C’est actuellement la rue Bonaparte
élégante chapelle de la Vierge, un vaste dortoir (1273). Enfin les richesses d’une bibliothèque, qui allait bientôt suffire à la curiosité des bénédictins de Saint-Maur, achevaient de faire de cette abbaye un monde à part, produit de tout ce que la vieille France avait de plus noble et de plus national. Saint-Germain-des-Prés est le berceau du protestantisme français.
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avec Le Fre. St Germain au XVI? Siècle ;
Entrons dans la basilique !, tout ce qui reste de l’ancien monastère, et que de malheureuses restaurations n’ont pas pu dépouiller complètement de ses ombres mystérieuses et historiques. C’est en 1509. Briçonnet est abbé depuis deux ans. Sans doute nous rencontrerons deux hommes qui vont s’agenouiller aux pieds de quelque image. Surtout ils se réfugient dans la chapelle de la Vierge ?, et là, devant la statue de Marie, tantôt ils sont plongés dans l’adoration la plus profonde, tantôt ils s'efforcent à l’envi de couvrir de fleurs l’objet de leurs dévotions.
1. « Les portes en bois, qui servent encore aujourd’hui à clore l’église, sont du commencement du XVIe siècle. » Albert Lenoir, Sfatistique monumentale de Paris, 1867. Explication des planches, p. 91. — 2, Il y avait deux chapelles de la Vierge: l’une dans la basilique même, l’autre qui formait un édifice à part. Celle-ci a été détruite en 1804, lors du percement de la rue de l'Abbaye. — Au No 6 de cette rue, dans la cour, on trouve quelques restes, gargouilles, colonnettes, chapiteaux. — « La Bibliothèque dans laquelle Le Fèvre travaillait et s’entretenait avec ses disciples préférés, Farel, Roussel, Vatable, existe encore en partie au N° 13 de la rue de l’Abbaye. » (Voir O. Douen, article : Paris protestant, dans l'Encyclopédie des sciences religieuses, de F. Lichtenberger, XII, 1882.) Nous n'avons plus rien retrouvé.
Or, de ces deux hommes que nous connaissons bien, l’un, le vieillard, est Le Fèvre d'Etaples'; l’autre, un jeune homme, est son disciple, le futur ami de Calvin, Guillaume Farel lui-même”!
2. Par une coïncidence curieuse et logique, la Réforme parisienne s’abrita longtemps à l'ombre de la basilique qui l'avait vue naître, et le faubourg Saint- Germain commença par être le siège du protestantisme avant de devenir le siège du catholicisme. On y rencontrait, au XVI® siècle, autant de Christaudins et de Luthériens qu'on y rencontre aujourd’hui de séminaristes et de religieux de tout ordre et de tout sexe.
En 1368, l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés voulut creuser des fossés autour de son enceinte. Les prés limitrophes appartenaient à l’Université. L’Abbaye prit ce dont elle avait besoin, et donna, en échange, une pièce de terrain de deux arpents et demi’. Ce fut le Petit Pré aux Clercs*. Mais ce pré resta l'objet des plus vives et des plus continuelles discussions entre les deux autorités rivales. En 1539, il était devenu, en outre, un réceptacle d’immondices souvent inondé au temps des hautes eaux. L'Université décida de se débarrasser d’une possession aussi désagréable et le mit aux enchères.
C’est ainsi que fut ouverte la rue des Marais-Saint-Germain, dont les premiers baux datent de la fin de 1542. Baptisée aujourd’hui du nom de Visconti, cette ruelle « si étroite, si courte, si laide, si sombre, si peu fréquentée, » devait être illustrée non seulement par ce que la France a produit de plus brillant en fait d’art et de littérature *, mais par ce qu’elle a produit de plus magnifique en fait
1. « Ex coenobio divi Germani, juxta Lutetiam » : telle est la formule dont Le Fèvre se sert dans ses lettres. Herminjard, I, p. 45. — Comme nous l’avons dit, Vatable habita aussi Pabbaye avec Le Fèvre. En août 1518, il écrit à Briçonnet : « Ton très docte Faber, mon Mécène et mon protecteur, voilà celui auquel je dois tout et moi-même. Lorsqu'il était chez lui, toutes les fois que surgissait une difficulté, je le consultais. » Herminjard, Jbid. — 2. En 1561, le roi Charles IX, pour se mettre en sûreté, se retira dans l’abbaye avec toute sa cour. En 1589, lors du siège de Paris, l’abbaye capitula, et Henri (le futur Henri IV) accompagné, dit-on, d’un religieux seulement, monta à la grosse tour, celle qui existe encore, regarda la ville, fit le tour du cloître et se retira sans proférer une parole. Le comte Turpin de Crissé, Souvenirs du vieux Paris. — 3. Ou de trois arpents trois quarts. Bulletin, V, 1856, p. 323 : « Les Androuet du Cerceau et leur maison du Pré aux Clercs, 1549-1645, » par Berty. — 4. Limité, ou à peu près par le chemin de la Noue (rue Bonaparte), la rue Jacob et la rue de Seine. — 5. « Quand Mme de Sévigné écrivait à sa fille qu’elle passait la plupart de ses soirées au Faubourg, ce qu’elle désignait ainsi c'était... cet hôtel de Liancourt, dont les murs longeaient la rue des Marais. C'est là que les deux spirituelles marquises, Mme de Sévigné et Mme de Lafayette, causaient, comme elles seules peut-être ont su causer, avec le maître de la maison, l'illustre duc de la Rochefoucauld... À la même époque, un autre peintre exquis du cœur humain, Racine, appartint plus directement encore que la Rochefoucauld et ses hôtes à notre obscure ruelle. Il habita sept ans la maison qui porte [en 1866] le No 19 de la rue des Marais, et y mourut le 21 avril 1699. Oubliée aujourd’hui, sa modeste demeure a été longtemps considérée comme un lieu voué à la poésie dramatique, et les deux célèbres interprètes de Racine, qui, avant notre siècle, firent le plus admirer ses tragédies et provoquèrent le plus d’applaudissements et de larmes, crurent se faire honneur en habitant après lui sa maison. En 1730, Adrienne Lecouvreur y mourut dans des circonstances étranges, et après elle la maison eut pour propriétaire Mile Caron. Le logis cependant était peu de chose, car, après que la première l’eut embelli de ses deniers, la seconde l’acheta 1200 livres. Le souvenir de Racine donna ainsi, pendant tout le XVIIIe siècle, à la rue des Marais une notoriété littéraire, trop effacée depuis. Les poètes et les beaux esprits des derniers siècles y affluèrent pendant longtemps. Voltaire y venait souvent, ainsi que Fontenelle, Dumarsais et la plupart des hommes de lettres de l’époque, mêlés aux hommes du monde les plus considérables, tels que les maréchaux de Saxe et de Richelieu. » (Bulletin, XV, 1866, p. 188-190, « Histoire d’une rue de Paris, » par A. Coquerel fils.)
d'héroïsme, de plus pur en fait de piété, de plus sage en fait de gouvernement des âmes.
La rue des Marais reçut le nom de Petite Genève. « Il me mena par la rue des Maraiz que nous autres appelons le Petit Genève, ! » fait dire d'Aubigné à son baron de Fæneste, catholique et Gascon.
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Paris. Saint-Germain-des-Prés ?, (p. 223.)
La maison, contiguë à celle qui fit l'angle nord de la rue de Seine, appartint à maître « Jehan Cousin, painctre. » C'était, pense-t-on, le peintre, le graveur, le sculpteur illustre, l’auteur du Jugement dernier, le huguenot Jean Cousin*.
À Pextrémité opposée, du côté du midi, à l'angle, se dressa une belle et grande maison, dont la façade principale se trouvait sur le chemin des Petits- Augustins (auj. rue Bonaparte), et qui faisait retour sur la rue du Colombier (au. rue Jacob). Ce fut encore la demeure d’un célèbre artiste protestant, Baptiste Du Cerceau, l'architecte du Pont-Neuf, de la grande galerie du Louvre,des pavillons de Flore et de Marsan, au Louvre. C'était, dit Lestoile, un « homme excellent et singulier en son art, » qui jouissait de toute la faveur d'Henri III, dont il était « vallet de chambre et ordonnateur général des bastiments. » Mais, en 1585, il «aima mieux quitter et l’amitié du Roy et ses biens que de retourner à la messe. » Il laissa donc là « sa maison, qu’il avoit naturellement bastie avec grand artifice
A. Les aventures du baron de Fæneste, par Th. Agrippa d’Aubigné, livre III, chap. x11r. — 2, Pris dans: Dom. Jacques Bouillart, Histoire de l’Abbave royale de Saint-Germain-des-Prèz, 1724. — 3. L'intermédiaire des chercheurs, II, p. 49.
et plaisir, au commencement du Pré aux Clercs, et qui fust toute ruinée sur lui, prist congé de Sa Majesté, la suppliant ne trouver mauvais qu’il demeurast aussi fidèle au service de Dieu, qui estoit son grand maistre, comme il avoit toujours esté au sien, en quoi il persévéreroit jusques à la fin de sa vie!. »
Mais représentons-nous bien le quartier au moment où s’ouvrait peu à peu cette rue. Les constructions n’y étaient pas nombreuses, et celles qui s’y voyaient, maisons de campagne ou tuileries rustiques, n’empêchaient pas la vue de s’y reposer sur la verdure des champs et des pâturages, qui s'étendaient au loin le long de la rivière. Pas de foule, pas de cris. « Aux jours de fête, l'affluence des promeneurs donnait au paysage une animation qui, contrastant avec la tranquillité habituelle de ces régions, en rompait la monotonie sans en diminuer le charme. Placé sur la limite où le bourg Saint-Germain venait se fondre avec les terres en culture, le Petit Pré aux Clercs offrait à ses hôtes le double avantage résultant du voisinage des champs et de la ville?. »
Les huguenots avaient encore une autre raison pour choisir cet asile. La petite rue, éloignée du centre des affaires et du mouvement, avait sept maisons qui relevaient de l’abbaye; le reste relevait de l'Université. Les protestants firent communiquer leurs demeures par des ouvertures secrètes, de telle sorte que l’on allait de l’une à l’autre sans être aperçu. « Il suffisait donc à un huguenot poursuivi d'entrer dans l’une de ces demeures hospitalières pour passer la frontière à couvert ; à quelques pas de là, il se trouvait sous une juridiction différente ?. »
On s'explique comment une des maisons de cette rue, celle du Visconte (un nom ou un surnom) devint une sorte d’hôtellerie huguenote, où se retiraient «les allans et venans de la religion, et principalement ceux qui venaient de Genève et d'Allemagne". » On s'explique aussi que cette maison, où fut célébré souvent le culte, soit regardée comme le lieu de réunion du premier synode de l'Eglise réformée de France, celui qui adopta la Discipline, préparée sans doute par Chandieu, et la Confession de foi, envoyée de Genève par Calvin. Absent, n’était-ce pas le grand Réformateur qui présidait en réalité à la constitution de notre Eglise ?
L'hôtel d’où était sortie, avec la proclamation de la foi évangélique, l’organisation du régime parlementaire, aurait dû être conservé comme un lieu de pèlerinage perpétuel, non seulement pour tous les protestants, mais encore pour tous les patriotes de France. Il fut détruit presque immédiatement !
Henri Il, raconte Regnier de la Planche, venait de mourir. La persécution redoublait. Démocharès lançait partout ses redoutables espions. En chaire, les curés tonnaient, dénonçant «excommunimens contre tous ceux qui cognostroyent aucuns luthériens et ne les défèreroyent. » Même des traîtres livrèrent les noms
4. Lestoile, Registre-journal de Henri III, édit. Michaud, p. 193. — 2. Bulletin, V, 1856, p. 332. — 3. Ibid., XV, 1866, p. 192. — 4. Histoire de l'estat de France, tant de la république que de la religion, sous le règne de François II, MDLXX VI, par Regnier, sieur de la Planche, p. 74.
de leurs frères. Le faubourg Saint-Germain-des-Prés était naturellement « sur tous autres recommandé, pour ce qu'on l’estimoit une petite Genève, comme ils parloyent entr'eux. » On décide d’envahir la maison du Visconte. « Et afin de le surprendre mangeant de la chair aux jours défendus, comme il en avoit la réputation, ils dressèrent leurs embuscades par un jour de vendredy. » Ils se servirent pour cela d’un nommé Frété, qui habitait précisément rue des Marais, au coin de la rue des Petits-Augustins, côté septentrional. Ce Frété était « un clerc de greffe criminel, caut et rusé en ces matières, s’il en fut oncques. Aussi estoit-il dressé de la main du feu président Lizet, en sorte que quand on ne pouvoit tirer tesmoignage et confession suffisante des accusez de ce crime, on mettoit ce fin Frété aux cachots avec eux, lequel savoit si bien contrefaire l'Evangéliste, que le plus subtil et advisé tomboit en ses filets, et par ce moyen on en avoit fait mourir beaucoup.» Donc Frété cache chez lui quarante ou cinquante sergents, qu'il fait entrer « à la file. » Puis, quand l’heure du dîner est arrivée, à onze heures, « la maison du Visconte est incontinent environnée et rudement assaillie. » Mais les assaillants furent reçus autrement qu'ils n'avaient espéré. « Combien que de quinze ou seize personnes qui estoyent à table il n’y en eust que quatre qui fissent teste (car les autres se sauvèrent par-dessus les murailles et à travers champs) si firent-ils une telle résistance, s’estimans assaillis par brigands et voleurs, que tous ces sergens furent mis en route, et les plus hardis si vivement blessez, qu'on pensoit qu’il en deust mourir une douzaine pour le moins : ce qui leur vint contre espérance. Car ils faisoient le conte de prendre, piller et emprisonner, et non d’être battus.» Il leur fallut chercher du renfort. Pendant ce temps les huguenots se sauvent, et même ceux des maisons voisines abandonnent leurs maisons à la merci des juges et sergents qui y trouvent richesses d’or et d'argent monnayé. Chez le Visconte, il ne restait que sa femme, ses petits enfants et son père « homme vieil et caduc. » On avait pensé que la faiblesse et l'innocence seraient respectées. Il n’en fut rien. Les sergents forcent femmes, enfants et vieillards à marcher « portant devant eux (pour les rendre davantage odieux au peuple) comme en triomphe, un chappon lardé, et de la chair crue, qui estoit au garde-manger ; car de cuite, il ne s’y en trouva point; » preuve qu'ils n'avaient pas fait gras le vendredi! Le père et la belle-fille n’en reçurent pas moins « tel maltraitement, qu'ils moururent en la prison, en grand'poureté et langueur. » Et bientôt ce fut dans tout Paris un immense pillage de maisons huguenotes. « Les rues estoyent si pleines de charrettes chargées de meubles, qu’on ne pouvoit passer, les maisons estant abandonnées comme au pillage et saccagement, en sorte qu’on eust pensé estre en une ville prise par droit de guerre... Avec les sergents altérez se mesloyent un tas de garnemens, qui ravageoyent le reste des sergens comme glaneurs... Les pauvres petits enfants demeuroyent sur le carreau, criant à la faim, avec gémissemens incroyables... sans qu'on osût les retirer... ains en faisoit-on moins de conte que de chiens... Il y avoit gens par tous les coings des rues... et ressemblant à pauvres prestres ou moines crottez, qui disoyent à ce pauvre peuple crédule, que ces hérétiques s’assembloyent pour
manger les petits enfans, et pour p.…. de nuit à chandelles éteintes, après avoir mangé le cochon au lieu d’un agneau paschal!. »
Et cependant la rue des Marais resta plus d’un siècle rue huguenote. Ici habita le célèbre Pierre Du Moulin”?, un des deux ou trois pasteurs de Paris dont on connaît la demeure, ce héros qu'on a appelé « un exemplaire complet des champions de l'Evangile au XVII"”* siècle, des membres de l'Eglise militante*. » Ici habitèrent plusieurs membres du consistoire de Paris, que l’on essaya vainement de faire abjurer. Et, en 1608, alors que la persécution a passé, enlevant aux protestants tout, jusqu’à leur nom (on les appelle des nouveaux catholiques), les protestants tiennent encore rue des Marais leurs assemblées secrètes. « On a donné avis au Roy, écrit le ministre de Louis XIV, Pontchartrain, au chef de la police, M. de la Reynie, qu'il se fait des assemblées de nouveaux catholiques jusques au nombre de quarante, chez le nommé de la Fontaine, rue des Marais, le long des jardins de l'hôtel Liancourt. S. M. m'ordonne de vous écrire de faire observer cette maison et de faire arrêter ceux qui s’y trouveront coupables*. »
Ruelle obscure et glorieuse, étroite et magnifique! Que de souvenirs et que de leçons! Quel protestant ne devrait fouler une fois dans sa vie ce sol vraiment sacré! On pense involontairement à ces pierres devant lesquelles les Juifs allaient verser des larmes, et faire revivre dans leur cœur tous les souvenirs d’un merveilleux passé. « Jérusalem, si jamais je t’oublie! »
3. À côté du Petit Pré aux Clercs, où l’on commence donc à bâtir en 1542, et qui devient la petite Genève, continue à s'étendre le Grand Pré aux Clercs, qui occupe une place si importante dans les annales parisiennes, dont l’histoire se confond avec celle de l’abbaye et de l’Université. (Page 231.) Entre ces deux puissances il fut l'objet d’une lutte de plusieurs siècles, lutte devant les tribunaux, lutte avec des bâtons et des épées.
C’était le lieu de promenade des étudiants. Il avait une superficie de dix hectares, et consistait en une langue de terre, très allongée, aux contours irréguliers, fort rétrécie à son extrémité occidentale. Sa base, si l’on peut ainsi dire, s’appuyait sur le chemin qui longeait le côté occidental de l’abbaye.
Au commencement du règne de Louis XIII, ce fameux Pré aux Clercs n’était encore coupé que par deux voies transversales : la rue du Bac, alors récente, et la rue des Saints-Pères, au contraire fort ancienne. Dans le sens de sa longueur, il était sillonné par un chemin qui a été redressé, et est devenu la rue de l'Université.
Pour un protestant, le Pré aux Clercs rappelle une des scènes les plus pittoresques de la Réforme. Le pasteur Macard l’a racontée à Calvin dans sa lettre du 22 mai 1558: « Après que, pendant cinq jours, comme je vous en ai informé”,
4. Histoire de l'estat de France, o. c., p. 68-78. — 2. « Un autre jésuite me vint attaquer en mon estude, en la rue des Marets. » Autobiographie de Pierre Du Moulin. (Bulletin, VII, 1858, p. 466.) — 3. Vinet, Histoire de la prédication au XVII siècle, p. 48. — 4. Bulletin, XX, 1871, p. 220. — 5. La lettre ainsi mentionnée est perdue.
une grande assemblée eut chanté vers le soir (vesperi) les Psaumes de David au Pré aux Clercs, le sixième jour, sur les plaintes violentes du pseudo-évêque et des sorbonistes, on a publié un édit du Parlement interdisant le chant des cantiques (on ne s’est pas servi du mot : Psaumes) dans de si grandes assemblées. à une heure indue et en armes. Car les prêtres avaient faussement répandu le bruit que les luthériens se réunissaient tout armés !. »
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Jacobus Jollain Jeulp auctore et impulfore M.Edmundo Lourchot [enonenst; JUL. Academieæ Rectore.et [indico. ac Émerito ’hlosophiæ Xrofefsore.1694
Paris. Les deux Prés aux clercs ?, (p. 230.)
Voici ce qui s'était passé : « Quelques escholiers, dit Crespin, estant au Pré aux Clercs, lieu public, aux faux-bourgs de Paris, pendant que les autres s’amusoyent aux esbats qui s'y font, commencèrent à chanter les Pseaumes de David en petit nombre, ne pensant point inviter les autres à faire le semblable. Toutefois il avint qu'incontinent, tous jeux laissez, la plus part de ceux qui estoyent au pré les suivirent, chantans avec eux. Cela fut continué par quelques jours en nombre infini de personnes de toutes sortes et plusieurs grans seigneurs François et d'autre nation [Macard signale le roi de Navarre *] estoyent en la troupe, marchans des premiers. Et combien que trop grande multitude, en autres choses, ait accoutumé d’engendrer confusion, toutefois il y avoit un tel accord et telle révérence, qu'un chacun en estoit ravi; ceux qui ne pouvoyent chanter, même les poures ignorans, estoyent là montez sur les lieux les plus éminens autour du
4. Opera, XVII, p. 177.— 2. Voir Topographie historique, IV, p. 21. Nous donnons d’après cet ouvrage un plan dressé en 1694, et dont le cuivre est aux Archives, à Paris. — 3. Opera, XVII, p. 180.
pré, pour ouir la mélodie, rendans tesmoignage que c’estoit à tort que le chant de choses si bonnes estoit défendu!. »
N'oublions pas que sur ce même Pré aux Clercs?, peut-être encore dans l'hôtellerie de la rue des Marais, habita le gentilhomme La Ferrière. C'est lui qui, en 1555, voulant faire baptiser son enfant selon les rites évangéliques, provoqua la fondation de l'Église de Paris, l'élection du premier pasteur, Jean le Maçon, dit la Rivière, et la constitution du premier consistoire. Et, dans une phrase singulièrement heureuse, l'historien de l'Université de Paris, du Boulay, écrit: © À partir de là (1555) pendant deux ans, les Christaudins, — ainsi appelait-on alors Îles Calvinistes, — se réunirent dans la demeure du dit La Ferrière, située sur le Pré aux Clercs, pour chanter les psaumes de David et poser les fondements plus solides de leur religion ‘. »
Les protestants, des christaudins, des amis du Christ, bâtissant au chant des psaumes leur Eglise! Aïnsi les pierres mêmes élèvent la voix pour réfuter l’une après l’autre des attaques trop injustes. La vieille abbaye nous a montré le berceau de la Réforme caché au sein des plus profondes traditions nationales de la France. Le Pré aux Clercs nous montre que l’art, la musique la plus artistique, le choral a été un de nos premiers et de nos plus utiles missionnaires. On a pu écrire en effet : « La nouveauté, qui seule explique l'enthousiasme des écoliers, celui de la foule et la colère redoublée du clergé, c’est la première exécution publique d’une splendide musique religieuse à quatre parties, dont on ne connaissait encore que « l'essai ridicule, » en un mot l'apparition de l'harmonie protestante, qui a pour père le parisien Louis Bourgeois, » le prédécesseur de Goudimel et de Palestrinaf.
4. Histoire des martyrs, II, p. 587. — 2. Ibid., II, 537. — 3. M. Weiss écrit : « Le récit de Crespin est emprunté à l'Histoire ecclésiastique qui dit (I, 120) que le sieur de la Ferrière « retiré à Paris, » demeurait « au lieu appelé le Pré aux Clercs. » Or il n’y avait alors de maisons que sur le petit Pré aux Clercs, dans la rue des Marais, comme on le voit sur la reproduction d’un plan de 1555. Le sieur de la Ferrière paraissant n’être que de passage à Paris, j'ai toujours pensé qu’il avait demeuré dans l’hôtellerie de la rue des Marais, dans la maison du Visconte. Voilà pourquoi j'ai imprimé (Bulletin, XLITI, 1894, p. 246) qu’elle était devenue en 1555 « le berceau de l'Eglise réformée de Paris. » N. Weiss, Bulletin, XLV, 1896, p. 22, n. 4. — 4. Ad concinendos Psalmos davidicos et ponenda religionis suue firmiora Jundamenta (du Boulay, VI, p. 483). — « Cette phrase semble bien prouver que la maison où se réunit le Synode de 1559 fut celle-là même où l’on avait pris l’habitude de se réunir à partir de 1555, c’est-à-dire l'hôtellerie du Visconte. » N. Weiss, ibid. — 5. « Au mois de mars 1557 (sic), des seigneurs d’Ecosse, ceux qui depuis organisèrent le Covenant, étaient venus À Paris. Leurs amis naturels étaient nos réformés. Ceux-ci les accueillirent, les régalèrent de la belle nouveauté du temps, des chants populaires, héroïques, des graves harmonies fraternelles que chantait leur Eglise dans le secret des nuits. Nos vaillants alliés, fiers chefs de clans et rois chez eux, ne pouvaient s’astreindre au mystère. Nos nobles protestants auraient rougi d’être moins braves. Unis, et se donnant le bras les uns aux autres, ils allèrent ensemble dans Paris, et se mirent à chanter. C'était déjà le mois de mars, parfois très beau ici ; on se réunissait au Pré aux Clercs, et l’on chantait d’abord des vœux pour le roi, pour l’armée, puis tous les nouveaux psaumes, les chœurs de Goudimel. C'était la première fois que le peuple entendait une musique à quatre parties. Jusque-là on n’en connaissait que l’essai ridicule. La foule fut ravie. Elle se rassembla en nombre sur les hauteurs qui dominaient le Pré aux Clercs, et s’unit parfois aux chansons. » Michelet, Les guerres de religion, p. 158, 159. — 6. ‘Bulletin, XXNIII, 1879, p. 209. O. Douen. L’attraction exercée par les psaumes fut merveilleuse, et les preuves abondent. Citons seulement ce fragment du discours prononcé par un évêque, Montluc, de Valence, à la Conférence de Fontainebleau, devant la Cour, en 1559: « Et vous, mes dames les Roines, pardonnez moi, s’il vous
La « douceur de ces chants » si nouveaux paraissant irrésistible!, les prêtres et les moines écumèrent de rage, écrit le correspondant de Calvin (rabie turgentes). Les menaces, les interdictions se succédèrent. Il y eut des arrestations. I1 fallut se taire. Depuis 1553, les murailles de l’abbaye n'étaient-elles pas garnies d'artillerie et d’arquebusiers, « pour, dit le Règlement, s'ils voyaient qu'il y ait assemblée au Pré aux Clercs, et que l’on veuille faire quelque tumulte et émotion, les canoner?. » ?
Laissons donc le faubourg, où à chaque pas nous rencontrons des maisons protestantes, celle « toujours ouverte à l’assemblée du Seigneur? » des Graveron, de cette admirable Philippe de Luns, damoiselle de Graveron, dont nous verrons tout à l'heure le supplice; celle de Michel Gaillard, sieur de Longjumeau, au Pré aux Clercs, où se réunissait souvent l'Eglise, et qui fut assiégée, le 27 avril 1561, et confisquée*; et celle des Avenelles, cet avocat poltron et cupide, qui louait en garni, et qui, initié à la conjuration d’'Amboise, trahit le secret, etc. ÿ. N'oublions pas que les lieux où les protestants habitent, sont aussi les lieux où on les brüle: on les brüle rue de Seine; on les brüle devant le pilori de l’abbaye. Rapprochons-nous des remparts. Mais, au lieu de les franchir par la porte Saint- Germain, celle qui ne voulut pas s'ouvrir devant Henri IV (il fut obligé de regarder la ville du haut de la tour de l’abbaye), tournons à droite.
4. Derrière les murailles nous voyons émerger les tours du couvent des Cordeliers, où ont vécu Alexandre de Hales, le docteur irréfragable, et saint Bonaventure, le docteur séraphique, et Duns Scott, le docteur subtil. Nous côtoyons des prés, des champs. Le chemin de Vaugirard? s’appelle peut-être encore la rue des Vaches, et l’on vient de tracer (1542) la rue de Tournon, d’après le nom du cardinal, abbé de Saint-Germain-des-Prés. Dans ce quartier désert $, voici un des deux clos Bruneau * (aujourd’hui rue de Condé), et précisément voici la maison de Clément Marot, le poète qui a mis en vers les psaumes, mis plus tard en musique par Bourgeois ".
Son casier judiciaire suffira ici à sa biographie. (Page 234.) En mars 1525, accusé d'hérésie, il est envoyé dans les prisons de Chartres, grâce aux démarches
plaist, si j’ose entreprendre vous supplier, qu’il vous plaise ordonner qu’au lieu des chansons folles, vos filles et toute vostre suite ne chantent que les Psalmes de David et les chansons spirituelles qui contiennent louange de Dieu. » La Popelinière, L'histoire de France, etc., depuis l'an 1550 jusque à ces temps, MDLXXXII. Tome I, liv. vi, P- 374.
4. De Thou, Histoire universelle, II, 578. — 2. Félibien, Histoire de la ville de Paris, IV, p. 764 a. Règlement, 26 septembre 1553, au sujet des placards séditieux. — 3. Histoire des martyrs, II, p. 565. — 4. Mémoires de Condé, éd. Michaud, 576. — « Cet hôtel, dit M. Douen, était situé sur le chemin devenu plus tard la rue Saint-Dominique, au delà d’un autre chemin qui est aujourd’hui la rue du Bac. » Paris protestant, — 5. Coquerel, Précis de Phistoire de l'Eglise réformée de Paris, p 44. — 6. L'ancien réfectoire, qui subsiste encore, a reçu le musée Dupuytren. — 7. Où aurait habité quelque temps Bernard Palissy, « proche l’hostel du petit Luxembourg. » Voir ‘Bulletin, KLIT, 1893, p. 351, n. 2. — 8. Voir une reconstruction de ce quartier, par M. Hoffbauer, Bulletin, XLUI, 1894, p. 265. — 9. Ibid., p. 267. — 10. « La maison de Clément Marot, à Paris, retrouvée au moyen des registres censiers, » par E. de P. Bulletin, IV, 1856, p. 249-253.
de Léon Jamet, qui le tire de la Conciergerie: d'habitude on n’en sortait que pour aller au bücher. En novembré 1557 aillestarrèté pour avoir enlevé des prisonniers au guet, et même pour l'avoir un péu battu l’ordre exprès du roi le fait relâcher. En mai1531, il est assigné devant le parlement pour avoir mangé du lard en
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carême. Mais il est laissé en liberté, sous la caution d’Etienne Clavier, secrétaire du roi et de la reine de Navarre. En 1535 (25 janvier), il est banni, L É après l'affaire des pla- JA (| HZ Ss 2 cards, avec Mathurin
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Cordier et les autres !.
Clément Marot, d'après les Zones. (p. 233.) Rentré en France
en 1536, Marot avait
repris son service de valet de chambre du roi, et, protégé par Marguerite et
par Renée, il recouvra toute la faveur de François I*. Alors, en 1539, celui-ci lui
fit cadeau d’une maison rue du Clos-Bruneau. On a encore les lettres patentes,
de juillet 1539, donnant « les dites maisons, grange et jardin ainsi encloz que
dit est... à Clément Marot, ses hoirs, successeurs et ayans cause... pour joyr
et user”. » Cette maison était connue pour avoir servi à fondre, par ordre de
François I*, un grand cheval de bronze; de là son nom: « la maison du cheval
d’erain. »
C'était donc une modeste et très agréable retraite de poète, dans la solitude
et dans la liberté. Marot en profita pour y donner quelques-uns de ces diners différents de ceux dont il dit:
Fy du repas qui, en paix et repos, Ne sait l’esprit avec le corps repaistre.
1. Bulletin, X, 1861, p. 38. — 2. « La maison donnée à Clément Marot par François Ier est représentée aujourd’hui [en 1855], par celle qui porte le No 30, rue de Condé, et par une autre située derrière, et ayant entrée rue de Tournon No 27. » Berty, Bulletin, IV, 1856, p. 253.
Il en profita aussi pour traduire les psaumes. À ce moment il était plus ou moins! sous influence de Calvin, qu'il avait rencontré à Ferrare. Il traduisit 30 psaumes et les dédia à François I. En 1540, Charles-Quint étant venu à Paris, Marot, sur l’ordre du roi, lui présenta sa traduction, et recut, avec des félicitations, deux cents doublons. Cependant la Sorbonne s'émut, et Calvin nous raconte ceiqui advint. Marot avait suivi François [° dans un de ses voyages”: « Un jour, comme il revenait de la cour à sa maison, il apprit que le parlement de Paris avait décrété qu’on le saisit et qu’on le lui amenât tout de suite. Il se détourna de sa route pour s'informer de l'affaire. Mis au courant, il se retira droit ici, » à Genève*.
Quelques années plus tard, le quartier s'était sensiblement développé, et, après la rue de Tournon, dans la rue Garancière, qui porte encore ce nom depuis 1540, se trouvaient deux petites maisons appartenant à Ambroise Paré‘.
1. Nous entrons par la porte Saint-Michel; nous gravissons la montagne Sainte-Geneviève ; et nous voilà au centre de l’Université, une des trois villes dont se composait la ville de Paris au XVI° siècle. Les deux autres étaient la Cité, et la Ville proprement dite.
L'Université était enfermée par la Seine, depuis la tour de Nesle (palais de l'Institut) jusqu'à la Tournelle (pont de la Tournelle), et par les murailles de Philippe-Auguste. Celles-ci, il est facile d'en faire le tour, encore à l'heure actuelle. Car leurs fossés, en disparaissant, ont été purement et simplement remplacés par des rues qui existent encore, et dont même plusieurs ont conservé, plus ou moins longtemps, quelquefois jusqu’à aujourd'hui, le nom de Fossés. Partant du pont de la Tournelle nous allons rue des Fossés-Saint-Bernard, rue des Fossés-Saint-Victor (aujourd’hui rue Cardinal-Lemoine), rue Contrescarpe (aujourd'hui place Contrescarpe), rue de la Vieille-Estrapade, rue des Fossés- Saint-Jacques. Ici seulement l’ancienne enceinte se dérobe pendant quelques pas. Il faut traverser l'ancienne rue Le Goff, croiser la rue Soufflot et voilà de nouveau
4. Marot avait abjuré ses idées évangéliques en rentrant d'Italie, à Lyon. Cette abjuration est niée, avec énergie, et à tort, par la France prolestante (1re édition), article Marot, et par M. Douen, Clément Marot et le psautier huguenot, 1878, 1, p. 238-250. Voir Appendice : « L’abjuration de Marot en 1536.» — 2. Descendu de cheval à Notre-Dame, le rer janvier 1540, au chant du Tedcum, il alla souper avec le roi au Palais de la Cité, où on linstalla. Ce ne furent que bals, joutes et fêtes. Le protestant Jean Cousin fut chargé de faire le buste impérial, et Marot célébra l’entrée solennelle de l’empereur par des vers, dont les deux derniers étaient une réminiscence d’un goût douteux, pour dire le moins, du Psaume 24 :
Hausse, Paris, hausse bien haut ta porte, Car entrer veut le plus grand des chrestiens.
— 3. Opera, XI, p. 468. Calvin à Viret, fin novembre 1542 ; selon M. Herminjard, vers le 8 décembre. Voir Herminjard, VII, p. 218, n. 20 et 21. — 4. Le docteur Le Paulmier, Ambroise Paré, d’après de nouveaux documents découverts aux archives nationales et des papiers de famille, 1887, p. 311.
la rue des Fossés-de-Monsieur le Prince (aujourd'hui rue Monsieur-le-Prince) et la rue des Fossés-Saint-Germain (aujourd’hui rue de l’Ancienne-Comédie et rue Mazarine). À son extrémité était la tour de Nesle.
Cette ville, si bien entourée d’eau et de pierres, se groupait sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève, et était partagée en deux par la rue Saint- Jacques, la grand'rue Saint-Jacques, comme disent les vieux plans, la seule qui,
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de Philippe - Auguste
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traversant deux fois la Seine, allât, en ligne droite, d’un bout de Paris à l’autre, de la porte Saint-Jacques à la porte Saint-Martin. Les petites maisons du moyen âge s’entassaient, de plus en plus étroites, s’écrasant l’une l’autre, obligées d’exhausser leurs pignons, d'avancer leurs étages, s’efforçant à l’envi d’arrêter les odeurs qui, d'en bas, auraient pu se dégager, et la lumière qui, d'en haut,
aurait pu pénétrer. Au milieu, comme un homme fort écarte tout à coup la cohue des faibles, quelques hôtels seigneuriaux poussaient, dans la populace des petites demeures, les angles de leurs murailles, armés de tourelles minuscules. Enfin la pression de la ceinture d’eau et de pierres étant devenue intolérable, les maisons s'étaient mises à sauter par-dessus les murailles, et les faubourgs s'étaient formés : celui de Saint-Germain en aval, et, en amont, ceux de Saint- Victor et de Saint-Marceau.
Telle est la ville où Calvin vécut. Le collège Montaigu, et, de l’autre côté de la rue des Sept-Voies (aujourd’hui rue Valette), le collège Fortet, ces deux maisons où notre Réformateur passa des années décisives, occupaient précisé-
ment Île sommet de la montagne Sainte-Geneviève. Près de la vieille basilique dédiée à la Sainte, et dont il ne reste plus que la tour! l'église de Saint-Etiennedu-Mont venait de s'élever.
Le collège Montaigu *, ce type du collège moyen âge, que dirigeait Béda, le célèbre chef de la Sorbonne, a fait place à la Bibliothèque Sainte-Geneviève ; mais du collège Fortet, il reste la tourelle (Page 201) contenant le vieil escalier à vis, par lequel Calvin montait à ces petites chambres d'étudiant, qui semblent ne pas s'être modifiées. Ici il rédigea le manuscrit du discours de Cop. D'ici il s'enfuit en se dévalant par la fenêtre’. Et ce reste, le plus curieux du passé calvinien, est le seul qui soit conservé. A côté sont des caves immenses, à deux étages, et d’un effet véritablement saisissant. Etait-ce le cachot de ces anciens collèges? Bizarre jeu des événements! Cette maison, où le Réformateur composa le premier manifeste de la Réforme française, servit quelques années plus tard de lieu de réunion aux pires ennemis de cette Réforme, au conseil de la Ligue !
Autour de ces deux collèges, était une vraie population de collèges (Page 238): collège de Lisieux (emplacement de l’école de droit), collège des Chollets, où le célèbre Buridan soutint, un jour durant, qu’il est licite de tuer une reine de France, collège Sainte-Barbe (encore occupé par l'établissement du même nom), collèges de Marmoutiers, du Plessis (où Papire Masson enseigna avant 1570), de Reims, de Coqueret (où, sous la direction de Dorat, principal in parlibus de la maison devenue vide, Ronsard apprit le grec avec Antoine de Baïf, et fonda son école avec du Bellay, 1548 ), de Tours, de Karembert, etc.
2. Ici encore il suffit d’un peu d’attention pour retrouver le passé beaucoup mieux conservé qu'il ne le semble au premier abord.
1. On la voit au milieu des bâtiments du collège Henri IV. — 2. Voir description et dessin, p. 69. D’après Merle d’Aubigné, Histoire de la réformation au temps de Calvin, VI, p. 20, Hamilton, le Réformateur écossais, serait entré au collège de Montaigu quatre ou cinq ans avant Calvin. — 3. Voir Bulletin, XLII, 1893, p. 546. — 4, A moins que le renseignement suivant, trouvé dans les Antiquitez de Paris (par Jacques du Breuil et Malingre, 1640, p. 343), ne nous inspire des doutes fâcheux. « En l’an 1560 fut réparé et réédifié ce collège, cent-soixante-dix ans après sa première fondation, ainsi qu’on lit sur la porte d’iceluy : Awreliacensium el Forletice familiæe decus, D. Petrus Fortetus Parisiensis canonicus, has ædes sacratissimis Musis anno Domini 1391 dicavit, Prudentissimi moderatores ruinosum vestibulum restituebant, anno domini 1560. » (Messire Fortet était d’Aurillac.) A-t-on reconstruit tout le collège ou seulement le vestibule ? — 5. On peut les visiter en entrant, au N° 19 de la rue Valette, chez un marchand de vin dont l'enseigne porte : « À la corne; marchand de vin. Maison fondée en 1788. » Dans les documents de la fin du XVe siècle on trouve déjà cette mention : « Maison de la corne de cerf au collège Fortet.» «La cave appartient par son style à l’époque du XIIe siècle. Un pilier central avec chapiteau reçoit la retombée des voûtes à arches prismatiques ; du côté de la muraille, les nervures reposent sur des corbeaux en pierre. Mais ce qui ne se peut décrire, et ce qu’une eau-forte seule pourrait rendre, c’est la fantasmagorie rembranesque du clair-obscur de cette chambre basse, avec le jour blafard qui frôle les marches usées d’un raide escalier de pierre, avec les lueurs tremblotantes des lampes sur l’ogive des voûtes, avec les trous d'ombre où le regard se perd. Une trappe se lève et Pon descend encore dans une cave inférieure, sorte d'in pace, de cachot mystérieux, qui a peut-être renfermé des secrets terribles. Il devait y avoir de semblables réduits souterrains au collège de Montaigu, cette redoutable prison des écoliers rétifs. » (La construction moderne, 1887-1888, p. 307.) En eflet, on trouve dans les cartons du Musée Carnavalet un dessin des cachots de Montaigu. Ils n’offrent malheureusement rien de pittoresque. — 6. Doumic, Histoire de la littérature française, p. 109. — Topographie historique, VI, p. 52.
La rue des Sept-Voies (aujourd'hui rue Valette), a été élargie et refaite d’un côté. Mais la rue des Amandiers (aujourd'hui rue Laplace), conduit toujours à la rue de la Montagne Sainte-Geneviève. Celle-ci, qui a conservé sa place et son nom, descend toujours en pente raide la colline que gravissaient par centaines les auditeurs enthousiasmés d’Abélard. Elle longeait le collège de Navarre
Paris. Quartier des collèges (d’après le plan Turgot, 1740). (p. 237.)
(emplacement de l'Ecole polytechnique), dont la grande porte ogivale toute fleuronnée, avec ses trois niches festonnées, dentelées, flamboyait de fantaisie sculpturale. (Page 230.)
Le collège avait été fondé, en 1304, par Jeanne, reine de Navarre, femme de Philippe-le-Bel. Outre la théologie, on y étudiait la grammaire et la philosophie. Un maître de théologie avait, sous le titre de grand maître, la direction générale de la maison”. C’est ici qu'avaient enseigné les inspirateurs des grands conciles, Pierre d’Aiïlly (maître de théologie en 1380, directeur en 1384) et Gerson (maître de théologie en 1392) et Nicolas de Clémengis. À partir de ce moment, la liste des élèves n'est pas moins brillante que la liste des maîtres, et, sur l'une ou sur l'autre, nous trouvons les noms de bien des héros de notre histoire. En 1484, Guillaume Budé entre au collège de Navarre et y étudie la théologie, bien qu’il ne prenne aucun grade dans cette discipline”. Vers 1486, Guillaume Briçonnet
1. Féret, La faculié de théologie de Paris, I, p. 14. — 2. Jean de Launoy, Revit Nuvarræ gymnasii historia, 167-1876:
Moine. Puis Clichtove avait dé-
vient faire sa philosophie. Son cours achevé, il passe en théologie, et, nommé à l'évêché de Lodève, il demande à Clichtove de le préparer aux devoirs de sa charge .
Deux hommes, en effet, incarnent à ce moment l'esprit du collège de Navarre, Clichtove et Le Picart.
Jodocus Clichioveus, qui n’est pas pour nous un inconnu?, était né à Nieuport, en Belgique, vers 1473 *. Il avait été l’un des disciples les plus distingués, et les plus ardents de Le Fèvre, dont il avait traduit, ou annoté, les principaux ouvrages philosophiques et scientifiques.
De 1490 à 1498, ils furent tous deux au collège du cardinal Le
fendu son maître dans ses controverses sur Marie et sur Anne.
À ce moment, comme Le Fèvre, il recommandait la lecture de l’'Ecriture sainte, la recherche du texte original, expliqué par
lui-même, par la raison, indépendamment des Pères, de la liturgie, etc.*. Mais, effrayé, terrifié par les attaques de la Sorbonne, il changea de camp, Paris. Entrée du collège de Navarre. (p. 238.)
à peu près au moment où Le
Fèvre se retirait à Meaux. Dès lors, réconcilié avec Béda, il se mit, avec le fameux principal de Montaigu, à la tète de la réaction : la Sorbonne, Montaigu et Navarre !
Il se fixe dans le collège de Navarre, dont il était hôte (4ospes) dès 1500. En 1517 (le 7 juin), il y loue, pour la vie, une chambre, et donne 60 ducats pour les réparations de la maison. Le 1° février 1518, il désigne le lieu où il veut être enterré, devant un petit autel5. Cependant, il sortit du collège de Navarre, soit pour se rendre auprès de son élève, Louis Guillard, dans son évêché de Tournay (1518), soit surtout, suivant encore Guillard, pour devenir chanoine de Chartres (1526); et c'est là qu'il resta, mourut (22 septembre 1543), et fut enseveli.
Jugeant, un peu autrement que les catholiques, la gloire que Clichtove s'était acquise, en reniant avec une telle désinvolture son premier maître, les évangéliques disent: « Je ne parle pas de Cloaque (je veux dire de Clichtove). Tu ne saurais t'imaginer jusqu'à quel point il est tombé dans l'enfance, etc. ©. »
4. Jean de Launoy, Regii Navarre gymnasii historia, 1677, IL. p.657. — 2. Voir plus haut, p. 92.— 3. En 1533,
il se disait sexagénaire. Clerval, p. 2. — 4. On disait : « Celui qui aime Fabri serait le plus ingrat des hommes, s’il n’aimait pas aussi Clichtove, » tellement celui-ci était le fidèle disciple de celui-là (Clerval, p. 21), son « fidentissimus Achates. » Graf, Faber Stapulensis, p. 15. — 8. Clerval, p. 25. — 6. « De cloacario non loquor (certe
Clichtoveo dicere putabam). » Lettre de Lange à Farel, 1er janvier 1524. Herminjard, I, p. 180.
C'est Clichtove qui rédigea la condamnation de Luther par la Sorbonne, 15 avril 1521, et inventa les nouvelles formules dont on usera dans la suite en pareil cas. C’est Clichtove qui fut l’âme du Concile de Sens, dont il rédigea encore les décisions. Or, un auteur catholique déclare que la condamnation de Luther et le Concile de Sens n'ont été rien moins que la préface du Concile de Trente
Non moins infatigable comme auteur que comme orateur, il publia une série d'ouvrages, où, reniant point par point ses premières convictions, il fournit les éléments de toute la polémique, à ce moment, contre les évangéliques. Son Antilutherus et son Propugnaculum ecclesiæ deviennent la Somme théologique contre le protestantisme *. Il mérita les éloges de Béda: « Il avait, dit celui-ci, une telle confiance en moi, et une telle familiarité qu'il ne publiait aucun opuscule sans le soumettre au préalable à ma censure. » Il mérita le titre de « Marteau de Luther *. »
A côté du théologien, se dresse le prédicateur, le plus célèbre des membres du collège de Navarre, François Le Picart, né en 1504. Après avoir étudié la philosophie, vers 1526, il entra en théologie. Il acheva son cours de quatre ans, devint licencié en 1533, fut nommé maître en 1534. Alors s'ouvre sa bruyante et importante carrière anti-réformatrice. Il est l’ami inséparable de Béda. A eux deux, ils empêchent Roussel de prêcher. La Sorbonne lui accorde toute sa confiance. Elle le met au nombre de ceux qui étudient les livres suspects quant à la foi, qui recherchent les recéleurs, qui disputent avec les hérétiques pour les ramener à l'Eglise catholique, qui accompagnent les hérétiques condamnés au dernier supplice, et, jusqu'au moment suprême, s'efforcent de les délivrer de leurs erreurs. Le Picart se mit toujours du parti de Loyola et soutint, partout et publiquement, la cause de la Société de Jésus *.
L'Histoire ecclésiastique le traite de « jeune homme pour lors, mais d'un esprit tempestatif. » Et de Launoy confirme ce jugement, quand il nous déclare qu'il se mit à prêcher avec « plus de véhémence » contre les crypto-luthériens. Aussi sa carrière fut-elle singulièrement mouvementée. Il est emprisonné, mais il a assez de liberté pour continuer ses leçons sur les Epîtres de saint Paul, au collège de Navarre, et même ses prédications. On le force à quitter la ville. II est rappelé. « Glorieux, il était parti pour l’exil ; plus glorieux il en revint. » Ce retour fut un triomphe. Toute la ville tressaillit de joie et d’allégresse, et il recommença leçons et prédications passionnées.
Son rôle au début de la Réformation a été décisif. On sait que ce qui arrêta
1. Clerval, p. 95, 96. — 2. « Ex his fere omnes antilutherana arma desumpsere, » Clerval, p. 97. — « Sa gloire, dit de Launoy, est d’avoir le premier, parmi les théologiens parisiens, écrit contre Luther, » Il, p. 670. C’est le Dr Eck français. — 3. Clerval, p. 95. Les trois livres de son Antilutherus parurent en 1524. Suivirent : De veneratione sunctorum, 1525; Propugnaculum Ecclesiæ adversus Lutheranos, 1526, etc. Notons encore celui-ci: De sacra scriptura in lingua vernacula non legenda, 1536. Il fallait toujours en arriver là : Etait-on pour ou contre la lecture de la Bible? Quand Clichtove était protestant, il avait soutenu qu’on devait la lire : devenu catholique, il soutenait qu’on ne devait pas la lire. — 4, De Launoy, II, p. 685.
la Réforme, ce fut Paris ; et que, dans Paris, la victoire catholique fut due à la populace. Le Picart fut l’âme de la populace. Deux témoignages, l’un d'un adversaire, l’autre d'un ami, constatent ce fait.
Le premier est celui de Calvin, dans son Traité des scandales (1550): « Maistre François Picquard, Docteur de Paris, criant à sa façon accoustumée, comme un homme hors du sens, a bien osé dire qu'à Genève on niait toute religion : Vray est que c’est un escervelé et frénétique ; mais il est de telle réputation entre les siens, que tout ce qu’il a gazouillé, sera tenu comme si un ange avait parlé. Quant à luy, il cognoit assez qu'il ment comme un effronté qu’il est!. »
Le second témoignage est celui de l'éditeur des discours de Le Picart. Dans la Préface, adressée au peuple de Paris, Renatus Benedictus, théologien de Navarre, s'écrie : « Aime, révère et lis diligemment, Paris, les saints œuvres de celuy qui t’a rendue constante en la Foy et Religion chrestienne, au temps que tu sais bien, et ainsi a esté cause de te conserver et rendre glorieuse. Aime et retien, Paris, les œuvres de celuy, lequel t'a par avanture autant aidée au temps de la nécessité, que firent Onias et Jérémias les Juifs combattant contre Nicanor*. »
Ce qui achève d’expliquer l'influence de Le Picart, c'est qu’à ses défauts ïl ajoutait des vertus non moins populaires. Ce terrible persécuteur était un homme de bien, et un homme très bon. « Il ne voulut jamais recevoir aucune récompense de l'Eglise *. » [1 était d’une charité si parfaite qu’il passait pour le père des pauvres et des malheureux". « Allant prescher, il dépouilla son saye et sa robe pour vestir un pauvre tout mouillé et lui donna encore de l'argent”. »
Il mourut le jeudi, 17° jour de septembre 1556, à quatre heures du matin, dans le doyenné de Saint-Germain-l’Auxerrois Ÿ. « Premièrement trois ou quatre heures après son trespas fut ouvert, et son cœur tiré hors de son corps, et mis ensemble au milieu de la cour de son dit logis, enveloppé sur beau drap, Île visage découvert et les mains jointes : et de toutes les parties de la ville et faux bourgs de Paris chacun le venoit voir... Il y avoit à son convoi plus de 20000 bourgeois de Paris. Tous les bons catholiques en pleuroient. Messieurs du Parlement assistèrent à son convoi comme si c’eust esté à celuy du Roy’. »
Evidemment Budé n’a pas eu tort quand il a appelé le collège de Navarre Île second portique * de l’orthodoxie : l’autre c'était la Sorbonne.
Ajoutons qu'ici en 1532, on joua la célèbre comédie dans laquelle on repré-
1. Opera, VIII, p. 64. Opuscules, p. 1200. Calvin avait déjà parlé de Le Picart dans ses Actes du Synode de Trente (1547). À propos d’une dame la Sauchay, laquelle était « escolière de notre maistre Piccard, » il avait ajouté: « le maistre, du quel elle avoit appris, est un homme du tout escervelé, phantastique et semblable à un enragé. » Opera, VI, p. 382. Opuscules, p. 883. — 2, De Launoy, I, p. 251. — 3. Ibid., Il, p. 687. — 4. Ibid., Il, p. 688. — 5. Jbid., I, p. 317. — 6. Ibid., I, p. 299. — 7. Ibid., I, p. 300, 316. De Launoy prend ces citations dans Les regrets et complaintes de passe-partout sur le trespas de maïstre François le Picart en 1557. Le Picart y est traité de « noble et scientifique personne, sieur d’Atily en Brie, docteur en théologie et doyen de Saint-Germain-lAuxerrois, » — 8. Jacques du Breuil et Malingre. Les antiquités de la ville de Paris, 1640, p. 310.
JFAN CALVIN I 31
sentait Marguerite d’'Angoulème, métamorphosée en furie par la lecture de la Bible. Les lettres de Calvin nous ont minutieusement renseignés sur cet événement. Ici Mathurin Cordier professa la grammaire, devint élève en théologie, et peut-être se convertit en 1520. Ici Henri IV fut « institué aux bonnes lettres, et eut pour compagnon le duc d'Anjou, qui fut son roi, et le duc de Guise, qui le voulut estre!. » Ici Richelieu étudia. Dernier détail à noter : le premier boursier du collège de Navarre était le roi,et le revenu de sa bourse était affecté à l'achat de verges à l'usage de ses collègues.
Un peu plus bas, séparé du collège de Navarre par la rue Traversière (qui longeait en partie la rue actuelle des Ecoles), se trouvait le collège de La Marche, où Calvin, arrivant de Noyon, entra en quatrième, avec ses amis de Montmor, et où enseignait Mathurin Cordier.
3. De l’autre côté de la rue de la Montagne Sainte-Geneviève (longeant toujours la rue actuelle des Ecoles), la rue Judas (aujourd'hui impasse du Clos- Bruneau) conduisait à la rue des Carmes”. En 1528, Simon du Bois y publiait ses volumes, au nombre des plus beaux et pas des moins évangéliques de l’époque. On pourrait presque dire que, de cette petite rue Judas, l'influence de Luther a commencé à rayonner dans toute la France, car, après avoir fait paraître la dernière édition, imprimée à Paris, du Nouveau Testament de Le Fèvre d'Etaples, Simon du Bois publia les traités de Luther, traduits par le chevalier de Berquin, les Expositions chrestiennes, les Expositions sur le Pater Noster, le Symbole et les dix commandements *.
Il n'était donc pas rare de voir le noble chevalier (bientôt le pieux martyr), «avec sa robe de velours, satin et damas, et sa chaussure d’or", » remonter la rue des Carmes, et tourner rue du Mont Saint-Hilaire (aujourd’hui rue de Lanneau), et traverser le carrefour, où se trouvait le Puits-Certain, où aboutissaient la rue (aujourd’hui impasse) Chartière, la rue Fromentel, la rue Saint-Jean de Latran, et entrer dans la rue Saint-Jean de Beauvais.
Or c'est ici un des coins du Paris du XVI siècle qui a le mieux conservé sa physionomie. Choisissez votre point de vue : tout ce qui est moderne se trouve caché; c’est étroit, c'est contourné, c'est sombre, c’est sale. De ces impasses, de ces carrefours l'odeur des temps passés vous saisit, âcre, authentique, et une vie étrange ressuscite. Au XVI® siècle, en effet, ces rues et ces maisons étaient autrement reliées entre elles qu'aujourd'hui. Car ici était le centre du commerce de l’imprimerie et de la librairie. Dans la rue du Mont Saint-Hilaire, 1l y avait un dépôt de livres, quelquefois deux, dans chaque maison. Dans la rue Saint-Jacques on comptait jusqu'à soixante-dix boutiques de libraires”. Or ces officines s’ouvraient dans la rue par des tabliers, qui s’avançaient, chargés de
4. De Launoy, I, p. 342. — 2. Dans la rue des Carmes, à l’image Saint-Jean, Thibault II Charron tint boutique de libraire, de 1541 à 1565. Un de ses vingt-cinq enfants fut le célèbre philosophe Pierre Charron. Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens, 1898, p. 63. — 3. Bulletin, XXXVI, 1887, p. 669 et XXXVII, 1888, p. 432 et 500. — 4. France prolestante, 2e édit., article Berquin. — 5. Ph. Renouard, sbid., p. x.
livres. En échange, la rue se prolongeait, s’étendait des deux côtés, dans les officines. Tout le quartier était un grand bazar, une foire permanente de la librairie. Entre les étalages circulait, en se pressant, lisant, causant, discutant, toute la population des innombrables collèges environnants, écoliers de tous pays, avec leurs costumes nationaux, professeurs avec leurs robes, savants, ecclésiastiques ‘.
Où va le chevalier de Berquin? A l’une des premières maisons de la rue Saint-Jean-de-Beauvais, à gauche, celle d'Henri Estienne I‘, fondateur de la maison des Estienne : in Clauso Brunello, vis-à-vis des Grandes Ecoles de Décret *, à l’image de saint Jean-Baptiste.
Là, à partir sans doute de 1504, Henri Estienne I‘ imprime, et on est à peu près sûr de rencontrer dans son officine, transformée en véritable Académie, Badius” (Josse), beau-père futur de son fils Robert, Budé, Briçonnet, Clichtove, ou surtout Le Fèvre d'Etaples, plus qu'octogénaire, qui aimait encore à chantonner (cantillare)*, à plaisanter et à discuter, etc. Henri Estienne I° étant mort, Simon de Colines épousa sa veuve, et continua la maison de 1520 à 15265, aidé surtout par Robert Estienne. Celui-ci prit la succession de son père en 1526, et suspendit comme enseigne le célèbre olivier (o/iva Stephani), que l’on
1. « Une autre partie du quartier de l’Université, le Clos Bruneau, le Mont Saint-Hilaire et le Mont Sainte- Geneviève, a été moins défiguré. Le Carrefour du Puits-Certain, n’était la large trouée qui lui a été faite par la démolition d’un côté des rues Saint-Jean-de-Beauvais et Saint-Jean-de-Latran, a conservé assez bien la physionomie qu’il devait avoir au XVIe siècle. La rue Chartière (impasse Chartière), la rue du Mont Saint-Hilaire (rue de Lanneau), la rue Saint-Jean-de-Beauvais (rue Jean-de-Beauvais), la rue Fromentel, voies qui aboutissaient toutes au Puits-Certain, ont encore quelques-unes des maisons habitées autrefois par nos libraires et nos imprimeurs. Rue de Lanneau, on voit l’amorce de la Longue Allée plus étroite qu’une de nos portes cochères ordinaires ; la rue d’Ecosse est telle qu’elle fut aux premières années du XVIIe siècle, après la démolition et la reconstruction de la maison du Chaudron. Au coin des rues Fromentel, Jean-de-Beauvais et de la place du Collège de France (anciennement rue Saint-Jean-de-Latran) existe encore la petite niche qui contenait la statue de la Vierge, justifiant l'enseigne que portait la maison, l'Image Notre-Dame, avant de porter celle de la Pyramide, lorsqu’après la mort de Simon de Colines elle passa dans la famille des Macé. » Ph. Renouard, Jmprimeurs parisiens, p. x1.— 2. Voir Bulletin, XLIIT, 1894, p.252. La rue Jean, ou Saint-Jean-de-Beauvais, portait aussi les noms de rue du Clos-Bruneau, et de rue des Ecoles de Décret. Il y avait eu, en effet, dans cette rue plusieurs écoles de Décret, c’est-à-dire où le droit ecclésiastique, renfermé dans le décret de Gratien (d’où le nom d’Ecole du Décret), était seul enseigné. C'était donc une Faculté de droit canonique. La jurisprudence civile, exclue de l’enseignement parisien par une déclaration formelle du pape Honorius II, était réservée aux Universités d'Orléans et de Poitiers. — Henri Estienne était établi en face des Grandes Ecoles de Décret. Il avait débuté, en 1502, dans la maison, non pas en face, mais immédiatement à côté de ces grandes Ecoles, à l’enseigne des Connins ou des Lapins. Là, il avait succédé à Jean Higman, dont il avait épousé la veuve : Higman, Estienne et Colines se transmirent fidèlement leur imprimerie et leur femme. — Un censier de 1529 dit de la maison d’Estienne : « maison où soulloient estre les premières escolles de décret [nous avons indiqué qu’il y en avait eu plusieurs] assises au Cloz Brunel, en la rue Sainct Jehan de Beauvayes, devant les Grandes Escolles de Décret... aboutissant par derrière à une petite court, prez les estables du dict Sainct-Jehan de Latran ; la dicte maison a esté baillée à Henry Estienne, jadis imprimeur et libraire. » Cette maison se composait de « deux corps de logis, l’un sur le devant, l’autre sur le derrière, cour au milieu, petit jardin derrière les dicts lieux, avec une imprimerie estant en aile. » — Robert Estienne, fils de Henri, loua par bail emphytéotique cet immeuble, le 16 juillet 1533, pour une durée de 99 ans. (Topographie, VI, p. 96, 98, 99.) — 3. Badius habitait, en 1504, rue des Carmes, « Au Miroir, » et, de 1506 à 1530, rue Saint-Jacques, « Aux Trois Brochets. » Ph. Renouard, ibid., p. 11.— 4. Herminjard, I, p. 23, n. 3. — 5. Des ouvrages de Le Fèvre portent : « Imprimé en la maison Simon de Colines, demourant en l’Université de Paris, en la rue Sainct Jehan de Beauvais, devant les esçolles de Décret, »
y voyait encore après 1650. À ce moment, Robert constituait à lui tout seul la première Société biblique qui ait existé, et entrait dans des luttes interminables contre la Sorbonne. Tout ce qui était savant fréquentait sa maison, où femmes et enfants parlaient latin. Les domestiques mêmes en avaient attrapé quelques mots.
Que de fois Mathurin Cordier vint ici, chez son ami, qui devait être cause de sa conversion! Que de fois Calvin dut se mêler à ces humanistes, à ces évangéliques, surtout quand il allait chez Cyaneus!, faire imprimer son traité sur le De Clementia, ou quand il allait jusqu'à la Sorbonne, chez Gérard Morrhius?, Campensis, corriger les épreuves de l’Antapologie de son ami Duchemin.
Un peu plus loin, dans la même rue, et du même côté, était le nouvel établissement de Colines’, à l'enseigne du Soleil d'or, et enfin, vis-à-vis, venait le collège de Presle*, où étudia Florimond de Ræmond, où l’illustre Ramus enseigna, et fut tué à la Saint-Barthélemy. Surpris le 26 août, par les égorgeurs, dans la cellule qui lui servait de cabinet de travail, au cinquième étage, il reçut une décharge d’arquebuse et un grand coup d'épée. On le jette par la fenêtre dans la cour. Il respire encore; on l’attache par les pieds, et on le traîne à travers les rues jusqu’à la Seine, dans laquelle il est précipité après qu’un chirurgien lui a coupé la tête. Quelques passants, moyennant un écu qu'ils donnèrent à des bateliers, se firent apporter sur la berge le cadavre qui surnageaït, près du pont Saint-Michel, et s'en donnèrent le spectacle*.
4. Mais la rue qu'il nous faut surtout descendre pas à pas, c’est la Grant rue Saint-Jacques.
Au commencement, à gauche, tout près de la porte Saint-Jacques, et même enclavé dans le rempart,est le couvent des Dominicains, dit des Jacobins, qui eut pour professeurs Albert le Grand et Thomas d'Aquin. Les écoles de saint Thomas furent reconstruites au milieu du XVI sièclef.
Puis viennent de tous côtés des libraires; presque à chaque porte pend une enseigne. Toussaint Denys, « près Sainct-Yves, à l'enseigne de la Croix de Bois? » en 1520, vend la célèbre édition des taxes de la pénitencerie. Regnauld Chaudière#, à l'enseigne de /’Homme sauvage”, vend le Traité d'Ulrich de
4. Ph. Renouard, Bibliographie des éditions de Simon de Colines, 1894, p. 445. Jusqu'en 1528, Cyaneus avait sa boutique rue Saint-Jean-de-Latran. En 1532, il était dans la rue Saint-Jacques, à l’enseigne des deux Cochets. On le trouve, en 1537, rue des Carmes. De 1529 à 1536, Cyaneus travaillait pour Simon de Colines, dont l'atelier était insuffisant. Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens, p. 89. — 2. Gérard Morrhy, ou Morrhe, dit Deschamps, avait son imprimerie dans une maison du cloître Saint-Benoïst, appartenant à la Sorbonne, Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens, p. 277. — 3. On comprend que Colines, avant de prendre sa marque « Le temps, » se soit servi de la marque des Connins ou des Lapins. C'était, nous l’avons vu, le nom de la maison où avait débuté son prédécesseur Henri Estienne. — 4. M. Douen : « No 6 de la rue des Carmes. » Paris protestant. — Le collège de Presle avait façade sur les deux rues: rue Saint-Jean de Beauvais et rue des Carmes. L’entrée principale était rue des Carmes. — 5. Ch. Waddington, Ramus, 1855, p. 254, 255. — 6. Albert Lenoir, Statistique monumentale. Explication des planches, p. 168. — 7. Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens, p. 95.— 8. Il avait épousé la belle-fille de Simon de Colines. Celui-ci, en 1539, lui cèda sa librairie de la rue Saint-Jean de Bauvais, au Soleil d’or. Lorsque S. de Colines mourut, en 1546, Chaudière lui succéda aussi comme imprimeur. Ph. Renouard, #bid., p. 65. — 9. Bulletin, XXXIX, 1890, p. 183.
Hutten, l’Aula'. A l'enseigne du Croyssant, près Saint-Benoît, Jehan Morin? vend le Cymbalum mundi de Bonaventure des Périers, valet de chambre de Marguerite d'Angoulême. Sous le voile d’une fiction sans portée apparente, le Cymbalum s'attaque indistinctement à tous les Credo et à tous les partis religieux. « S'élançant d'un bond aux extrêmes limites de la libre pensée, par l'audace du scepticisme, l'éclat de la verve, le trait incisif, l'ironie mordante, le contemporain de Rabelais annonce et fait pressentir Voltaire à deux siècles de distance. »
Après avoir lu les derniers traités de l’humanisme ou même du scepticisme, si l’on veut lire les premiers traités du mysticisme évangélique, il suffit d'entrer chez le libraire voisin, Chrestien Wechel, « à l'écu de Basle, près l’esglise sainct Benoist. » Il a publié « le livre de vraie et parfaite oraison, » tiré du Bet-büchlein de Luther, 1522. I] a la même marque que Simon du Bois, qui est à la rue Judas et qui travaille pour lui‘.
Simon du Bois se retira à Alençon, où il imprima les deux premières éditions (1531, 1533) du Miroir de l’äme pécheresse, cet ouvrage qui provoqua les censures de la Sorbonne, les rétractations de l'Université, à la suite d’un premier discours de Cop, et la comédie du collège de Navarre. Sa succession semble avoir été prise par Antoine Augereau qui, en 1533, toujours dans la rue Saint-Jacques, mais « à l’image Saint-Jacques, près les Jacobins, » mit en vente deux nouvelles éditions du AZ1rotr. Les ennemis de la Réforme ne pouvant atteindre Marguerite, s’acharnèrent contre son imprimeur. Profitant de l'affaire des placards (octobre 1534), ils déclarent Augereau « alié des dits affixeurs, » et le font enfermer à la Conciergerie. Il dut faire amende honorable, devant Notre-Dame, et fut pendu et étranglé, place Maubert (décembre 1534).
Simon du Bois, plus heureux, put s'enfuir avec Caroli, Marot, Cordier et tous les suspects, que le Parlement cita en vain à sa barre, le 25 janvier 1535°.
Mais la rue Saint-Jacques n’est pas seulement remplie de librairies, où s'étalent, et où se cachent, tous les livres qui ont fait la Réforme, et que la Sorbonne et le Parlement vont poursuivre’, traquer jusqu'à ce qu'ils les aient réduits en cendres ; elle est encore pleine de monuments, où se passent les premiers drames luthériens. L'idée et le fait se côtoient.
Nous descendons.
4. Ulrich de Hutten avait fait une rapide visite à Paris, en 1517. Il était, en somme, chargé de vendre à François Ier la voix d’Albert de Brandebourg, archevêque-électeur de Mayence. François Ier, à ce moment, voulait se faire nommer empereur. Ulrich de Hutten dina avec Budé. Bulletin, XXXIX, 1890, p. 181-189. — 2. En 1537, n'étant encore qu’un jeune garçon libraire, il fut arrêté précisément pour avoir vendu ce Cymbalum. Mais il ne fut pas pendu, comme on l’a dit, puisque l’année suivante il vendait, dans sa boutique, le Roman de la Rose. Ph. Renouard, #bid., p. 276. — 3. Bulletin, XXXVIII, 1889, p. 576. — 4. Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens, p. 373. — 5. Bulletin, XLII, 1893, p. 242-244. « Une victime du Miroir de l'âme pécheresse, » par N. Weiss. — 6. Ibid., XI, 1862, p. 253.— 7. On peut s’imaginer la rumeur qui s'éleva de ce quartier, le dimanche 28 juin 1545, lorsque dans les carrefours l’inquisiteur Ory fit publier la défense, sous peine de prison, d’imprimer soixante-cinq ouvrages pernicieux, dont la liste avait été dressée par les Sorbonistes, C'était la ruine pour les fournisseurs des écoles. Les vingt-quatre libraires jurés de l’Université se réunirent immédiatement et rédigèrent une requête au Parlement, disant « qu’on allait les mettre leurs femmes et enffans et gens de dont ils se aydent pour le dit estat, a pain quérir. » Bulletin, XL, 1891, p. 638.
A droite, voici le collège du Plessis !, où étudia Hotman, le célèbre jurisconsulte, ami de Calvin, et auteur de la Franco-Gallia. Vis-à-vis était une maison «ayant sur le derrière le collège de Sorbonne. » C'était l'hôtel de Barthomier. Là eut lieu la fameuse affaire de la rue Saint-Jacques.
Les protestants se rassemblaient quelquefois dans cette maison, dont le pro-
priétaire était parent d’un des anciens, Taurin Gra-
velle*. Ils furent épiés par « aucuns prêtres boursiers de ce collège du Plessis. »
Un soir, le 4 septembre 1557, trois ou quatre cents
fidèles arrivent les uns après les autres, à la dérobée.
Ils désirent célébrer en secret leur culte et prendre la cène. Mais ils ont été
vus. La populace est ameutée, la maison cernée, et, à minuit, quand ils veulent
se retirer, les luthériens sontharrétés AOuctiairen
Ils prient. Puis ceux qui ont des armes se frayent
un passage « connaissant
la couardise de la populace
parisienne. » Mais les en-
A Eglise des Mathurins. (p. 247.) fants, les femmes, quelques
hommes restent. La foule veut les massacrer, quand arrive enfin Martine, procureur du roi, au Châtelet. I1 les mène en prison Ÿ, laissant couvrir ces nobles dames, la dame de Graveron, Mr: de Rentigny et autres, d’injures, de coups ; on alla jusqu'à mettre en pièce leurs accoutrements, à abattre leurs chaperons sur leurs têtes, à arracher leurs cheveux, à souiller et couvrir d’ordures et de fanges leurs visages *.
1. M. Douen précise: « No 115 de la rue Saint-Jacques, aujourd’hui démoli, tout près du lycée Louis-le- Grand. » Paris protestant. — 2. « Voyant la disette de logis à recueillir le peuple, il offrit volontairement celui de M. Barthomier, son allié, lequel il avoit en garde. » Histoire des martyrs, I, 564. Voir Bulletin, XLIV, 1895, p. 33. — 3. Taurin Gravelle était parmi les prisonniers : « Il pouvoit bien sortir avec les autres; mais il s’arresta tout à propos pour répondre de son faict, et qu’il n’avoit rien entrepris contre son devoir, recevant ceux qui ne s’assembloyent là que selon l'ordonnance de Dieu. » Histoire des martyrs, I, p. 564. Il fut brûlé vif, place Maubert. — 4, Histoire des martyrs, I, p. 543-545.
A côté est le collège de Cambrai, où Calvin venait écouter les leçons de Danès. Ii a son entrée dans la rue Saint-Jean de Latran, qui reliait la rue Saint- Jacques au carrefour du Puits-Certain et à la rue Saint-Jean-de-Beauvais. C’est dans ce collège de Cambrai que prit naissance, spirituellement et matériellement, si l’on peut dire, la grande institution qui, la première, affirmait l’idée moderne de l’enseignement par l'Etat, et qui allait être le collège de France. Le collège de Cambrai, et à côté de lui le collège de Tréguier, avaient un grand emplacement et peu d'importance. Les premiers Lecteurs royaux y furent installés. Le roi devait contribuer à la réparation et à l’ameublement des salles. C'était un acheminement vers la dépossession ultérieure des deux établissements, laquelle eut lieu pour la construction de l'édifice dont Louis XIII posa la première pierre, le 28 août 1610".
Quelques pas plus loin, à gauche, est l’église des Mathurins (Page 246), angle de la rue Saint-Jacques et des Mathurins. C’est ici que se réunissent les Facultés pour la nomination du Recteur et pour leurs grandes assemblées. C’est d’ici que, depuis le XIIT° siècle, sont datés tous
i , : He Ses : Paris. Quartier des Mathurins. les actes importants de l’Université (jusqu'en Plantde 1555.
1763). C’est d'ici que partent cortèges, processions, défilés solennels *. C'est ici que Cop lut son fameux discours, ou plutôt le
discours de Calvin. Le général de l’ordre des Mathurins, Robert Gaguin déclarait, en 1472, qu'à Paris il y avait trois monuments célèbres: Notre Daineé-sresidence delEolise Mer Palais résidence du roi.et du, Parlement, et l’église des Mathurins, résidence de l'Université. Même des trois, ajoutait-il, l'église des Mathurins est le plus célèbre, parce que, grâce à l'Université, il est connu non seulement en France comme les deux autres, mais dans tout le monde chrétien‘.
Du côté de la rue des Mathurins, l’église touchait à l’un des plus beaux palais de la ville, l'hôtel de Cluny (Pages 248, 249 et 296), commencé en 1440 et achevé en 1550. La veuve de Louis XII y logea, et puis ce fut l'habitation du grand ennemi des protestants, le cardinal de Guise’. Jacques V, roi d'Écosse, y épousa Madeleine, fille de François I”.
A. Topographie, NI, p. 48, 56, 81, 288. — 92. Ibid., VI, p. 333. — 3. La rue des Mathurins est devenue rue du Sommerard, et l'emplacement (réduit) des Mathurins est devenu le théâtre de Cluny. (Bulletin, XLIUT, 1894, p. 250.) — 4. Crevier, Histoire de l'université de Paris, IV, p. 347. Voir: Dr Alex. Budinsky, Die Universität Paris und die Fremden an derselben im Mittelalter, 1896, p. 45. Le livre du savant allemand est la meilleure preuve que Robert Gaguin disait vrai. Il n’est pas un homme célèbre d'Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande, d'Allemagne, des Pays-Bas, d'Italie, d'Espagne, de Portugal, de Scandinavie, de Hongrie, de Grèce, qui, au moyen âge, n’ait étudié ou enseigné à Paris. — 5. Sans cesser jamais d’appartenir à l’ordre de Cluny, l’hôtel était à la disposition des rois, qui y logeaient des personnages de marque. La Mère Angélique Arnauld, Pillustre abbesse de Port-Royal-des- Champs, y habita un certain temps. (Topographie, VI, p. 326.)
Dans la même rue des Mathurins, en face de Cluny, logèrent deux des plus dignes acolytes du cardinal de Lorraine. Avant 1538, le président Lizet louait un hôtel entre la rue Saint-Jacques et la rue de la Sorbonne. Puis il se transporta, pas très loin, rue Saint-Jacques, à côté de la chapelle Saint-Yves. En effet, ce bon apôtre obtint que, sa vie durant, le saint sacrement resterait déposé dans cette chapelle !. En 1552, le président de Saint-André habitait de l’autre côté de la rue de Sorbonne, au coin”. Le cardinal, Lizet, Saint-André! Tout le fanatisme, toutes Îles cruautés et tous les vices! a ae 7 La rue de la Sorbonne nous conduit au fameux
ps établissement de ce nom. Ici siégeaient les sorbonistes, les théologastres, sous l'inspiration de Béda. Ici était le centre de l’obscurantisme et de l’antibiblicisme au XVI® siècle. Nous donnons comme curiosité le plan le plus ancien, celui dit de Îa Tapisserie. Il est très vague. Mais celui de Bâle (1552), que M. Gréard trouve « déjà bien dessiné dans son ensemble, » est encore déclaré par la Topographie « une masse sans netteté de lignes et réfractaire à l'analyse. » Voici une description des lieux au XVI® siècle: #62 « Sur la rue de la Sorbonne étaient la maison de Robert, d’un aspect monumental, une sorte de forteresse, la série des maisons des hôtes et des sociétaires, reliées tant mal que bien les unes aux autres,
ar et
Paris. La Sorbonne, d’après le plan de la Tapisserie.
la chapelle avec ses trois tours octogones- “et l'entrécsdumeclièerende Calvy. A l’intérieur deux cours... un jardin... un jardin plus étendu *. » +
La rue Saint-Jacques aboutit au A ie rt quartier de Saint-Séverin et de Re Saint-Julien-le-Pauvre, les plus vieilles églises de Paris. On a conservé le souvenir d’une prédication faite, le 26 décembre 1540, à Saint-Séverin, où le moine augustin, Jean Barenton, s’écria : « Je te dis que les Saints ne font point de miracles. » Mais il se rétracta‘.
A Saint-Julien-le-Pauvre, au XVI siècle, tous les trois mois les délégués de la Faculté des arts s'assemblaient pour choisir le Recteur, qui était ensuite nommé aux Mathurins.
Il reste encore la rue Galandeÿ, où s’amusaient les étudiants du XVI siècle.
4. Topographie, NI, 263. — 2. Ibid., p. 316. — 3. Ibid., VI, p. 426. — 4. Bulletin, XXXVII, 1888, p. 249. — 5. Corruption de Garlande, nom d’un seigneur du XIIIe siècle. La maison du No 42, qui touchait aux Ecoles de la nation de France, qui elles-mêmes faisaient le coin de la rue Galande et de la rue du Fouarre, porte encore son enseigne de 1441. C’est un Saint-Julien avec deux autres personnages.
Nos quogue fuimus in Garlandia, se disaient-ils, quand ils se rencontraient plus tard dans la vie. Il reste encore un | + { morceau d’un côté de la rue du Fouarre dont l’histoire se confond avec celle de ses écoles!, qui en occupaient la presque totalité. Nous avons décrit ces taudis que visita Dante.
A côté, dans la rue de la Bûcherie, la Faculté de médecine s'installa en 1483, et commença ses leçons en 1502 °. Ici venait Cop, l'ami de Calvin.
C’est dans ces rues étroites que grouillait une population d’écoliers, de maîtres, de logeurs et de ribaudes. J’ai encore vu le quartier au moment où l’attaquait la pioche des démolisseurs.
Maisons qui avançaient, fenêtres car-
rées, mais veuves de leurs meneaux, tout cela n'était pas seulement vieux, c'était sale et laid, d’un pittoresque qui faisait
peine à voir. Les trouées s’élargirent bientôt de toutes parts, et on eût dit un champ de bataille, jonché de ruines plus ou moins souillées.
Il en reste assez pour bien s'orienter, et pour deviner ce qu'étaient ces lieux obscurs et mal habités, mais d'où partait la lumière qui allait éclairer la France et le monde. En comparant les masures