LES CAM ISARDS
La troupe de Cavalier était rassemblée dans une vaste plaine de bruyères au pied d'un bâtiment en ruines. A l'ouest , une colline assez élevée et boisce se dessinait sur le ciel embrasé des derniers feux du jour, car le soleil était à son déclin et s'abaissait rapidement.
A l'est, on voyait confusément au loin les clochers de la ville de Ximes, tout entière inondée d'une chaude et lumineuse vapeur.
Les soldats avaient mis leurs armes en faisceaux ; les uns étaient couchés sur le sol, d'autres se promenaient en causant d'un air animé.
Les principaux officiers de Cavalier, Espère-en- Dieu, Jonabad (le chef des faucheurs), Joas , Elie, Alarion , attendaient son retour avec impatience.
On ne savait rien encore d'Ephraïm et de Roland. Malgré leurs justes sujets de plaintes contre les troupes de ces deux chefs, les soldats et les officiers de Cavalier n'étaient pas sans inquiétude sur le sort de leurs coreligionnaires.
i Le soleil se couche, et frère Cavalier ne revient
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pas, — dit Espère-en-Dieu. — Ces Moabites sont rusés et cruels... Que le Seigneur le protège!
— Que le Seigneur le protège, — répondit Jonabad d'un air sombre ; — les Philistins ont des paroles empoisonnées ; je crains plus pour frère Cavalier leurs langues que leurs épées.
— Ephraïm et Roland sont peut-être allés rejoindre notre chef? — demanda Joas.
— Jamais frère Cavalier n'adressera la parole à Ephraïm et à Roland , — dit Espère-en-Dieu , — à Ephraïm surtout, depuis qu'il a fait désarmer notre troupe, le soir de la bataille de Treviès. Le forestier d'Aygoal ne nous a-t-il pas traités comme des lâches indignes de servir la cause du Seigneur, nous qui avions gagné la bataille? Ephraïm est fou! Nous n'avons besoin ni de lui ni de ses sauvages monta~ gnards pour tenir la campagne.
— Ephraïm n'est pas fou ! — s'écria Jonabad comme s'il eût été offensé des paroles d'Espère-en- Dieu ; — ne dis pas cela , frère : Ephraïm est visité du Seigneur. C'est le seul d'entre nous qui ait des visions, et toujours ses visions s'accomplissent. L'Eternel s'est manifesté à lui, et il lui a dit qu'un jour l'esprit saint se retirerait de frère Cavalier. Fasse le ciel que je ne voie pas ce jour !
— Tu penses encore à ces rêveries insensées qu'Ephraïm venait nous conter à l'ambulance pendant l'absence du frère général? — dit Espère-en- Dieu en haussant les épaules. — Ne vois-tu pas qu'il est jaloux de notre chef?