‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 97 sur 156 · LS · texte numérisé non relu

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C’est mon chemin, sans lacitude

Où je courray, tant que je vive.

Et la comédie se termine par ces mots de la Bergère :

Voilà l’estat de bergerie Qui suivant d'amour la bannière D'autre chose ne se soucye?.

Hélas ! l’aimante bergère, c’est-à-dire Marguerite, avait le cœur brisé, son cœur de sœur, de femme, et même de mère. Son corps s’affaiblit. Dans l'été 1540, elle alla faire une cure à Cauterets, où sa fille Jeanne vint la rejoindre. Le 31 août elle était à Pau, où elle donnait son dernier ordre. Puis elle se retira dans son château d’Odos, en Bigorre, sur la route de Saint-Savin et de Cauterets, si près de Tarbes qu'il fait aujourd’hui partie du canton sud de la ville. Là un soir, contemplant une comète, elle prit froid et eut une attaque. Un cordelier, frère Gilles Caïllau, peut-être un de ses confidents, lui administra l’extrème onction *. Pendant trois jours elle perdit la parole, et ne la recouvra qu’à la dernière heure. Alors, embrassant la croix que sa main ne quittait plus, elle s'écria, par trois fois : « Jésus, Jésus, Jésus, » s'étant accommodée une dernière fois à un rite catholique, et cependant fñdèle jusqu'au bout à son protestantisme évangélique mais fabrisien *.

C'était le 21 décembre 1549.

La dernière question que soulève le voyage de Calvin à Nérac est celle-ci : Eut-il occasion de voir son ami Gérard Roussel, dans son abbaye de Clairac ?

F1. de Ræmond l’affirme dans le récit que voici : « Bèze ne dit pas qu'il fut visiter Roussel, comme le valet va recognoistre son maistre : car ainsi que jay dit cy-devant, il avoit esté son serviteur au voyage d'Allemagne, comme

41. Lefranc, Les dernières poésies, p. 108. — 2. Ibid., p. 118. — 3. F. Frank, Dernier voyage de lu reine de Navarre, Marguerite d’Angoulème, aux bains de Cauterets. Epîtres en vers, inconnues des historiens de ces princesses et des éditeurs de leurs œuvres, 1897, p. 69, 70, 73, 75. — 4. Cette insouciance mystique qui tolérait les rites et les abus de l'Eglise romaine, était une des causes de l’irritation de Calvin. « Qu'on se rappelle, dit M. Hauser (o. c., p. 512), la façon dont mourut la dame de Pampelune (Heplameron, 26e nouvelle) : « Doresnavant, dit-elle, je ne veux penser qu’à aller recevoir « les promesses qui me sont promises de Dieu avant la constitution du monde, » et lorsqu'elle eut prononcé cette profession de foi, qu’un calviniste aurait signée, « luy fut apporté le saint sacrement de l'autel, après lextrême onction, lesquelz elle receut » avec telle joye, comme celle qui est sûre de son salut. » Aïnsi mourut Marguerite elle-même, purifiant par la certitude de sa rédemption les pratiques traditionnelles de la vieille Eglise. »

plusieurs qui vivent aujourd’hui, eslevés aux lettres par Roussel, luy ont souvent ouy raconter.

» Calvin lui communique ses escrits, et le projet de son Zustilution, tiré dans Angoulesme, luy découvre le dessein qu’il avoit de restablir l'Eglise en sa première pureté, disant qu'il falloit raser tous rès pied, rès terre, pour bastir un nouvel édifice. Roussel, comme il a dit Souvent, tout estonné qu'une si vieille malice eut pu tomber en un si jeune, tascha de le ramener à la raison, disant, qu’à la vérité il estoit nécessaire de nettoyer la maison de Dieu, l’appuyer, mais non pas de la destruire; qu’en fin et luy et les autres s’enseveliroient sous la cheute et abatis de celle qu’ils pensoient ruiner. J’ay veu des mémoires escrits de la main de Roussel, sur l'opinion de Calvin touchant la Cène, qui monstrent assez combien il estoit esloigné de son advis. Un médecin de cette Guyenne, natif de Clairac, eslevé aux escoles par Roussel, les donna à feu François Monsieur de Candales, évesque d’Atre. Cette contestation entre le maïître et le valet, fut cause que tousjours depuis Calvin appeloit Roussel le Temporiseur, le marquant d’une dent venimeuse, et donna le sujet à son livre des Temporiseurs!. »

Ce récit, sauf ce qui est dit du voyage en Allemagne, est vraisemblable; et il est bien possible que Calvin soit venu à Clairac, en août 1534.

La tradition, en effet, affirme cette entrevue. Aujourd’hui derrière le chœur de l’église, on montre une chaire qu'on appelle la chaire de Calvin.

Encore une chaire! Evidemment la chaire est le symbole même que le peuple donna à l'œuvre de Calvin. Chaire de Calvin à Clairac, chaire de Calvin à Bourges, chaire de Calvin à Nérac, chaire de Calvin à la Roche-Coral, près d'Angoulême...

Dans aucune de ces chaires, Calvin n’est sans doute monté. O inexactitude critique et exactitude pittoresque des souvenirs populaires ! Calvin, c'était la voix qui prèche l'Evangile. A cette prédication, la France tressaillit jusqu’au fond de son âme ; et partout où le Réformateur avait posé le pied s’éleva une chaire. N'était-ce pas la manière la plus exacte de rappeler son souvenir et de résumer son œuvre ? Aussi quand la caricature voulut se venger de l’odieuse hérésie, elle sculpta, sous la stalle de la basilique de Toulouse, son fameux petit bas-relief : une chaire, comme auditeurs des huguenots au chapeau pointu, et dans la chaire un Calvin semi-âne et semi-porc, avec l'inscription : « Calvin le Père. » Il y a dans les masses les plus passionnées des instincts singulièrement sürs. Le symbole de l'Eglise réformée de France, c'est la chaire.

L'abbaye de Gérard Roussel est encore là. (Page 417.) Sans doute elle a changé : et cependant on la reconnaît bien. Passant entre deux maisons des siècles passés, on débouche dans une cour, devant la porte de l’église à droite, devant la porte de l'abbaye en face, et on est saisi par un calme, par un silence tout monacal.

Le voilà en effet le monastère sur la rive du Lot (Page 418) « élevé du niveau

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