IES RAPIDES DE LA CHINE
aa canot, en quelques minutes nous allons aborder.
Le crépuscule descendait ; tandis que les voyageurs se rapprochaient de la demeure de leur sauveur, l'autre rive s'estompait dans ces brumes et les splendeurs du soleil s'étaient effacées. En lace d'eux, les voyageurs voyaient grandir la forêt sombre, car les horizons bleus se confondaient avec la ligne des arbres.
L'embarcation se rapprochait sensiblement du bord ; quand le sauveur envoyé providentiellement aux étrangers se trouva près de la rive, il enfonça solidement l'aviron dans le sol, rapprocha de terre l'embarcation d'écorce, sauta sur la berge, tira fortement la corde végétale qu'il amarra au tronc d'un gigantesque sumac, puis ii tendit la main à Tanguy qui, serrant son enfant contre sa poitrine, se trouva bientôt près du Canadien.
Le capitaine Halgan, 1 adolusscént, Toyo et Tambou quittèrent à leur tour le canot, et l'hôte des voyageurs hâta le pas en se dirigeant vers une grande habitation qu'enveloppait l'ombre croissante.
Au moment où les naufragés des Rapides pénétraient sous un couvert de gigantesques érables à sucre, deux cris divers saluèrent l'arrivée du maître du logis : un aboiement joyeux 3t un cri guttural dans lequel on eût dit qu'un sentiment affectueux essayait de se traduire. Un chien de haute taille s'élança au devant de son maître, l'entourant de bonds désordonnés, lui léchant les mains et levant vers lui sa belle tête intelligente, tandis iiu'un ours brun d'une taille gigantesque s'avançait lourdement en secouant sa tête énorme. La bête se dressa avec lenteur en poussant un grommellement sourd, puis elle appuya ses pattes velues sur les épaules de l'homme
— Tout beau, Phébus ! dit celui-ci, à bas, Mingo, vous êtes de bonnes et fidèles bêtes ! Rangez-vous, et respect à ceux qui franchissent ce seuil.
Le chien, levant sa tête fine, flaira les nouveaux venui et vint frôler les jambes de l'adolescent, tandis que roui 9 Mingo marchait pesamment à côte de Tanguy.
Ni l'ours ni le chien ne dépassèrent d'abord le seuil du maître ; sans doute leur mission de gardiens ne se trouvait pas terminée, car ils se placèrent paisiblement de chaque côté, comme des sentinelles chargées de donner, en cas de danger, le signal d'alarme.
Deux serviteurs accoururent au devant du Canadien, tandis qu'un homme de haute taille, portant le costume national d'une tribu indienne, s'avançait vers le maître de la maison avec une dignité à travers laquelle perçait la tendresse.
— Mon frère a fait une heureuse course, dit-il, mon frère ramène des étrangers.
— Oui, Bison-Noir, répondit le Canadien.
Puis, se tournant vers Tanguy et le Jésign.-mt à l'Indien:
— Remettez sans crainte ce bel enfant à mon frère l'Indien, il possède en médecine des connaissances capables de surprendre plus d'un savant.
Le Bison-Noir saisit Hervé avec précaution, le considéra avec une sorte d'inquiétude et regarda le Canadien comme s'il en attendait moins un ordre qu'une prière.
— Que le Bison-Noir écoute mes paroles et les grave dans son cœur... la frayeur a fait perdre ïi cet enfant le gentiment de la vie... l'enfant doit encoro sourire dan* les bras de son père.
L'Indien s'inclina avec une maiec+é tranquille, tandis