‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 92 sur 156 · ARS · texte numérisé non relu

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Nérac. Promenade la Garenne. Fontaine Saint-Jean. Les deux jumeaux plantés par le roi et la reine. (p. 387.)

JEAN CALVIN I re)

précieux dans le parterre de ceste maison, de qui l'odeur avoit attiré en sa cour, comme le thym les mouches à miel, les meilleursieSpritstdemEtr rope. »

Que fut en effet Marguerite,sinon un charme, une attraction, une influence bienfaisante, la bonne fée, non seulement de son frère, mais de tous les malheureux, celle que la nature avait ornée de tous les dons les plus divers et les plus précieux, et que Marot définissait : Corps fémi-

fl

tit

nin, cœur d'homme et

teste d'ange ?

Née à Angoulême (« angoumoise, dit-elle d'elle-même, sentant

l’eau douce de Charente ! ») le 11 avril 1492, cette sœur unique de François [* fut mariée, un peu contre son gré, semble-t-il, au duc d'Alençon”? ; et nous avons vu son heureuse influence à Bourges. Le Fèvre d'Etaples sans doute la mit en relation avec Briçonnet, et rien n’est comparable à la correspondance qui s'établit, de 1521 à 1524, entre la princesse et l'évêque.

Pour parler de l’incarnation, l’évêque lui dit: « C’est un gateau qui a régné, venu de Zizanie sursemée, moulé au moulin d’ennui, pétri d’eau froide en la Huche d’infidèle et inobédiente présomption, etc. »

Ce n’est pas clair. Voici qui l’est moins encore si possible: « Madame, qui est désert, en désert est abismé ; cherchant désert et ne le peut trouver, et quand Île trouve est par dessus empêché, est mauvais guide pour guider autrui hors de désert, et le conduire au désert désiré*. »

Marguerite de Valois, d’après les Icones.

1. Bulletin, XLVI, 1897, p. 426. — 2. Le touchant récit que Marguerite fait, dans ses Prisons, de la mort de ce prince est de nature à modifier l'opinion longtemps accréditée au sujet de sa fin. Il ne reçut ni de sa femme, ni de sa belle-mère l’accueil hostile que sa lâcheté présumée lui aurait valu, d’après certains auteurs. Il a donc été victime d’attaques exagérées. Lefranc, Les dernières poësies de Marguerite de Navarre, 1898, p. 265. — 3. F, Génin, Lettres de Marguerite d'Angoulème, 1841, p. 128,

Marguerite s'évertue à marcher sur les traces de son directeur. Elle signe ses lettres « vostre gelée, altérée, et affamée fille », ou encore : « la pis que morte. » Citons aussi ce morceau d’une lettre de 1523: « Vous me priastes que si de quelque endroit de la très saincte Escripture doubtois ou désirois quelque chose, le vous escripre : à quoy vous feis promesse présomptueuse de le faire. Je vous prie excuser l’aveugle qui juge des couleurs: car je confesse que la moindre parole qui y soit est trop pour moy et la plus clère m'est obscure... Mais à vous qui sçavez les gousts des viandes restaurantes et fortifiantes, je vous prie que en vérité, sans fainte, du demeurant de celles qui vous sont par le donneur données, en veuillez envoyer les miettes, en sorte que vostre vieille mère [c’est d'elle-même qu'il s’agit; elle avait 32 ans et l’évêque en avait 53] envieillie en sa première peau, puisse par cette doulce et ravissante parolle de vie renouveler sa vieille peau, et estre tellement repolie, arrondie et blanchie, qu’elle puisse être au seul Hocessdite D

Ce qu'il y a de plus grave c'est que ce mysticisme baroque, après avoir corrompu le goût, paralysait la volonté. Et Briçconnet ne craignit pas d’arrêter tout à coup les élans pieux de celle qui l'avait pris pour guide. Cette fois le langage est très, trop, compréhensible : « La prudence est [consiste à] caller..….. Je me suis quelque fois persuadé que raison et honnesteté deust contraindre nostre honneur à se contenter et dissimuler ?. » On sait comment Briçonnet finit.

Plus fidèle à elle-même, Marguerite redoubla d'efforts et de soins pour protéger les persécutés. Remariée,.en 1527, à Henri d’Albret (elle avait alors trentecinq ans et Henri en avait vingt-quatre), elle se réfugia à Nérac, vers 1530, et fit de sa résidence une vraie « auberge de la justice, » un asile ouvert à tous les malheureux. Voici comment s'exprime un contemporain, Charles de Sainte- Marthe, un de ceux qu’elle avait sauvés du bücher, et qui prononça son oraison funèbre. Sous l'influence de Marguerite, Nérac « devint le port et le refuge de tous les désolés. Tu les eusses vus à ce port, les uns lever la teste hors de mendicité, les autres, comme après le naufrage, embrasser la tranquillité tant désirée... Somme, les voyant à l’entour de ceste bonne dame, tu eusses dit d’elle que c'estoit une poulle qui soigneusement appelle et assemble ses petits poulets et les couvre de ses ailes*. »

Alors Nérac brilla d'un éclat incomparable. Marot, arrivé en 1535, célèbre cet « exil plus doulx que liberté, » et se hâte d'appeler son ami Bonaventure Des Perriers, pour qu'il vienne

Ouyr en grande oysiveté La Baïse chanter comme chansons d’abeille.

Voici les Du Moulin, les Victor Brodeau, les Claude Guyet, qui portent tous le titre de valet de chambre. Voici le traducteur de Boccace, Antoine le Macon, et le poète chrétien Nicolas Denisot, et le mathématicien poète Pelletier. Voici les

1. Génin, o. c., p. 164. — 2. Herminjard, I, p. 199. 24 février 1524. — 3. Génin, Ibid., p. 51.

docteurs et les théologiens, Le Fèvre d'Etaples, Gérard Roussel, Michel d’Arande, tout le cénacle de Meaux, reconstitué sous les ombrages de la Garenne, fugitifs, sous le coup de condamnations terribles, si ce n’est même échappés aux cachots et arrachés aux flammes.

Marguerite se fait toute à tous. Elle le peut : savante avec les savants, poète avec les poètes, théologienne avec les théologiens. N'est-ce pas Briçonnet qui, effrayé de cette prodigieuse activité d'esprit, lui avait un jour écrit: « S'il y avoit au bout du royaume ung docteur, qui, par un seul verbe abrégé, peust apprendre toute la grammaire, autant qu'il est possible d’en sçavoir ; et ung aultre de la rhétorique ; et ung aultre de la philosophie ; et aussy des sept arts libéraux, chacun d'eux par ung verbe abrégé, vous y courriez comme au feu !? »

Il n'y a aucune exagération. Pour elle, « les tappis ou autres ouvrages de l'éguille » sont « une très délectable occupation. » Seulement tandis que ses doigts brodent sur le canevas quelque « divin sacrifice de la messe, » elle se fait lire un historiographe, ou un poète, ou un autre notable et utile auteur. Elle profite des loisirs d’un voyage pour composer quelque écrit, et, dans sa litière, une dame de compagnie lui tient l’encrier *.

On s'explique ainsi les connaissances encyclopédiques dont témoigne le poème des Prisons, où Marguerite se dépeint à nous « feuilletant les livres de loix, des artz libéraulx, de médecine, des bons et vrays historiens. » Elle écrit :

Je n’envoloys par la philozophie

Par tous les cyeulx, puys la cosmographie Qui me montroit la terre et sa grandeur, Faisant mon cueur courir de grand ardeur Parmy l’Europe et l'Afrique et l’Asie

Où sans cesse couroys par fantaisie ?.

Quelle fièvre ! quel enthousiasme ! C’est bien la Renaissance *.

Passons une journée en cette étonnante et agréable compagnie. Tout le monde est réuni dans une des salles du château « fort bien tapissée et pavée. » C'est une foule de dames, de demoiselles, de secrétaires, de médecins, d’aumô-

1. Génin, o. c., p. 46. — 2. « Elle composa toutes ses Nouvelles la plus part dans sa litière, en allant par pays, car elle avait de plus grandes occupations, estant retirée. Je l’ay ouy ainsin conter à ma grand’mère, qui alloyt tousjours avecq elle dans sa litière, comme dame d’honneur, et lui tenoit l’escritoyre dont elle escrivoit. » Œuvres de Brantôme (édit. L. Lalanne), T. VII, des Dames, p. 126. — 3. Lefranc, Les dernières poësies, p. 197. — k. « Quand on songe que la même personne qui a dicté les considérants [de l’Institution de l’Fépital des « Enfants rouges »] empreints d’une tendresse si éclairée à l'égard de l’enfance, a aussi composé l’Heplaméron et les Chansons spirituelles, défendu Rabelais, Marot, Des Périers, Le Fèvre d’Etaples, Dolet, Calvin et les Vaudois, deviné un Amyot ou un Jean Ango, compris une Renée de France et une Vittoria Colonna, goûté un Cellini, un Serbio et un Clouet, protégé les premiers lecteurs en grec et en hébreu, sans parler de tant de hardis imprimeurs et de doux poètes ; quand on songe qu’elle a durant trente ans pris une part aussi active que salutaire à la politique extérieure d’un des plus grands royaumes de la chrétienté, suggéré plusieurs des réformes administratives les plus fécondes du règne de François Ier, soutenu et consolé son frère au fond des prisons de Madrid, et enfin ramené la prospérité économique et une stricte justice dans son royaume, on comprend qu’il soit permis d’affirmer qu’il n’y a pas dans toute la Renaissance de figure plus admirable, ni plus digne d’être aimée, et qu’il n’en est aucune qui ait personnifié d’une façon plus complète les aspirations multiples de cette grande époque. » Lefranc, Les dernières poésies, p. XIX.

niers, de valets de chambre, sans compter les étrangers de passage'. Marguerite est mise très simplement. « Sa façon accoustumée étoit ung manteau de veloux noir, couppé ung peu soubs le bras ; sa cotte noire, assez à hault collet, fourrée de marthes, attachée d’espingles par devant; sa cornette assez basse sur la teste, et apparoist ung peu sa chemise froncée au collet *. » (Page 394.)

C’est après diner, et l’on discute quelque texte de l’Ecriture sainte, par exemple, celui-ci : &« Si vous ne ressemblez aux petits enfants, vous n'entrerez jamais au royaume des cieux. » Les docteurs citent saint Augustin, saint Jérôme, saint Chrysostome. Pourquoi pas ? La princesse ne lit-elle pas Erasme dans l’original ? ne comprend-elle pas Sophocle? et, pour approfondir le sens de la Bible, n’a-t-elle pas pris des leçons d’hébreu *?

Puis, comme le temps est beau, on descend dans le parc, de l’autre côté de la Baïse, et, après une courte promenade, on s’assied à l’ombre des arbres qui abritent la fontaine de saint Jean.

Une demoiselle d'honneur se met à lire une des nouvelles de l’'Heptaméron. Et ce contraste n’est pas un des traits les moins significatifs de cette société et de ces personnages, de plus en plus curieux, à mesure que nous les étudions de plus près. C’est le XVI siècle, où la galanterie s’alliait si souvent à la religion, où les mœurs si rudes donnaient aux langues une liberté qui choque sinon la vertu, du moins la pruderie, de notre époque. Mais il faut bien noter que les Contes de Marguerite sont d’une nature assez particulière. Ils contiennent des récits libres, trop libres. Toutefois, même les plus libres sont suivis d’une morale, souvent sévère et souvent pieuse, « qui irait à donner l’Heptaméron pour un livre d’édification “. » C’est dans ces contes qu'on lit: «Il n’y a de force qu’en Dieu. » La trente-troisième nouvelle finit ainsi : « Voilà, mes dames, comme la foy du bon comte [d'Angoulesme] ne fut vaincue par signes ne par miracles extérieurs, sçachant très bien que nous n'avons qu'un Sauveur, lequel en disant consummaium est, a monstré qu'il ne laissoit point à un autre successeur pour faire nostre salut.» Du reste Marguerite s’est mise elle-même en scène dans ces Nouvelles, sous le nom de mère Ovysille, et c’est elle qui dirige les entretiens. Or, elle commence chaque journée par la lecture de la Bible, et prie toute la société « d’aller à l'Eglise, en l’union que les apôtres faisoient leur oraison, et demander à Dieu sa grâce, laquelle n’est jamais refusée à ceux qui en foy la requièrent. » Aussi vit-on la puritaine Jeanne d’Albret veiller, pieusement, à ce que le public reçut une édition authentique des Nouvelles de sa mère.

Cependant, au milieu de ces propos et devis, les heures ont passé, et l’on rentre au château pour terminer l'après-midi par la comédie : une comédie du

4. La cour compte « un chancelier, deux chambellans, dix maîtres d’hôtel, trois écuyers, trente-huit dames ou demoiselles, dix-sept secrétaires, quatre médecins, un chapelain, six aumôniers, vingt valets de chambre. » Enorme personnel, sans oublier une centaine de domestiques que la reine entretient avec des ressources très modiques. (Henri de la Ferrière, Marguerite d’ Angoulème, 1893, p. 18.) — 2. Génin, o. c., p. 118. — 3. Ibid., p. 47. — k. Voir les pages très intéressantes consacrées à ce sujet par M. Doumic dans la Revue des Deux-Mondes, du 15 juin 1896, p. 941-943. — 5. L’Hepluméron, fin de la trente-troisième Nouvelle. — 6. Jbid., début de la septième journée.

même goût que les Nouvelles ou les Propos de table. Sous les formes les plus inattendues, c'est toujours de religion qu'il est question.

« Nous passons notre temps, a dit Marguerite elle-même, à faire mômeries et farces. » Et Brantôme explique un peu de quoi il s'agit : « Elle composait souvent, dit-il, des comédies et des moralités qu'on appelait là des pastorales, qu’elle faisait jouer et représenter par les filles de la cour.» Nous avons encore une de ces pastorales, composée précisément à Nérac, en 1535 : l’« Inquisiteur!.»

L’inquisiteur commence par se plaindre de « ce savoir neuf » qui surmonte le sien AlPrémitidetce quilnerpeur

ee les scavans faire taire Qui myeulx que moy ont l’Escripture saincte.….. Car contanter je ne les puis de faincte :

Tousjours leur fault alléguer l’Escripture.

Dont ilz me font soustenir peine maincte, Car je ne feiz jamais bonne lecture.

Notons une question et une réponse. L'inquisiteur demande :

Des bonnes œuvres, des mérittes, Qu'est-ce ?

Et les enfants éclatant de rire et le raillant, répondent :

Lza, Iza, za.

Voilà qui est hardi. Cependant l’inquisiteur finit par être ébranlé :

Ils ne disent rien d’aventure, J'ai tout dedens la Bible leu.

Il est ému, entraîné. [1 se met à chanter lui-même un cantique :

O puissant Esprit,

O doulx Jésus-Christ, Qui par ta clémence Et ton sainct Esprit As desfaict, prescript Mon oultrecuydance, Je perdz contenance...

Et tous finissent par s'unir dans un même chant. Sur quoi le petit Clérot termine par cette sage réflexion:

Voicy une divine prise:

Plus ayse je ne fuz de l’an.

Allons soupper, la table est mise ?.

La journée est finie. Quelle journée ! Et quel tort on fait à Nérac en voulant qu’il rappelle seulement les banales amours de princes dévergondés ! Toutes Îles cours du XVI° siècle, et même d’autres époques, pourraient en raconter autant, sinon davantage. Tandis que nous aurions beau chercher, parcourir l’Europe et

1. Les personnages sont; l’inquisiteur, le varlet et six enfants. — 2. Bulletin, XLI, 1892, p. 561-565.

les siècles, nous ne trouverions rien de comparable à cette idylle mystique, qui, sous la providence de la belle Marguerite, se déroule sur les bords de la Baïse.

Une dernière fois je m'assieds à côté de la petite fontaine de saint Jean et j'écoute son murmure. C’est à cette eau si pure, et coulant si doucement, que Marguerite pensait sans doute, quand elle écrivait :

A la clère fontenelle Qui est l’eau vive, et d'En haut le parfait don. Tous povres pécheurs appelle Dieu tout seul bon, Pour vray pardon Recevoir en abandon.

Et je pense : cette idylle mystique de Nérac fut en définitive triste, triste comme un rayon de soleil trop fugitif, entre deux noirs nuages, entre toutes les hontes empestées de la corruption, et toutes les horreurs sanglantes de la persécution.

Pendant qu'ici s'écoulent ces quelques années, abritées par ces collines, apaisées par ces ombrages, rafraichies par ces sources, là-bas et tout autour, c’est la France qui s'enfonce dans un abîme de boue et de sang, la boue dont était faite l’âme des Valois, le sang qui jaillissait du cœur de nos martyrs.

Quel terrible contraste! Et cette sécurité même devient une inquiétude ! et ce bonheur même devient un malaise! et c'est Marguerite même qui chante son chant le plus triste et le plus beau :

Resveille-toy, Seigneur Dieu, Fais ton effort,

De venger en chacun lieu Des tiens la mort.

Tu veux que ton Evangile

Soit préchée par les tiens,

En chasteau, bourgade et ville,

Sans que l’on en cèle riens :

Donne donc à tes servans Cœur ferme et fort,

Et que d'amour tous fervents, Ayment la mort.

La mort, qui à l’infidèle

Est horrible à regarder,

À ton enfant est sy belle

Qu'il ne craint s’y hasarder.….

Avance donc, Seigneur, Ton doux support,

Leur donnant, pour tout honneur, Joyeuse mort !.

1. À propos des Chansons spirituelles, M. Lefranc dit : « De la première jusqu’à la dernière chanson, c’est l’âme même d’un Réformé qui confesse sa foi, qui souffre, qui gémit, et qui, finalement, espère. Les protestants de l’époque s’y trompèrent si peu qu’ils adoptèrent pour l’un de leurs chants de ralliement et de réunion ce beau cantique, de ferme allure : « Resveille-toy, Seigneur Dieu...» Dire que ces vers résonnèrent au XVIe siècle, sous les voûtes des

L'idylle a fait son temps; l'heure de l’action a sonné. La parole n’est plus aux mystiques : elle est aux héros. Et voilà pourquoi, à ce moment, Calvin vient faire sa visite à la cour de Nérac.

Il venait voir Le Fèvre d’'Etaples.

Nous avons quitté l’auteur du Commentaire de 1512, à Strasbourg, chez Capiton, en 1525, mal caché sous le pseudonyme de Pérégrinus, fuyant la persécution que le timide Briçonnet avait laissé déchaîner dans son diocèse de Meaux. Protégé par Marguerite et par François I‘, Le Fèvre rentra bientôt en France (1526), fut nommé à Blois, où la cour séjournait souvent !, bibliothécaire et précepteur des enfants royaux. Il n'y resta pas longtemps. L’horizon s’assombrissait de nouveau. Le concile de Sens se réunissait. Berquin subissait le supplice. À la fin de mai 1530°, Marguerite de Navarre adressa au grand maître Anne de Montmorency une lettre, où se trouvent ces lignes : « Le bonhomme Fabry m'a escript qu'il s’est trouvé ung peu mal à Bloys, avecques ce qu’on l’a voulu fascher par de là*. Et pour changer d'air, [il] iroit volontiers voir ung amy sien pour ung temps, si le plaisir du Roy étoit luy vouloir donner congié. Il a mis ordre en sa librairie, cotté les livres, et mis tout par inventaire, lequel il baillera à qui 1l plaira au Roy. Je vous prie demander son congié au Roy. » Le congé fut accordé. Le Fèvre commença peut-être par aller chez Michel d’Arande, à Saint-Paul-Trois-Châteaux, dans le Dauphiné“; puis il se rendit à Nérac, où il trouva un asile sûr et définitif.

Son attention se concentrait de plus en plus sur la Bible. La traduction française de l'Ancien Testament (à l'exception du Psautier, qui avait paru en 1525), avait été publiée, le 28 septembre 1528, à Anvers, chez Martin Lempereur, en 4 volumes in-8°. La Bible entière parut en 1530, chez le même imprimeur. Ici se place la curieuse lettre du nonce Aléandre; elle nous apprend qu’on aurait voulu amener Le Fèvre à se rétracter, et que, pour arriver à ce résultat, on son-

premiers temples huguenots, chantés par des milliers de fidèles, c’est assez prouver leur signification évangélique... Cette remarque ne s'applique point à une pièce isolée, mais bien à la presque totalité des chansons, Nombre d’entre elles semblent avoir été composées en vue de servir aux cénacles protestants. » Bulletin, XLVII, 1898, p. 70-71.

4. C’est à Blois que Marguerite se maria avec le roi de Navarre (1527); c’est à Blois que naquit la future mère d'Henri IV (1528). — 2. C’est l’année fixée par M. Herminjard. M. Génin dit : 1531, et Graf: 1529. Herminjard, II, p.250, n. 1. — 3. Blois même, en effet, n’était pas une retraite absolument sûre. L’évêque de Chartres, Louis Guillard, n’était pas favorable aux hérétiques. Il fit arrêter et emprisonner Clément Marot. Le 21 septembre 1527, se transportant à Blois, il fit commencer un procès d’hérésie contre Nicolas de Saint-Gelais, protonotaire apostolique, et Guil. Denis, médecin de Marguerite, tous deux ses familiers. Un peu plus tard, il chargea Pierre Sceneau, official archidiacre de Blois, d'informer de nouveau contre Nicolas de Saint-Gelais, dame Charlotte et contre Le Fèvre luimême, et son disciple Denis... (Clerval, De Ludovici Clichlovei vita et operibus, p. 43.) Clichtove, l’ancien disciple de Le Fèvre, devenu l'ami et le conseiller de Louis Guillard, se tint cependant à l’écart de ces mesures persécutrices. — 4. D’après la lettre de Jérôme Aléandre à Sanga, secrétaire de Clément VII (30 décembre 1531). Herminjard, IT, p. 386.

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