‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 85 sur 156 · PENSER · texte numérisé non relu

PENSER

EL LL Ut UT

Angoulème. Façade de la cathédrale. (p. 368.)

qui vaut le mieux. J'ai appris par expérience qu'il ne nous est pas permis de prévoir un trop long avenir. Tandis que je me promettais d’être tranquille, le danger que je ne craignais pas du tout était à la porte. Au contraire, quand je redoutais un séjour affreux (7amænam sedem) un nid m'était préparé, dans la paix, contre toute attente. Et tout cela c’est la main de Dieu qui le fait. Si nous nous confions en lui, il veillera lui-même sur nous. Mais j'ai déjà rempli une page d'écriture ou de ratures. Adieu. Salue ceux que tu voudras *. »

On sait ce que Calvin entend quand il parle de sa paresse. Il était si assidu à son travail, « que souvent, dit Fi. de Ræmond, il passoit les nuicts entières sans dormir, et les jours sans manger*. »

A quoi donc travaillait-il ainsi? À ce qui devait être un jour l’Znstitution. « Angoulesme, dit encore FI. de Ræmond, fut la forge où ce nouveau Vulcan bastit sur l’enclume les estranges opinions qu'il a depuis publiées : car c’est là où il ourdit premièrement, pour surprendre la chrestienté, la toile de son Zustitution qu'on peut appeller l’Alcoran, ou plus tost le Talmud de l’Hérésie’. »

Et à mesure qu'il avançait, 1l faisait part à ceux qui l’entouraient du résultat de ses labeurs. Aussi bien était-ce un cercle digne de lui qui entourait l’ardent auteur du discours de Cop. Avec Louis du Tillet étaient Antoine Chaillou, prieur de Bouteville, qu’on devait appeler « pape des luthériens, » et l'abbé de Bassac, tous deux hommes de lettres, et le sieur de Torsac,frère du futur président Pierre de La Place,et La Place lui-même, qui (c'est lui qui nous l’apprend) entretint à Angoulème, sa ville natale, des rapports très affectueux avec Calvin‘.

Pour plus de sûreté, le prieur de Bouteville, qui avait hors des portes d'Angoulême une maison nommée Girac, dans laquelle il faisait sa résidence habituelle, l’offrit à la petite compagnie. Elle devint le lieu ordinaire des rendez-vous. C’est là que furent tenues ces conférences auxquelles FI. de Ræmond est contraint de rendre hommage, malgré lui, quand il écrit : « Toute la conférence, avec ces trois bons ecclésiastiques, n’estoit que par forme de dispute, pour chercher la vérité ; mot qu’il avoit ordinairement en bouche, à l'ouverture de quelque livre : Trouvons, disoit-il, la vérité”. » Une locution qui porte le sceau de son authenticité calvinienne : trouvons, et non pas cherchons, la vérité !

Tout en essayant de dire qu’à ce moment Calvin portait encore le « masque de catholique, » le même historien avoue qu'il se trouvait à l’église le plus rarement qu’il pouvait, et en définitive il ne lui reproche qu’une chose: de ne s’être livré à aucun exercice de religion contraire à la romaine. Il aurait cependant été employé par le chapitre pour prononcer quelques oraisons latines et l'aurait fait deux ou trois fois dans l’église Saint-Pierre. Mais très probablement il n’y a là qu'une confusion avec le récit de Bèze. Du Tillet pria Calvin « de coucher par escrit quelques formulaires de sermons et remonstrances chrestiennes : lesquelles il faisoit réciter au prosne par certains curez en ces quartiers là, à fin de

4. Opera, Xb, p. 37. Herminjard, III, p. 158. —2. F1. de Ræmond, p. 884. — 3, Ibid., p. 883. — 4, Herminjard, IE, p. 157. — 5, F1. de Ræmond, p. 889.

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