Bibliothèque de Genève. 145, fol
gratià plena".» Aye ! Mais n'est-ce pas un reste de catholicisme ? bloc erratique, bien étonné de se trouver dans de pareilles plaines ?
On pourrait répondre : Calvin écrivait pour un autre, et de plus, il s'agissait d'une formalité, absolument nécessaire ?.
Mais, si l’on examine le contexte, on voit que Calvin a pris toutes les précautions pour enlever à cette formalité sa signification anti-évangélique.
Il n’est pas question d’une prière d’intercession, mais d’un « salut, » et d’un «salut habituel » (salutaverimus... præconio solenni). Ce n’est pas même assez: et Calvin a fait précéder ce salut de l'affirmation nette et précise qu’il y a un seul intercesseur, un seul vrai (verus el unus apud patrem intercessor), le Christ. « Que notre discours loue le Christ, qu'il soit tout imprégné de Christ, qu’il ne respire que Christ, qu'il fasse revivre Christ *. Prions qu'il vienne dans nos âmes, et qu'il veuille nous arroser du suc de sa grâce spirituelle. » Après quoi vient le salut. C’est assez significatif.
Le discours lui-même a pour texte: « Heureux les pauvres d'esprit. Matth. V.»
L’orateur oppose tout de suite, dans ce qu’elles ont d'essentiellement contraire, la foi ancienne et la foi nouvelle, la loi et l'Evangile, la loi avec ses préceptes, ses menaces sans pardon (nullam benevolentiam), et l'Evangile, qui agit sans menaces, qui ne contraint pas avec des préceptes, et qui nous enseigne « l’immense bienveillance de Dieu envers nous. » Avec violence, il attaque donc ces sophistes absolument pervers (perditissimi sophistæ) qui contestent à propos
1. Dans la copie de Strasbourg ces mots sont raturés. Dans le manuscrit autographe de Genève, on lit à la marge cette note, qui est de la main de Nicolas Colladon : « Heec, quia illis temporibus danda sunt, ne supprimenda quidem putavimus. » — 2. « Calvin en avait usé à plusieurs reprises, soit à Lignières, soit à Pont-l’'Evêque. Il devait s’en servir en Saintonge. Car en Saintonge, pas plus qu’à Paris, il n'aurait été possible d’omettre, dans une prédication publique, des formules aussi chères à tous les fidèles catholiques. » (Lecoultre, o. c., p. 149.) « Vers la fin de l’année 1523, la Faculté de théologie censura ceux qui reprennent l’usage de dire l’Ave Maria au commencement du sermon. » (Histoire ecclésiastique, de l'abbé Fleury, XXVI, p. 144.) Le 6 février 1524 (N. S. 1525), G. Roussel est accusé de ne pas dire la salutation angélique, au grand scandale du peuple. Il promit de le faire, mais ne le fit pas, et le 17 on décide de faire contre lui une information. (Voir Bulletin, X, 1861, p. 221.) Ce qui est le plus important à noter, c’est que Luther, en 1520, terminait ses sermons par l’Ave Maria, et l’expliquait daas ses livres de prières, Voici ce que dit Kôstlin, Luther’s Leben, I, p. 613: «En 1522, Luther publie, en même temps que son Nouveau Testament, une nouvelle édition de sa « Kurtze Form. » Il l'appelle un « Betbuchlein. » Aux trois points catéchétiques il ajouta « l'Ave Maria et quelques Psaumes. » Si on ne peut refuser à Luther, en 1522, le nom de Réformateur, quoiqu'il répète l’Ave Maria, pourquoi déclarerait-on que Calvin n’était pas protestant parce qu’il écrivait à la fin d’un exorde l'Ave Maria ? Kôstlin ajoute : « Luther qualifiait déjà de païen le culte de la Vierge. Comment peut-il introduire l'Ave Maria dans son Betbuchlein ? Les Betbuchlein qui étaient en usage de son temps contenaient l’Ave Maria. Luther se conforme simplement à l’usage populaire, tout en s’élevant contre « ceux qui ont toujours en bouche l’'Ave Mæria, et en même temps maudissent autant que possible la parole de Christ et la foi en lui. Il ramène l’Ave Maria, où la Vierge était invoquée comme intercédant auprès de Dieu, à la simple salutation de l’ange, Luc, I, 28, et il enseigne à ne donner gloire et honneur qu’à Dieu lui-même pour la grâce qui avait été faite à la Vierge. » Céder à l’usage, prendre ses précautions contre l’abus, voilà précisément ce que fait Calvin, comme Luther. Ajoutons que le Betbuchlein de Luther avait été traduit, au moins en partie, en français : « Le livre de vraye et parfaite oraïson, » imprimé à Paris par maître S du Bois, pour Wechel, libraire juré de l’Université de Paris, demeurant à la rue Saint-Jacques, à l'enseigne de l’Ecu de Bâle, en 1529 (avril). Voir : Luther's sämmntliche Werke, édition d’Erlangen, LXV (des écrits allemands, ou XCIII de l'édition totale), p. 268. — 3. Illum sapiat, illum spiret, illum referat.
d'un « poil de chèvre", » qui se disputent et se querellent et ne parlent jamais de la foi, de l'amour de Dieu, des œuvres vraies... « Je vous en supplie, vous tous qui êtes ici, ne supportez jamais tranquillement ces hérésies, ces outrages à Dieu. » C’est vif.
Mais les docteurs ne manqueront pas de faire des objections contre cette doctrine du salut gratuit, et d’invoquer le texte même de saint Matthieu, où il est question de récompense. « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. » Il faut tout simplement distinguer entre récompense et salaire. Un fils fait tous ses efforts pour remplir ses devoirs envers son père. Cependant ses bonnes actions ne lui méritent pas l’héritage paternel, qu'il reçoit. On peut appeler cet héritage une récompense, bien qu’il ne soit pas dû. De même pour la vie éternelle. « Qui serait assez dépourvu d'intelligence, pour penser, pour dire, que la vie éternelle est due à nos bonnes œuvres ? »
Après cette proclamation du salut gratuit, et après d’austères exhortations à la vigilance, Calvin, le futur Calvin, se révèle encore plus clairement à nous, en développant la doctrine si chère à sa pensée, à son cœur, de la certitude du salut : « Rien de plus doux, dit-il, de meilleur pour le chrétien, que la certitude de conscience qu'il a d’être pardonné. Si vous ne comprenez pas ces choses, vous vous agitez dans les plus profondes erreurs humaines. Aussi longtemps que la conscience hésite, peut-il être question de culte, de piété, de religion? C’est pour cette raison que Paul, dans son épitre aux Romains, voulant enlever à notre conscience toute possibilité de doute, démontre, par plusieurs raisons, que notre justification et notre réconciliation avec Dieu ne dépendent ni de notre dignité, ni de nos mérites. » Et plus loin, après avoir longuement disserté sur la justice de Dieu : « Où donc est ton sujet de gloire? Il est exclu. Par quelle loi? par la loi des œuvres? Non, mais par la loi de la foi, car nous croyons que l’homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi... Ainsi Paul peut, avec raison, nous proclamer justes en Christ : autrement tout le salut serait incertain, s’il dépendait du mérite de nos œuvres morales ou rituelles. Car ce que la loi ne pouvait nous donner, ce que l'Evangile nous apporte de nouveau, c’est la certitude (quomodo certi reddamur) que Dieu nous est propice. La loi faisait mention de la miséricorde de Dieu, mais à une condition : il fallait l’accomplir. L’Evangile au contraire nous assure gratuitement la rémission de nos péchés, et la justification. Ce n'est pas comme ayant satisfait à la loi que nous sommes reçus par Dieu, c’est en vertu de la seule promesse de Christ. Tout homme qui doute de cette promesse est incapable de mener une vie pieuse et se prépare à lui-même le châtiment de l'enfer. Le Seigneur n'accordait la guérison du corps qu'aux malades qui croyaient en lui : de même ce n’est qu'aux croyants qu’il remet leurs péchés. Si nous doutons de ce pardon, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes... Dieu ne peut être adoré dans le doute. Et l’étude de l'Evangile m'amène à cette conviction : ce qui peut arriver de plus impie au chrétien, c’est le doute (homint chris-
1, De lana caprina, c’est-à-dire pour un rien,
tiano nihil magis impium accidere posse exisiimem dubitatione). Si parfois le doute nous accable, nous torture (obruit et cruciaf), crions : Seigneur, viens en aide à notre incrédulité. »
Evidemment, celui qui parle ainsi du doute a douté. Mais il ne doute plus. Le cauchemar est passé : il n'en reste plus que le souvenir. Et dans toute l’Institution, il n'y aura pas une page, non seulement plus chrétienne, non seulement plus protestante, mais plus calviniste, d’un calvinisme plus réel, plus énergique, plus passionné. La certitude du salut ! C’est le fond même de la doctrine de la prédestination. Ne croirait-on pas, par exemple, entendre Calvin prêchant sur l’épitre aux Ephésiens, à [a fin de sa vie, résumant sa conception religieuse et disant : « Il y a deux choses principales où il nous faut tendre, et c'est mesme la somme de tout ce que Dieu nous enseigne par l'Escriture saincte, et là où il nous faut appliquer toutes nos estudes et nos sens. L'une c'est que Dieu soit magnifié comme il mérite ; la seconde, c'est que nous soyons certifiez de nostre salut, pour l’invoquer comme nostre Père en pleine liberté. Si nous a’avons ces deux choses là, malheur à nous, il n’y a plus ne foi ne religion. On pourra bien parler de Dieu : mais ce ne sera que mensonge !. »
N'est-ce pas curieux? Les deux points de la théologie spécialement calviniste sont enseignés dans le discours de Cop: et son auteur ne serait pas calviniste ?
Cependant la fin du discours est peut-être plus hardie encore. L’orateur descend dans la mêlée des partis. A ces théologiens de la Sorbonne, qui sont là devant lui, et qui frémissent de colère et de toutes les passions les plus violentes du fanatisme, il prêche la douceur. (Quid pace, quid tranquillitate melius ?) « Heureux ceux qui concilient les âmes dans la paix, qui enlèvent les dissensions de l'Eglise... Ah ! plût à Dieu, que dans notre siècle malheureux nous établissions la paix dans l'Eglise sur le fondement de la parole plutôt que sur celui du glaive. »
Ceux qui ne sont pas de cet avis sont les disciples non de Christ, mais des misérables pharisiens (perditissimi Pharisei).
Après avoir ainsi flétri les persécuteurs, il glorifie les persécutés : « Plus et plus heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice... Ceux-là cherchent la justice, qui méprisent les futilités et les songes des hommes, qui dans leurs discours ne s’écartent pas de l'Evangile de la largeur d’un ongle, qui suivent soigneusement cet ordre de saint Paul : même si un ange du ciel vous annonçait un autre évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème.… je vous l’ai dit et je vous le répète, qu’il soit anathème. »
Les deux portraits étaient également ressemblants : les sorboniques d’un côté, les évangéliques de l’autre.
Enfin vient une chaleureuse, une véhémente péroraison : « Pourquoi dissimulons-nous ? pourquoi ne pas dire plutôt la vérité? Est-il juste de plaire aux
1. Sermons de Jean Calvin sur l'épistre de saint Paul apostre aux Ephésiens, 1562, p. 17. À Genève de l'imprimerie de Jean-Baptiste Pinereul,
hommes plutôt qu'à Dieu? Devons-nous craindre ceux qui peuvent perdre le corps, mais qui n'ont aucun pouvoir sur l'âme? Ô ingratitude du cœur humain, qui ne veut pas souffrir la plus légère affliction pour celui qui est mort pour les péchés de tous, et qui, par son sang, nous a délivrés de la mort éternelle et des chaînes de Satan. Hérétiques, séducteurs, imposteurs, maudits, c'est ainsi que le monde et les méchants ont l’habitude d'appeler ceux qui purement et sincèrement s'efforcent d'insinuer l'évangile dans l’âme des fidèles, et ils croient rendre service à Dieu! Mais ils sont heureux et dignes d'envie ceux qui supportent toutes ces persécutions d’un esprit calme, qui possèdent la grâce de Dieu dans leurs afflictions, qui opposent à ces malheurs une âme grande et forte. « Réjouissez-vous, dit-il, car votre récompense est grande dans le ciel. » … Allons, hommes chrétiens, tendons (agite) de toutes nos forces à une si grande félicité. 2
C’est le cri du missionnaire, le cri de l’apôtre, pressé d’évangéliser, prêt à tout, même au martyre !
Il nous faut tout de suite résumer ici l’étude si originale et si instructive que M. le pasteur Lang a faite de ce discours de Cop!.
Calvin parle de « philosophie chrétienne » (philosophia christiana). Ce terme a été comme créé par Erasme pour distinguer la doctrine biblique de la doctrine scolastique. Dans la troisième édition du Testament d’'Erasme se trouve une préface avec ce titre: « Erasmi paraclesis, id est adhortatio ad christianæ philosophiæ studium (Exhortation à l'étude de la philosophie chrétienne). » Or cette préface et le discours de Cop ont les plus étroites ressemblances. C’est la même suite d'idées, quelquefois les mêmes expressions. «Il n’y a aucun doute. Ici Erasme a servi à Calvin de modèle et de source. Car dans le début du discours il y a à peine une pensée qui ne se retrouve, plus développée, dans la préface. Certains passages ont des analogies d'expression qui ne peuvent être dues au hasard *. »
Mais à cette première découverte, M. Lang en joint une seconde, non moins intéressante. Calvin ne s’est pas borné à se servir d'Erasme, il s’est servi encore plus de Luther. L’explication de l'Evangile saint Matthieu, V, 3 suit, dans sa première moitié, presque phrase par phrase, un sermon de Luther, celui pour la fête de tous les saints de l’an 1522. Ce discours a été mis dans les Postilles ecclésiastiques, et pouvait être connu, en France, grâce à des traductions latines. Il y avait des traductions de 1525, 1527, 1528, 1530...
Le sermon de Luther se divisait en trois parties : le culte des saints et la prière pour les morts ; le rapport des béatitudes et de la loi ; l’explication des
, 4. Lic. À. Lang, Die Bekehrung Johannes Calvins, Leipzig, 1897. — 2. Ibid., p. 46.
huit béatitudes. Ce sont les idées exposées par Calvin qui tantôt semble traduire et tantôt parle en son nom personnel.
Personnelle à Calvin est l’insistance sur la nécessité de la certitude. « Dans la seconde et capitale partie de notre discours, la chaîne des idées de Luther est tout à coup brisée; le langage est libre, entraïnant, ardent, et fait contraste avec le langage gêné qui précède, et qui montre clairement que l’orateur expose des idées qu'il n'a pas encore complètement élaborées intérieurement.(?) Ce n’est pas une hypothèse trop hardie de penser qu'ici, au centre du discours se trouve... l'expérience propre de l’orateur..…. Le nous est en saillie d’une façon significative... C’est une confession personnelle dont la force ne peut être contestée !. »
M. Lang conclut : « L'expérience religieuse, qui fit du Français un Réformateur, est tout à fait semblable à celle de Luther, le père de la Réformation?. »
De ces renseignements, nous montrant que Calvin possédait son Erasme comme son Luther, et son Luther comme son Erasme, qu’il usait librement de l’un et de l’autre, et, avec leurs paroles, exprimait une pensée cependant bien personnelle, nous nous bornons, pour le moment, à tirer cette conclusion ? : M. le pasteur Lang apporte une preuve nouvelle, et très digne de remarque, du fait que nous cherchons à mettre en lumière, à savoir qu'à l’époque dont il s’agit, Calvin était bien authentiquement converti au protestantisme évangélique.
Le problème, que nous avons maintenant à examiner, est d'ordinaire posé en ces termes vagues : Quelle est la date de la conversion de Calvin?
Disons-le tout de suite : ce problème ne nous paraît pas de natüre à recevoir une solution absolument satisfaisante. Si on prend à la lettre les quelques déclarations directes que nous possédons, elles ne concordent pas d’une manière parfaite. Pour les faire concorder, et arriver à un «système, » il faut Îles solliciter, plus ou moins doucement, "dans un sens ou dans un autre.
Ce fait fâcheux a plusieurs causes. Nos auteurs du XVI® siècle n'étaient pas préoccupés de nous préparer les éléments d’une chronologie, comme notre science critique la désire aujourd’hui. De plus nous ne pouvons pas très bien savoir ce que signifiait, sous leur plume, le mot « conversion. » De nos jours même, ce mot est pris dans les sens les plus divers, par les biographes de Calvin.
4. Lang, p, 53. — 2. Jbid., p. 55. — 3. «M. A. Lang est persuadé que Calvin relève au fond des Réformateurs qui l'ont précédé. Cette thèse peut être vraie, mais n’enlèvera rien à l’originalité et à l'indépendance des idées religieuses de Calvin. Elle peut, en effet, s’appliquer à tout autre théologien, ou Réformateur, de cette époque. Ainsi Luther relevait tout aussi certainement d’Erasme. » (Bulletin, XLVII, 1898, p. 49.) Voir Appendice V: Le Fèvre, Réformateur français, où nous citons les importantes déclarations de la grande édition critique des Œuvres de Luther, tome IV, p. 463 ss. On voit Luther empruntant un de ses principes théologiques à Le Fèvre d’Etaples,
Ainsi certains auteurs aventureux ont soutenu que le discours de Cop ne prouvait en rien la conversion de Calvin aux idées évangéliques! Que leur faut-il de plus? D'autres, très sérieux et modérés, appellent conversion, non pas l'adhésion de l'intelligence, ni même la conviction du cœur, mais seulement l'acte de volonté par lequel Calvin se défit de ses prébendes en 1534.
Au milieu de ces obscurités, et sans avoir la prétention de présenter à notre tour un «système » défini et définitif, nous allons essayer de nous avancer avec une légitime défiance.
Voici toutefois ce qui nous paraît hors de doute.
L'auteur du discours de Cop, 1° novembre 1533, est converti au christianisme évangélique et protestant. Nous appelons converti un chrétien qui a les idées et les sentiments exposés dans le discours de Cop.
Or ce n’est pas en un jour qu’un homme même pieux et intelligent, même exceptionnellement pieux et intelligent, peut passer du catholicisme du XVI® siècle à un pareil protestantisme, aussi compris, aussi vécu. Nous admettons volontiers dans la vie de notre Réformateur l'extraordinaire ; mais nous ne saurions y admettre le merveilleux, le magique. N'oublions pas en effet que le discours de Cop, à lui tout seul, nous révèle non seulement une science religieuse qu'il était difficile d'acquérir à cette époque, non seulement une expérience et des expériences religieuses qu’il faut peut-être plus de temps encore à accumuler, mais des doutes et des luttes qui ont précédé la certitude joyeuse. La conversion de Calvin a une histoire. Donc le problème vague: « Quelle est la date de la conversion de Calvin,» se précise ainsi : à quelle époque a commencé, et à quelle époque s’est terminée la conversion de Calvin, cette conversion attestée par le discours de Cop?
Bèze nous fournit un premier renseignement. Selon lui, Calvin était converti depuis un an, quand il composa le discours"de Cop.
Parlant de la publication du Commentaire sur le De Clementia de Sénèque, Bèze continue : « Là [à Paris], en peu de mois il fut connu (innotuif) de tous ceux qui cherchaient la pure religion, parmi lesquels, dans la suite, nous l’avons souvent entendu rappeler, non sans un témoignage particulier (i7signi) à sa piété, Estienne de La Forge, marchand très connu, plus tard brûlé pour Christ, et dont il a célébré le nom dans son livre contre les Libertins. A partir de ce moment (ab eo tempore) ayant délaissé les autres études, il se consacra à Dieu, selon le vif désir (sumima voluntate) de tous les hommes pieux, qui avaient alors des réunions secrètes à Paris, et bientôt il ne lui manqua pas d’occasion d'exercer son courage !. » Suit le récit de l'affaire Cop.