’est en vain qu'on parle aux enfants du Christ et de la piété, pourquoi le Christ lui-même a-t-il dit : Laissez venir à moi les enfants. »

Et la préface se termine par une supplication (obsecratio) adressée aux enfants et aux jeunes gens : « Je vous supplie, enfants très bienveillants (benevolentissimi) et vous jeunes gens honnêtes (i1genui), au nom de Jésus-Christ, notre commun précepteur et Sauveur, adonnez-vous d’abord aux bonnes mœurs, puis aux bonnes lettres. ?. »

Evidemment ces pages d'une piété si naïve, si touchante, si pénétrante ne nous renvoient cependant qu'un écho affaibli de l’enseignement de Cordier, de l'enseignement que Calvin entendit pendant des mois, tous les jours ; quelle impression ne dut pas ressentir son âme jeune, si bien ouverte précisément à une pareille influence * !

1. Voici le texte de ces lignes intraduisibles dans leur affectueuse délicatesse: « Tam sæpe instilla, immitte, ingere nomen Jesu-Christi, tam assidue inculca verbum Dei, ut saltem aliquam scintillam divini amoris concipiant. Summitte virgarum fasces, adhibe pietatis faces et igniculos. » — 2. Math. Corderii de corrupli sermonis emendatione, liber nunc primum per authorem editus. 1531. — Ces derniers mots indiquent que la première édition, de 1530, avait été publiée sans nom d’auteur, comme il est dit dans l’admonitio ad lectorem. — Nous nous sommes servi de l’exemplaire de M. Herminjard. — 3. Dans le célèbre discours que Calvin préparera pour son ami Cop, et qui sera le premier manifeste de la Réforme calviniste, on lit: « Nostra oratio illum (Christum) laudet, illum sapiat, illum spiret, illum referat. » Opera, Xb p. 31. Et Cordier avait dit, nous venons de le voir: « Doce pueros Christum diligere, Christum spirare, Christum in ore habere. » De corr. serm. emendatione. Est-ce un ressouvenir? Parlant de ses

On a beaucoup trop négligé, ce semble, le rôle que Cordier a ainsi joué dans la préparation pieuse de notre réformateur.

IL est vrai que jusque-là Cordier n'était pas ostensiblement entré dans les rangs du parti évangélique. C’est lui-même qui, à la fin de sa carrière, le raconte dans ce langage qu'on ne se lasse pas d'écouter, et qui révèle si ingénûment le fond même de son âme :

(Il y a pour le moins cinquante ans, qu'ayant pris la charge d'enseigner les enfans, j'ay tousiours eu ce désir de faire par tous moyens à moy possibles qu'ils conjoignissent la piété et les bonnes mœurs avec l’estude des lettres. Car combien que lors je commenceay à Paris à faire ceste charge (et entre les autres collèges en celuy de Reims, de Sainte-Barbe, de Lixieux, de La Marche et de Navarre) je ne fusse point encore illuminé de la vraye clairté de l'Evangile, ains fusse plongé aux profondes ténèbres des superstitions, si est-ce toutes fois que j'exhortoy tousiours mes disciples, non seulement à l’estude d'humanité, mais aussi à craindre et servir Dieu (si toutes fois il faut nommer service de Dieu les fausses ordonnances de la fausse église, les quelles j’avoye apprinses dès mon jeune aage, et les quelles je cuidoye estre agréables à Dieu) !.»

Ce fut Robert Estienne qui servit d’instrument à sa conversion : « le plus grand ami que j'eusse, dit de lui Cordier, lequel m’avoit premièrement instruit en la cognoissance de l'Evangile. »

Nous serions disposé à croire que cette conversion eut lieu vers 1528. À ce moment, en effet, on voit Cordier au collège de Navarre se faire recevoir dans Île séminaire théologique. Bientôt il délaisse cette théologie et continue à s’adonner à ses anciennes études”. Que signifient ces tentatives, ces recherches théologiques ?

De plus, il nous dit lui-même qu’il n’était point « illuminé de la vraye clairté de l'Evangile, » tant qu’il enseigna à Paris, et c’est seulement « depuis que Dieu Père très doux, ayant pitié de luy, eut illuminé son entendement, » qu’il poursuivit « beaucoup plus ardemment » sa double entreprise: amener les enfants à l'amour des lettres et de la piété. « Ce qu'a expérimenté, ajoute-t-il, l'escole de Nevers et, un peu après, celle de Bordeaux (où je m’estoye retiré, estant chassé de Paris à cause de l'Evangile). » Or, c’est précisément en 1529-1530 qu'un compte de dépenses nous montre Cordier appelé de Paris à Nevers, On lui alloue 54 florins et 4 sols tournois. Très mal payé, il est obligé par Îa misère de quitter son école. Il est rappelé en 1531-1532: « à maistre M. Cordier principal des escolles 12 livres tournois, affin de luy donner couraige et

élèves, Cordier s’exprime ainsi : « Un principalement me vient en la pensée d’entre ceux que j’ay enseignez à Paris, c’est à scavoir ce grand personnage Jehan Calvin, le quel je nomme par honneur. » Les colloques de Maturin Cordier en latin et en françois, etc. Pour la vefve de Jean Durant. MDXCVIII. — Préface.

1. Colloques. Préface. — 2. Le texte de Launoy ne dit pas expressément qu’il abandonna, puis reprit la classe de grammaire. Le voici: « in theologicum Navaræ sodalitium admissus est... Relicto theologiæ studio, quam ante spartam nactus fuerat hanc excolere atque exornare perrexit. » De Launoy. Regii Navarræ gymnasii Historia, 1677, IL, p. 700.

le mander de venir continuer la bonne œuvre par luy encommancée es dictes escolles. » Il revint; c'est alors qu'il dicta à ses élèves la traduction française des Distiques attribués à Caton. Il en expédia le manuscrit, avec une lettre!, à Robert Estienne, le 12 février 1534.

Mais la réaction cléricale qui suivit l'affaire des placards (octobre 1534) détermina son départ pour Paris, où il ne fit qu'un très court séjour. En janvier 1535, il est marqué avec Caroli, Couraut, Marot, sur la liste des principaux hérétiques de Paris: « adjournez à comparoir en personne, coulpables et accusés d’hérésie ; et furent faits les dits adjournemens à son de trompes par les carrefours de Paris ?. » I] était déjà à Bordeaux.

Et Cordier alla ainsi, portant avec lui son heureuse et féconde méthode ?, recommandant la tolérance, s’il arrive que des bonshommes accompagnent les devoirs d'écriture, quand ceux-ci sont du reste satisfaisants ; prenant garde de mettre obstacle chez les enfants à [a manifestation de la pensée * ; pardonnant volontiers un élève qui fait l'aveu de sa faute ; supprimant les habitudes de délation * ; voulant que les élèves internes puissent sortir seuls en ville et s’habituent à la liberté... méthode protestante, qui cherche à développer l’homme pour développer le chrétien, et qui cherche à développer le chrétien pour développer l’homme ! L'homme! Et jusque dans son dernier livre, au moment où il professe la morale calviniste, Cordier saura se dépouiller à tel point de toute rancune et de toute étroitesse, il saura tellement rester humain, que son ouvrage sera employé pendant deux siècles dans les écoles catholiques, sans autres modifications que quelques retranchements dans la préface. Voilà bien celui « qui, dans ses Epitres chrétiennes, reprochait à une partie de ses frères de croire avoir la foi, quand ils avaient déclamé contre l’antechrist. Ce qu'il faut, ajoutait-il, c’est changer de vie. La vraie foi « besongne par charité °. »

4. Disticha moralia nomine Catonis inscripla cum gallicu interpretatione, etc. MDLXKXV. Ce petit livre précéda, avec avantage, les Epilome, les Selectae, les De viris, et eut de fréquentes réimpressions, Ce qui nous y intéresse, ce sont les corrections faites aux préceptes païens. Exemple : « Aime les autres de telle sorte que néant moins tu aimes principalement toymesme. C’est la doctrine des Payens et idolâtres. Mais voici qui est commandé aux chrestiens. Tu aimeras ton prochain comme toy mesme. Ton prochain, c’est tout homme, dit saint Augustin. » (P. 22; voir p. 31 et 41.) Il va plus loin quand il parle de l’inutilité de l’encens : « Apaise Dieu par de l’encens : Pas même par de l’encens. Quelques-uns conservent encore cette coutume instituée dans l'Ancien Testament... Le vrai encens ce sont les prières faites avec une foi non feinte, d’un cœur pur, avec une bonne conscience... » (Cette observation est en latin dans le texte, p. 109.) — C’est ainsi, sans prodiguer ses réflexions, que Cordier laisse deviner qu’il n’aime pas la messe, qu’il a foi en la Bible, et surtout qu'il regarde la piété comme le premier des biens. (Voir :

Bulletin, XXXI, p. 39, 40.) — Nous nous sommes servi de l’exemplaire de la Société du Protestantisme. — 2. Bulletin, X, p. 39 ; XI, p. 253. — 3. Elle ne réussit pas moins à Bordeaux qu'ailleurs : c’est du collège de Bordeaux que sortirent les Scaliger, les Montaigne, les La Boëtie. — 4. Quicherat, [., p. 235. — 5. De corr. serm. emend.

Préface. — 6. L, Massebieau. Les colloques scolaires du XVIe siècle et leurs auteurs (1480-1570). 1878. Mathurin Cordier, p. 205-243. — Revue chrétienne, 1876, p. 105-111. Nouvelle communication sur Mathurin Cordier, par Massebieau.

Mais Calvin ne fut pas seulement soumis, d’une manière générale, à l'influence de Cordier, de ses conseils, de ses conversations : il recut aussi de lui, au moins en grande partie, quelque chose de particulier, ce qui devait être une de ses plus grandes forces, son style. Voici comment. Le langage traversait alors une crise redoutable. Le latin devenait de plus en plus langue morte, et les écoliers le traitaient avec un mépris croissant. Mais le français ne s’émancipait qu'avec peine. À un mauvais latin correspondait un français qui n'était pas encore bon. « Aujourd'huy, disait Olivétan, l’ami de Calvin et l’un des fondateurs trop méconnus de notre langue, pour la plus part le Françoys est meslé de Latin et souvent de motz corrompus. » Et quand il voudra traduire la Bible, il ajoutera : « le languaige Françoys n’est que barbarie, » et il comparera son travail à celui de l’homme qui voudrait « enseigner le doulx rossignol [c'est-àdire le grec et l’hébreu], à chanter le chant du corbeau enroué » [c’est-à-dire le français].

Les livres de Cordier nous montrent jusqu'à quel point ces jugements étaient justes. Voici quelques spécimens du jargon qu'ils s'efforcent de corriger, et qu’ils commencent par citer :

« Parvus garsonus bavat super sese ; — capis me pro uno alio ; — vadamus ad pormenandum nos ; — quando ego veni de ludendo, ego bibi unum magnum vitrum totum plenum de vino, sine deponendo nasum de vitro, — tu habes tortillon [tort]; — Faciemus hodie bonum cherubim [chère, bombance]; — Comedi unum grossum boudinum ; — In prandendo non facit nisi lichare suos digitos ; — Ipse comedit tantum quod se crevat... »

Rabelais, avec sa grosse verve, a composé dans ce style tout un discours, où les solécismes, les barbarismes, le français et le latin se mêlent et se heurtent avec une vérité et un comique parfaits. C’est Janotus, le vieux tousseux, qui est délégué par les Parisiens afin d'obtenir la restitution des cloches de Notre- Dame :

« Si vous nous les rendez à ma requeste, je y guaigneray six pans de saulcices et une bonne paire de chausses, que me feront grand bien à mes jambes ; ou i1z ne me tiendront pas promesse. Ho! par Dieu, Domine, une pair de chausses est bon, ef vir sapiens non abhorrebit eam. Ha, Ha, il n’a pas pair de chausses qui veult. Je le scay bien, quand est de moy. Advisez, Domine. Il y a dix-huyt jours que je suis à matagraboliser ceste belle harangue : Reddite quæ sunt Cæsaris Cæsari, et quæ sunt Dei Deo. Ibi jacet lepus. Par ma foy, Domine, si vous voulez souper avecques moi in camera, nos faciemus bonum cherubim. Ego occidi unum porcum et ego habet bon vino. Mais de bon vin on ne peult

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