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avec ses faux tire-liouchons en papillotes, avec son fûu]ard assujettissant son bonnet et dont le nœud formait deux cornes impossibles sur le sommet de la tête; avec sou fard, ses ridicules et son air effaré elle était cocasse à faire rire un juge d'instruction dans l'exercice de son ministère.
La comtesse n'y tint pas; elle ne put comprimer son hilarité, ce qui froissa la vieille.
— Madame, dit-elle tout haut, je n'aime pas que l'oa se moque de moi; je prendrai congé demain.
Et elle referma brusquement sa porte.
La jeune femme fut désolée; mais le mal était fait; pourtant elle essaya de faire sa paix avec cette vieille folle j ce fut en vain.
— Dame Gribisch ! cria-t-elle plusieurs fois. Mais l'ex-gouvernante ne répondit pas.
Alors la comtesse désolée prit le parti de se coucher et â son tour elle s'endormit.
C'était vers onze heures.
La jeune femme rêvait.
Douces heures de la nuit, quand l'ange des songes heureux vous caresse du bout de son aile enchantée !
La comtesse, bercée par une enivrante illusion, voyait la vieille Gribisch s'approcher de son lit, allmner une veilleuse à la lumière discrète et se pencher vers elle.
Puis elle l'appelait.
C'était la voix de Jean.
Le jeune homme murmurait des mots d'amour et cherchait ;• l'éveiller, en prenant mille précautions pour qu'elle ne s'effrayài point..
Elle, dans la crainte que la vision ne s'envolât, n'osait ouvrir les yeux...
Alors Jean prit un baiser.
La comtesse avait conscience de son rêve, il lui arrivait ce qui arrive souvent, elle se disait : C'est un songe, mais je veux qu'il dure encore.
Pourtant le baiser fut si long, si long; elle éprouva une telln sensation, qu'en le recevant elle ne put s'empêcher de regarder...
Elle vit dame Gribisch pencJiée vers elle.
Mais les yeux étaient ceux de Jean, le sourire était son sourire.
La comtesse se demanda si le rêve continuait ou si elle était éveillée.
Une voix chérie, un baiser plus tendre encore lui prouvèrent que c'était une réalité.
Les ombres n'ont pas le souffle de feu qui la brûlait.
Alors, folle de joie, ne songeant qu'au bonheur de le revoir, elle entoura son cou de ses deux bras et lui donna une étreinte folle.
Puis elle lui dit avec un reproche :
— I\îéchant ! m'avoir trompée ainsi !
~ Il le fallait bien, dit Jean. Vous auriez laissé deviner quelque chose sur votre visage.
— Et dire que je ne l'ai pas reconnu! murmurait-elle en l'admirant. Mais vous allez ôter ce fard, ces robes, cette perruque !
— Non, dit Jean. Si on nous surprenait.
— On ne viendra p;is. Je le veux ! dit-elle.
— Je suis donc bien laid ainsi?
— Oh! oui, fit-elle avec conviction.
— Alors, je cède pour la perruque, mais pour elle seulement, dit le jeune homme.
Et il déposa les faux cheveux sur le marbre d'une console.
— A la bonne heure, dit-elle; je vous aime mieux ainsi. Mais Jean, par précaution, souffla la veilleuse.
~ Je ne vois plus! dit la comtesse.
Le jeune homme, sans répondre, lui prouva par un nouveau baispr qu'on pouvait s'aimer s.ins se voir.
Et ils échangèrent longtemps à mi-voix les enivrantes causeries de l'amour.
XLÎI
Pierre, que nous avons laissé aux prises avec la police, comprit que tout était compromis s'il se laissait arrêter;
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pour se dégager, ii imagina une ruse que son déguisement de femme devait faire réussir; il fit mine de s'évanouir, et il joua si bien sa comédie que les agents y furent pris.
Il était naturel, du reste, qu'une jeune fille fût émue après avoir donné un pareil coup de stylet.
Les agents soutinrent leur prisonnière.
Mais voilà que tout à coup celle-ci s'affaissa brusquement, et ramassant les jambes des deux sbires à la mode faubourienne des gamins de Paris, elle les étala sur les dalles dont Venise est pavée; puis, d'un bond, elle disparut à l'angle d'une rue; d'un autre bond, elle iou:'na une autre rue et disparut aux abords de la maison de Ïsin-Tsin.
Les agents firent maintes recherches intructueuses; ils ne purent découvrir la fugitive.
Pierre ét.tit tout simplement rentré chez lui, avait jeté sa dé I roque oi s'était couché tranquillement; il avait bon espoir que, pour cette fois, Langelo était mort et blcû mort; il se trompait.
Le brigand fut relevé dans un état désespéré, il est vrai, mais ij respirait encore.
Il se lit conduire chez le comte X...
Celui-ci fut averti de ce qui s'était passé au moment où il se dirigeait vers la prison avec le chef de police; tous deux se rendirent auprès du blessé.
— Vous pouvez être certain, disait le comte, que le coup vient de ce maudit Français.
Mais il fut impossible de tirer aucun éclaircissement de Langelo, qui ne pouvait parler et dont l'état avait subitement empiré.
Le comte était exaspéré.
— A lui aujourd'hui, dit-il; a moi demain. Ces misérables ne reculent devant rien.
Il songeait, d'ailleurs, que Jean et les siens étaient, ^près tout, dans le cas de légitime défense.
— Il faut à tout prix, dit le chef de police, s'emparer de cet aventurier.
— Allons d'abord à la prison, dit le comte.
Quoique la nuit fût déjà avancée, ils n'hésitèrent pas à réveiller tout le personnel de la geôle; devant une autorité comme celle qui accompagnait le comte, toute porte s'ou-