‹ Jean CanadaChapitre 3 sur 34 · IES RAPIDES DT5 LA CHINE · texte numérisé non relu

IES RAPIDES DT5 LA CHINE

Par une magnifique journée de juin, un canot ayant pour rameurs deux nègres robustes, et renfermant un petit groupe de promeneurs, descendait le fleuve Saint- Laurent. Une cordialité affectueuse paraissait régner entre les passagers, bien qu'il fut possible de remarquei sur leurs visages une persistante expression de tristesse, en dépit des efforts tentés pour la chasser. Chacun d'eux s'efforçait de répondre avec gaieté aux exclamations de surprise et aux éclats de rire d'un bel enfant debout au milieu de la barque. C'était une frêle et charmante créature au teint transparent, aux cheveux naturellement bouclés, dont le regard et le sourire possédaient un rayonnement intime et sur qui paraissait se concentrer a tendresse exclusive et l'absolu dévouement des trois personnages réunis dans le léger canot.

Le plus jeune était un garçon de dix sept ans envi- *«n, gnnd pour son âge et dont les membres grêles traîissaieat une souplesse remarquable. Ses grands yeux brillants de franchise laissaient deviner unenatureàlafois bonne et ardente. Il regardait l'enfant vêtu de bleu, debout

„. JEAH CANADA.

■y a.l» haraue avec .me affection presque égal au milieu de .a barque, a rf

a celle de l'homme qui se tenait a « „ait avoir trente-cinq aus. Bien que labourt

- ""T* ^f CrrrS1 dTs/taiile baauté d expression morale^ a ^

■a dignité de son mam^ *>«» attcstaient un deui. tilhomme. Ses habits .tort : P ^ moins

,-éceut. Le dernier des voyageurs o V «tonte ans. A son tein, ^brun, , p» a ~ Cendant 80n; * STd^-^TSU. dont il donnait

Te 'une magnifique fortune, soutenaient en outre la re S drapeau français, en capturant sons ton es les latitudes les vaisseaux portant le pavillon de 1 AnDle er e mais ce manu qui avait subi toutes les bourra - „ delà mer qui avait crevé des trombes à coups de ^ atn ra" la\onace, les moussons et les tvphons »Cu.pa.i enfaced'un danger. Une amestoïque anima, er sPaux.nuscleSd acer ^cependant la p y— ,,„ loun de mer s'attendrissait jusqua la faiblesse, ,ors ue'l'etfanl debout au mitien du canot prenan un" de ses mains rudes dans ses petits doigts et 1 appela,.

"T^^tma^aiemarinens.dressant ao;èred ërvé. no°us achevons, vous en conviendrez une pomenade merveilleuse. Quand pourra W-W^» L parla delà beauté des rives de ce neuve, je secou la Tête avec une sorte de dédain. Celui qui a traversé toutes ;^ du globe, no connaît rien de plu, magn.fique

LES RAi'IDES DE LA CHiNE. 23

que l'horizon sans bornes sur leque: son reg>irdest accoutumé à se reposer. Pourtant je commençai à changer d'avis quand la grandeur de la baie me donna l'idée de celle du fleuve. La traversée du Saint-Laurent à Québec me parut une véritable merveille ; je n'aurais ja« mais cru qu'un navire de six cents tonneaux pûtremon* ter une rivière. Mais ma surprise se changea en admira» lion en voyant que je pouvais poursuivre ma routa usqu'à Montréal et y attérer comme dans le plus beau port du monde. Je calomniais l'eau douce, Tanguy, celle-ci possède presque les beautés de la mer.

— Oui, répondit Tanguy, ce pays me semble réellement superbe, ce qui me plaît surtout, c'est la grandeur de ses solitudes. Nous sommes à environ trois lieues de Montréal, et c'est déjà le désert... L'eau bleue et l'immensité des bois, voilà tout ce que distingue notre vue. Pour les cœurs éprouvés comme les nôtres, mon père, ce calme absolu semble un soulagement. Le bruit de Montréal me cause une sorte d'effroi... J'ai trop vu les hommes depuis quelques mois, j'éprouve le besoin de les fuir...

— Je l'ai compris, Tanguy, répondit le marin, et je suis allé au devant des vœux que vous n'osiez encore manifester. La cargaison de mon navire est vendue dans des conditions avantageuses. Je n'apportais que des mar chandises françaises, et je pouvais être sûr de les écoulei facilement à Montréal. Le second du bâtiment est uï brave garçon en qui je puis avoir une confiance absolua Il prend le commandement de la Gauloise et va faire provisoirement le commerce avec l'Amérique du Sud. Il ne s'aventurera pas dans de longs voyages, et reviendra souvent à Montréal, en attendant au'il nous soit possible d«*

prendre une décision pour l'avenir. Ce que je souhaitais arant toute chose, Tanguy, c'était de vous laisser la facilité de choisir où vous souhaitez vivre...

Le jeune homme étendit le bras vers les rives il leuve:

— Père, dit-il, rapprochons-ncus si vous le voultfc davantage de la ville, mais ne quittons pas le Saint-Lau ent. Ce matin quand vous m'avez proposé de faire une

promenade à cheval, j'ai c ompris votre projet, et je vous m ai remercié au fond de mon âme. Cette journée est peut-être la première pendant laquelle j'ai pu secouer £ poids douloureux sous lequel ploie mon âme.

— Celte course était complotée depuis deux jours avec Toyo et Tambou, chargés par moi de se procurer une fcarque et de m'attendre à quatre lieues de la ville. Après vous avoir fait parcourir à cheval les rives du Saint- Laurent, je voulais qu'une course en canot vous permit mieux d'en apprécier les beautés. Je craignais aussi qu'Hervé souffrit de la fatigue. Avant trois heures, c'està-dire à la chute du jour nous serons rentrés à notre hôtellerie, et dès demain nous songerons à réaliser vos projets.

Toyo se tourna vers le capitaine.

— Massa Halgan, demanda-t-il en suspendant le niou« vement de sa rame, vous entendre gronder tonnerre?

Le marin haussa les épaules, regarda le ciel et répondit :

»- Peux-tu songer à l'orage par un temps semblable Toyo? Nage, mon garçon, nage, quoiqu'il nous reste plusieurs heures de jour, nous devons songer à gagner la ville, et à rentrer à Montréal avant la nuit.

Toyo laissa retomber les rames avec l'obéissance pas-

Page 1