‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 78 sur 156 · De Buzonnière, II, p · texte numérisé non relu

De Buzonnière, II, p

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Orléans.

Maison du professeur Jean Mynier. (p. 321.)

, D EMEctroisième PO CONVERSION,

CHAPIEPREMONIQUE Conversion.

I. Préliminaires. — II. Le discours de Cop. — III. Les découvertes de M. Lang. — IV. Position de la question. — V. Témoignage de Bèze Séjour à Paris. Estienne de la Forge. — VI. Le système de M. Lang. — VII. Premier témoignage de Calvin: Préface du Commentaire sur les Psaumes. — VIII. Second témoignage de Calvin : Seconde défense contre les calomnies de J. Westphal. — IX. Troisième témoignage de Calvin: Lettre au cardinal Sadolet, — X. Objections. — XI. Les suites du discours de Cop.

L est temps d’arriver au fait, peut-être le plus important dans cette première période du protestantisme français, certainement le plus important dans la jeunesse de Calvin, au discours du 1‘ novembre 1533. Heureusement que les documents sont dignes, par leur nombre et par leur intérêt, des événements qu'ils nous racontent.

Le 27 octobre 1533, Calvin, de retour à Paris, écrit une première lettre! à Daniel : elle est courte; c'est un double billet, qui annonce une seconde lettre. Calvin parle de la collection de nouvelles (rerum novarum collectanea), qu’il va lui envoyer. Et ces nouvelles sont toutes relatives au mouvement évangélique dans la capitale. Aussi, après avoir dit à Daniel : lis-les et fais-les passer aux amis, il lui recommande la prudence. En même temps, il expédie un Traité de Gérard Roussel, « notre Gérard » (G. nostri). Il faut noter la familiarité de ce nostri. Et de nouveau il demande que ces feuilles soient communi-

41. « La présente lettre, tracée sur un simple feuillet, qui a été plié, mais non cacheté, est à notre connaïssance le plus ancien autographe de Calvin. Son écriture, dont les formes sont dures et précises, s’est assouplie plus tard, mais en conservant les traits essentiels de sa physionomie primitive. » Herminjard, II, p. 106. Bibliothèque de Berne, vol. E,, 141, epa 432. — Sur la question de priorité en fait d’autographes, voir Appendice VII, La lettre de Noyon,

quées avec prudence (Epitomen cave temere divulges'.) Voilà donc Calvin faisant assez partie du groupe évangélique, pour sentir le besoin de se cacher! Nous reproduisons la première partie du billet :

Dans la partie supérieure du verso, Calvin avait d’abord écrit l'adresse suivante : (A Monsieur et bon amy Monsieur de Thoury

La seconde lettre, octobre 1533, est beaucoup plus longue et beaucoup plus explicite. C’est toute l’histoire de la Réforme, à un moment donné, dans la capitale.

A la fin de septembre, quand les écoliers passent des classes de grammaire aux classes de dialectique, le Collège de Navarre a joué, en public, une comédie, et une comédie pleine de fiel et de vinaigre ( felle et aceto).

Il faut savoir, pour comprendre ce récit, que le parti catholique était alors au comble de la fureur. François I‘ était absent de Paris, depuis la fin de février 1533, et le roi de Navarre, sous l'influence de sa femme, Marguerite, avait

1. Calvin, dans ce double billet, mentionne une lettre qui n’a pas été conservée, et un appendice qu’il aurait voulu ajouter à un traité de Roussel, s’il en avait eu le temps. Il l'aurait extrait des Commentaires antérieurs (cui velut appendicem assuere decreveram quod ab illis prioribus commentariis abruptum erat). M. Herminjard dit : « Nous ignorons à quel genre de travail, sorti de la plume de Calvin, se rapporte cette expression. » (III, p. 105, n. 11.) Que de documents et que de renseignements perdus ! On voit ce que vaut, à propos des documents que nous avons, l’argument a silentio. — 2. Nous devons ces deux fac-similés à l’obligeance de M. le Dr Blôsch, bibliothécaire de Berne, Nous le remercions cordialement de cette amabilité, et des autres qu’il a bien voulu avoir pour nous,

laissé prêcher G. Roussel, pendant tout le carême, devant des auditoires de 4000, de 5000 personnes. La Sorbonne avait essayé de protester et de soulever le peuple. Le roi de Navarre avait interné les chefs sorboniques. « Le bon Béda, dit un Parisien, fut obligé de rester sur son mont aigu : mais bientôt on le voit trotter sur sa mule. » Alors François [° (mai 1533), irrité, exila à 30 lieues de Paris, Béda et François Le Picart (Facultatis theologicæ antistites atque columina").

Les esprits se montent de plus en plus, et c’est une vraie guerre de placards.

En voici un, catholique, copié sur place, c’est-à-dire sur la muraille, par le jeune Siderander :

Au feu, au feu cest hérésie

Qui jour et nuyt trop nous grève !

Doibs-tu souffrir qu’elle moleste

Saincte Escripture et ses édictz ?

Veulx-tu bannir science parfaite

Pour soubstenir Lutériens mauldictz ?

Crains-tu point Dieu, qu’il permette

Toy et les tiens, qui sont floris, faire péril ?

Paris, Paris, fleur de noblesse, Soubstiens la foy de Dieu que on blesse, Ou aultrement fouldre et tempeste Cherra sur toy, je t’advertis.

Prions tous le roy de gloire

Qu'il confonde ces chiens mauldictz, Afin qu’il n’e[n] soit plus mémoire

Non plus que de vielz os pourris.

Au feu ! au feu ! c’est leur repère!

Faiz-en justice ! Dieu l’a permys. »

Marot devait faire un peu plus tard (1535) une spirituelle réponse à cet « escripteau. »

En l’eau, en l’eau, ces folz séditieux, Lesquels en lieu de divines parolles Preschent au peuple un tas de monopolles, Pour esmouvoir débatz contentieux ; Le Roy leur est un peu trop gracieux :

Que n’a il mys à bas ces testes folles ?

En l’eau.

Ils ayment tant les vins délicieux, Qu'on peult nommer cabaretz leurs escolles, Mais refroidir fauldroit leurs chauldes colles Par le rebours de ce qu’ils ayment mieulx, End'eau?,

Mais, si Marot plaisantait, les sorbonistes étaient dans une rage trop réelle. Ce qu’ils disaient, ils voulaient le faire; et voyant, dans l'exil de leurs meneurs,

4. Voir : Lettre de Pierre Siderander à Jacques Bédrot à Strasbourg, de Paris, 28 mai 1533. Herminjard, III, p. 54. — 2. Jbid., III, p. 59.

un effet de l'influence de Marguerite, ils se retournèrent contre elle. Ils devaient aller jusqu'à proposer de la coudre dans un sac, et de la jeter dans la Seine.

Voilà les sentiments auxquels avaient cédé les auteurs de la comédie dont Calvin nous indique le sujet, dans sa grande lettre que nous nous bornons à résumer. Une reine est occupée à filer. Arrive une mégère, c'est-à-dire M. G. (Magister Gerardus). La mégère s'approche de la reine, et, pour la séduire, lui remet un Evangile. Dès lors, la reine est changée en furie, et ne songe qu'à tourmenter les malheureux et les innocents. L’allusion était claire (non figurale nec obscure).

Dès que la cour fut informée du fait, elle prit des mesures sévères. Le prévôt, accompagné de cent sergents, va au collège, en cerne toutes les issues, et y pénètre. Mais il ne trouve pas l’auteur de la pièce. Entendant du bruit, celui-ci avait trouvé moyen de se cacher. On sévit contre les professeurs.

Mais ce n’est pas tout : et les théologiens factieux (factiosi quidam theologi) ont commis un autre crime, pas moins grave (allerum facinus æque malignum). lis ont blâmé un ouvrage de Marguerite, le Miroir de l'âme pécheresse ?. Le roi a demandé à l’Université les raisons de ce blâme.

Or, à ce moment (depuis le 10 octobre 1533), était recteur l’ami de Calvin, Nicolas Cop, bachelier en médecine et professeur au Collège Sainte-Barbe *. Cop rassemble les quatre Facultés aux Mathurins, et prononce un grand discours (/onga et acerba) contre la témérité de ceux qui ont ainsi attaqué la Majesté de la Reine. Il dissuade ses collègues de s’exposer au courroux du Roi, et de prendre les armes contre une princesse, mère de toutes les vertus et des belles-lettres.

Les renseignements de Calvin (il n’était sans doute pas étranger à ces événements) sont heureusement complétés par du Boulay, qui nous a conservé les actes mêmes de la Faculté de médecine, à laquelle Cop appartenait “. Dès que les lettres royales avaient été lues, la Faculté avait déclaré qu'elle ignorait de quoi il était question. Elle demanda que, dans ce qui concernait la foi, la Faculté de théologie agit en son seul nom, et pas au nom de toute l’Université. Des lettres furent envoyées au Roi, désavouant ce qui avait été fait.

Ainsi tout s’est arrangé, continue Calvin. Le roi a autorisé l’évêque de Paris,

4. «Il a paru (visum est), dit Calvin, qu’on donnerait un très mauvais exemple à la passion de ceux qui désirent ardemment (inhiant) les nouveautés, si on laissait impunie cette méchanceté. » Ici les critiques observent : « Calvin désigne froidement le parti des protestants les plus décidés par cette expression peu flatteuse : ceux qui courent après les nouveautés, littéralement, ceux qui gobent les nouveautés : 7 qui novis rebus inhiant. » Lecoultre, p. 150. Mais inhiare signifie « demeurer béant d’étonnement, » ce qui n’est pas précisément « gober. » Il signifie aussi, c’est ici le cas, « désirer ardemment, » De plus, Calvin ne parle pas en son nom; il parle au nom de la police, dont il reproduit le langage. Toute autre explication serait dans une contradiction incompréhensible avec le reste de la lettre. — 2. Cet ouvrage avait paru sans soulever d'opposition en 1531. Une nouvelle édition, corrigée et augmentée par Marguerite, fut publiée en 1533, sans qu’on eût demandé l’autorisation de la Faculté. L'Histoire ecclésiastique dit : &Il y avoit plusieurs traits non accoustumez en l'Eglise romaine, n’y estant fait mention aucune de saincts ny de sainctes, ny de mérites, ny d'autre Purgatoire que le sang de Jésus-Christ, et mesme la prière ordinairement appelée le Salve Regina, y estoit appliquée en François à la personne de Jésus-Christ. » Histoire ecclésiastique, I, p. 24. — 3. Du Boulay, VI, p. 238. — 4. Ibid.

Jean du Bellay, à choisir lui-même les prédicateurs de chaque paroisse. Ils ne sont donc plus élus selon les passions des théologiens, de ceux qui préféraient les plus criards, et appelaient zèle la passion stupide !.

De ces deux lettres (octobre 1533) deux faits semblent ressortir : 1° Calvin se considère comme l’un de ces novateurs dont il parle; 2° jamais ces novateurs n'avaient eu une aussi légitime espérance de voir triompher leur cause ?. Alors éclata, comme un vrai coup de tonnerre, le discours du 1° novembre 1533. La logique de tous ces événements est évidente.

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C'était l'usage que le recteur fit un discours solennel, le 1° novembre, jour de la fête de tous les saints, devant l’Université assemblée dans l’église des Mathurins. Ce discours, Cop pria son ami Calvin de le lui composer. Et celui-ci «le bastit d'une façon tout autre que la coustume n'estoit*. » Cette affirmation de l'Histoire ecclésiastique a été vérifiée, à la lettre, quand on a découvert, à Genève, le manuscrit même du discours, écrit de la main de Calvin. Ce manuscrit, malheureusement très incomplet, est réduit à une page, la première. Mais les éditeurs des Opera * ont trouvé et publié une « copie, » où le discours se trouve en entier. Il nous faut analyser ce document, le plus précieux de tous, ce document décisif dans la question qui nous occupe.

Sous le nom de philosophie chrétienne, l’orateur expose l'Evangile, qui ne peut être donné à l'homme « que divinement, » qui seul nous fait comprendre et

4. Opera, Xb, p. 27, 30. Herminjard, III, p. 106. — 2. M. Schmidt, Gérard Roussel, p. 99-100, dit : « En présence de ces faits, on est étonné des chances de succès qu’en 1533 la Réformation avait dans la capitale de la France. Le roi, indigné du fanatisme des moines et des Sorbonistes, semble plus prêt que jamais à embrasser la cause protestante ; une reine, qui exerce une grande influence sur son frère et sur son époux, protège ouvertement les savants et les prédicateurs évangéliques; des hommes haut placés dans l'Etat et dans l’Eglise, comme Guillaume du Bellay, son frère, l’évêque de Paris, l’évêque de Senlis, confesseur du roi, l’amiral Philippe Chabot, comte de Charny, les couvrent de leur estime; un savant lié avec Calvin et Bucer, est recteur de l’Université; les élèves de la Sorbonne commencent à réfléchir sur la distance qui sépare Rome de l'Evangile ; les docteurs les plus véhéments sont loin de Paris, en exil, et ceux qui restent sont intimidés par des échecs réitérés; beaucoup de grands personnages sont gagnés au protestantisme, qui compte des partisans à la cour et jusque dans la maison du roi (comme le gentilhomme de la chambre du roi Maurus Musæus, les dames d’Etampes, de Canny, de Peisseleu, etc.); il en est qui vont jusqu’à envoyer des enfants en pension chez les Réformateurs de Strasbourg; en un mot, tous les esprits plus éclairés commencent à penser et à parler plus librement, » — 3, Histoire ecclésiastique, T, p. 25. — 4. Opera, XP, p. 30-36. La note, écrite vers 1570, par N. Colladon, en tête du manuscrit de Genève, renferme une erreur de date: MDXXXIV pour MDXXXIII (Herminjard, Ill, p. 418). Aug. Lang (Die ältesten theologischen Arbeiten Calvins. Neue Jarhbücher für deutsche Theologie, II, 1893) a comparé le texte de Genève et le texte de Strasbourg. Il a constaté des variantes, et, avec l’ingéniosité qui le caractérise, émis l’idée suivante très séduisante. Le texte de Strasbourg serait la copie du discours lue par Cop, tandis que le texte de Genève est le manuscrit original de Calvin. Les variantes seraient dues à Cop lui-même. Une est à noter. Parlant des sophistes, Calvin avait énuméré tout ce dont ils ne disent rien. L’énumération avait six termes : Cop en aurait retranché trois, sans doute pour ne pas effaroucher ses auditeurs. Voici ces trois termes : «#ihil de remissione peccatorum, nihil de gratia, nihil de justificatione. » Si donc nous avions tout le manuscrit de Calvin, nous aurions peut-être un discours encore plus net, encore plus précis et plus énergique !

croire que nous sommes fils de Dieu ; qui nous élève au-dessus de la foule des hommes, autant que les hommes sont eu au-dessus des bêtes. Cette philosophie est si admirable, si sainte, que pour l'apporter aux hommes Dieu a voulu

Exorde du discours de Cop. Début.

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Exorde du discours de Cop. Fin.

devenir homme... [1 nous a donné son Fils... Seule, cette philosophie pardonne les péchés.

Un protestant peut-il exalter davantage l'Evangile, et l’exalter d’une manière plus protestante : « Sola Dei gratia peccata remittit ? »

Et l'exclamation qui vient ensuite, n'est-elle pas d’un homme qui a enfin trouvé l’occasion de dire en public ce dont son cœur est plein? « Puisque si grande est la louange, la gloire de l'Evangile, je ne me réjouis pas peu de cette occasion qui m'est donnée de l’expliquer. »

Tel est l’exorde, dont il nous faut encore noter les derniers mots : « Ave

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