‹ Jean CanadaChapitre 5 sur 34 · LES RAPIDES DE LA CHINS · texte numérisé non relu

LES RAPIDES DE LA CHINS

Les rapides se trouvaient franchis, le Saint-Laurent étaient redevenu uni comme une glace, mais pour avoir changé de nature, le péril n'en restait pas moins grand. La barque s'était entr'ouverte sur recueil, elle faisait eau ie toutes parts, et les efforts des passagers pour écoper >u aveugler la voie ne pouvaient que retarder sans la ^onjurer une catastrophe inévitable.

Au moment où la barque avait touché, craquant dans toute sa membrure, Hervé, poussant un cri de terreur, s'était évanoui dans les bras de son père, et Tanguy, serrant contre son sein la chère créature inanimée, se demandait si l'heure n'était pas venue d'essayer de se sauver à la nage, quand l'homme au canot d'écorce, faisant force de rames à la vue du péril qui menaçait les passagers, leur cria :

— Ne craignez rien! vous voilà sauvés!

Deux coups d'aviron le rapprochèrent assez de l'embarcation à demi-submergée pour qu'il lui fût facile d'en saisir le bord.

— Sautez dans mon canot! dit-il d'une voix calme, si fragile qu'il paraisse, il vous portera bien tous.

Tanguy passa le premier, puis l'adolescent, les noirs debout dans la barque croulant sous leurs pieds attendaient qu'Halgan fût en sûreté, mais celui-ci fit signe à Toyo et à Tambou de prendre place dans le canot.

— Le capitaine quille le dernier son navire naufragé, I dit-il.

Et au moment où la barque se séparaitendcux et flottait à la surface apaisée du fleuve, Halgau s'assit à eôla de Tanguy.

— Vous n'êtes certainement pas du pays, Monsieur, dit Ihuui ne qui s'éiail trouvé si providentiellement sur

JLAJR la:

le rivage pour sauver les promeneurs d'une mort eer i.ùne, sans cela vous connaîtriez ces Rapides de la C hine

— Nous sommes Français, Monsieur, répondit Tang uy et depuis quelques jours seulement nous habitons Mont réal.

L'adolescent, plongeant une do ses mains dans ïea n mouilla les tempes d'Hervé toujours immobile, et donl Tanguy contemplait le pâle visage avec une expression d'angoisse et de tendresse.

— Ce ne sera rien, vraisemblablement, dit l'homme au canot, la terreur a causé l'évanouissement de cet enfant, et son état ne présente pas de danger. Malheureusement ]e n'ai sur moi ni sels ni flacons... L'air suffira sans doute pour le remettre... cependant permettez-moi de vous faire une offre, et de vous adresser une question... Comptiezvous regagner Montréal avant ce soir ?

— C'était notre intention, répondit le capitaine.

— Votre présence y est-elle indispensable ?

— Non, à moins que l'état de l'enfant...

— Soyez sans inquiétude sous ce rapport... j'en ai fini avec m es interrogations , et voici ce que j e puis vous offrir. . * Vous le voyez, je me rapproche des bords du fleuve, eS vous pouvez apercevoir déjà une habitation massive à demi cachée au milieu des arbres... Voulez-vous accepter mon hospitalité, ou préférez-vous regagner Montréal <\ l'aide de ce canot?

— Monsieur, dit Tanguy, nous vous sommes redevables de la vie, c'est vous assurer que nous acceptons uï nouveau service... Montréal est éloigné de deux lieues au moins de l'endroit où nous nous trouvons, et motfils ne rouvre pas les yeux...

— Bien, et merci. Monsieur, répondit l'hoinma

Page 1