Z JEAN CHACAL
tous les honneurs que don un galant homme à la préférée de son cœur.
Hélas!
Le cerveau de l'inflammable geôlier n'était plus troublé par l'ivresse; il y voyait clair. Il rabattit beaucoup d^ son enthousiasme pour là vieille Anglaise; il reconnut la nature sous les artifices de l'art; malgré le fard, les traits de la brave dame trahissaient son âge.
Le groom s'en aperçut.
— Cher ami, dit-il bas au geôlier, le patron accorde la dot dont nous parlions.
— C'est vrai, pensa le geôlier. Il y a une dot et, ma foi, les pièces d'or, ça embellit une fiancée.
— Bien mieux ! reprit le groom , il porte la somme à dix mille florins.
Le chiffre produisit un effet magique; ii réchauffa à blanc le cœur du porte-clefs.
Il fut empressé et charmant.
— Belle dame! dit-il, j'ai obtenu le renvoi de cette jeune Italienne, qui tenait parti contre- vous; nous allons vous présenter au gouverneur; et, si j'en juge par moi, il vous agréera tout aussitôt.
Le porte-clefs ne s'était pas trompé ; la vieille Anglaise plut et fut acceptée.
Il y avait un motif à cela.
Le gouverneur était marié; étant marié, en bon Aflemandll avait accompli toutes les fins du mariage, dont la première, selon l'Evangile, la Bible et la Loi, est d'avoir des enfants. Trop bon catholique et trop zélé défenseur de l'ordre pour manquer à ses devoirs, ce vertueux mari avait si bien accompli les siens qu'il avait une progéniture qui, sans être comme celle d'Abraham aussi nombreuse que les grains de sable de la mer, était pourtant assez grande.
Il en était même un pou embarrassé.
Il avait une petite tille de seize ans et une de quatorze dont il voulait faire des gouvernantes de petites princesses, lesquelles foisonnent en Allemagne , ce qui permet aux oftu'iers besoigneux de trouver des places pour leurs filles en attendant qu'elles trouvent des maris. Débouché pré-
cieux que ces principicults ! un aurait grand tort de les suppi'imer.
Bref, le pnpa pensa que la vieille dame, tout en faisant son service auprès de la prisonnière, pourrait, aux langues italienne, française et allemande que posséd.iient les fiilures gouvernantes, ajouter la langue anglaise par des leçons gratuites; et, on le sait, le mérite d'une institutrice, par delà le Riiin, se jauge par le nombre de baragouins vivants ou morts qu'elle écorche avec son accent tudesque.
Cette considération rendit exlrêmemeni faci-'e l'admission de miss Gribisrh.
Elle fit sur la Bible toute sorte de serments solennels que l'on exigea d'elle, pui§ elle fut installée dans ses fonctions.
Elle l'miiiass.i s: ;! np\cu an parloir, lui donna d'excellents conseils qui furent admirés par les assistants, puis elle essuya une larme absente et se mit à la disposition du geôlier pour être conduite auprès de sa nouvelle maîtresse.
Mais voilà que, comme la vieille dame passait près du chien Tum, celui-ci, que nous savons être le chacal de Jean, faillit casser sa chaîne.
— P.iu\re bête, dit la vieille dame, il me reconnaît! Je l'ai assez soigné et choyé depuis que j'accompagne mon cher et bien-aimé neveu.
— Qui aime les bôies aime les gens ! dit sentencieusement le porte-clefs. M'est avis, chère madame, que vous seriez excellente pour un mari?
— Hclas : lit la vieille, le ciel m'en avait donné un; le ciel me l'a retiré; le nom du Seigneur soit béni, Peters, sans en médire, était un débauché qui recevait mal les caresses d'une femme tendre et dévouée, dont il était adoré!
— Je sais, fit le geôlier. Votre neveu m'a raconté vos maliieurs; ce Peters n'appréciait pas la chance qu'il avait eue de rencontrer un trésor tel que vous.
— Les hommes sont si volages! fil la vieille. Ils changent plus que nous encore, quoiqu'un polisson ait dit de îa femme ; Mobile tomme l'onde! Moi, j'ai. toujours aimé.
les hommes dans la pi i^uni.-.- uc jjjun prem.ier et de mon second mari. Je n'ai jamais démenti cette passion chaste et légitime que le Seignenr a mise dans mon cœur. Peters, lui, avait paru m'adorer d'abord; puis, tout à coup, après le marijtge, son goût a changé; il m'a préféré le porter el le gin.
— Je ne serais pas ainsi, moi!
— Qui me le dit, monsieur? Est-on jamais sûre des ser- .ments que fait un de ces êires perfides que l'on appelle des hommes et que je nomme des monstres, moi !
Le geôlier allait risquer une protestation : mais on était arrivé à la porte de la comtesse.
11 fallait être bref.
Le geôlier prit la main de la vieille et la serra contre ses lèvres; madame Gribisch, touchée de cette marque de respect et d'affection, eut un bienveillant sourire.
— La main est sèche, on dirait baiser les doigts d'un squelette, mais les dix mille florins sont à moi, pensa l'amoureux... des écus de la brave dame.
La porie s'ouvrit^ ,.
La comtesse attendait.
Dieu sait si son anxiété était poignante.
Elle avait été prévenue qu'une gouvernante anglaise lui serait présentée, qu'elle eût à l'accuedlir, cette femme était devant elle, elle la considérait attentivement; mais elle ne démêlait rien sur la figure glacée de cette fille d'Albion, raide, guindée et digne.
— Signora, dit le geôlier, voici la personne qui remplacera votre femme de chambre. Le gouverneur espère que vous aurez des égards pour elle.
Des égards pour une servante de la part d'une comtesse! ces choses-là ne se voient qu'à Venise et en prison.
— Madame la comtesse, se hâta de reprendre la vieille Anglaise, je serai, croyez-moi, attentive et respectueuse pour vous, dans la mesure que m'imposent les devoirs qu'en entrant ici j'ai acceptés.
— Comme elle parle élégamment! se dit le geôlier. Quoique ridée, elle est encore bien, après tout. La nuit tous les chats sont gris.
Que venait faire là ce proverbe? Je vous le demande.
Wnis dans le peuple on a cuuiuaie de dire de ces sentanccs qui ne riment à rien.
Le geôlier continua :
— Aveclesrentts delà dot, mes appointements, les siens, rav.incemont qu'elle me fera obtenir, comme institutrice des
lies du gouverneur, j'aurai un sort des plus tolérables. Et il se retira ravi.
!a comtesse resta seule avec l'Anglaise.
— - Ma:ilr,me, dit celle-ci rapidement et Ijas, vous ne me conn;iissez pas, prenez-y gurde. On doit nous é.-oiitt'i • ' nous surveiller; jusqu'à ce soir, causons de choses indifférentes.
— Commencez, monsieur Jean.
— Oui, oui, mais je vous en supplie, pas un mot de plus.' Je couche dans une chambre voisine ; la porte de eommuniration est libre; nous parlerons toute la nuit si vous voulez.
La comtesse se résigna.
Cependant le groom avait quitté la prison et retournait près de Tsin-Tsin, son patron.
Tout à coup il se heurta presque contre un homme de lui connu.
C'était Langelo !
La comte»se, en reconnaissant Jacques, le chacal, avait deviné que Tsin-Tsin était Jean.
De cela, il ne fallait pas douter.
Mais quand elle avait appris qu'une gouvernante anglaise allait succéder à sa cameriste italienne, la jeune femme avait éprouvé un singulier sentiment.
C'était une joie et une crainte.
Joie folle!
Crainte bizarre!
— Il s'est déguisé en Chinois, pensa-t-elle ; il est capable de se transformer en Anglaise.
Et à l'idée de revoir Jean, elle frémissait d'espérance et de plaisir.
Mais en même temps, à la pensée d'une pareille tentative, elle avait peur qu'il ne s'exposât à être reconnu et emprisonné à son tour.
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Tout s'envola à la vu-' ac aaine Gribisch : le rêve était déçu, la frayeur s'évanouit.
Celait une compensation : heur et malheur, comme disent les Américains.
L'amour a de bons yeux.
— Si bien grimé qu'il soit, s'était dit la comtesse, " je saurai k reconnaître!
Hélas! elle avait bien dévisagé la vieille dame : rien en elli^ qui rappelât Jean.
Quand elle parla, plus de doute.
Cette voix cassée, sèchp, de vieille marmotte britannique, n'éiait plus celle de Jean, l'homme à la parole sonore comme une fanfare.
— N'importe ! pensa la comtesse. Il me reste toujours le plaisir de pouvoir parler de lui à celte dame, qui le connaît sans doute.
Malheureusement, il fallait attendre.
Dieu que les heures sont longues, quand on est dans une pareille situation !
Il fallut dévorer une longue après-midi en écoutant les bavardages insignifiants d'une vieille femme, qui parlait de tout excepté de choses intéressantes.
Le gouverneur dut être content.
Les espions, aux écoutes, lui tirent un rapport excellent sur la vieille Anglaise.
Vint le dîner.
Le guichetier entra, suivi de Jacques, qui posa son panier à terre pour caresser dame Gribisch, laquelle répondit aux avances de l'animal.
La comtesse sembla étonnée.
Le geôlier s'en aperçut.
— Signora, lui dit-il, votre dame de compagnie (il élevait un peu les fonctions de sa Dulcinée) ne sent pas la bergamote, c'est vrai ; mais si mon chien, qui aime cette odeur, lui fait néanmoins des amitiés, c'est qu'il a reçu de sa main quantité de friandises.
Madame Gribisch approuva de la tête.
Le dîner fut assez long.
La comtesse invita sa dame de compagnie, — - comme di-
sait le porte-clefs, — à s'a^.-,cuir à .^a table; cette attention mit la vieille Anglaise en bonne humeur et en verve, elle raf'onta ses misères conjugales.
EU'- y mit un naturel si coniique cl une bizarrerie d'humeur telle que, malgré ses préoccupations, la comtess( mourait d'envie de rire.
— Décidément ! pensa-t-elle, c'est une véritable Anglaise que Jean aura décidée à prix d'or à me servir ; ce ne serf qu'un intermédiaire entre lui et moi.
Les heures s'écoulèrent un peu moins longues après \i dîner; la jeune femme, pour oublier l'ennui, se fit renarrei les faits et gestes du sergent Peters, et plus d'une fois élit étoulfd ses rires sous son mouchoir.
C'est ainsi qu'elle prit patience.
Cependant le groom avait rencontré, nous l'avons dit, le bandïL Langelo.
Le groom était Pierre, le Parisien ; cette révélation n'est nécessaire que pour ceux de nos lecteurs qui n'auraient pas deviné la chose, ce qui prouverait peu en faveur de leur intelligence.
Pierre avait reconnu Langèlo.
Langelo, lui, ne reconnut pas Pierre.
Il éiait si bien grimé!
— Bon, se dit^le giimin, voilà ce brigand revenu; tâehons de le faire savoir ;iu patron.
Puis, une réflexion vint à Pierre.
— Suivons d'abord ce bandit, pensa-t-il, Langelo se dirigeait vers les quais.
On y jasait encore de l'événement du matin ; quelques entêtfô plongeaient toujours.
Pietvè eut un sourire narquois en voyant ces imbéciles à la recherche de diamants introuvables.
Ceux qui avaient ramassé précédemment des cailloux au fond de la vase s'étaient empressés de courir chez les
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joailliers et de les faire cbiiiuer; un leur avait répondu qu'ils étaient fous et que leurs cailloux ne valaient rien.
Les plongeurs rageaient.
Ils en étaient pour les horions reçus et pour les effets mouillés; mais le Vénitien est jovial de sa nature; le gondolier aime à rire.
On se moqua d'abord de ceux qui avaient piqué des têtes; pour se consoler, ceux-ci se moquèrent des battus; ces derniers, faute de mieux, se rabattirent sur l'acquéreur de la barque qui était écrasé par son malheur.
Il avait, lui, tous les tourments de l'incertitude.
Etait-ce des diamants?
N'en était-ce pas?
Cruel mystère !
Assis à la poupe du canot, l'œi! Sxé sur les flots, il avait l'air de ne pas s'apercevoir des quolibets dont il était l'objet.
lie temps à autre, il interrogeait ceux qui persistaient à fouiller la vase; mais ceux-là ne lui répondaient pas. Parmi eux était le gondolier qui avait servi d'homme de 'paille au groom de Tsin-Tsin; celui-là eût mis sa tête en jeu pour afiirmer que c'était bien des brillants à l'état brut que le marchand avait jetés à l'eau.
Ces entêtés, celui-là surtout, excitaient des fous rires parmi ceux qui les regardaient. On les criblait de brocards et de railleries; toute cette foule était d'une humeur charmante.
Elle s'amusait!
On trouvait délicieuse la farce jouée par Tsm-Tsin ; s'il eût paru, il eût été acclamé.
-— Quel bon tour ! s'écriait-on.
Et on •^e tordait.
— Et le groom, disait un autre, quel farceur! Comme il vous a enfoncé son monde !
— • Il n'a pas plongé, lui!
— Nous a-t-il bien bernés!
— Crâne petit bonhomme !
Et les épiihètes élogieuses couraient le long du qaai, quand parut Pierre à la suite de Langelo.
— Le voilà! s'écria-t-on.
Et tout le monde courut ;i lui. Il tut entouré, acclamé, fêté.
Une voix cria :
— En triomphe!
Et deux portefaix empoignèrent le gamin qui dut se laisser faire tranquillement.
11 perdit de vue Langelo; mais il montra contre fortune bon cœur.
— Ma foi! pensa-t-il, ne triomphons pas à demi, puisque nous y sommes!
Et, tirant sa bourse, il fit des largesses.
Alors l'enthousiasme devint indescriptible ; la foule hurla de toutes ses forces des vivats; on claqua des mains; on mena un tr;;in d'enfer.
La police, inquiète, intervint.
Le rassemblement fut dissipé, et comme il n'y avait pas eu l'ombre de politique dans cette joyeuse manifestation, on laissa Pierre libre de s'en aller.
Il n'en venait pas moins d'acquérir une célébrité réelle et une grande popularité.
— Ce Tsin-Tsin! disait-on le soir dans les cercles aristocratiques, communique son originalité à tout ce qui l'entoure; son petit domestique a lancé au peuple plus de cent florins pendant qu'on lui faisait une ovation à cause de la brillante façon dont il avait joué son rôle dans la comédie des enchères!
Et les signoras demandaient des détaiissur ce petit groom si spirituel et si magnifique.
On les enchanta en leur apprenant que c'était un fort joli garçon.
Scélérat de Pierre!
Les bonnes fortunes allaient pleuvoir,
Mais lui, garçon sérieux, ne pensait pas aux bagatelles de l'amour pour l'insiant; débarrassé de ses admirateurs, il tint conseil avec lui-même.
— Impossible, se disait-il, de parler au patron et de l'avertir.
Et il se recueillit.
— Non, reprit-il, décidé'^ient il ne faut pas songer à demander conseil à M. Jeau.
Et il était tout triste.
Tout à coup il se frappa le front; il avait une idée et s'il avnit su le grec il se serait écrié :
— Euréha !
Pierre, à défaut de ce mot célèbre, murmura :
— J'ai trouvé.
Dès qu'il aperçut un agent de police, il lui demanda s'il n'aurait pas vu Tsin-Tsin ; il lui fut répondu que non.
A chaque agent, il renouvela sa question, toujours même réponse lui fut faite.
Ces recherches durèrent jusqu'à la nuit.
Le bruit se répandit bientôt dans Venise que Tsin-Tsin avait disparu et que son groom le cherchait; mais on ne s'en préoccupa pas davantage.
Le lendemain, Pierre recommença son manège avec un air très-affairé.
Après deux heures de perquisition, il alla trouver le commissaire de police ou le fonctionnaire équivalent, et lui lit la déclaration suivante ;
« Moi,
« John Evisson, citoyen anglais, âgé de seîze ans, e^erçant la profession d'iniendani de Lis Miao-lbn-Tsin-Tsin, négociant chinois, je déclare que mon patron a disparu depi'is av;iMt-hipr au soir sans ont' jn liuis-e b» relronver.
« Un homme de mauvaise mine dont voici le signalenient, — suivait le signalement de Langelo, — est venu trouver mon patron et lui proposer un marché dont j'ignore l'objet et les conditions.
« Sir Tsin-Tsin est sorti avec cet individu et n'est pas revenu depuis.
« En foi de quoi je signe.
« Joiix Evisson. »
La police ainsi informée se mit aussitôt en campagne et fit les recherches les plus actives; on remua ciel et terre, nous pourrions dire qu'on fouilla la mer elle-même, sans trouver trace de TNin-Tsin.
Ce mystère taquina les agents.
Accoutumés à voir leurs recherches couronnées de plus de succès, ils se piquèrent d'honneur et ne laissèrent pas un coin de Venise inexploré.
Rien.
Tsin-Tsin s'était évanoui, envolé en fumée, sans laisser de traces.
Mais on trouva cinq individus ressemblant au signalement donné par le groom.
Parmi eux était Langelo.
On montra ces prisonniers à l'intendant de Tsin-Tsin, qui n'hésita pas à reconnaître Langelo pour l'homme qui était venu trouver son maître; alors, malgré toutes les protestations du bandit, on l'incarcéra.
Pierre se félicita de ce résultat dii à son intelligence.
— Pendant qu'on le jiigera, pensait-ii, Uuus aurons délivré la comtesse. On le lâchera, si on veut, ensuite.
La première chose que fit Langelo incarcéré fut de se réclamer du comte***, qui était venu à Venise pour surveiller les démarches que ne manquerait pas de tenter Jean a!in de délivrer la comtesse.
Langelo ne s'était pas encore abouché avec le comte, qui prubablement le croyait mort. Détrompé, il s'empressa cie courir chez le ciief de police pour réclamer son meilleur serviteur, sur le concours duquel il ne comptait plus.
— Monsieur, dit-il au chef de police, après s'êire fait connaître, je vous serais obligé de rendre la liberté à un des hommes que j'emploie au service de Sa Majesté irèscaiholique et que vous détenez.
— Est-il possible!
— C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire; on l'a arrêté hier.
— Attendez donc. Ne se nomme-t-il pas Langelo?
— Précisément.
— Diable!...
— Vous dites?
— Je dis que votre serviteur est accusé d'avoir fait disparaître le Chinois Tsin-Tsin.
Le comte avait entendu, comme tout le monde, parlei
de Tsin-Tsin ; il savait que cet original avait disparu subitement; il craignit que Langelo, — un brigand plein d'audace, — n'tûl tué ce millionnaire pour le dépouiller, oii qu'il ne le cachât quelque part pour le rançonner, comme il avait fait pour tant d'autres.
— \ a-t-il des preuves? demanda-t-il.
— De fortes présomptions seulement.
Du moment où le bandit avait des charges contre lui, le comte pensa qu'il était coupable.
Pourtant il n'était pas homme à abandonner un de ses afTidés sans faire un effort en sa faveur.
— Je doute, dit-il, que Langelo ait commis ^e crime dont il est accusé.
— Jusqu'ici on ne peut rien affirmer! dit le chef de police avec impartialité.
Le comte reprit ;
— Pourtant il peut se faire qu'il ait assassiné cet imbécile de Chinois.
— Tsin-Tsin a de l'esprit, observa Tmieriocuitur ducomie^ qui s'intéressait au Chinois.
— l! aurait dû av-ar celui de se garer des embiiches, reprit le comte avec humeur. .
— La détention de votre serviteur vous contrarier
— Plus que je ne saurais dire.
Le clief de police insinuu :
— Je souhaite qu'il suit innocent.
Le comte le regarda en face.
— Monsieur, lui dit-il, un vœu stérile ne suffit pas; il faut que si on trouve une preuve du crime, cette preuve disparaisse.
(/est difficile.
— Pourquoi ? ■ , ■ »
— Le consul anglais protège cet homme, qui lui est chaudement recommandé.
— Au diable les Anglais!
S'il a assassmé, pourtant. .
— Eîi ! monsieur, ni vous, ni moi n'employons des saints dans notre position. Je fais de mon mieux pour Sa Majesté, vous aussi, n'est-ce pas?