‹ Jean Cavalier, ou, Les fanatiques des CévennesChapitre 2 sur 27 · X CAVALIER · texte numérisé non relu

X CAVALIER

i diocèse de Montpellier. Les troupes dTzès sont obligées de traverser le Gardon au pont Saintune journée et demie de marche, frère I . partant des montagnes de la Lozère , peut être a: ;e dans les bois de Yarque-

rolles. situes à une lieue de ce pont; il attaquera u'elles auront passe le Gardon , pendant qu'un détachement ira par ses ordres sauter le pont, pour couper toute retraite aux ss royales et riunication avec Ximes.

i d'ici avec huit cents hommes a cents chevaux; en une journée de marche, ;rai près du pont de Sommières ; les troupes ment le \îmes a Montpellier sont forcées de le trav- m'embusque dans les défilés

:-t j'attaque les Philistins à leur passade. Maicoupons les deux : de Montpellier à l'ouest et dTzès •v.mes , nous nous en emparous, car il n'y sera resté que six cents hom-

cle Ximes , choisi pour théâtre de la guerre , que nous rétama. Aucune position n'est plus mis étant coupes comme je l'ai dit. A I lardon nous couvre du i

à Fones du côte de Montpellier; au

nord, nous avons les Basses-Cevennes , que nous occupons, et sur lesquelles nous nous retirons en chec ; au midi, nous nous appuyons sur la Camargue et sur les étangs d'Aigues-Mortes , d'où

nous viennent nos munitions. Pendant que moi et Roland nous opérerons ainsi dans le diocèse de Nîmes , pour y attirer le maréchal de Villars , frère Epliraïm , dont le corps servira de réserve , gardera les Hautes-Cevennes , afin de protéger nos magasins, nos dépôts de blessés , et assurer notre retraite. Tel est le plan de campagne que je propose d'adopter. Voici une carte du Languedoc ; jetez-y les yeux , frères, et vous verrez que je vous propose, je crois, le parti le plus sûr. Si vous l'adoptez , je puis , je crois, répondre du succès ; mais il ne faut pas perdre un moment. Le moindre retard serait fatal : avant trois jours il faut que nous occupions le diocèse de Nîmes et que toutes ses communications soient coupées. T>

Epliraïm et Roland avaient attentivement écouté Cavalier, mais avec des sentiments bien différents.

Roland , homme simple , religieux , d'un courage éprouvé , d'un esprit médiocre , ne pouvait pas , comme Cavalier, jeter largement les bases d'une expédition militaire , mais il exécutait les ordres qu'il recevait avec une rare exactitude, une grande bravoure et une parfaite intelligence. Il s'avouait d'ailleurs , sans jalousie et sans envie , la supériorité de Cavalier. Connaissant le pays à merveille , les projets que venait d'exposer le jeune chef lui avaient paru très-raisonnables , et il lui témoigna son assentiment.

La manière décidée , presque absolue , dont Cavalier venait d'exposer son plan de campagne , in-

digna Ephraïm. A son avis , le jeune chef s'isolait tellement du pouvoir divin , il rapportait tellement tout à soi, en disant qu il était certain du succès , qu'au lieu de répondre à Cavalier, qui lui demandait son avis , Ephraïm prit sa Bible dans une des poches de sa casaque ; après l'avoir feuilletée quelque temps, il lut d'une voix solennelle ce passage d'Isaïe , renfermant une allusion frappante à l'orgueil que le forestier reprochait à Cavalier :

a Alais , lorsque j'aurai accompli mes œuvres sur i la montagne de Sion, dit le Seigneur, je punirai • la fierté du roi d'Assur, et l'orgueil de ses yeux ali tiers ; car il se dit à lui-même : C'est par la force i de mon bras que j'ai fait ces grandes choses , et 73 c'est ma propre sagesse qui m'a éclairé. J'ai arran clié les anciennes bornes des peuples et les eoni quérants de leurs trônes, i Et pourtant, — ajouta Epbraïm en fermant son livre avec une énergique indignation , — la cognée se glorifie-t-elle contre celui qui s'en sert ? La scie se soulève-t-elle contre la main qui l'emploie ? i

Cavalier écouta Ephraïm avec calme, et lui répondit :

i Je ne me glorifie pas contre le Seigneur, frère ; je ne suis que l'humble instrument de sa volonté. C'est par son inspiration que je vous propose ce plan de campagne. Quoique frère Du Serre ne soit pas combattant , il délibère avec nous. Si lui , si Roland pensent que mon projet soit inexécutable , nous prendrons d'autres résolutions ; mais s'ils jugent que mon

projet est bon , nous te demanderons , au nom du Seigneur, frère Ephraïm , de te joindre à nous pour faire triompher sa cause. »

A ce moment on frappa à la porte de la cabane , et Espère-en-Dieu vint dire à Cavalier :

a Frère général , tout est prêt ; voici l'heure. i>

Le jeune Cévenol se leva et dit :

« Frères, excusez-moi. Il s'agit d'une entreprise d'une grande importance pour le salut de la cause du Seigneur. Avec l'aide divine je vais , je l'espère , la mener à bien, s

Les trois chefs se levèrent. Après quelques légères contestations le projet de Cavalier fut adopté, et son exécution fixée à trois jours au plus tard , laps de temps nécessaire pour faire les préparatifs d'attaque et de campagne.

Ephraïm ne devait pas agir conjointement avec Cavalier ; il était chargé de garder la seule entrée par laquelle on pouvait pénétrer dans les montagnes, et de conserver ainsi les magasins et les hôpitaux des camisards. Pour défendre ce poste , il n'était pas besoin d'une grande intelligence stratégique ; il fallait un courage opiniâtre, une résistance furieuse, et le forestier pouvait mieux que pas un se charger de cette entreprise. Pourtant, avant que de se résoudre à obéir, il consulta sa Bible et y trouva un passage qui lui sembla d'accord avec les dispositions prises par le jeune camisard.

Déjà bien des fois Cavalier s'était amèrement plaint à Roland et à Du Serre de ce que souvent III. 4

ou JEAN CAVALIER.

Ephraïm ne tenait aucun compte de ses commandements , sous le prétexte qu'ils contrariaient la lettre de l'Ecriture. Si cette fatale désobéissance du forestier n'avait pas cau^e de grands malheurs . c'est que Cavalier avait heureusement pu reparer les fautes d'Ephraim. Mais ce manque d'ensemble et d'unité dans le commandement devait , disait justement Cavalier, amener tôt ou tard des événements auxquels il serait impossible de remédier ; aussi demanda-t-il formellement a ses confédérés cl d'Ephraim une obéissance passive lorsqu'il s'agirait d'opérations importantes.

Malgré les instances de Roland et de Du Serre les choses restèrent dans le même état : et Ephraïm continua de servir presque en indépendant à la tète de ses montagnards, qui n'écoutaient que ses ordres.

Lorsque Du Serre , Ephraïm et Roland eurent quitte le camp, Cavalier fit venir Espère-en-Dieu , qui , comme lui , était vêtu en paysan.

— Ils sont à la grange de Vendras ! — dit Cavalier à son lieutenant.

— Oui, frère gênerai.

— Combien sont-ils ?

— Dix-sept.

— Xos hommes sont là-bas '!

— Oui, frère gênerai, depuis cette nuit. Jacques vient d'arriver ; il a vu ceux que vous cherchez arriver à la grange, au point du jour, chargés de butin.

— On a fait provision de coreb -

— Oui , frère général.

— Ks-tu armé ? »

Espère -en-Dieu ouvrit sa casaque et montra les crosses de deux pistolets et le manche d'un poignard.

« Allons , » dit Cavalier ; et prenant à sa panoplie des armes pareilles à celles de son lieutenant , il sortit de la cabane suivi d'Espère-en-Dieu.

s Tu connais leur chef, — dit le jeune Cévenol à son lieutenant, — et il te connaît pour camisard ?

— C'est Jean Marius d'Alais , ancien boucher. Il a servi quelque temps dans la troupe de Roland : c'est là que je l'ai vu.

— Et tu crois qu'il ne me connaît pas ?

— J'en suis sur. Pendant qu'il a servi avec Roland, nos deux troupes ne se sont jamais jointes» C'était par votre ordre que j'étais allé trouver Roland pour lui demander des munitions.

— - Très-bien. Ainsi il est convenu que tu désertes ma troupe , que tu viens t'engager dans la leur , et que je fais comme toi.

— Oui , frère général.

— Partons. »

Le chef et son lieutenant quittèrent le camp et se dirigèrent vers une habitation appelée la grange de Vendras , qui en était éloignée d'une demi-lieue environ.

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