‹ Jean CanadaChapitre 10 sur 34 · LA GRANDE HUTTE · texte numérisé non relu

LA GRANDE HUTTE

tente pas d'exiler ceux qui parlent trop haut, on déporta en masse, on dépeuple des pays entiers, brisantles liens de famille avec un plaisir farouche. Qu'est devenue l'Acadie? Où sont nos frères expatriés? Helas! qu'est-ce qui nous attend nous-mêmes? Je puis bien le dire, puisque mou nom est parvenu jusqu'à vous, j'ai combattu sans trêve pour la liberté de mon pays, et si le sentiment français s'p ait é!eini dans les âmes des habitants de ce 3m* fut la Nouvelle-France, il »e serait conservé dans 3eUe maison qui, pour les peuples sauvages, s'appelle la jrande-Hutte. Depuis le jour où l'on me rapporta blessé 1e la suprême bataille livrée par l'héroïque Vaudéuil, l'ai gardé comme un culte l'amour du pays ; je suis resté Ber de mon titre de Français, et je conserve mes démises forces afin d être prêt le jour où les Canadiens auront besoin de moi. Je ne me suis point choisi le nom que je porte, on me l'a donné, je le garde comme un titre. On semble faire de moi le représentant de la patrie vaincue nais toujours vivante qui, au premier mot de délivrance îl d'espoir, se retrouvera debout, prête à verser son sang mr les plaines qu'elle féconda.

— Mon Dieu ! mon Dieu ! dit Halgan, combien vous ivez dû souffrir!

— Nous avons manqué de tout, hors de confiance. Sous avons dormi sur la terre brûlée, traversé des forêts fierges pieds nus et affaiblis parla famine... Bigot, le misérable gouverneur du Canada qu'un jugement a flétri vous vendait des mousquets usés, défectueux, éclatant •ntre nos mains sanglantes... Nous allions toujours, ;uand même. Les régiments de France luttaient à côitf des miliciens du pays les tomahawks des Indiens frater disaient a*T r nos armes , le bruit de nos fifres s'étouflail

iûvm leurs hurlements de guerre. Le même sentimenl Bon fondait le Peau-Rouge et le ' Ve, tous se hat <

[aient pour le grand Ononthio, tous offraient leur sang lïQur la France nouvelle. . abandonnés parla môre-patrie, mus ne pouvions nous résoudre à l'oublier. Notre haine •o;ir ies vainqueurs a survécu aux douleurs de la défaite. Nous sommes et nous resterons Français. Jamais nous ne cesserons de parler cette langue familiale, éloquente, faite à la fois de tendresse et de force. Le cœur, cet ardent foyer de dévouement, brûle toujours pour celle qui nous oublia, et le premier des titres pour gagner notre a mité est de venir de là-bas où souille l'air qui passa sur notre berceau.

— Brave, brave cœur ! s'écria Goetquen.

— Nous pouvons désormais nous entendre, reprit Jean Canada, et si ce que je vais vous révéler eiîraie votre conscience, vous l'oublierez...

— Je vous le jure, dit le marquis.

— Vtms répondez de Pâtira, comme je réponds de Non pareille ?

— Oui, répondit Halgan.

— Eb bien ! reprit Canada, la Grande-Hutte est deveue le centre de réunion de tous ceux qui souffrent par

le cœur, l'esprit ou le corps. C'est ici que viennent isolé

m mtou par groupes, chaque jour, chaque mois, ceux qui

oit besoin de pain ou de conseils ; ici que se rassemblent

à des époques fixes ceux qui gardent comme moi le rôw

tlt.' ressusciter la patrie, canadienne, et de l'arracher à des

;uearstranformésen bourreaux. Oh ! ne vous accus {

de chercher la consolation dans un irréalisable rêve

tls le jour où ie Bison-Noir m; rapporta ici per&é

i« u-oi» balles cette dememe est \e dernier cénacle où il

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nous soit possible de nous réunir. Nous avons la patience, parce que nous possédons la force et la foi. Nous nous comptons sans nous presser d'agir. Peut-être ce groupe fraternel d'hommes unis par une seule pensée et choisis ians tous les rangs de la société, ne fera-t-il rien de plus que se soutenir et se consoler. Et quand ce serait? L'œuvre n'aurait-elle pas eu néanmoins sa raison d'être. Si Dieu nous marque une heure, nous agirons ; si 1 heure ne sonne pas, nous continuerons à souffrir en silence. De politique proprement dite, nous n'en faisons jamais. On ne peut même affirmer que nous conspirons. Nous cous rassemblons, voilà tout. Chacun de nous emporte de cette réunion un nouvel élan pour le bien, une confiance plus généreuse dans l'avenir. Le pauvre, le riche, le savant et l'ignorant, le sauvage et le missionnaire se pressent dans cette maison de bois ; les mains se près- ^ ♦eut, les cœurs s'entendent, et Dieu fait le reste...

— Mais la police ? demanda le capitaine.

— Oh ! je n'ignore point qu'elle paierait cher pour se iébarfasser de moi ; aussi j'agis avec une extrême réserve. Jeux qui m'entourent me gardent; et je n'abandonne rien »u hasard, pas plus que je ne livre rien à la violence. Si e n'écoutais que mes impressions, mes sentiments, l'eusse attiré cent fois sur ma tête les sévérités de la loi, mais je me dois à tous, et je n'ai pas le droit de me perdre. La police guette une occasion, et je m'appliqua à ne point la faire naître. On peut compromettre le succès 4u lendemain par l'imoatience de la veille.

— Et ce soir a lieu l'une de vos réunions?

— Oui, ce soir. Des amis, des pauvres, des éprouvés Tiendront de Montréal, des îles voisines, des villages assis sur les rives du fleuve, du fond de la forêt pour parler

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môme foyer de laterreque vous avez fuie, et du «vieux ys » dont ils veulent effacer la trace des Anglais.

— Mais, demanda Tanguy, en dehors des pièges qui peuvent vous être tendus, cette situation isolée ne vous fcxr ose-t-elle pas à des dangers graves?

— Je puis tout redouter, au contraire; aussi, suis-je irraé sur un pied de guerre. Cette maison de bois peut soutenir un siège. A vrai dire je n'ai rien à craindre les Anglais. Le jour où ils me surprendront en flagant lélit de conspiration contre le droit du plus fort, ils me jugeront avec une sévérité absolue, et je n'aurai nulle pitié à espérer, pas plus que je ne songerai à leur demander grâce ; mais jusqu'à ce qu'ils puissent me prendre, me condamner et m'exécuter, ils me laisseront tranquille. Ce que j'ai toujours en expectative, c'est une attaque des sauvages alliés de 1 Angleterre. A cinq reprises j'ai subi des alertes ; elles ont été repoussées victorieusement, mois non sans peine. Le chef indien qui fume ici paisiblement son calumet me fut alors d'un grand secours, sans compter Phébus et Mingo qui se comportèrent avec une intelligence égale à leur bravoure. Le village de la Chine se compose de quelques huttes dont les habitants me sont dévoués ; en cas d'alarme, je puis les mander ici, et il leur est facile de me rejoindre par un chemin inconnu aux Murons.

— Je vous admire bien sincèrement, dit Tanguy, et d'autant plus que le courage déployé par vous est d'une plus longue durée. Au fond, rien n'est facile comme Ja bravoure, cette bravoure qui nous porte à affronter uo péril si grand qu'il soit sous l'influence d'une pensée el

excitation d'un sentiment magnanime. Mais réaliser se que vous faites, devenir l'âme d'un parti, représenter

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nne nation persécutée, réfréner votre courage même afin de ne dépasser jamais les bornes de la prudence, voilà qui est noble et grand.

En ce moment le Bison-Noir ôta sa longue pipe de seî lèvres, redressa sa haute taille, et sortit de la salle après avoir fait un signe à Jean Canada.

Hervé venait de s'endormir, et Pâtira le soulevant dans ses bras demanda à la Fille-aux cheveux-d'argent :

— Nonpareiile, je voudrais déposer ce cher petit dans le lit que me destine le maître de cette maison, et revenir après dans cette salle.

— Viens, dit doucement la jeune fille.

Le cri de la hulotte bieue <jui se fil entendre l'avertit que les amis de Jean Canada s approchaient de laGrande- Htitte. Légère comme un oiseau, elle passa devant l'adolescent, ouvrit une chambre éclairée par une veilleuse, désigna une couchette et dit à Pâtira :

— Mon jeune frère fera ici de doux rêves.

Pour la seconde fois le même cri se fit entendre, et la Fille-aux -cheveux-d'argent saisissant Pâtira par la maip. le ramena dans la grande salie dont le Bison-Noir soulevait la portière.

AUDIENCES SECttf.TIZS.

La physionomie de l'Indien trahissait une émotior difficilement contenue parla gravité habituelle aux hommes de cette race, qui joignent le courage à l'affectueuse simplicité du cœur. On devinait que l'homme dont il avail reconnu le cri d'appel et au devant duquel il s'avancai' était un des compagnons ae sa jeuuesse, et que tous de" \ avaient dû lancer le tomahawk pendant les guerres de tribus à tribus, ou épauler le mousquet côte à côte, quand les Indiens alliés des Français luttaient contra les envahisseurs du Canada.

Ce chef, car on ne pouvait Iiri" refuser ce titre en cons tatant la noble (ierté de sa démarche, les cicatrice!) tailladant sa poitrine, et les médailles d'or et d'argent pendues à son collier ; ce chef avait choisi, pour su rendre à l'assemblée tenue chez Jean Canada, non pas la peinture de guerre, mais une peinture de deuil. Le noir dominait dans les lignes nombreuses 'dessinées sue jîod visage, et. la peau de buffle qui lui servait de manteau portait en guise d'armes parlantes un cœur saignant traversé d'une (lèche. Ses jambes disparaissaient

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sous des buckings de cuir souple portant un ornement effrayant composé de chevelures enlevées à ses ennemis.

Un couteau à scalper et une hache brillante étaiem suspendus à sa ceinture ; aux lobes prodigieusement allongés de ses oreilles cliquetaient des anneaux d'argent, et des colliers de wampum descendaient en plastron sur sa poitrine où le totem tatoué de sa tribu s'étalait à côté de la peinture.

Cœur-Percé alla sans rien dire s'asseoir dans un angle de la vaste pièce, et acceptant le calumet que lui présentait Bison-Noir, il se mit à fumer en silence. Jean Canada connaissait trop les coutumes indiennes pour ne point respecter l'immobilité du chef; Halgan, Tanguy et Pâtira le considéraient avec une curiosité moins indiscrète que bienveillante.

Une minute à peint, s'était écoulée depuis l'entrée du sachem algonquin, quand un nouveau venu s'avança dans la salle. C'était un vieillard de haute taille, vêtu d'une soutane déchirée, et chaussé de mocassins de buffle. Il s'appuyait sur un bâton formé d'une grosse branche d'érable, et portait sur la tête une sorte de calotte noire moulant exactement la forme de son crâne. De rares mèches de cheveux blancs s'épandaient sur son cou grêle. Une expression de souffrance latente ajoutait à l'expression ascétique de son visage.

Avec autant de vivacité que le lui permettait sa fatigu 'e missionnaire s'approcha de Jean Canada :

— Je viens vous demander asile, lui dit-il, depuis huit jours on me traque comme un daim aux abois, et j'ai par miracle échappé aux lumens partisans de la tyrannie anglaise et qui voient en nous des ennemis d»

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leur* ma^tton* e* des adrersaires de leurs alliés. Dieu le sait, mou iii», sans songer à la politique fies souverains et aux nouvelles délimitations des terres, je me borne i enseigner la loi de mou Dieu, à porter le crucifix de ca« bane en cabane. Mais ce n'est point assez pour les Anglais de nous avoir pris notre territoire, ils essaient de nous ravir les conquêtes de l'évangélisation. On emploie les dernières rigueurs à l'égard des tribus restées amies de la France. Toutes les trahisons semblent justes quand il s'agit de les attaquer et de les détruire. Après les avoir décimées, chassées, on tente aujourd'hui de leur dérober leur âme, et de leur vendre la protection et le repos au prix d'une abjuration. Jean Canada, mes pieds saienent dans les mocassins que je dois à la pitié d'une veuve indienne, et le vieux missionnaire a faim,

Tanguy et Halgan tressaillirent de pitié.

La Fille-aux-cheveux-d'argent s'avança vers le prêtre ave^un empressement touchant, et s'inclina devant lui en croisant les bras sur sa poitrine. Le vieillard la bénit, alors Nonpareille quitta doucement la salle, en faisant signe à Pâtira de la suivre. Quand les deux adolescents se trouvèrent dans la salle à manger, Nonpareille couvrit un plateau de pain, d'une tranrhe de venaison et d'un flacon d'eau pure, elle le plaça en équilibre sur les bras de Pâtira, tandis que, prenant un bassin, un linge blanc et une sorte d'aiguière, elle revint près du missionnac" "> qui brisé de fatigue venait de tomber sur un siège.

Alors s'agenouillant devant le vieux prêtre, la Fille* aux-cheveux-d'argent lava ses pieds ensanglantés, les en veloppa de fraîches compresses de feuilles, puis de ban delettes de toile, et voyait le vieillard soulagé, elle se tiDt debout, silencieuse, dans une pose pleine de grâce

do jt:an c a» ad Ai

touchante, tandis que Pâtira servait au vieillard son mo< desta repas.

lentement pendant ce court épisode la salle de réception se remplit de visiteurs appartenant aux classes le plus diverses de la société. Quelques-uns de ces homme* étaient venus de Montréal, et l'on entendait le hennissement de leurs chevaux attachés aux palissades de la cour ; d'autres avaient descendu le Saint-Laurent dans des canots d'écorce ; les plus pauvres marchaient depuis un jour ou deux à travers les bois, ils accouraient au rendez-vous épuisés par de longues étapes. Plus d'un racontait qu'il avait dû recourir à toutes les ruses indiennes afin de traverser des portions de pays dans lesquelles erraient des troupes de Hurons.

Tandis que les Européens se groupaient autour de Jean Canada, les chefs indiens rejoignaient le sagamore et acceptaient comme lui la longue pipe que leur présentait Cœur-Percé.

On parlait à mi-voix ; on se comptait du regard ; Jean Canada consultant la grande horloge à gaîne placée dans un angle de la salle parut lui demander si elle ne donnerait pas bientôt le signal attendu. Les aiguilles se mouvaient lentement sur le cadran d'émail, encore deus minutes, et Jean Canada devait prendre la parois, quand la porte de la salle s'ouvrit avec violence et Un< femme échevelée vint tomber aux pieds du maître de Grande-Hutte.

— Rendez-moi ma fille I lui dit-elle, rendez-moi fille'

— Votre fille, Amy David, votre Glle, Lucie ?

— Ils me l'ont prise, les musé ables nie l'ont voléo*.. Depuis longtemps je n'avais pas un jour de repos, n!

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une heure de joie ; je savais que les monstres guettaient leur proie, et je serrais mon enfant contre moi connue si ma tendresse pouvait la défendre... Vous la connaissez, vous savez qu'elle est bonne, belle et pure, un ange de dévouement, une âme desainte! Nous sommes pauvres, ia fortune de mon père a été spoliée, nous travaillions de uos mains tout le jour et durant la moitié des nuits ; nous ne nous plaignions de rien, cependant ; notre affecvion suffisait à notre bonheur... Une persécution sourtle s'ourdissait contre nous, le travail devenait plus rare, on nous renvoya successivement des misérables logis qui aous abritaient... Un jour un pasteur protestant sous prétexte de s'intéresser à nous franchit le seuil de notre chambre ; il nous plaignit, et nous lit entendre que notre situation changerait si je le voulais... Comprenez-vous ce ll mot : Si je le voulais ! Je voyais pâlir ma fille et je me demandais si elle résisterait à notre lent martyre... Alors I q me parla d'apostasie... Si je consentais à renier 'mon Dieu, je trouverais plus que l'aisance, sinon... hélas! je le savais, sinon la faim aurait bientôt tué l'enfant et la mère. Je chassai le tentateur, nous ne soupâmes pointce soir-là... Deux jours après Lucie rentra chez moi effarée, elle avait cru voir acharnés à sa poursuite des hommes à la figure sinistre. Je la calmai avec peine, et nous décidâmes qu'elle ne sortirait plus sans moi... Alors ceux ^ui la guettaient lui tendirent un piège... On écrivit un mot pour avertir mon enfant qu'elle pouvait trouver un travail bien rétribué dans un quartier lointain, à la condition d'aller le chercher à l'instant même... J'étais absent., au moment où Lucie reçut la lettre ; elle ne crut pas devoir m'attendre, dans la crainte de manque* une occasion avanict^euse, elle partit... EUe n'avait pas t'ait

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vingt pas dans la rue qu'elle fui arrêtée sous une inculpation flétrissante, et traînée en dépit de ses dénégations et de .ses pleurs dans un de ces refuges où la police jette srovisoin nient les voleurs et les femmes vivant au sem de li honte... Quand je rentrai la maison était vide... J'attendis mon enfant en pleurant, en priant, au matin un homme de la police me vint apprendre dans qutl lieu on l'avait enfermée... Vous me croirez, Jean Canada auandje vous dirai que j'eusse préféré apprendre la mort de ma filfe unique... Lucie dans cet abîme, Lucie au milieu de ces damnés, cet ange parmi ces démons, Lucie accusée... Ma tête s'égare quand je songe à cotte cruauté, quand je sonde ce crime infernal d'essayer de flétrir l'innocence de l'enfant, pour avoir raison de la croyance de la mère...

— C'est horrible 1 horrible ! murmura Jean Canada.

— Vous me la rendrez, n'est-ce pas? dites que vous me la rendrez! Voyez, je suis à genoux, je pleure, je vous demande justice et pitié !

— Pitié 1 pauvre femme ! pauvre mère, ne le voyezvous pas, elle déborde de nos cœurs, elle jaillit de nos yeux, mais justice ! quand nous sera-t-il permis de vous rendre justice?

— Demain si vous le voulez, dit un jeune homme eu /avançant hors du groupe au milieu duquel il se tena ;! :aché. Il nous reste des mousquets et nous saurons fah'i juer de la poudre si l'argent nous manque pour er acheter. Le sang des héros et les larmes des faibles cri en' /engeance. Tout à l'heure j'ai frémi en revoyant parmi aous le père Ejavien portant les iraces de son glorieux Martyre. Si nous ne voyons plus flotter sur ses épaules a longue chevelure blanche, c'est aue les Hurons l'ont

ACDIESCÈS s* C i.fsriL&. ' -~

scalpée, les Hurons soudoyés par l'Angleterre.. .Ce tropne-

stnglant, cette relique vénérable orne le wigwam d un

indien, et l'Anglais paye pour cette chevelure coraraa

il donne une prime pour les panthères tuées. Qui noua

empêche de nous révolter contre un j'oug trop lourd t

Nous n'avons rien promis, et les serments laits à nos

pères sont trahis tous les jours. Levons-nous contre

l'oppresseur qui nous a pris comme une marchandise

dont on trafique. Le père Flavien ne nous prêchera pas

la révolte, il craindrait que nos représailles cachassent

une vengeance du traitement cruel qu'il a subi, mais

cette femme souffre et pleure ! On scalpe nos prêtres, on

ravit les jeunes filles catholiques pour les enfermer dans

de prétendues maisons de travail dont on espère qu'elles

sortiront flétries! Oui, oui, pitié pour Lucie et pour ca

mère, mais vengeance et mort aux AnglaisI

— Mort aux Anglais 1 répétèrent vingt voix Le Cœur-Percé s'approcha lentement.

— Les Visages pâles nous aiment, dit il, et je vais radire aux Visages pâles ce que j'ai vu dans les huttes de mes frères. Les nouveaux maîtres les oppriment et les torturent ; tandis que le grand Ononthio les traitait en enfants et les honorait comme des guerriers, les ravageurs du « Vieux pays » leur volent leurs territoires de chasse , et déchaînent contre eux les peuplades ennemies. On a torturé la Robe Noire, on massacre chaque

j'our les fidèles Indiens; la paix avait été jurée tant que couleraient les rivières, tant que brilleraient les astres de ciel, mais au mépris des serments la hache a été déterrée. Je viens de la hutte du conseil, je rapporte ici les vœui des jeunes hommes et les paroles des vieillards; l'Anglais « trahi lo.s Indiens. l'Indien lancera la flèche et le loma-

t.a»/k. J'ai dit, et mes paroles ont été entendues par des, f.c mines.

Le Cœi/t -Percé demeura debout, tournant un calme et

regard autour de lui, afin de juger de l'impression

produite par son discours. L'exclamation gutturale

pr u&sée par les Indiens assis à quelque distance lui prouva

qui! venait de trouver un écho dans les âmes viriles.

— Vous avez bien parlé, dit en s'approchant du Cœur- Percé un jeune Canadien vêtu d'une blouse de chasse, et dont la beauté mâle, l'allure dégagée attiraient forcément la sympatie. Nous avons patienté, nous avons plié sous le joug; sous peine de devenir lâches, nous avons à prendre notre revanche. Je suis du vieux pays, et mon pèse fut un des premiers qui partit de Saint- Malo pour réaliser au Canada une fortune rapide. Cette richesse convoitée, il la conquit, mes aïeux possédèrent des terres et vécurent dans une opulence dont la spoliation les dépouilla. Je suis resté orphelin, car mon père tomba glorieusement | Carillon et ma mère ne survécut pas à sa perte. J'ai dû * l'amitié d'un vieil ami des miens de ne point grandir dans 1 ignorance, et ne pouvant tout de suite devenir soldat, je me suis fait chasseur. Mais j'aspire avec toute la jeunesse canadienne à reprendre le fusil pour reconquérir ce territoire qui fut le nôtre. Chaque jour aggrave notre situation, et redouble l'insolence des Anglais... S'il s'agissait de reprendre Québec, peut-être m'objecteriezvous que la situation de la ville est trop forte et qus nous nous ferons inutilement tuer sous ses murailkst mais Montréal n'est pas si bien défendu qu'il ne puis* tomber dans nos mains si nous risquons un coup hardi. Une première victoire attirera autour de nous ceux qui prennent parti pour les heureux. Les fils de ceux qui se

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