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geait à le faire venir à Rome. Aléandre rapporte un propos récent de Le Fèvre, qui, à un seigneur lui demandant si les catholiques ne se gouvernaient pas par l'esprit du Seigneur, avait répondu en serrant les épaules : « Je n’en sais rien. » Aléandre affecte de ne penser qu’au début de la carrière de Le Fèvre, à ses corrections de la Vulgate, pour lesquelles la Sorbonne le condamna. Il raille cette condamnation. « C'était alors chose inouïe que le changement de la moindre syllabe, et même de corriger un texte altéré par la faute des copistes dans l’ancienne version dont se sert l'Eglise. » Il trouve tout cela de « minime importance, » et il ajoute : « J'avais reçu du pape l’ordre, et j'avais moi-même le désir, de chercher, si je le rencontrais quelque part, à l’adoucir et à le rassurer... Si Faber faisait par écrit une petite rétractation de quelques passages, comme l’a fait saint Augustin, le tout s’arrangerait aisément. C’est là ce que j'espérais, et c’est ainsi que nous avions décidé d’agir, le docteur Ortiz et moi, avec le consentement du pape. Mais comme Faber est si loin de nous, il conviendrait de lengager par l'entremise de quelque bon prince ou seigneur, à se rendre en Italie, parce que, tant qu'il est près de ce Gérard, jamais on ne réussira à Henri)
Pendant ce temps, Le Fèvre, de plus en plus absorbé par son œuvre biblique, faisait paraître, le 6 avril 1534, sa revision intitulée : « La Bible avec les variantes de l’hébreu et du grec » (Anvers), in-folio, chez Martin Lempereur ?.
Coïncidence étrange, merveilleuse, si tout n’était merveilleux dans ces rencontres, dont est remplie la jeunesse de Calvin! C’est au moment même où Le Fèvre, ayant achevé la meilleure version française de la Bible qu'on pût alors avoir, vient de fourbir l'épée la plus brillante, la plus acérée, la plus infrangible de la Réforme, que Calvin se présente à lui. Nous avons le bonheur d’avoir un texte, trop court, mais précis. « À la même époque, raconte Bèze, il alla à Nérac, ville d'Aquitaine, pour saluer (salutaturus) le vieillard Jacques Le Fèvre d’'Etaples, que la reine de Navarre avait délivré et placé dans cette ville de son royaume. Les docteurs (matæologi) Sorboniques l'avaient menacé de mort pour avoir restauré, non sans long et vif débat, les mathématiques et les études philosophiques dans l'académie de Paris, ét pour avoir discuté la théologie scolastique. Le bon vieillard reçut le jeune homme (juvenem bonus
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1. Herminjard, II, p. 386-388. Jérôme Aléandre à Sanga, secrétaire de Clément VIT, de Bruxelles, 30 décembre 1531. — 2. « En résumé, Lefèvre avait traduit une première fois la Bible, en suivant fidèlement le latin, non parce qu’il craignait de toucher au texte sacré de la Vulgate, mais parce qu’il ne se sentait pas l’autorité ni la science nécessaires pour corriger avec fruit le texte reçu. L'important était d’avoir une traduction en langue vulgaire. Mais en 1534, lorsqu'il se sentit appuyé par une édition critique plus sûre, il ne recula pas devant l’introduction de ces corrections marginales faites sur l’original. Et c’est ainsi que Lefèvre donna la première Bible en français, où l’on put constater sans peine les différences souvent considérables qui existent entre la Vulgate et les originaux. On comprend aisément qu’une pareille arme de polémique entre les mains du peuple fut rigoureusement proscrite par l'Eglise catholique. En effet, les éditions de 1534 (et de 1541), bien que munies de l’approbation des docteurs de Louvain et des privilèges de l’empereur Charles-Quint, furent classées, sur la demande du roi catholique Philippe II et du duc d’Albe, gouverneur des Pays-Bas, parmi les Bibles défendues, dans l’appendice joint à Index des livres défendus au concile de
Trente. Aussi furent-elles détruites avec la dernière des rigueurs. » Alfred Laune, La traduction de l'Ancien Testament de Lefèvre d’Etaples, 1895, p. 44-47.
senex) et le vit avec plaisir, augurant qu'il serait un instrument de l’établissement du royaume céleste en France !. »
On aimerait avoir quelques détails de plus sur les entrevues qu’eurent les deux Réformateurs, dans les salles du vieux château, ou sous les ombrages de la Garenne.
Quel moment en effet que cette visite ! Tout le passé de la Réforme française et tout son avenir! Le centenaire Le Fèvre transmettant ses vœux, avec ses conseils, au jeune Calvin ! la première période, celle du Fabrisme, qui se fermait et la seconde, celle du Calvinisme, qui s’ouvrait ! Quelque chose comme la transmission d’un sceptre spirituel !
FI. de Ræmond complète Bèze, dans un passage très digne d'être noté: « Le Fèvre se laissoit plus aller [que Roussel] aux opinions de Calvin, qu'il vouloit pourtant retenir, pour la crainte qu’il avoit que cet esprit bouillant ne mit tout en désordre, luy donnant au départ ce conseil, de régler ses opinions à celles de Mélanchthon *. » On ne ferait en effet aucun tort à Le Fèvre, en l'appelant le Mélanchthon français. FI. de Ræmond se montre, croyons-nous, perspicace et véridique, quand il dit: « Il se laissoit plus aller que Roussel aux opinions de Calvin. »
Certainement les conseils de sagesse, de modération qu’il dut lui donner, ne furent pas des paroles de làcheté, n1 même de timidité. Au contraire. Le Fèvre, en effet, en était arrivé à se faire les plus cruels reproches sur sa propre conduite. C’est ce que nous apprend le très curieux récit de ses derniers moments, récit fait par Marguerite elle-même à Frédéric II, électeur palatin *. « Le bonhomme Jacques le Fèvre d’'Estaples en Picardie, qui étoit un des plus savans hommes de son siècle, se voyant cruellement persécuté à Paris par les sorbonistes, se retira à Nérac auprès de Marguerite, Reine de Navarre, sœur du Roi François [®. Cette princesse qui aimoit les Lettres, reçut ce bon vieillard avec joye, et s’entretenoit souvent avec lui de plusieurs choses graves et relevées. Un jour ayant fait dessein de dîner chez lui, elle y attira quantité de personnes doctes. Durant le repas ce Bon-homme parut fort triste, et versoit même parfois des larmes. La Reine s’en étant aperçue, lui en demanda le sujet, le raillant de marquer de la tristesse, au lieu de contribuer à son divertissement. Hélas, Madame! lui répondit ce bon vieillard, comment pourrois-je avoir de la joye ou contribuer à celle des autres, étant le plus méchant homme qui soit sur la terre ? « Quel si grand péché pouvez-vous avoir commis, répliqua la Reine,
1. Opera, XXI, Vie de Calvin, 3e éd., p. 123. — 2. FL. de Ræmond, p. 922. en Espagne, vint à Paris, en 1538. Il fut logé près de la cour et reçut la visite du roi et de la reine de Navarre. Frédéric IT était accompagné par un seciétaire, le conseiller Hubert Thomas, de Liège, qui prenait le plus grand plaisir aux conversations royales, et qui inséra celle que nous avons citée dans ses Awnnalium de vila et rebus gestis illustrissimi principis Frederici IT, electoris Palatini, Libri XIV, authore Huberto Thoma Leodio, MDCXXIV, p. 229 a. L'ouvrage fut publié longtemps après avoir été écrit (diu mullumque desideratus et jam primum in lucem emissus). Ces pages sont si intéressantes qu’elles furent traduites par Paul Colomies, de l’Eglise anglicane, curateur de la bibliothèque de Lambeth, et forment le premier Mélange curieux des Colomesiana où Mélanges historiques de M. Colomies. Pauli Colomesii Rupellensis, etc., Opera, Hamburgi, MDCCIX, p. 810 et 8x1.