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Apres la conférence du jardin des Recollels, le brait s'était répandu dans Aimes que l'edit de Xantes était rétabli, et que la soumission de Cavalier terminait la guerre civile.
L'ivresse était générale, le peuple dansait autour de grands feux de joie qui brûlaient sur les placer publiques. On avait illumine la plupart des maison* : ces clartés jetaient une si vive lumière dans les rues, que malgré la nuit on y voyait aussi bien qu'en plein jour.
L'esplanade de l'hôtel-de-ville était l'endroit ou l'allégresse publique se manifestait avec le plus d'exaltation. Ici le son réjouissant du tambourin et de fifre provençal accompagnait les bruyantes farandoles ; des rondes immenses tournoyaient au refrain
de quelques chansons populaires , interrompues de temps à autre par ces cris : Vive le roi ! Vive le maréchal de Villars i Vive la paix et l'union î Vive Jean Cavalier!
Des torrents de lumière s'échappaient de l'hôtelde-ville , dont les vastes salons servaient de théâtre à une fête improvisée par ordre de M. de Villars.
Toute la noblesse et toute la bourgeoisie de la ville avaient été conviées à ce bal, ainsi que les habitants de Montpellier et des bourgs environnants qui, appartenant à ces deux ordres, se trouvaient alors à Nîmes.
En vain beaucoup d'entre eux , objectant l'inconvenance de leur costume de voyage , avaient voulu refuser les invitations que les clercs des échevins étaient venus pour ainsi dire promulguer dans les hôtelleries. On avait répondu aux récalcitrants que, dans une occasion si solennelle , on devait oublier les lois de l'étiquette pour ne songer qu'à manifester la joie que le retour de la paix et de l'union devait causer à tout bon citoyen.
M. de Villars s'appliquait ainsi à rendre trèséclatante et très-retentissante la soumission de Cavalier, seul chef militaire redoutable du parti religionnaire.
Persuadé que la ruine de l'insurrection dépendait de la défection de ce partisan, il comptait beaucoup sur l'effet moral que cet événement produirait sans doute chez les protestants.
Parmi les bourgeois étrangers, maître Janet, ca-
pitaine de la milice de Montpellier, son gendre et lieutenant Thomas Bignol , et son compère le tanneur furent des principaux invités à 1 hôtel-de-ville. Apres avoir opiniâtrement et courageusement résisté en alléguant les règles de la bienséance qui ne permettaient pas de se présenter en habit de voyage devant leurs excellences messeigneurs les maréchaux de France et la noble compagnie alors rassemblée dans les salons de l'hôtel-dc-ville , le parfumeur avait enfin fait le sacrifice de ses susceptibilités.
Il s'était courageusement dirigé vers l'hôtel-devilïe, non sans avoir fait au marchand de vert-degris les recommandations les plus sévères sur la manière de se conduire dans une si brillante assemblée , insistant surtout sur la convenance de la posture et du maintien, chapitre important de la Civilité qui commence ainsi :
t Pour imiter la sainte modestie de J.-C. , réglez i tellement votre maintien extérieur, qu'il n'y ait - rien dans tous les mouvements de votre corps qui ne donne bon exemple, - etc. , etc.
Ce fut donc avec l'air résigné de la victime qui suit son bourreau, que Thomas Bignol suivit son beau-père et capitaine dans les salons du palais municipal.
Al. de \ illars attendait L'arrivée de Cavalier avec impatience, en se promenant dans l'un des appartements de l'hôtel-de-ville.
i Yeuf heures, — disait-il en regardant une hor-