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loge ; — il n'arrive pas ; sa troupe aurait-elle consenti à se soumettre? et lui, remplira-t-il sa promesse? sera-t-il fidèle au serment qu'il m'a fait? C'est un de ces hommes toujours flottants entre leurs bons et leurs mauvais penchants : si le ressentiment, l'amour, l'ambition en ont fait un transfuge, il y a au fond de son cœur un vif instinct de liberté. Cet homme-là est peuple dans l'âme ; peut-être , une fois en présence de ses soldats , d'anciens souvenirs se réveilleront-ils? Mais, non, non; son intérêt, son orgueil, son amour m'en répondent... son amour , — ajouta le maréchal en souriant. — ïaboureau m'a dit que la Psyché avait joué son rôle à merveille ; pauvre fille ! que* de dévouement î Allons, allons, je l'espère, l'insurrection touche à sa fin ;.je le disais bien à Bâville : demain nous serons débarrassés de ce chef dangereux et des siens. Ils partiront immédiatement pour le Portugal où ils iront servir, et lui aussi, pour se dépayser. Cette défection porte le dernier coup à la révolte : la soumission de Cavalier, que sa troupe dépose ou non les armes, ruine à jamais l'influence de ce chef dans les Cevennes. Privés de la tête intelligente qui dirigeait si habilement leurs forces réunies, les autres rebelles ne tiendront pas huit jours. »
A ce moment, un domestique annonça au maréchal que M. de Lalande arrivait à cheval avec son escorte.
a Dieu soit loué , le voici ! — s'écria le maréchal en voyant entrer Cavalier.
— Eh bien î — dit-il à Cavalier en lui tendant la main, — nos deux régiments sont en route, j'espère?
— Ma troupe a refusé tout accommodement, monseigneur, — dit Cavalier d'un air sombre; — elle ne consent à déposer les armes que si Sa Majesté rétablit de tout point l'édit de Xantes. s
M. de Yillars regarda M. de Lalande d'un air înterrogatif et vivement contrarié.
a Cela est malheureusement vrai , monsieur le maréchal, — répondit M. de Lalande. — Laissés à eux-mêmes , les révoltés eussent obéi à la voix de leur chef ; mais un misérable fanatique, Éphraïm , le féroce meurtrier de l'archiprêtre des Cevennes, a, par sa sauvage éloquence , entraîné ces insensés. Il a fait plus : il a tiré sur AI. Cavalier presque à bout portant, et la fatalité a voulu que le coup atteignit votre aide-de-camp, monsieur le maréchal.
■ — Blangy est blessé? — s'écria 11 de Villars avec inquiétude.
— Il est mort , — dit M. de Lalande.
— Mort! mort! — répéta le maréchal en faisant un geste d'horreur. — Ah ! c'est un épouvantable assassinat !
— Lorsque Ephraïm a tiré , j'ai riposté ; je l'ai atteint ; mais sa blessure a été légère sans doute , car, profitant du tumulte, il a pu remonter à cheval, et je l'ai vu se diriger vers le nord , pour rejoindre sans doute sa troupe.
— Monsieur de Lalande! — s'écria M. de Villars
avec indignation, — je veux que cet exécrable meurtrier soit mis hors la loi ! hors l'armistice ! Faites partout proclamer que je promets deux cents louis de récompense à celui qui le fera prisonnier. L'assassinat de Blangy demande une vengeance éclatante, une vengeance terrible! — ajouta le maréchal en frappant du pied avec violence. — Voilà donc ce qui arrive quand on descend à traiter avec des rebelles aussi stupides , aussi féroces que des bêtes sauvages.
— Monseigneur, — dit Cavalier choqué de ces paroles, — ce matin j'étais encore un de ces rebelles.
- — Vous? jamais ! — s'écria le maréchal ; — jamais vous ne leur avez ressemblé en rien , pas plus que le veneur ne ressemble à la meute qu'il conduit à coups de fouet. Vous!... ressembler à ce ramassis de vagabonds et de paysans ! Si je l'avais cru , je n'aurais jamais traité avec vous ainsi que je l'ai fait. C'est parce que vous avez su les contenir toujours dans les bornes de la discipline , et que , grâce à vous , ils nous faisaient une guerre presque loyale , que je les ai regardés plutôt comme des soldats que comme des rebelles ; et pourtant, malgré votre influence sur eux , ils refusent de vous suivre.
— Ils sont décidés à continuer la guerre , monseigneur.
— Qu'ils la fassent donc , maintenant que vous n'êtes plus à leur tête! Avant huit jours, ils seront trop heureux de profiter du pardon que je leur offrirai. Après tout, — ajouta-t-il après un moment