‹ Jean Cavalier, ou, Les fanatiques des CévennesChapitre 12 sur 27 · LU · texte numérisé non relu

LU

LA FIA X CEE.

Isabeau était très-paie et vêtue de noir.

La Psyché frissonna : elle crut son araour pour Tancrede découvert : elle crut que la Cévenole venait sauver Cavalier du piège ou il allait tomber.

Celui-ci ne put cacher son impatience et sa colère.

La vue d'Isabeau lui rappelait le serment solennel qu'il lui avait aussi fait de la prendre pour femme.

Plus que jamais passionnément épris de Toinon, sur le point de voir réaliser ses rêves d'amour et d'ambition, oubliant le passe pour un avenir enivrant, il ressentit presque de la haine contre la jeune fille dont la présence éveillait tant de remords dans son cœur.

Isibeau était agitée par des sentiments non moins tumultueux.

ELe venait d'apprendre que depuis un mois Gavalie? gardait Toinon prisonnière près de son camp. Elle ^'expliquait ainsi toutes les étranges contradictions de la conduite du Cévenol à son égard.

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Depuis la promesse solennelle que lui avait faite Cavalier , Isabeau se considérait comme sa femme.

C'était donc avec l'ardente jalousie d'une maîtresse, avec la sainte autorité d'une épouse , qu'elle venait arracher Cavalier aux séductions d'une rivale qu'elle abhorrait.

Pendant un moment, les trois acteurs de cette scène gardèrent le silence.

Cavalier le rompit le premier, en disant durement à Isabeau :

« Que venez-vous faire ici?

— Il est donc vrai, je ne m'étais pas trompée ! — reprit-elle en attachant sur Toinon un regard de haine implacable que la Psyché brava résolument. — Oh ! pourquoi as-tu échappé à la mort que tu méritais? Pourquoi n'as-tu pas été engloutie dans l'abîme du Rhan-.Iastrie ! — ajouta la Cévenole en menaçant la Psyché. — C'est bien toi ! Quel sort maudit te jette donc toujours sur mon passage !

- — Encore une fois, que voulez-vous? — dit Cavalier à Isabeau.

— Je viens vous enlever au pouvoir infernal de cette misérable Moabite qui vous perd. — Et Isabeau montra Toinon.

— Taisez-vous, par le ciel ! taisez-vous, — s'écria Cavalier.

— Ah! monsieur, à quoi m'exposez-vous, mon Dieu ! — dit la Psyché avec un accent de douloureux reproche ; — et elle fit un pas vers la porte.

— Madame la comtesse, de grâce, un moment !

Pardonnez à cette femme , — dit Cavalier avec autant de confusion que de colère, en prenant Toinon par la main pour la retenir. Puis , s'adressant à Isabeau, il s'écria : — Sortez à l'instant, sortez ! »

La Cévenole rougit d'indignation, croisa ses bras sur sa poitrine, redressa fièrement sa grande taille, et répondit :

« Et depuis quand l'épouse cédera-t-elle la place à l'aventurière? est-ce parce que celle-ci est comtesse? Quand vous étiez boulanger à Anduze, Jean Cavalier, je vous ai vu moins épris des titres. Le titre de marquis , surtout , vous faisait borreur, — dit Isabeau avec une ironie amère, espérant, par cette allusion au crime de Florac, réveiller toutes les fureurs de Cavalier contre le parti auquel appartenait Toinon.

— C'est votre femme, — dit Toinon au camisard en lui montrant Isabeau ; — ah! vous m'avez trompée !

— Jamais! c'est un mensonge , madame , je vous le jure! — reprit Cavalier en voulant en vain retenir la Psyché , qui sortit vivement du salon en lui jetant un regard aussi méprisant qu'irrité.

— Vous voyez , vous voyez ! — s'écria Cavalier , et il se retourna furieux vers Isabeau stupéfaite de ce qu'elle venait d'entendre. — Vous voyez le résultat de votre insolence , de votre mensonge. Elle va croire que je me suis joué d'elle. Malheur à vous qui venez ici m'outrager aux yeux d'une femme de

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ce rang ! Malheur à vous qui n'avez pas craint de l'insulter par vos grossières paroles !

— C'est vous outrager, Jean Cavalier, que de vous rappeler une promesse sacrée, que de vous rappeler l'obscure condition qui est la nôtre.

— Eh ! parlez pour vous , — s'écria le Cévenol avec orgueil ; — une fois pour toutes, rappelez-vous que celui à qui les princes et les souverains étrangers écrivent chaque jour, que celui qui peut d'un mot allumer ou éteindre la guerre civile en France, que celui-là n'est' plus de votre condition.

— Et parce qu'il n'est plus de ma condition , — s'écria la Cévenole cruellement blessée de la dureté de son fiancé, — Jean Cavalier aura-t-il l'audace de traiter de mensonges les serments les plus solennels? aura-t-il l'audace de dire jamais , quand , à la face de Dieu et des hommes, il a dit toujours?

lie camisard , sentant la justesse des reproches d'Isabeau , baissa la tête.

La jeune fdle continua :

a Je sais tout maintenant. Depuis un mois cette Moabite est ici ; elle a failli vous rendre traître à vos frères, et vous eussiez été traître si le Seigneur, par amour pour ses serviteurs , ne s'était servi de votre bras pour battre Villars. Oh! je comprends tout maintenant, — s'écria la Cévenole subitement éclairée par un secret instinct de jalousie. — Si pendant huit jours vous avez lâchement temporisé au lieu d'attaquer les Philistins , c'est que vous étiez ici retenu aux pieds de cette femme. Si vous êtes revenu

à moi , c'est que cette grande et noble dame , dans un de ses caprices , vous avait sans doute chassé comme un misérable artisan que vous étiez. Si vous m'avez dit à la face du ciel que je serais votre femme, c'est que la rage, c'est que le désespoir de vous voir méprisé par cette comtesse vous ramenait vers moi, vers ios frères. Si aujourd'hui enfin vous êtes de nouveau parjure envers moi, c'est que sans doute sa mauvaise humeur a passé ; et vous croyez que moi , qui depuis cinq ans vous ai voué ma vie tout entière, je serai la paisible victime des insolents caprices de cette femme qui se joue de vous!

— Par l'enfer, taisez-vous! » s'écria Cavalier, dont toutes les mauvaises passions étaient profondément blessées par les justes reproches d'Isabeau.

Mais celie-çi , emportée par la violence et par la fierté de son caractère , reprit avec un mépris foudroyant :

a Voilà bien l'orgueil de cet homme ! parce que le Seigneur se sert de lui comme d'un aveugle instrument , il se croit un capitaine ! parce que cette fille de Sidon lui dit, en se raillant, quelques paroles hypocrites pour obtenir sa liberté , il se croit un séducteur, comme disent les Pharaons dans leur langage impur. »

Cavalier, les lèvres serrées par la colère, pâle de rage , s'écria :

k Par le salut de ton âme et de la mienne , taistoi !

— Oh ! vos menaces ne m'effraient pas. Vous en-

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tendrez la vérité , je vous montrerai toute la lâcheté de votre conduite , je vous arrêterai dans vos égarements : c'est mon devoir, parce que je suis à vous comme vous êtes à moi. Oui , comme vous êtes à moi , — répéta la Cévenole d'un air impérieux et déterminé. — Aujourd'hui comme toujours, quoi qu'il puisse m'arriver, je combattrai l'orgueil insensé qui vous perdrait, l'orgueil qui vous a fait hier encore oublier le respect que vous deviez à un des plus saints serviteurs de la cause du Seigneur, à Ephraïm , qui , par l'austérité de sa vie , par la pureté de sa foi , a droit à votre vénération.

— Ephraïm ! de la vénération pour Ephraïm ! Ah ! par l'enfer ! c'est en effet ce que je ressens pour lui, et tu es bien venue à m'en parler î — s'écria Cavalier avec un éclat de rire sauvage.

— Oh ! je sais tout , je sais tout : hier, au lieu de remercier le Seigneur de la victoire qu'il avait accordée à notre cause, grâce aux ardentes prières de nos frères et d'Ephraïm; dans votre superbe, n'avezvous pas osé porter la main sur lui?

— Mais tu veux donc que je te haïsse ! — s'écria Cavalier en interrompant Isabeau et en prenant violemment ses deux mains dans les siennes et en la regardant en face ; — mais tu ne sais donc pas que chacune de tes paroles est pour moi une injure mortelle ! mais tu ne sais donc pas que , comme général d'armée , j'aurais dû faire fusiller Ephraïm , et que , comme homme , il aura tôt ou tard un sanglant et terrible compte à régler avec moi? Mais tu ne sais

donc pas que c'est mon ennemi le plus implacable, et qu'en prenant son parti contre moi tu me rendras sans pitié pour toi? Et pourtant Dieu sait que tu en as besoin , de pitié , malheureuse folle !

— De la pitié! c'est la mienne, c'est celle du saint homme que tu as indignement outragé, que tu devrais implorer à genoux.

— Tiens, va-t'en ; le démon t'inspire en te faisant parler ainsi. Va-t'en!

— L'esprit du Seigneur, qui me prête sa parole , te semble l'esprit de l'ennemi des hommes! Malheureux insensé ! ta raison est perdue , je dois te plaindre.

— Va-t'en, te dis-je, — s'écria Cavalier en se mettant les deux mains sur le front et en frappant du pied avec rage. — Xe me fais pas dire un mot de plus. Aie pitié de toi. Va-t'en !

— Les paroles d'un fou sont pareilles au vent , c'est un vain bruit, dit le Seigneur, s

Cavalier garda un moment le silence ; puis il dit d'une voix sourde, en affectant un calme que démentaient la pâleur et l'agitation de ses traits :

■ Isabeau, écoute, je t'ai aimée, oh! je t'ai aimée autant qu'aucun homme peut aimer. Tu as été pour moi généreuse, dévouée, je le sais, cela, je ne l'oublierai jamais, jamais ! Aussi, à cause de cela, voistu, je ne voudrais pas te dire une de ces paroles qui tuent ; ainsi, adieu, et pour toujours adieu, tout est rompu entre nous. Xe me dis rien , ne m'interroge pas. Il faut que cela soit ainsi, c'est ma volonté ;

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résigne-toi, c'est ton sort, subis-le; ce sort fût— il mille fois plus horrible encore , mieux vaut l'accepter aveuglément que de me forcer à te dire pourquoi j'agis de la sorte. Encore une fois, pas un mot, et pour toujours adieu ! »

Isabeau, voyant l'air égaré de Cavalier, considéra ces menaces comme de vaines paroles que lui dictait l'orgueil froissé ; voulant rappeler son fiancé à luimême , elle le regarda avec une sorte de compassion douloureuse que Cavalier interpréta malheureusement comme la dernière expression du dédain.

« Tout est rompu entre nous, oses-tu dire! Est-ce que cela est possible? — s'écria Isabeau en haussant les épaules. — Et nos frères , devant qui tu as juré d'être à moi , n'auraient-ils pas le droit de te dire : Infâme?

— Ils m'appelleront infâme., soit, — dit Cavalier en se contenant à peine ; — mais laisse-moi, pas un mot de plus.

— Et le Seigneur qui , au dernier jour , au jour effrayant du jugement, te dirait: Parjure! » continua Isabeau avec solennité.

Cavalier fit un geste terrible , et , d'une voix entrecoupée par la rage :

« Soit, je porterai la peine du parjure. Mais une dernière fois , va- t'en ; une dernière fois , Isabeau , je te le dis, tout est pour jamais rompu entre nous. Que veux-tu de plus? Je serai infâme aux yeux des hommes, damné au jour du jugement , c'est assez ,

je crois. Maintenant, laisse-moi : tu ne sais pas quels mots terribles j'ai sur les lèvres ! Va-t'en!...

— Et l'Éternité...

— Tu le veux donc , — s'écria Cavalier en interrompant ïsabeau avec une explosion de fureur impossible à décrire; — eh bien! oui, oui, l'éternité de l'enfer, s'il faut, plutôt que d'épouser une femme déshonorée, une femme qui, pendant mon absence, s'est laissé séduire par mon ennemi mortel! l'enfer, oui l'enfer, plutôt que de t'epouser, toi, ïsabeau, toi, infâme! toi, maudite par mon père: car je ne suis pas dupe de ton lâche mensonge ; tu as aimé Florac ! -

Et Cavalier disparut.

IsaLeau porta la main à son cœur, comme si elle y avait reçu un coup mortel.

Un moment elle s'appuya sur une table ; puis elle sortit à pas lents et fermes , en puisant une force surhumaine dans la violence même de sa douleur.

Une heure après cette scène , le marquis de Florac, escorté de deux camisards, était en route pour Montpellier, et porteur d'une lettre de Cavalier à M. de Villars.

Le chef camisard proposait au maivchal une suspension d'armes et une entrevue.

lui.

l'hôtellerie de la coupe-d'or.

Trois jours après que Cavalier eut fait demander une suspension d'armes à M. de Villars, la foule encombrait les environs de Nîmes, où devait avoir lieu l'entrevue du maréchal et du chef camisard.

Beaucoup de catholiques et de protestants étaient venus de Montpellier et des bourgs environnants pour voir ce fameux Jean Cavalier, qui avait fait trembler toute la province.

L'hôtellerie de la Coupe-d'Or, située dans le fau^bourg de Nîmes, était remplie de voyageurs et de curieux. Les fenêtres et le balcon de cette maison donnaient sur une magnifique avenue d'ormes séculaires qui conduisait au jardin du couvent des Récollets, situé hors de la ville, entre les portes de la Boucaierie et de la Magdelaine.

C'est dans ce couvent que M. de Villars attendait le jeune Cévenol.

Chaque parti , protestant ou catholique , interpré* tait et expliquait différemment les causes de cette entrevue.

La grande salle de la Coupe-d'Or pouvait à peine contenir ses hôtes. Ceux-ci, pressés autour de tables

oO JEAN CAVALIER.

abondamment servies, témoignaient par leurs vêtements poudreux et par la vigueur de leur appétit qu'ils arrivaient des bourgs voisins ; ceux-là, se promenant dans l'espace que laissaient entre elles les deux rangées de tables, causaient d'un air animé de la suspension d'armes des camisards, sujet de toutes les conversations , tandis que d'autres citadins , accoudés sur le balcon, s'étaient prudemment emparés des meilleures places pour voir passer Jean Cavalier lorsqu'il se rendrait au couvent.

Beaucoup de catholiques blâmaient ouvertement ce qu'ils appelaient la faiblesse de M. de Villars, qui consentait à traiter selon les lois de la guerre avec un rebelle comme Cavalier et à lui accorder une entrevue ; d'autres, loin de faire un tel reproche au maréchal , disaient que tous les moyens étaient bons pour mettre un terme à l'affreuse guerre qui depuis si longtemps désolait la province.

Les protestants n'étaient pas moins divisés d'opinions : les uns accusaient Cavalier de s'être arrêté au milieu de ses succès et d'avoir paut-être perdu l'occasion de forcer le roi d'accéder aux justes prétentions du parti religionnaire ; les autres , au contraire, songeant aux éventualités de la guerre civile, approuvaient Cavalier d'avoir usé de modération dans la victoire en faisant au maréchal des propositions d'accommodement qui devaient être favorablement écoutées et améliorer la situation des réformés.

Mais personne encore parmi les catholiques ou les protestants n'était instruit des causes qui avaient

déterminé Cavalier à demander cette entrevue à M. de Villars. On ignorait aussi les dissensions qui divisaient les camisards.

Parmi les hôtes de la Coupe-d'Or se trouvaient nos anciennes connaissances, maître Janet, son gendre et lieutenant Thomas Bignol, ainsi que leur fidèle compagnon le tanneur. Le cirier, victime de la fatale déroute de Treviès , manquait à cette réunion. Les trois autres gardes-hourgeois avaient été plus heureux. On se souvient que , dans sa panique , égaré par la terreur, maître Janet, placé au troisième rang des troupes royales qui défendaient la butte du moulin, avait lâché son coup de mousquet tout droit devant lui en fermant les yeux et sans réfléchir qu'il tirait à bout portant sur les siens ; ses dignes citadins l'avaient bravement imité ; puis, après cette prouesse, tous s'étaient mis à fuir en jetant leurs armes et en criant : « Sauve qui peut! »

Plusieurs miliciens avaient donc presque miraculeusement échappé au massacre, et de ce nombre étaient, nous l'avons dit, maître Janet, son gendre et le tanneur.

La carriole du parfumeur les avait amenés tous trois à la Goupe-d'Or. Maître Janet se montrait toujours fanatique de la civilité, Thomas Bignol toujours humble, le tanneur toujours conciliant.

Les trois bourgeois faisaient alors honneur à un quartier d'agneau rôti, accompagné d'un plat d'aubergines grillées et d'une paire de belles truites. Le capitaine bourgeois était vêtu, ainsi que ses deux

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compagnons, en riche citadin. Xéanmoins il élevait de temps en temps la vois d'un air martial pour être entendu de ses voisins , soit qu'il apostrophât son gendre et lieutenant , soit qu'il parlât de la sanglante journée de Treviès , ne manquant jamais d'ajouter impudemment : i où je combattis à la tète de ma compagnie. »

■ Eh bien, compère î — disait le tanneur, — qui aurait cru, il y a un mois à peine, lorsque, à Montpellier, nous étions rangés en haie à la porte de la Sonnerie pour honorer l'entrée de monseigneur le maréchal de Yillars ; qui aurait cru que nous verrions son excellence réduite à accepter la conférence que lui propose un maudit rebelle ?

— Qu'appelez-vous réduite , compère ? — dit le parfumeur ; — c'est au contraire ces misérables hérétiques qui sont réduits à venir demander humblement une conférence à monseigneur le maréchal, ce qui prouve bien que leur victoire de Treviès, où je combattis à la tète de ma compagnie , a été loin d'être pour les rebelles aussi avantageuse qu'on le suppose.

— Que vous ayez ou non combattu à la tète de votre compagnie i et que le diable me torde le cou si je me doute de quel bétail pouvait se composer une compagnie commandée par un paladin de votre espèce ) , cela n'empêche pas , mordieu ! que c'est une honte de voir un maréchal de France accorder une entrevue à un misérable hérétique comme Ce

Cavalier ! » dit brusquement un voisin de tabîe des trois citadins.

Maître Janet se retourna vivement, les joues colorées d'indignation , vers ce grossier interlocuteur , grand et gros homme à figure basanée , à longues moustaches noires , portant un large feutre gris , un vieux justaucorps écarlate , un baudrier de buffle et de grandes bottes de basane à éperons rouilles , véritable type de gentilîàlrè languedocien.

Voyant l'apparence presque rébarbative de cet homme , maître Janet contint sa colère ; ses yeux , d'abord menaçants , prirent une expression moins belliqueuse , et , au lieu de répondre aigrement à l'observation dont il avait été si vivement choqué, il se contenta de faire un salut fort courtois au gros homme.

Celui-ci, loin d'être touché de cette marque de déférence du bourgeois, répéta en frappant du poing sur la table :

a Oui , mordieu ! je le soutiens ; c'est une honte de voir un maréchal de France conférer avec un rebelle... Que ceux qui disent le contraire aillent au diable , et je les aiderai à y aller ! Sang et massacre ! s ajouta le matamore en montrant la poignée de fer de sa lourde épéc placée sur la table à côté de lui.

Maître Janet ne jugea pas devoir répondre à cette provocation ; voulant néanmoins montrer indirectement à ce brutal gentilhomme à quel point il s'écartait des règles de la bienséance et de la civilité , il

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