‹ Jean CanadaChapitre 28 sur 34 · LA LOTTE AV/LIT L'USURE. É · texte numérisé non relu

LA LOTTE AV/LIT L'USURE. É

— Fuir ! répéta Georges Malo des éclairs plein les yeux, plutôt mourir à cette place et teindre ce pavé de tnoB sang. Qui vous dit, Jean, que l'agression dont nous sommes victimes n'est pas le signal providentiel de cette même lutte que nous croyions éloignée... Fuir, jamais! je me battrai. Mais vous, Jean, vous avez plus que moi à porter un fardeau de responsabilité. Je reste un homme, vous êtes le chef d'un peuple. Ma témérité ne vaut pas votre raison, je le sais... Aussi bien, vous avez le droit de vous éloigner, puisque c'est moi seul qu'on menace. Il n'y a pas d'ordre contre vous. En vous arrêtant, Jeffs eût eommis une illégalité, car il n'avait pas de mandat. Éloignez-vous... Je suis libre, et je ne cours aucun danger, puisque vous me voyez environné de Français.

— Oui, oui, dirent Halçan et Tanguy, partez, tandis que nous pouvons protéger votre fuite.

— Il n'est plus temps, dit Jean Canada d'une voix grave.

En effet, on entendit dans l'éloignement le roulement des tambours anglais et la marche pesante des soldits arrivant pour disperser le rassemblement. Dès lors Jt<an Canada ne fut plus maître de s'opposer à la lutte. Voy.ini ses amis résolus à combattre, il ne put, en dépit de tes . convictions, songer à les quitter. Seulement GeorgeN et le marquis l'entendirent s'écrier avec une sorte de dé&es* poir :

— ils ne savent pas attendre ! Leur précipitation perdra la plus noble des causes.

De trois côtés différents débouchaient des troupes le mousquet au poing. Une première détonation jeta la terreur dans la foule, puis la rage succédant à l'épouvante, les bras se levèrent, et le peuple se porta yn avant avec le

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CAM.' t -'•..

ments populaires; les mousquets Erent d dans les rangs des Canadien*, t:j.

que ceux-ci, ripostant avec fureur, se précipitaient sut les soldats, arrachaient de leurs mains leurs armes tordues, et criaient vengeance contre l'Angleterre, le gouverneur de Montréal et les soldats qu'il chargeait de tirer sur les colons.

Un tumulte épouvantable régna bientôt dan» toute la ville. Les autorités se réunirent, et de nouveaux soldats, quittant leurs casernes, reçurent l'ordre de se montrer sans pitié.

Le son des cloche» ne tarda pas à se mt'îcr au roulement du tambour, aux cris des femmes, aux appels des combattants. La nuit s'illuminait delà lueur rougeâtre des torches; on s'assemblait dans tous les quartiers. La nouvelle d'une tentative ayant pour but d'incarcérer Georges Malo et ù'as-assiner Jean Canada exaltait la colère des jeunes gens, et les poussait vers le théâtre de la lutte. Les opinions politiques et les sentiments religieux s'unissaient pour changer le conflit en bataille. On la voulait acharnée, décisive. Une guerre civile allait suivre l'imprudente démarche de Jeffs.

Tob Rib et Luxon furent massacrés sur place ; JeCTs, que l'on avait enfin réussi à arracher de? bras de Nadie, fut lié par les poignets et traîné à travers les rues. Ses jambes s'allongeaient sur le pavé, sa tête rebondissait sur les pierres, le sang souillait ses cheveux, il sentaitla vie l'abandonner, et tout son être s'anéantissait dans le sentiment d'une souffrance atroce.

ut à coup, à l'angle d'un fcarreour qu'éclairait u*\ de goudron, les hommes qui s'étaient emparés dt Jeffs aperçurent un réverbère. La vue de la potence à

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linée par son long bras de fer lit naître la môme pensée ians leur cerveau. La corde qui iiail les mains de l'agent, ^tée au-dessus de la barre transversale, retomba d« "s*"*1 l'autre côté, six mains la saisirent, et le corps du policier >'-'^ fut hissé jusqu'à la hauteur du réverbère, dont le lumi- * gnon fumeux, brillant par intermittence en dépit des vitres cassées, jetait une lueur étrange sur la face blafard» / du misérable.

On n'étrangla pas Jeffs, on était sûr qu'il ne pouvait Burvivre à ses blessures.

Tandis que le châtiment de ses trahisons était infligé m policier, Jean Canada souffrait la plus âpre des douleurs en voyant avorter un plan gigantesque. La lutte à aquelle il comptait donner la grandeur d'une bataille et a sublimité d'une épopée, se trouvait, par suite de circonstances imprévues, indépendantes de sa volonté, se ransformer en luttes de rues et de carrefours, en assaut le maisons, en érection de barricadas. Il avait rfivé un ;ombat grandiose comme celui du champ d'Abraham, on ie lui laissait que la possibilité de défendre un peste et le décimer un régiment.

Les soldats anglais, profitantde la paniqua, pénétraient nême dans les demeures paisibles,. piliniem tout ce qui f éprouvait sous leurs mains, et tuaient sans merci le* Canadiens et les Français qui tentaient de leur opposer^ en* fùëlque résistance. La haine et la cupidité se satisfai- phs :iientàla, fois. La nuit doublait les horreurs d'agressions / ',r'^ jerribles, de violences inattendues, de massacres odieux. s mot d'ordre donné aux soldats anglais avait été d'arêter ou de tuer, tous ceux qui prendraient une part [uelconque au mouvement et sembleraient souhaiter le noraphe de la cause française. *

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Quand le four selev.r acle présenté par certains

quartiers était horrible.

Le sang se figeait dans ies rues; des taches sombres ulaienc la façade des maisons , des cadavres roidis s'amoncelaient dans les endroits où la latte avait été la plus acharnée. Les derniers coups de mousquet s'échangeaient. Les premières blancheurs de l'aube éclairèrent un spectacle écœurant, suivi d'une trêve tacite consentie des deux côtés. Chaque parti avait besoin de relever ses blessés, de s'approvisionner de poudre. On était las de cette bataille sans trêve, de cette lutte acharnée.

Pendant le premier moment de succès, Georges Malo, Jean Canada, Tanguy de Coôtquen et Halgan s'occupèrent de régulariser l'organisation de leurs soldats improvisés. Hélas î dans les circonstances déplorables où se produisait la lutte, Canada ne gardait pas l'espérance de vaincre, il voulait seulement bien mourir.

Le drapeau de Montealm que jadis il enfermait dans la boîte d'horloge de la Grande-Hutte, et que durant sa lournée dans les pays des lacs il gardait comme un palladium, était à cette heure serré autour de sa taille robuste. Il voulait mourir en pressant contre son cojur ies ileursde lys rougies de son sang.

La troupe de Canada, armée à la hâte, jetée au hasard dans la ville, en occupait cependant la moitié. Elle se grossissait d'heure en heure, et le danger multipliait les héroïsmes. Tous les Français de Montréal comprenaient I lue le lendemain de la révolte leur nationalité seule constituerait un crime et les exposerait aux poursuites du gouvernement. L'unique moyen de s'assurer une irn- j

était de descendre en n^sae dans la rue. jn condamne à» mort quelques conspirateurs, on ne nus*

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