CHAPITRE DOUZIÈME
Second séjour à Orléans.
I Lettre à Bucer. — II. Calvin procureur de la nation Picarde, -— III. La maille d’or. — IV. La légende du vol. — V. Orléans au XVIe siècle.
ERS lÎa fin du mois d'avril 1532, Calvin est à Paris. I écrit à François Daniel une lettre que nous avons citée, et qui annonce son voyage à Orléans. Il est encore à Paris, le 15 mai. François Daniel [ui répond qu’il l'attend !.
Dix-sept mois se passent, et, le 27 octobre 1533, nous retrouvons de nouveau Calvin à Paris, écrivant à Daniel. « Pendant l’espace de dix-sept mois, dit M. Herminjard, les documents relatifs à sa personne manquent totalement ?. » Ce sont ces dixsept mois qu'il nous faut étudier.
Nous trouvons d’abord dans les Opera une lettre de Calvin écrite de Noyon, placée à la date du 4 septembre 1532. (Dans le manuscrit le millésime manque.) Nous donnons le fac-similé du début et de la fin. (Page 208.)
Elle est adressée à Bucer, « évêque strasbourgeois. » Vient la salutation: « La grâce et la paix du Seigneur soient avec toi, par la miséricorde de Dieu et la victoire de Christ. » C'est une formule évangélique.
Voici le début : « Je n'aurais eu ni le temps, ni la matière, ni le dessein d'écrire, s’il ne m'avait paru nécessaire de déplorer auprès de toi le malheur de cet excellent frère... » Suivent quelques détails sur une personne à nous inconnue, qui s’est réfugiée à Strasbourg, et se trouve dans une situation très malheureuse.
41. Opera, Xb, p. 21, 22. Herminjard, II, p. 419, 420. — 2. Herminjard, IL, p. 103.
Evidemment ce n’est point par cette phrase que Calvin et Bucer ont commencé leurs relations. Il faut qu’il y ait eu d’autres lettres, aujourd’hui perdues. En effet, la phrase citée n’est compréhensible que si elle indique une correspondance antérieure!. Seul un homme, qui a déjà écrit à un autre, peut lui dire qu'il n'a pas le temps d'écrire, ou qu'il n’a rien à lui dire. A quelle date avaient
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Fac-similé de la lettre à Bucer. (p. 297.)
été écrites les lettres perdues? Quels secrets nous révèleraient-elles? Tout ce que nous savons c’est qu'elles ont existé.
Plus loin, il est dit de la personne en question : « Comme il ne pouvait plus longtemps courber la tête sous cette servitude volontaire que nous supportons encore, il a émigré auprès de vous, sans espoir de retour. »
Enfin Calvin parle de l’anabaptisme dont le réfugié serait, bien à tort, soupçonné. « Je l’ai amené ouvertement, dans la conversation, à parler de ce sacrement. Il s’accordait avec moi en termes si diserts, que je n'avais trouvé personne professant sur ce point la vérité avec plus d'ingénuité ?
Si la lettre que nous possédons est datée du 4 septembre 1532, comment M. Herminjard dit-il que nous sommes absolument sans document de mai 1532 à 1533? Le voici : le savant éditeur de la Correspondance croit devoir retarder cette lettre de deux ans, en s'appuyant sur des raisons internes. La date de 1532 est incompatible, en effet, avec son système chronologique.
Au contraire elle confirmerait le nôtre. Il n’y a rien d’impossible à ce que
1. Cette correspondance d’autre part he peut avoir été très régulière, puisque, en passant à Strasbourg (1536), Calvin ne se crut pas obligé d’aller rendre visite à Bucer. Herminjard, IV, p. 119. — 2. Opera, Xb, p. 24.
cette lettre ait été écrite, à ce moment, par le cousin d’Olivétan, l'élève de Cordier et de Melchior Wolmar, par celui que sa conversion, subitement commencée, avait momentanément écarté de l'étude du droit, par l’auteur déjà augustinien du De Clementia. Mais évidemment, dans ces conditions, nous ne pouvons nous prévaloir de ce document !.
M. Doinel, ancien archiviste du Loiret, par une découverte postérieure à la publication du volume de M. Herminjard, nous a fourni des documents nouveaux.
Déjà la lettre d'avril 1532, à Daniel, semblait annoncer que Calvin voulait aller à Orléans, non pas pour une simple visite, mais pour un vrai séjour. Il parlait de ses bagages (sarcinas) ?.
Or pourquoi Calvin se préparait-il à un séjour prolongé? M. Doinel répond : pour achever ses études de droit, et joindre à la licence le doctorat, qu'il n'avait pas encore.
Laissons parler M. Doinel : « J’ai découvert dans les minutes de Giles Herpin, notaire de l’Université, aux dates du 10 mai et du 11 juin 1533, deux actes dans lesquels Calvin intervient comme partie principale. Il y intervient en qualité de substitut annuel du Procureur de la nation de Picardie en l Université d'Orléans *. » — Si Calvin n’est plus substitut annuel en octobre 1533 (puisqu'il est alors à Paris), et même en septembre, époque des vacances, sa substitution, pour être annuelle, a dû commencer vers juin 1532. « Pendant cette année, conclut M. Doinel, Calvin a résidé et étudié le droit à Orléans; il y a terminé son cours légal et il en est sans doute reparti avec le grade de docteur 1n utroque “. »
Voici le premier des deux actes découverts par M. Doinel.
« Samedi, 10 mai 1533. Maiïstre Jehan Cauvyn, substitut annuel du procureur de la nation de Picardie, de l'Université d'Orléans ; Jehan le Mire, Jehan le Roy, Jacques Normant, Charles Couronnal, Laurent de Normandie, et Jehan Benoist, eulx disans faire la plus grant et seine partie des escolliers de la dicte nation de Picardie, assemblez et congrégez au cloistre de l'Eglise de Notre-Dame de Bonnes-Nouvelles d'Orléans, à huy, heure d’une heure, suivant le proclamat et signification à eulx faict par [un blanc] bedel de la dicte nation, ainsi que par Île dict [un blanc] a esté rapporté, pour aucuns grans et urgans affaires qu'ils dient
4. Voir Appendice VII, La lettre de Noyon. — 2. Bulletin, XXVI, 1877, p. 177. L'autre expression, sur laquelle insiste M. Doinel, me paraît pouvoir être comprise autrement qu’il ne le fait. Calvin peut vouloir dire que, si Duchemin ne le reçoit pas, il sera obligé de rester quelques jours à la belle étoile, en attendant de trouver un logement, — 3. Il a existé, paraît-il, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (Paris), un livre de la nation de Picardie. Mais, il y a déjà quarante ans, les recherches faites par M. Herminjard pour le retrouver ont été infructueuses. — 4. Bulletin, XXNI, 1877, p. 178.
la dicte nation avoir, mesmes pour poursuir le procès pendant par devant nous, comme demandeurs à l'encontre de Françoys de Berry et ses consors deffendeurs, et ung aultre pendant à la barre du Palais à Paris, auquel ilz ont esté intimez à la personne de leur procureur à la requeste du procureur général
La pucrlle Fe
du Roy ; conscenty et conscentent que maistre Girard de Rüier, recepveur de la dicte nation, à ce présent, puisse vendre, ou faire vendre, à telles personnes et pour tel pris que bon luy semblera et verra estre au proffit de la dicte nation, deux buzetes d'argent estans d’icelle nation, pour les deniers yssans de la vente convertir et employer aux fraicts qu’il convient et conviendra faire ès dict procès et aultres affaires de la dicte nation ; à la charge toutesvoyes de rendre, par le dict recepveur, bon compte et reliqua aux suppostz de la dicte nation, quant par d’eulx requis en sera. Dont le dict recepveur a requis lettres. Présens Guion Bellenger, cordonnier, demeurant en la paroisse Notre-Dame de Bonnes- Nouvelles, et Pierre Le Foretier, demeurant en la paroisse de Saint-Eloy d'Orléans, pour tesmoings. »
Un acte, du mercredi 11 juin 1533, dans lequel figure de nouveau, en tête, Calvin, et un autre du 13 janvier 1533 (N. S. 1534), dans lequel Calvin ne figure pas, achèvent de nous renseigner sur le procès en question.
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Concluons d’abord. Calvin a été à Orléans en 1532-1533. Il a été Procureur