MARTYR D'UNE GRANDE CAUSE
S8 sont battus comme des lions, "iit le Bison-Noir.
— ~ Ont-ils échappé an massacre?
— Le Grand-Esprit les a protégés, iis se trouvent à cetti r.eure avec la Robe-Noire dans la hutte de Cœur-Perc4 qui va bientôt partir pour le monde des âmes.
Jean Canada fit un signe à Pâtira. Celui-ci comprit le (\é>ir du blessé, ma'': avant d'aller prévenir le capitaine et Tanguy, il voulut voir Jean installé dans la hutte dont ii voyait la porte ouvei te à quelque distance. Un amas de branchages coupés dans la forêt, quelques fourrures suf- Srent pour former la couche du mourant. Un Indien lui apporta quelques grains de blé, un autre lui tendit une gourde remplie d'une boisson fraîche, le pansement des blessures du héros canadien fut renouvelé, et seulement alors Pâtira tranquillisé se dirigea vers la cabane où expirait Cœur-Percé ! Ensevelie sous les arbres elle échappait complètement aux regards, mais 1 indien qui servait de guide à Pâtira, désigna à l'adolescent diverses huttes également dissimulées sous le feuillage et qui, pour un temps, mettraient les Indiens à l'abri de la poursuite des Anglais.
Ceux-ci d'aiiîeur.0 avaient rnen assez à faire en réprimant l'insurrection Je la ville. Si les tribus indiennes tmies des Français devaient payer cher leur alliance généreuse, ce serait lentement et plus tard. Du reste, tandis qu'ils étaient dans les bois, les Enfants-Rouges se riaient de toute poursuite. Ils savaient bien que les soldats ne Couveraient jamais la trace de leurs légers mocassins.
L'Indien et Pâtira entrèrent dans la cabane de Cmur-
;é. Lo guerrier prêtait l'oreille à la parole du père
flavien , quand il lui répondait, il entremêlait bien aveo
une naïveté bizarre la pensée d'un ciel catholique avec la description du pays des chasses bienheureuses. Il parlai i à la fois des chants des anges, et des courses sans fin dans les bois sacrés; mai» Dieu lisait dans cette âme héroïque et droite. Les légendes des lacs se confondaient un peu dans son cerveau avec les instructions de l'Évangile, mais Gœur-percé serrait sur ses lèvres le crucifix que lui tendait le missionnaire. Une seule chose lui paraissait difficile a ce moment suprême: le pardon. L'Indien qui a fait de la ven^tance non pas seulement un plaisir, mais un devoir comprend à peine la loi du pardon. 11 aurait voulu tenir à la main son couteau de scalp et doubler le nombre des chevelures d'Anglais cousues en frange autour de sa tunique. La colère de la défaite luttait contre la volonté d'obéir à la Robe-Noire :
— Dieu voit le cœur de ses Enfants-Rouges, dit-il enfin... le Cœur-Percé s'est battu pour la cause des Visages Pâles, il meurt en guerrier, sans se plaindre, car il a vécu en brave, il prie îa Robe-Noire de le bénir et d'ôter de son cœur les taches qui blesseraient le regard du Grand-Esprit...
Le père Plavien é.3ndit le» deux mains sur le fropt de l'Indien :
— Que mon fils demeure en paix, dit-il, qu'il emb-ass* (es pieds du Sauveur en disant : Je pardonne, et mor- Dieu le recevra dans son sein.
Cœur-Percé obéit; il pria tout bas, puis regardant lt uiissionnaire :
— Le Dieu des Visages-Pâles m'a parlé, dit-il, la Robe Noire ne mettra pas dans ma tombe les chevelures coupées par l'Indien... le chrétien ne demande qu'une croix.
Gœur-Percé retomba; il était mort.
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Alors Pâtira se glissa voi-s Tanguy, Halgan et là missionnaire :
— Venez, îear dit-il, Jean Canada vous appelle. Le corps de l'Indien fut laissé à ia garde de quelques
jeunes gens, les vieux chefs douloureusement impression* aés suivirent le Fignoîeur.
— Monseigneur, dit Pâtira, puisque vous me revoyea, ous savez que Hervé esl en sûreté, n'est-ce pas?
— Oui, mon fidèle, répandit Tanguy. Où l'a§-tu conluit?
— A bord de la Gaulois».
— Est-elle dans le port "i
— Non, j'ai craint de risquer notre dernière chance ie salut, mais j'ai donné ordre à deux matelots de croi- 1er avec la chaloupe. Dès que nous pourrons songer à ragner le navire, j irai leur transmettre les ordres du capitaine.
— Bien, dit Halgan, bien, mon enfant; ce soir môme :u les rejoindras, ils quitteront Montréal et viendront ious rejoindre ici.
— Ce sera fait, répondit Pâtira.
L'adolescent apprit alors comment Tanguy et Halgan
avaient été sauvés. Quand les bandes d'Indiens, guidées |)ar Bison -Noir et Cœur-Percé opérèrent, une diversion 1ans la bataille, les deux Français, après s'être battus en aéros et avoir vu disparaître Jean Canada, comprirent jiue la tentative faite en faveur de l'indépendance était ivortée. Tanguy n'avait pas le droit de mourir ; il se de rait à Hervé. Le capitaine et Tanguy montèrent dans un les canots indiens et ^asmàrent le village de ia Chine in môme temps que Cœur-Percé avait reçu dans la poitrin-3 une blessure mortelle. Bison-Noir ne parais-