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toire et leur part de butin, les Hurons devaient pleurer ceux des leurs qui avaient succombé à la douMe attaque de la Grande Hutte et de la Maison-des-Rapide*,.
A peine les cris de deuil se furent-ils fait entendre an« tant de fois que la tribu avait de morts à pleurer, qu'ut chœur lointain dans lequel se confondaient les hurlements lugubres des hommes, les sanglots des femmes et les gémissements des enfants, répondit à l'annonce du retour des guerriers.
Ces gémissements, ces cris se rapprochèrent et lt> doubles voix annonçant le trépas des braves et déplorant cette nouvelle terrible se rapprochèrent progressivement, jusqu'à ce que les habitants du village campés dans l'île rejoignant la troupe commandée par Plume-d'Aigle, les guerriers, les vieillards, les squaws et les enfants se trouvèrent confondus. Durant le reste du trajet les cris continuèrent avec une rage et une douleur croissantes ; puis, lorsque les sauvages furent arrivés en face d'une grand*» cabane décorée avec un soin spécial et ornée aux : quatre angles de figures effrayantes, Plume-d'Aigle prit la parole, et dans un discours à la fois adroit et éloquent, il rappela les qualités des guerriers morts en combattant les Visages-Pâles. Il vanta leur bravoure dans la guerre, leur sagesse dans les conseils; il jura que leurs enfant» seraient adoptés par les guerriers hurons, que les cheîFentretiendraient le wigwam des veuves, de venaisoc fraîche; enfin il répéta que, chacun d'eux ayant mériU la protection du grand Esprit, ils étaient à jamais entrée dans les contrées des chasses bienheureuses.
Ce discours calma en partie les regrets de ceux qui l'entendirent. Du reste, Plume-d'Aigle s'empressa d'éloigner le souvenir des &àorls pour célébrer la gloire de
ceux qui revenaient vers leurs frère?. L'attaque nocturne des deux maisons se changea en un combat mémorab'.e, Panthère-Agile secoua frénétiquement la lance à laquelle Y avait attaché les chevelures d'un nègre et de deux canadiens. Chaque Euron se vanta à son tour avec un orgueil farouche, montrant ses chevelures et ses parts d« lutin.
Enfin Plume-d'Aigle ajouta :
— Les fils du grand Esprit protégés d'Areskou; le dieu de la guerre, ramènent deux Visages-Pâles qu'ils ont faits prisonniers. Leurs blessures ne sont pas fermées encore, ils doivent être guéris d'une façon complète avant que le Conseil prononce sur leur sort.
De frénétiques applaudissements accueillirent les paroles de Plume-d'Aigle.
En ce moment tous les objets dérobés à la Maison-. dès-Rapides furent étalés sur le soi; les femmes s'approchèrent avidement, les enfants se glissèrent entre les rangs des guerriers. Les Hurons qui s'étaient battus avec une inexprimable furie devenaient des enfants qu'un lambeau d'étoffe rouge, un collier, une arme rendaient tout ensemble fiers et heureux. Plume-d'Aigle crut devoir à sa dignité de chef de laisser sa part de butin à ses compagnons. Les prisonniers qu'il ramenait suffisaient à s% gloire.
Après avoir pleuré les morts, séparé les parts de prise, les Hurons qui avaient fait partie de l'expédition eurent une rapide conférence, puis Plume-d'Aigle, Panthère- Agile et Tête-Rouge se rapprochèrent des prisonniers.
— Les Visages-râles n'ont point l'habitude de la marcha à travers les bois ; leurs blessures les font souffrir encore, lis peuvent ae reposer désormais dans la hutte vide da
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ge... Les femmes et les guerriers leur apporteront de la veoaison, une boisson fortifiait le et la feuille odorante dont la famée endort les ennuis. . t ■
Tanguy comprit les paroles du chef qui s'exprimait en inglais et prenant le bras de Halgan, tous deux entrèreni ians une case vide.
Celui qui l'habitait jadis avait péri durant l'incendis de la Grande Hutte, et sa veuve s'était réfugiée chez la femme de Tête-Rouge.
Cette case formée de troncs d'arbres était d'une simplicité primitive. Au milieu se trouvait le foyer mort à cette heure ; dans un angle, un amas de branches de sas* safras semblait préparé pour former un couche, et doux peaux d'ours complétaient avec des vases d'argile, le mobilier de la hutte huronne.
On dédaigna d'enchaîner les prisonniers. La hutte devait être trop bien gardée pour que cette précaution devint indispensable. Du reste, au moment où Halgan et Tanguy se réjouissaient à la pensée d'être seuls, un jeune homme que son âge n'admettait pas encore à faire partie des expéditions entra dans la cabane, prit place sur une des pierres du foyer, et se mit à fumer en silence.
Un geôlier venait d'être donné aux prisonniers.
Tanguy s'agenouilla dans l'angle de la hutte.
L'ardent néophyte qui avait supplié le père AiûbroL"-: de l'admettre au nombre des moines de Léhon gala foi qui s'était réveillée en lui sous les voûtes et dans îa cellule du monastère. Dans l'excès de sa douleur il se jetait entre les bras de Dieu, sachant bien que la consolation et le salut viendraient de lui seul.
Halgan, le vieux loup de mer, se souvenait moins bien des enseignements de sa mère. A force de naviguer son.--
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toutes les latitudes, d'entrer dans des temples divers et do regarder curieusement des idoles, il avait perdu le sentiment réel de la foi. Sans doute il 6'en rappelait vaguement les enseignements, mais comme on se souvient d'un air du pays à demi oublié, il ne s'appuyait point sur cette foi comme Tanguy de Coëtquen ; il n'embrassai.. pas la croix de cette étreinte qui rend si forts les plus faibles. Halgan cherchait sa force en lui, Tanguy demandait du courage à Dieu. Le marquis pria longtemps tandis que le capitaine la tête ensevelie dans ses mains évoquait le souvenir des êtres chers qu'il ne devait plus revoir, Blanche de Coëtquen ensevelie sous l'ombre du chêne des Douze- Archers, et Hervé ce bel et doux enfant dont il ne sentirait jamais les petits bras noués autour de son cou.
Après une étreinte dans laquelle se traduisirent leur douleur et leur courage, Halgan et Tanguy s'étendirent sur les sassafras et s'endormirent. Le jeune guerrier chargé \-i veiller sur leur sommeil passa la nuit assis sur les pierres du foyer, fumant son calumet à long tuyau avec obstination, et jetant de temps à autre un regard inquiet du côté des dormeurs. A l'aube un Huron le remplaça; Tanguy et Halgan ne s'étaient pas encore réveillés.
Quand le jour éclata dans l'île, colorant le ciel, écl lirant les cimes, jetant sur l'eau des miroitements d' >r, étendant sur l'herbe des tapis lumineux, une jeune fem me franchit timidement le seuil de la hutte.
Elle tenait à la main un panier de jonc tressé rempli de plantes, et, s'approchant des blessés, elle leur fit cota * prendre qu'elle venait leur offrir ses soins.
Tanguy échangea de rares paroles avec elle. 11 apprif qu'elle se nommait le Nuage-Rose et que son père était
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ès des sachems de la tribu. Sans exprimer autrement que par ses regards la pitié dont son âme était remplie, elle essaya de faire comprendre aux prisonniers que la
Iprésence du jeune Huron chargé de les surveiller ne lui
jpermettait point d'aller au devant des questions que les captifs brûlaient de lui adresser. Mais par un mouvem eut • rapide, ôtant de son sein une croix de cuivro, elle la leur £ -■>■-
jnoutra, comme si ce signe divin suffisait à leur prp uwei qu'ils avaient droit à son assistance.
Quand elle eut rempli sa mission, elle quitta la case sans tourner la tète en arrière, dans la crainte de voir fixé sur elle le regard curieux du jeune Huron. Plug t;>rd, deux squaws vieilles et hideuses apportèrent
lenr repas aux prisonniers. Le geôlier qui les avait gardés durant la nuit fut relevé de sa faction, et Plume d'Aide
vint prévenir Halgan avec une sorte de solennité qu'on
ne lui mettrait point d'entraves et qu'il gardait comme
son compagnon la faculté de se promener dans l'île. D'abord les prisonniers sentirent à ces mots leur cœur
battre de joie. Libres de leurs mouvements, n'étaient-ils
point à demi sauvés. Piume-d'Aigle lut leur pensée dans le regard qu'ils
échangèrent.
— Les Visages-Pâles sont des hommes, dit-il ; le* H arons n'ont pas déterré la hache de guerre les pre» roiers... Jusqu'à ce que les sachems aient prononcé sui le sort des captifs, ils resteront dans l'enceinte de l'île, sans franchir jamais sa ceinture d'eau bleue.
Malgré le calme avec lequel furent prononcées ces pa — rôles, Tanguy comprit la menace qu'elles renfermaient.
— Mon père, dit-il à Halgan, Dieu seul connaît le nombre de jours que nous devons passer dans ce lieu, au"*
milieu d'ennemis qui nous réservent pour le supp HHaîs tout en n'abandonnant pas d'une façon absolue l'espoir d'échapper à nos ennemis, nous serons o d'agir avec la plus grande prudence... Devant nous, derrière nous, des regards curieux nous épient. Les hommes, les enfants, les femmes nous surveillent... On nous relira le geôlier qui nous gardait dans la case, mais chacun de ces Indiens est un geôlier nouveau.
— Je le sais, répondit Halgan, je le vois, aussi, sa* chant ce qui doit advenir de nous, et certain qu'un Huron n'a jamais fa.it grâce, je préférerais être lié aujourd'hui même au poteau de torture que de rester dans l'attente du supplice.
— Demain nous apportera le salut peut-être.
— ^£ salut ! Tanguy... Je suis marin, et je passé avee raison pour un habile capitaine, eh bien ! je vous le jure, après avoir franchi le nombre interminable de canaux que Ton nous a fait traverser, je serais incapable de regagner le Saint-Laurent.
— Vous vou« trompez, vous le pourriez, mon père.
— Sans boussole, sans instrument.
— Il est une étoile qui ne se cache jamais, raun père : celle de la Providence.
Halgan ensevelit son front dans ses mains et ne répon* du pas a Tanguy,