‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 25 sur 156 · Opera IIT, p. XxIv · texte numérisé non relu

Opera IIT, p. XxIv

faire maulvais latin. Or sus, de parte Dei, date nobis clochas nostras. Tenez, je vous donne de part la Faculté ung sermones de Utino que utinam vous nous baïllez nos cloches. Vultis etiam paradoxos ? Per diem vos habebitis et nihil poyabitis !.»

Et ce n’était pas seulement le latin de cuisine : c'était le style macaronique le plus détestable qui s’intronisait.

Pour comble de malheur, ceux qui fuyaient ce ridicule tombaient dans un autre. Sous prétexte de ne se servir que de mots français, ils ne se servaient que de mots latins francisés ou, comme le dit encore Olivétan « de termes sauvaiges emmasquez et non accoutumez, lesquels sont escorchés du latin ?. » Quelques lignes de Rabelais encore vont nous faire comprendre de quoi il s’agit. C’est un étudiant qui raconte sa vie à Paris :

« Nous transfrétons la Sequane au dilucule et crépuscule ; nous déambulons par les compites et quadriviers de l’'Urbe, nous despumons la verbocination latiale, et, comme verisimiles amorabonds, captons la bénévolence de l'omnijuge, omniforme, et omnigene sexe féminin... ; puis cauponisons es tavernes méritoires de la Pomme de Pin, du Castel, de la Magdaleine et de la Mulle*. »

Tel était l’état de la langue française au moment où Calvin étudiait au collège de La Marche.

La grande réforme de Cordier fut de séparer le français et le latin. Il se sert du français, mais pour que les enfants comprennent ses explications sur le latin; pour qu’ils se rendent mieux compte du génie de la langue latine, et ne s’habituent pas à défigurer ce latin qu’ils ne savent pas encore.

Et naturellement cette réforme fut très utile au français, d'autant plus que Cordier maniait cette langue en maitre, avec un charme pénétrant. On a eu tort de le contester.

Mais on a eu tort aussi de contester * que Cordier obtint ce résultat presque sans le vouloir. Ce dont il se préoccupe, c’est uniquement du latin, du latin vrai, du latin pur et classique. I1 le dit au début de sa carrière : « Que les enfants aient honte, même avec leurs mères, de se servir de la langue nationale, « vernaculaŸ, » Et il le répète à la fin de sa carrière, dans le colloque suivant :

« Combien d’ans a ton frère? — Cinq ans. — Que dis-tu ? il parle desja latin. — Pourquoi en es-tu esmerveillé? Nous avons tousjours à la maison un pédagogue et docte et diligent : il nous apprend tousjours à parler latin; il ne dit rien en

4, Rabelais, Liv. I, ch. XIX. — 2, Opera, III, p. xx1V. — 3. Rabelais, Liv, I, ch. 6. — 4. E. Berthault. Mathurin Cordier et l’enseignement chez les premiers caluinistes, p. 21. — J. Bonnet force aussi un peu la note quand il écrit : « Cordier osa le premier enseigner en français, et, par un système de rapprochements ingénieux, il sut mettre en lumière les rapports et les contrastes des deux langues qu’il avait profondément étudiées, » Bulletin, XVII, 452. Ce fut le résultat, ce ne fut pas le but : quelque chose de plus ou moins analogue à ce qui se passe aujourd’hui dans le midi de la France, à propos du Provençal. Les Félibres, comme le frère Savinien, directeur des écoles chrétiennes d’Arles, demandent « l’enseignement du français par le provençal, » et prétendent que par ce contact et cette confrontation les deux langues s’épureraient l’une l’autre. (Congrès tenu à Avignon en septembre 1896.) Voir aussi la thèse de M. Puech: Un professeur du seizième siècle, M. Cordier. Montauban. 1896. — 5, De corr. serm. emend.

françois, sinon pour déclarer quelque chose, voire mesme nous n’osons parler à nostre père sinon en latin. — Ne parlez-vous donc jamais françois ? — Seulement avec nostre mère, et ce à certaine heure, quand elle commande qu’on nous appelle à soy. — Que faites-vous avec la famille [les domestiques] ? — Nous ne parlons guère et souvent avec eux, dans la maison, et encore seulement en passant, et toutefois les serviteurs mesmes parlent à nous en latin. — Et les chambrières ? — Si quelquefois le besoin et la nécessité requiert que nous leur parlions, nous usons du langage françois, comme nous avons coustume de faire avec nostre mère. — O que vous estes heureux, qui estes enseignez si diligemment ‘. »

Hélas! dirons-nous au contraire, pourquoi donc faut-il que l’homme le plus supérieur à son époque, lui reste encore attaché par quelque endroit? Le doux, le tendre Cordier a des paroles dures pour les mères ! Il met les mères sur la même ligne que les servantes. Il sacrifie l’amour de la mère à l’amour du latin.

Ce n’est donc pas à Cordier que Calvin emprunta l’usage de la langue française pour s'adresser au peuple de France. Mais il reçut de lui cette élégance latine, que ses ennemis n’ont jamais niée. À lui il dut de pénétrer dans le génie latin, de s’en emparer, et de le faire pénétrer à son tour dans la langue française, telle qu’il l’écrivit, cette langue si nette, si forte, si pleine, si sobre, et si ample*. Le jugement de M. Lefranc reste donc vrai: « Qui sait si ce prodigieux talent littéraire, qui fut pour son œuvre de réformateur une arme si puissante, se fût développé à ce point sans l'initiative de ce profond éducateur *? »

Personne n'avait mieux le sentiment de ce qu'il devait à Cordier, que Calvin lui-même. Aussi, en témoignage de sa profonde gratitude, le réformateur dédia à son ancien maître son Commentaire de la première Epiître aux Thessaloniciens (20 mars 1550). Il faut voir avec quelle fraîcheur de souvenir, avec quelle vivacité de sentiment, au bout de trente ans, il parle encore de son trop rapide passage au collège de La Marche:

« Lorsque enfant, ayant à peine goûté aux rudiments de la langue latine, mon père m'eut envoyé à Paris, tu me fus donné par Dieu (divinitus) pour très peu de temps (exiguum tempus) comme précepteur : assez pour m’enseigner la

1. Colloques, p. 186-187. Colloque 50. « Qu'il se faut exercer de jeunesse en la langue latine. » — 2. Il faut noter ici la déclaration contenue dans l'Ordre et maniere d'enseigner en la ville de Genève au Collège : « On instruit ordinairement les enfans ès trois langues les plus excellentes, c’est a scavoir en Grec, en Ebreu et en Latin : encore sans compter la langue francoyse : laquelle touteffoys (selon le jugement des gens scavans) n’est pas du tout à mespriser. » Ce programme fut rédigé, selon M. Herminjard, en décembre 1537, et publié en latin le 12 janvier 1538. « Il fut sans doute composé par Antoine Saunier, principal du collège, et revu par Calvin et Mathurin Cordier. » (Herminjard, IV, p. 455). La traduction se trouve dans un opuscule publié chez Jean Gérard, le 12 janv. 1538, et reproduit par Bétant dans sa Nofice sur le Collège de Rive. — 3. Lefranc, p. 61.

vraie méthode d'apprendre et me permettre ensuite de mieux profiter... Grâce à la préparation, j'ai été aidé de telle sorte que, à juste titre, je te rapporte tous les progrès que j'ai pu faire dans la suite. Et j'ai voulu en rendre témoignage devant la postérité : si elle retire quelque utilité de mes écrits, qu’elle le sache : c'est en partie à toi qu'elle le doit!. »

Et on a accusé Calvin d’avoir ignoré la reconnaissance! Et on a écrit : « Cœur froid, qui ne garde la mémoire que d’une injure?! » Il fit plus.

Cordier était à Bordeaux, au moment où Calvin s’efforçait de fonder à Genève un collège digne de la Réforme. L'ancien élève de La Marche pensa tout de suite à son ancien maitre et l'envoya chercher. « Et pour ce que M. Courderius estoit homme expérimenté en telles choses, (nous raconte Froment), et comme l’on dict le plus apte et convenant à exercer Escolles que homme de nostre temps aye esté en la langue francoyse, fust envoyé querir en France en une ville qu'on appelle Bourdaux dans la quelle estoit Regent et amena beaucop de gens scavans avec luy‘. »

Bientôt après il suivit Calvin et Farel dans leur exil. Accueilli à bras ouverts par les Neuchâtelois, il dirigea leur collège pendant sept ans. Puis en 1545, il s'établit à Lausanne, et y enseigna pendant douze ans. Quoiqu'il dirigeât l’école, et eût le titre de directeur (ludi magister),il régentait, non pas la première classe, mais sa classe de prédilection, la cinquième.

Après s'être retiré de l’enseignement, il resta quelque temps encore à Lausannef; puis, en 1559, voyant l'académie de Genève inaugurer ses cours, il ne put résister à la tentation d’aller finir ses jours dans la capitale de la Réforme. « Dieu, dit-il, père très bénin, m'y a ramené pour la seconde fois, ayant pitié de ma vieillesse... comme en un port très asseuré après plusieurs travaux et infinis dangers. » Le 13 octobre, il présenta une requête pour obtenir un logement dans la maison de Rive, ce qui lui fut accordé; et quatre mois après, il était logé dans la maison de Saint-Aspre, à côté de l'Hôtel-de-Ville, immeuble appartenant à la seigneurie, où demeurait Viret « lequel l’eut pour

Cour du collège de La Marche (en 1779) 3. (p.57)

1. Opera, XIII, p. 525. — 2. Audin, o. c., p. 15. — 3. Histoire de Paris avec la description de ses plus beaux monuments, dessinés et gravés en taille douce par F. N. Martinet. 1779-1780. — 4. Froment, Les actes et gestes merveilleux de la cité de Genève, éd. Revillod, p. 234. — 5. France protestante, 2e édition. M. Cordier, p. 66. — 6. Il y habitait une maison, qu’il avait achetée « située à la bandière de la cité, prez le grand Temple,» France protestante, id., p. 686.

bien agréable. » Mais comme l’illustre pédagogue était dans le plus complet dénuement, on fit une collecte en sa faveur, et la seigneurie donna 10 florins. — Enfin, le 16 février 1562, la classe de cinquième étant devenue vacante, Cordier y fut nommé à l’âge de 82 ans'.

Ainsi, à mesure que la vieillesse le courbait vers la terre, il se rapprochait toujours plus de ses plus petits disciples, et avant de mourir il mêlait en souriant sa chevelure blanche à leur chevelure blonde. Deux ans après, en 1564, il publia ses célèbres Colloques, qui pendant trois siècles devaient passer d'école en école et être réimprimés même de nos jours. Souvent ses amis l'avaient pressé « de mettre quelque chose en lumière pour le profit des enfants.» Et il avait écrit divers opuscules. Mais il ne trouvait pas le temps de les revoir: « D'autant que (ce que j'ay toujours fait) je m'addonnoye tellement à mes escoliers que je ne me laissoy pas seulement les heures qu’on a de relasche libres. » « A la parfin, » il rencontre un homme selon son plaisir, qui l’aide à enseigner ; il prend en main son vieux manuscrit, et « comme si je l’eusse reveillé d’un long dormir, il m'a semblé bon de le revoir le matin (c’est à dire au temps que je n’enseignoy point). » Un dernier mot résume ce nouvel ouvrage et toute cette vie: « J'ay tous jours principalement desiré, et j'ay mis peine que les enfants s’y soient exercés tout le temps que j'ay eu ceste charge, c’est assavoir pour conjoindre la piété et bonnes mœurs avec l'élégance des lettres. » C’est signé: « À Genève, ce 6 de Feb. l’an de nostre salut 1564*, et de mon age le 85. »

Il fit une dernière fois sa classe. Trois jours après, il plut à Dieu « de l'appeler de ce monde et l'alloger en repos qu'il a préparé à tous ses fidelles*, » (Calvin l'avait à peine devancé de quatre mois), et l’on écrivit sur les registres de la Vénérable Compagnie : « Le vendredi 28 sept. 1564, mourut le bon homme Corderius, en grand age, heureusement, et ayant servi jusques à la fin, en sa vocation d'enseigner les enfants et conduire la jeunesse, en toute sincérité, simplicité et diligence, selon la mesure qu’il avait reçue du Seigneur‘. »

Calvin resta peu de temps au collège de La Marche. On sépara le maître et l'élève également incomparables. Pourquoi? Calvin nous le dit en ces mots: « parce qu'un homme inepte (stolidus) dont la volonté, ou plutôt le caprice, dirigeait nos études, nous fit tout de suite avancer d’une classe. » Il s’agit du

4. A. Bétant, o. c., p. 16, 17. — 2. La France protestante fait paraître les Colloques en 1563. Il faut, ce semble, citer une phrase de M. Massebieau (p. 242) : « Barbier signale une édition de Genève, de 1563. Ce ne peut être que fautivement, puisque la date de la préface porte 1564.» — 3. Testament de Cordier, du 27 septembre 1563, conservé aux archives de Genève. Cordier léguait à sa fille unique Suzanne, sa bibliothèque, sa maison de Lausanne, et ses deux lopins de terre de Cossonay, France protestante, 2e éd. — 4. « Comme on était alors en temps de peste, on hésita sur la manière dont il serait enterré; mais comme il fut constaté qu’il n’était pas mort de maladie contagieuse, le Conseil décida qu’il ferait honneur à son convoi. » (A. Bétant, o. c., p. 17.)

précepteur des enfants de Montmor. En même temps, ou bientôt après, Calvin changeait non seulement de classe, mais de collège, et allait à Montaigu. Peutêtre que, bénéficiaire de plusieurs cures, ses directeurs trouvèrent bon de le placer dans une école d’un caractère plus ecclésiastique, où il pourrait se préparer visiblement à posséder les bénéfices, qui lui avaient été confiés avant l’âge!.

Cordier avait été le premier maître de Calvin. Montaigu fut le second.

Cordier, c'était l'avenir ; Montaigu, c'était le passé !

Cordier, c'étaient les temps modernes, avec leurs promesses de progrès, de douceur et de libéralisme; Montaigu, c'était le moyen âge, avec l’obstination de sa routine, de sa dureté, de son étroitesse.

Cordier, c'était le commencement de l'éducation protestante; Montaigu, c'était la fin de l’éducation catholique.

Ainsi la Providence faisait parcourir à son élève prédestiné tous les stades d’une évolution qu’il devait finir par diriger.

Fondé en 19.14 par l'archevêque Cour du collège de Montaigu (en 1779). de Rouen, le juge faible et terrible des Templiers, Gilles Aiscelin, le collège de Montaigu avait reçu son nom de son second fondateur, Pierre de Montaigu (1388), évèque de Laon, et sa constitution de son troisième fondateur, le vrai, Jean Standonch*?. Celui-ci était né en Brabant. Après une enfance passée dans la pauvreté, il vint à Paris, où, pour subsister, il fut obligé de remplir les plus vils ministères dans [a maison de Sainte-Geneviève. La nuit, il montait au clocher pour économiser la chandelle, et étudier au clair de lune. Grâce à cette énergie, il devint maître Ès arts, bachelier en théologie, principal du collège de Montaigu (1483), et recteur de l’Université (1485).

Quand il entra au susdit collège, tout était en ruine. La maison n’avait plus que onze sous de rente. Il construisit des logements, une chapelle, une bibliothèque et rassembla 84 boursiers : enfin, en 1502, il rédigea et fit sanctionner son règlement.

Quatre traits caractérisent pour nous l'esprit de ce célèbre collège de Montaigu, qui incarnait lui-même l'esprit de tout l’enseignement, aux premières années du XVI° siècle.

D'abord l’ascétisme.

L'article troisième du réglement ordonnait le silence, « depuis la fin des complies, jusques au son de la messe du lendemain. »

4. Quicherat, I, p. 213. — 2. Plusieurs écrivent : Standouth.

Le quatrième réglait le costume. Les théologiens, prêtres et étudiants en philosophie, devaient être vêtus de noir, avec des manteaux sans plis, « et des chaperons en teste à la façon d'un camail, sinon qu'ils sont cousus devant et derrière, et n'y a ouverture sinon pour passer la teste, ainsi que les portent les frères convers de Saint-Germain des Prez. »

Plus important encore est l’article relatif à la nourriture : « Il est défendu de boire vin et de manger chair, excepté les théologiens et prestres d’avoir une pinte de vin à trois, composée de trois demi-sextiers de vin et d’un demi-sextier d'eau, en considération de leur âge viril et de leur labeur aux études. Pour la pitance, ils auront tous à l'entrée de table chascun la trentiesme partie d’une livre de beurre, des pommes cuites, des pruneaux ou quelque chose équivalent. Plus le potage de légumes (qui sont poix, febves, et autres semblables grains issus de terre), ou de bonnes herbes. Pour la portion des jeunes capettes auront chascun Îa moitié d’un harenc ou un œuf. Les théologiens et prestres auront deux fois autant, c'est scavoir deux œufs chascun, ou un harenc ; pour le dessert un morceau de fourmage ou quelques fruits, si la saison et les moyens y sont. »

Evidemment le principal qui a rédigé ce prospectus avait du sang d’'Harpagon dans les veines. Mais il n’était pas le seul, dans le bon vieux temps, et nous avons les plaintes d’un écolier du XVII siècle, qui disait encore : « J’estois gros et gras quand le malheur voulut me constituer prisonnier de ces ennemis de la nature: mais à peine y eus-je demeuré trois jours, qu'il fallut envoyer mes chausses et mon pourpoint au tailleur pour les estressir !. »

Et cependant, les pauvres capettes de Montaigu, avaient beau habituellement ne pas manger, ils avaient encore des jours dits jours de jeüne.

La maigre pitance était compensée par d'abondantes fouettées : c'est le second trait caractéristique de l'éducation de cette époque en général, et de Montaigu en particulier.

Le fouet était le grand instrument d'éducation, sinon l'unique. On fouettait tout le monde, toujours. Marguerite de Valois avait été fortement fouettée. D’Aubigné avait été fouetté. En 1544, un recteur de l’Université recommandait encore aux maîtres de ne pas ménager les verges à leurs élèves et même de les rouer de coups”. (Acerrime vapulent!) Le portier était le fouetteur en titre. Mais le principal ne dédaignait pas souvent d'y mettre la main. Rabelais nous a conservé précisément le souvenir du principal Tempeste, un des successeurs de Standouth, « le grand fouetteur d’écoliers au collège de Montaigu.» Et Montaigne s’écrie : « Au lieu de convier les enfants aux lettres, on ne leur présente à la vérité que horreur et cruauté; ostez-moi la violence et la force... cette police de la plus part de nos collèges m'a tousjours depleu.... C’est une vraye geaule de jeunesse captive.... Arrivez-y sur le poinct de leur office: vous n’oyez que cris, et

1. Tarsot, p. 117. — 2. Franklin. La vie privée d'autrefois. Ecoles et collèges, 1892, p. 139.

d’enfans suppliciez, et de maistres enyvrez en leur cholère... les guidant d’une trongne effroyable, les mains armées de fouets !. »

Comme la réputation de Montaigu * l’emportait sur toutes les autres, il n’est pas étonnant que ce collège ait fini par apparaître comme l'idéal de la maison de... correction : « Tellement, raconte encore un historien du XVII* siècle, que quand il y avoit quelque père ou mère à Paris molestez et attediez de leurs enfans mal vivans et incorrigibles, on leur conseilloit de les enfermer à Montaigu afin de les ployer, adoucir dessous la verge d’humilité, et de les réduire à la voie de vertu, de laquelle ils estoient esloignez par mauvaise compagnie et trop grande liberté *. »

Troisième trait : une saleté indicible. Bornons-nous à constater que d’une manière générale les collèges interdisaient à leurs élèves de porter les mains à la tête pendant le repas. C'était trop dangereux. Et laissons parler deux capettes illustres de Montaigu, Erasme et Rabelais.

D'où viens-tu, demande un interlocuteur des colloques d'Erasme? — Du collège de Montaigu. — Tu nous reviens donc chargé de littérature ? — Bien plutôt de poux‘.

Rabelais, lui, nous dépeint son héros arrivant chez son père, après quelquesunes de ses aventures extraordinaires, et se mettant en train de se coiffer. Il prend son peigne « qui estoit grand de cent cannes, appoincté de grandes dents de éléphants toutes entières.» À chaque coup de peigne il fait tomber d'énormes boulets, qui lui étaient restés dans les cheveux. « Ce que voyant, Grangousier son père, pensoit que feussent poulx et luy dist : Dea, mon bon filz, nous as-tu aporté jusques icy des esparviers de Montagu ? Je n’entendoys que là tu feisses résidence. — Adonc Pornocrates respondit : Seigneur, ne pensez pas que je l’aye mis au colliège de pouillerie, qu'on nomme Montagu : mieulx l’eusse voulu mettre entre les Guenaux de sainct Innocent, pour l'énorme cruaulté et vilenie que j'y ay congnue. Car trop mieulx sont traictés les forcez [forçats] entre les Maures et Tartares, les meurtriers en la prison criminelle, voir certes les chiens en vostre maison, que ne sont ces malautruz au dict colliège. Et si j'estoys roy de Paris, le diable m'emport si je ne metoys le feu dedans, et faysoys brusler et principal et régents, qui endurent ceste inhumanité davant leurs yeulx estre exercée ”.»

Enfin, quatrième trait : le {ravail, un travail aussi exagéré que la saleté, la barbarie et la famine. On se demande où les élèves prenaient les forces. En tout

4. Essais de Montaigne. Liv. I, ch. XXV. — 2. En 1522, dans son traité De Conscribendis litteris, Erasme, parlant des Béda et des Quercu, qui enseignaient à Montaigu au moment même où s’y trouvait Calvin, écrit : « Ce roussin d’Arcadie, vêtu de la peau du lion, trop ignare pour se faire écouter avec plaisir de ses disciples, trop grossier pour aimer ou être aimé, bourelle les malheureux qu’il ne saurait rendre lettrés, puis qu’il est lui-même sans lettres. Il les assourdit de cris et d’insultes.. Si tu ne peux te passer de faire le maître, va épouvanter de ta grosse voix les bœufs et les ânes. » Cité par Massebieau. Mathurin Cordier. À propos d'une soutenance à la Sorbonne, Revue chrétienne, 1875, p. 762. — 3. Tarsot, p. 113. — 4. Ibid., p. 114. — 5. Œuvres de Rabelais, Liv. I, ch. 37.

7e ANNÉES D'ÉTUDES

cas le programme que voici va nous montrer qu’ils avaient besoin d’en avoir beaucoup.

À 4 heures du matin, lever. Un élève de philosophie, chargé des fonctions d’éveilleur, parcourait les chambres, et en hiver y allumait les chandelles.

De 5 à 6 heures, leçon.

À 6 heures, messe. Puis premier repas, composé d’un petit pain.

De 7 à 8 heures, récréation.

De 8 à 10 heures, lecon.

De 10 à 11 heures, discussion et argumentation.

À 11 heures, dîner, accompagné d’une lecture de la Bible, ou de la Vie des saints. Le chapelain disait le Benedicite et les Grâces, auxquelles il ajoutait une exhortation pieuse. Le principal prenait ensuite la parole, adressait des éloges ou des blämes aux élèves, annonçait les punitions, les corrections méritées la veille.

De midi à 2 heures, revision des leçons, travaux divers.

De 2 à 3 heures, récréation.

De 3 à 5 heures, leçon.

De 5 à 6 heures, discussion et argumentation.

À 6 heures, souper.

À 6 heures et demie, examen du travail de la journée.

À 8 heures en hiver et à o heures en été, coucher.

Ainsi condamné au jeûne et au travail forcés, plus d’un capette succombait.

Erasme réunit tout ces traits dans le tableau suivant: «J'ai vécu il y a trente ans, dans un collège de Paris où l’on brassait tant de théologie que les murailles en étaient comme imprégnées ; mais je n’en ai pas rapporté autre chose que des humeurs froides et une multitude de poux... Les lits étaient si durs, la nourriture si chétive, les veilles et les études si pénibles, que maints jeunes gens de grande espérance, dès la première année de leur séjour dans ce collège, devenaient fous, aveugles ou lépreux, quand ils ne mouraient pas... Plusieurs chambres à coucher, étant situées près des lieux d’aisance, étaient si sales et si infectes qu'aucun de ceux qui y ont demeuré n'en est sorti vivant, ou sans le germe d’une grave maladie. Les punitions, consistant en coups de fouet, étaient administrées avec toute la rigueur qu’on peut attendre de la main du bourreau... Le principal du collège voulait faire des moines de nous tous, et, pour nous Does à jeûner, 1l nous privait absolument de viande. O combien d'œufs pourris j'ai mangé là ! que de vin moisi j'y ai bu.

Au moment où Calvin entra à Montaigu, le Prinéipal était le fameux Noël Béda, qui avait été appelé par Standonch lui-même, dès avant 1502. Un instinct sûr avait rapproché les deux hommes. Noël Béda, avec qui nous ferons bientôt plus ample connaissance, « l'esprit le plus mutin et le plus factieux de son temps*,»

4. Traduit par M. Stapfer, Rabelais, 3e éd., p. 220. — 2. Histoire ecclésiastique pour servir de continuation à celle de Monsieur l'abbé Fleury, XXVI, p. 242.

finit par être tellement occupé aux procès qu'il intentait ou qu'on lui intentait, que, en 1524, il se fit aider par un sous-directeur, Pierre Tempête, et, en 1528, par Jean Hugon!.

Calvin fut donc élève de Béda' et de Tempête, et il profita de Montaigu comme il avait profité de Cordier.

Au collège de Montaigu, nous dit Bèze, il eut pour maître un Espagnol, qui ne manquait pas de science. « Son esprit déjà très fin (acerrimus), fut encore poli par lui. Il fit de tels progrès, que, laissant ses camarades à l'étude de la grammaire, il passa à l'étude de la dialectique et de ce qu’on appelle les autres arts?. »

Cordier l'avait préparé à écrire, Montaigu le prépara à discuter.

« On dispute avant le diner, écrivait Vivès en 1531, on dispute pendant le diner, on dispute après le dîner, on dispute en public, en particulier, en tous lieux, en tous temps. » — « On discute à la fin de savoir si le porc qu'on mène au marché pour le vendre est tenu par l’homme ou par la corde’. »

La discussion, l’art formel de la discussion, c'était tout ce qui restait à l’éducation du moyen âge. Calvin le lui prit : se réservant de verser le vin nouveau de l'Evangile dans ces outres vides, mais solides, de la scolastique.

En même temps que ce développement intellectuel, se poursuivait le développement moral. Arrivé à Paris, âgé de quatorze ans, Calvin allait en partir âgé de dix-neuf ans. L'enfant était devenu un jeune homme au caractère presque définitivement formé.

Savons-nous ce qu'était ce caractère ?

Calvin, nous répond Kampschulte, l'historien catholique, remplissait ses devoirs religieux et autres avec une exactitude scrupuleuse (/ebendiges Pflichtgefühl, grosse Gewissenhaftigkeit)*. Voilà un bel éloge, et qui pourrait nous suffire, si l'historien, plus asservi qu'on ne l’a dit aux préjugés de ses coreligionnaires, ne s'était pas hâÂté d’amasser, autour de cet éloge, toutes les critiques de la légende catholique. Et nous ne saurions même pas le féliciter complètement d’en avoir au moins écarté ce qu’elle a de plus manifestement calomnieux. Car, en la rendant plus vraisemblable, il l’a seulement rendue plus dangereuse.

D’après Kampschulte, Calvin, à Paris, avait un caractère « renfermé en luimême; »… quelque chose « de sévère, de dur ; »... il menait une vie « silencieuse, retirée, » « fréquentait peu de personnes; »... son caractère « sévère, raide, et cependant timide et retenu »... ne semble pas « l'avoir fait beaucoup aimer. » Au contraire, « il semble qu’il ait indisposé contre lui presque tous ses

4. Du Boulay, VI, p. 964. — 2. Bèze. Wie de Calvin, 3° éd., Opera, XXI, p. 121. — 3. Tarsot, p. 125. — 4. Kampschulte, p. 224.

camarades ».... « Si l’on peut ajouter foi à des indications postérieures, on faisait de ce petit incommode Picard, la cible de réflexions railleuses, et on lui donnait un surnom peu flatteur!.... »

Ce triste portrait a été reproduit par les historiens français. Citons seulement ceux dont l’impartialité semble la mieux établie. Quicherat, après avoir affirmé que Jean Calvin fut l’incarnation de « l'esprit de secte, » ajoute : « Il n’eut jamais les goûts ni l’abandon de l'enfance. Mélancolique et réfléchi... l'indulgence ne fut jamais dans sa nature?.» M. Jourdain, dans Paris à travers les âges, de Hofbauer, déclare que Montaigu et sa discipline fortifièrent encore dans « l’impitoyable sectaire, la dureté de caractère dont il donna plus tard des preuves si tristement célèbres *. » — Or précisons les faits. :

Après avoir raconté ses succès et ses progrès, la seconde édition de la Vie de Calvin, par Bèze, continue : « Quant à ses mœurs, il estoit surtout fort consciencieux, ennemi des vices, et fort adonné au service de Dieu qu’on appelloit pour lors'. » — Et la troisième édition ajoute : « Son père l'avait dès le commencement destiné à l'étude de la théologie : il avait compris qu'il y inclinait naturellement, en voyant que dès son âge le plus tendre, il était religieux, d’une manière admirable, et censeur sévère (severus censor) de tous les vices chez ses compagnons. C’est ce que je me rappelle avoir entendu dire, même par des témoins catholiques autorisés, bien des années après, alors que son nom était célèbre’. »

Un adolescent très pieux, dont la piété a comme trait distinctif la moralité, une moralité sévère : tel était Calvin, à Paris, et voilà le grand éloge que les catholiques eux-mêmes lui ont rendu.

La légende catholique a transformé l'éloge en critique : voici comment.

Le Vasseur, qui, nous le savons, accepte contre notre réformateur toutes les accusations, même les plus niaises, raconte (en s’appuyant assez vaguement‘ sur Baudoin, un grand calomniateur, qualifié pour la circonstance de « homme de bien et modeste ») que ses camarades l’avaient appelé accusativus, accusatif. — La transformation est opérée: Ce qui était une vertu, l’austérité, est devenu un vice, la dénonciation.

Kampschulte cite très exactement Le Vasseur, maïs ne se donne pas la peine de vérifier sa prétendue citation, et parle plus vaguement encore que lui d’une notice de Baudoin. Avec une de ses restrictions habiles, dont les historiens. catholiques sont trop coutumiers, 1l ajoute : « S1 l’on peut ajouter foi à des indications postérieures. » S1/! Mais qui donc doit décider si l'on peut ajouter foi à cette indication postérieure ? le lecteur ou l’auteur? Et puisque Kampschulte ignore la valeur de l’accusation, pourquoi la répète-t-1l ?

Puis vient Audin, « l’inepte pamphlétaire » : malheureusement pour la légende. Car il a fourni à Quicherat (peu suspect) l’occasion de mettre le pied sur la calomnie et de l’écraser définitivement : « Il aurait été de plus un

1. Kampschulte, p. 224, 225. — 2. Quicherat, I, p. 205, 211. — 3. Hofbauer, Paris à travers les âges, Le petit Chätelet et l’Université, p. 19. — 4. Opera, XXI, p. 54. — 5. Ibid., p. 122. — 6. Il met en marge: Fr. Bald. Apol. 2. contra Cal. Le Vasseur, p. 1158.

délateur infatigable, au dire de M. Audin, qui rapporte à cet égard que les camarades du jeune Calvin l’avaient surnommé l’accusatif, et qu'ils disaient de lui : « Jean sait décliner jusqu’à l’accusatif. » Mais on voudrait savoir où le passionné biographe a ramassé ce trait. Il dit que c’est dans la seconde apologie du jurisconsulte Baudoin. Nous ne connaissons de Baudoin qu'un ouvrage auquel cette indication puisse convenir, c’est la diatribe intitulée : Responsio altera ad Johannem Calvinum, et l’'anecdote rapportée par M. Audin ne s’y trouve pas!. »

Peut-être nous est-il permis d'indiquer plus précisément la source de cette calomnie légendaire. Le Vasseur a tout simplement appliqué à Calvin ce que Calvin rapporte du cousin de Baudoin, Antoine, « le quel pour la grande subtilité qu'il avoit à desrobber, ses compagnons d’escole nommèrent ablatif?.» Embrouillant l'ablatif avec l’accusatif, et Baudoin avec Calvin, Le Vasseur écrit : « Les camarades l’avaient appelé accusatif; pour le bien louer, disait-on, qu’il scavoit décliner jusques à l’accusatif et rien davantage. » Ce dernier trait montre la sottise de l’allusion appliquée à un élève qui toujours dépassa merveilleusement ses condisciples.

Voilà qui est bien. Malheureusement pour M. Quicherat lui-même, Calvin fut aussi peu un ermite qu’un dénonciateur. La vérité est au contraire que son existence à Paris s'écoula au milieu de relations très nombreuses et très agréables.

Nous connaissons déjà les trois jeunes Montmor, Joachim, Yves et Claude, ses amis d'enfance, avec lesquels il conservait sa familiarité.

A ces compagnons, il faut tout de suite joindre les fils du célèbre Guillaume Cop, venu de Bâle pour être premier médecin des rois Louis XII et François I. Les jeunes Cop étaient au nombre de quatre*. Calvin fut étroitement lié avec Nicolas, le troisième, qui avait quatre ans de plus que lui. En 1530, Nicolas était professeur de philosophie au collège Sainte-Barbe, et son amitié pour notre réformateur en fit le héros de l'aventure du 10 octobre 1533. Le quatrième des frères était Michel : son amitié pour Calvin l’attira plus tard à Genève, où il fut longtemps pasteur °.

On voit que Jean Calvin était en bonne et haute société, entre la famille des Montmor-Hangest, dans laquelle se trouvaient réunis pour le moment l'office du grand échanson de France, et le siège épiscopal de Noyon, et la famille Cop,

1. Quicherat, I, p. 212. — 2. Briefve Epistre de M. Jean Calvin, mise au devant de la response de Th. de Bèxe aux injures de François Balduin, Apostat Ecebole. Recueil des opuscules, c’est-à-dire Petits traictex de M, Jean Calvin. Genève, Baptiste Pinereul, MDLXVI, p. 1919. — 3. Le Vasseur, p. 1158. — 4. On discute pour savoir si Calvin resta aussi lié avec l’aîné des Cop, Jean, devenu chanoine de Clery-sur-Loire, près d'Orléans. D’après M. Herminjard (IT, 348, n. 12), c’est à lui que Calvin aurait adressé les lettres dont il parle à son ami Daniel. M. Doinel le conteste. (Bulletin du protestantisme, XXVI (1877), p. 176.) — 5. France protestante, 2° éd., article Cop., IV, 615-617.

dont le chef était l’un des membres les plus anciens et les plus glorieux de l’Université de Paris.

Sans aucun doute, Calvin dut encore avoir des relations avec son compagnon Jean Fernel de Montdidier, venu la même année que lui à Paris, l’illustre savant dont la France s’honore ? ; — et avec Nicolas Durand de Provins, neveu d'un chanoine de Noyon, et plus tard célèbre sous le nom de Villegagnon. Ce fut le triste héros de l’expédition envoyée par Coligny au Brésil, en 1555. Après l'avoir odieusement fait échouer, il rentra en France et dans le catholicisme, d’où 1l n'aurait jamais dû sortir, — et avec le chanoine de Noyon, alors professeur au collège de Bourgogne, Antoine de Mouchy. Au moment où nous sommes, il est adversaire ardent de la scolastique; il appelle ses maîtres « des débitants de fumée à trois liards la portion, des idolâtres de la niaiserie et de l’aberration. » Plus tard il changera d’idée et de nom, et devenu Democharès, confident et familier du cardinal de Guise, commissaire au procès d'Anne du Bourg, pourvoyeur de la chambre ardente, il sera une des gloires les plus odieuses de l’inquisition. Grâce à lui « les catholiques triompheront à Noyon du clan protestant *. »

Tous ces Noyonnais, tous ces Picards, et d’autres encore faisant partie de la même nation, suivaient les mêmes règlements et vivaient d’une vie presque commune.

Que de relations pour un jeune ermite, sauvage et grincheux ; et surtout que d’amitiés profondes, inaltérables, pour ce cœur froid et sec, d’où ne s'échappaient que des rancunes et des délations ! Mathurin Cordier rejoindra Calvin à Genève. Les Montmor suivront Cordier. Les Cop suivront les Montmor. Une fois que l'on a approché ce censor severus, on ne peut plus s’en séparer. La séduction est irrésistible.

Ecoutons M. Lefranc constater ce fait étonnant : « Les sympathies qu’il inspira dès ce moment dans son entourage, parmi ses maitres aussi bien que parmi ses condisciples, témoignent assez qu'il savait allier à un grand sérieux, à une excessive application au travail, une affabilité qui lui gagnait tout le monde. Nous aurons l’occasion de constater ce fait plus explicitement, pour

1. C’est sans doute à ce moment que Calvin fit la connaissance de François de Connan, fils d’un maître de la chambre des comptes, qu’il devait retrouver à Orléans, et qui fut un de ses plus intimes amis. (Herminjard, II, p. 315, No 1.) — 2, Lefranc, p. 68. — 8. Ibid., p. 69. Des actes du 10 octobre 1539 l’appellent « l’athlète sorbonnique très invincible. » Il fut recteur, cette même année, et mourut en 1574 rassasié de jours. (Du Boulay, p. 919.) — Mézerai, signalant les terribles persécutions qui suivirent l’édit de novembre 1559, dit que le peuple appela les espions de Mouchy : mouchards. Cette étymologie a été acceptée par Elie Benoit, et l’on s’est demandé si Mouchy n’avait pas précisément changé de nom pour éviter la honte de ce sobriquet. (Bulletin, X, p. 111, 439 et XI, p. 115.) Quelques lignes suffront pour montrer les sentiments de Democharès vis-à-vis du calvinisme. Elles sont extraites de « l’Epistre de M. Antoine Democharès, docteur et chanoine de Noyon, mise devant son petit œuvre De veritate Christi… Clericis et Laicis, Novio. Anno 1570, tertia februarii ex sorbonico collegio. » Le calvinisme c’est « la sentine très puante de tous les vices et de toutes les erreurs; » les dogmes de Calvin sont «les poisons d’un serpent. » « Il n’est pas de région que n’ait mordue et infectée de sa rage et de sa morsure vipérine ce chien de

Calvin. » (Le Vasseur, p. 1179.)

les années passées à Orléans et à Bourges et pour le second séjour à Paris. Le ton même des lettres qui nous sont parvenues touchant cette période montre Calvin sous un jour tout à fait différent de celui sous lequel on est accoutumé à le considérer. »

Et, déchirant les pages de ce qu’il appelle un pur roman, M. Lefranc conclut: « Peu de jeunes gens ont été au contraire, en ce temps, plus recherchés et plus répandus que le futur réformateur.... Tout ce que l’on sait de cette période de sa vie, démontre qu'il ne fut ni si triste, ni si morose qu'on a bien voulu le dire. Entouré d'amis sympathiques et attachés, il connut l’indulgence et le sourire”. » Que reste-t-il de la légende catholique sur l’adolescence de Calvin?

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