‹ Jean CanadaChapitre 8 sur 34 · LA GRANDE EUT7E · texte numérisé non relu

LA GRANDE EUT7E

L'habitation dans laquelle Tanguy venait d'acceptéî'h ospitalité tenait à la fois de la cabane indienne par leï matériaux primitifs à l'aide desquels elle était bâtie, et du fort militaire, en raison de certains travaux qui ne tardaient pas à frapper les yeux de l'observateur.

La palissade entourant la vaste cour au milieu de laquelle s'élevait la maison était formée de troncs d'arbres assez gros pour rester à l'épreuve de la balle, et que la hache elle-même aurait mis du temps à entamer, De solides traverses de bois reliaient entre eux les pieux aiguisés de la palissade, et de lourdes barres de fer garai] • tissaient les portes. La maison était également construite en troncs d'arbres dont on avait négligé d'enlever l'écorce Les fenêtres du bâtiment assez larges pour laisser entrei à flots la lumière dans les salles basses, mais munies de solides volets prouvaient qu'on n'avait rien négligé pour ^a sûreté de la maison. Au-dessus, et servant sans nul douteàéclairerdespiècesservantrarement, se creusaient des meurtrières assez ra pprochées pour offrir un moyen de défensetrès sérieux. Ce aue cette dispositiondu bâtiment

pouvait avoir de menaçaDt se dissimulait à demi sons le large au vent du toit, le long duquel la neige glissait aisément en hiver.

On pénétrait dans l'habitation par un perron de cinq marches ; un vestibule énorme donnait accès dans des pièces assez vastes pour permettre au possesseur de ce domaine d'exercer une large hospitalité. Dans ce vestibule ou dans la cour se tenaient d'habitude Phébus et Mingo : l'un joueur, alerte, l'autre triste et somnolent, à moins que la crainte venant à s'emparer de l'ours, celui-ci retrouvât sa force irrésistible et ses grondements terribles.

Tanguy, le capitaine Halgan et l'adolescent qui les accompagnait se trouvaient réunis dans une salle à manger immense, servie d'une façon plantureuse mais sans luxe. La vaisselle était commune les mets substantiels, la bière saine et fraîche, mais on devinait une grande sobriété dans les habitudes du maître.

La Fille-aux-cheveux-d'argent s'était emparée d'Hervé avec une sorte de despotisme affectueux. En attendant que ses vêtements bleus fussent secs, elle l'avait pittoresquement drapé dans une fourrure de renard noir, et l'on pouvait prendre le joli enfant pour le modè'e d'un de ces tableaux de « Sainte Famille » où l'on voit saint Jean, souriant, couronné de cheveux bouclés, habillt d'une toison laissant à demi-nu son torse à la peau trans parente. L'originalité du costume de sa compagne, la gravité tendre se reflétant sur son visage, l'éclat de se» colliers, la grâce de son sourire, l'étrangelé de la chevt, lure flottant autour d'elle, transportaient Hervé dans un monde à part. Il regardait de temps en temps son jeune ami, et paraissait lui demander le mot d'une énigme,

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