LA FILLE KT DK FO: I
d'un péril ; il y a du sang à vos mains et vous venez de brûler de la poudre ; mais j'aimerai? mieux voir lancés contre vous dix régiments de soldats anglais et una Siorde de sauvages, que de songer à ce qui se prépare... Ce qui vous menace, c'est la police! ce qui vous attend, c'est la prison! J'ai parlé, j'ai prié, rien n'a pu vaincre la résistance de M. Georges... Et cependant les agents , sont en route; dans un instant il sera trop tard... La Providence vous a réunis pour vous sauver ensemb!?, ou dans une heure, dans une minute, le même coup de filet vous livrera entre les mains de Gording. Jean Canada s'approcha de la jeune fille.
— Comment savez-vous cela? lui demanda-t-il ?
— Comment? Que vous fait la façon dont je l'ai appris... J'ai la fièvre; j'ai quitté mon lit, je me suis écorché les mains en me laissant glisser le long d'un drap. J'ai risqué ma vie, ce n'est rien l que me fait la vie ! mais la malédiction de mon père m'atteindra... Qui me l'a dit? Ma mère était Acndienne, j'hérite de son dévouement et je demande matait de son martyre... Cela vous suffit-il, Messieurs?
— Oui, vous devez dire la vérité, jeune fille, et cependant, moi le chef., moi qui dispose de l'âme et des bras des Canadiens, moi qui garde dans mes mains le cœur , des Français de cette partie de la Nouvelle-France, j'ai le droit d'exiger davantage... Quel mobile vous pousse à nous venir en aide? pardonnez, pardonnez, mon enfant, un soupçon terrible, nous avons été trahis plus d'une • fois...
Nadie se* redressa, rigide, le visage blême, les main3 nerveusement serrées, elle regarda Jean Canada en face:
— Yous voi nt j'ai appris qu'oE vou-
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lait vous arrêter, et pourquoi je viens, moi, une tille t>" mide. sage et chrétienne, vous crier le mot du saiut travers la nuit I Pourquoi je risque ma réputation afin de racheter votre vie, c'est que je suis une infortunée qui doit payer pour la honte d'un des siens! la fille de l'Àcadienne vous sauve I et vous allei maudire la fille de Je lis !
— La fille de Jeffs ! répéta Jean Canada.
— Jeffs, l'agent de police? demanda Georges.
— Oui, répondit Nadie, la fille du complice de GoVding... Vous comprenez, n'est-ce pas? Et maintenant, laissez-moi partir... laissez-moi, brisée par la douleur, aller remplir un dernier devoir en rendant Lucie David à sa mère... Quittez Montréal cette nuit môme et renoncez pour' un temps à rendre le Canada à la France.
Georges et Jean gardaient le silence. Le jeune homme
en apprenant que Nadie était la fille de l'agent de police
venait de recevoir au cœur un coup terrible ; il était trop
; juste cependant pour faire retomber l'ignominie du père
t sur la courageuse créature ; il lui tendit la œsin :
— Merci et adieu! lui dit-il.
— Mademoiselle, dit Pâtira, on n'a pas besoin d? moi ici, voulez-vous que je vous accompagne ?
Nadie regarda l'adolescent, et elle allait lui répondre^ Quand us bruit de pas étouffés se fit entendre da.n§ iW calior,
— • La police ' dit Jean Canada.
— Ecoutez, dit rapidement Nadie, Tob Rib, mon pire et Lu ion croyant avoir affaire «euiement à M. Georges n'ont sans doute pas pris un grand nombre d'agents avec eus, peut être n'alle-z-vous être en face que de trois adversaires... La Providence vous rassemble six dams cette
IA FILLJS D* I.'A«KNT bb folics. 269
chambre... Vous pouvez échapper à ceux qoi viennent pour tous saisir... Au nom de ce que j'ai fait pour vou»; épargnez la vie de mon père; il sera trop ch&.è en 018 trouvant ici.
— Nous casserons, dit Halgan.
Le capitaine et le marquis de CoStquen se reculèrent dans l'ombre, de telle sorte que le battant de la perte devait en «'ouvrant les cacher aux regards des agents de police. Nadie prit Hervé dans ses bras, et Georges Maîo avant même qu'on beurtât à la porte l'ouvrit tranquillement et se trouva en face des trois agents.
Mais ce ne fut point sur Georges Malo que tombèrent les premiers regards de Jeils, il vit sa fille, il vit Nadia debout à quelques pas du conspirateur et le cri qu'il poussa fut semblable au rugissement d'un tigre blessé.
— Misérable! misérable ! dit-il en s'avançant vers Nadie.
Celle-ci ét?àt calme, d'un calme effrayant. Elle n'implora point son père, elle ne daigna pas même répondra h l'accusa iion qu'elle lisait dans son regard, elle se contenta de lui dire:
— J'ai rempli mon devoir, faites le vôtre!
— Ern parez-vous de cet homme ! hurla Jclfs en désignant Georges Malo.
Le jeune homme sauta par-dessus îa table avec une adresse et une rapidité qui placèrent subitement un obstacle entre lui et les sbires ; Halgan et CoBtquen le rejoignirent avec Pâtira; Tob Rib et Dik Luxon durent soutenir une lutte terrible contre le Bison-Noir; le Canadien* à son tour s'efforça de maintenir Jeffs, tandis que Nadie, Pâtira et Hervé frissonnaient d'angoisse et de terreur.
Tout à coup un cri fut poussé par Halgan. Tob Rib venaitde latte.indreàla tempe avec soncoup.d* poing d'acier.
Pâtira vola au secours du capitaine, les sanglots d'Hervé éclatèrent, et la fille de l'agent de police, s'appuyant des e, laissa échapper un gémissement ^ourd.
Le cri d'il ;!gan fut entendu de la rue. Les voisins du v>eune homme s'émurent, et un groupe de Français s'élan- $ant dans l'escalier vint offrir son aide à Georges M
Quand les Canadiens comprirent que Tob Rib, Luxo3 Et Jeffs avaient pour mission d'arrêter l'ardent patriote, ils ouvrirent les fenêtres et crièrent à la foule qui se massait dans la rue :
~ On arrête Georges Malo l
— On assassine Jean Canada !
Ces mots produisirent l'effet d'une traînée de poudre.
De toutes les maisons descendirent des défenseurs improvisés. En une minute Halgan, Coôtqueu, Bison-Noir, Georges et Jean Canada se trouvèrent dans îa rue où les avaient précédés les agents de police pris, repris, menacés et meurtris par les amis de Georges.
. ' Des cris de haine contre les Anglais montèrent en clameurs formidables et l'on s'arma à la hâte pour protéger Indiens, tedéfenseur du Canada, le représentant du vieil esprit français et catholique dans la terre âsicr
Les dispositions de ses amis effrayèrent Jean Canada qui répéta d'une voix retentissante :
— Pas de sang I pas de sang l
Mais sa voix sa perdit dans une clameur plus grande. Jn s'armait da tous côtés ; on criait, on s'appelait de îa me, des maisons; l'obscurité ajoutait au péril. Une Leur§A, après toute la ville de al se trouva soulevé?
LA FILLB DE L'AGENT DB POLICE. 27 î
Les trois agents de police avaient été Réparés ; Nadia s'attachant aux vêtements de son père s'efforçait de le protéger contre la fureur de la f -uîe. Il lui était indifférent de mourir, l'infortunée avait fait depuis longtemps le sacrifice de sa vie. Elle souhaitait seulement que sang ver«é pour la cause sainte servit à l'apaisement des haines. Hélas! la dernière parole sortie des lèvres de so#7 père fut une parole de malédiction. Jeffs s'efforçait, repousser la courageuse enfant qui le couvrait de son corps, mais il ne réunit point à secouer la chaîne viva formée par les bras de Nadie, et vingt fois déjà l'a police eut éié frappé J'un coup mortei si en ne
. fille..
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iA LOTTE AVANT LHSCRE.
Quand il se trouva au milieu d'une petite armée accou- Sae spontanément pour le défendre, Jean Canada sentit son cœur rempli de reconnaissance et de crainte. De reconnaissance, car il savait que le peuple était avee lui, et que d'un seul mot il pouvait le soulever et le déchaîner contre cet ennemi commun qui s'appelait l'Angleterre. Mais en môme temps il s'effraya des scènes tumultueuses dont la ville allait devenir le théâtre. Il suffirait d'une étincelle pour amener l'explosion du volcan populaire, et Jean Canada la redoutait en ce moment comme un irréparable malheur. Il souhaitait une victoire éclatante, il voulait qu'une lutte formidable rendît à la France les « arpents de neige » qu'elle avait dédaignes. Il rêvait la revanche de Montcalm, le renouvellement du pays humilié, le triomphe des idées catholiques, mais il savait que de tels craiets demandent du team pour mûrir.
Depuis vingt années i! s'absorbait dans la conception l'un plan gigantesque, formant dar.s le secret une armée immense, recrutée le long du fleuve, au fond des bois,
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autour des lacs, ïl revenait de conquérir des tribus nouvelles à, la cause française, et il pouvait ôtre sûr de vaincre le jour où il entamerait la lutte, mais à la condition qu'il la commencerait à son heure, avec la prudence d'un chef et la vaillance d'un soldat. Et tout à coup, par suite d'un acte isolé, il pouvait se trouver lancé malgré lui dan? un mouvement populaire, insurrectionnel, qui, dénaturé plus tard par ses ennemis, pouvait compromettre le triomphe, et perdre à jamais le succès de sa cause.
Aussi, quand il se trouva en présence de la foule ameutée devant la maison de Georges Malo, et qu'il vit ses amis, ses défenseurs disposés à se venger sur les agents subalternes des ordres donnés par Gording. Jean Canada se sentit le cœur plein d'une soudaine angoisse.
— Pour l'amour du ciel, mes amis, dit-il, imposez silence à votre indignation contre les policiers, et à votre dévouement pour moi ! Si nous commencions aujourd'hui, sans préparation suffisante, une lutte inévitable, nous échouerions misérablement... Je vous en conjure, éloignez-vous, ne fournissez à l'autorité aucun prétexte de sévir ! Je quitterai Montréal avec Georges pour y revenir seulement à l'heure où nous pourrons attendre une victoire. Jusque-là, courage et patience! A cette heure, tout sang versé le serait inutilement. Ce n'est pas un soulèvement que je veux provoquer, je veux livrer une bataille dont le gain assurera la liberté de mes frères I Croyez-le, plutôt que de souffrir que vous vous battiez pour moi ici, sans espoir de succès, j'aimerais mieux me Fendre aux agents de l'Angleterre.
— Alors fuyez ! fuyez ! dirent vingt voix ; fuyez avec Georges Malo.
Un tressailliraient agita Jean Canada de la oie aux pieds