‹ Jean Charles CazinChapitre 3 sur 4 · L.v charrette (Pas-de-Calais · texte numérisé non relu

L.v charrette (Pas-de-Calais

plutôt, parfois, en dénaturant les mêmes procédés, un rajeunissement de ces sujets pieux. Je rappellerai seulement les noms de M. Von Ulule, Skredswig, J. Blanche, Lhermilte, etc-, sans citer d’autres tentatives plus aventureuses, pour préciser les conséquences de l’œuvre historique de Cazin.

Ainsi dans la première partie de sa carrière, Cazin paraît s’être servi des ressources du paysage surtout comme d’un moyen particulièrement expressif pour développer ses sujets et les imposera l’imagination.

Après 1884, scs nombreuses pérégrinations pendant ces quatre années d’absence et à partir de 1888, ses séjours fréquents et prolongés à la campagne

avaient éveille son goût de l’observation des phénomènes naturels et l'avaient intéressé passionnément à la vie des choses sous les jeux infinis des éléments. Le succès obtenu par scs paysages le maintint peut-être aussi plus longtemps qu’on n'eût voulu autour de lui dans ce qu’il considérait comme

Moulin au Portel (Pas-de-Cai.ais)

un simple intermède. La mort, qui s’étail, pourtant, annoncée plusieurs fois, mais de laquelle il semblait attendre encore quelque crédit, ne lui permit pas le retour rêvé vers le passé. Dans celle deuxième période de sa vie, nous le voyons donc plus exclusivement préoccupé de traduire le verbe obscur de la nature considérée dans sa propre grandeur el dans son isolement.

De. même que les grands paysagistes hollandais, ses maîtres de prédilection, qui, les premiers, avaient découvert les beautés de la campagne natale, il ne sort guère de la région favorite oîi il a installé pour lui el les siens son centre d’études et d’observations, dans ce petit royaume de terres en friche, de landes, de dunes, de buissons sauvages, do plages solitaires où il trouve

JEAN-CIIARLKS CAZIN

concentrées toutes les beautés naturelles qui parlent avec émotion à son cerveau de poète et d’artiste sensitif.

I eut au plus, de loin en loin, se permet-il quelque courte échappée, soit dans les pays voisins, en Flandre ou en Hollande, en allant faire un tour

Rixe de village (Pas-de-Calais)

dans les musées, soit dans les faubourgs ou la banlieue de Paris. A peine quelques toiles du midi marquent-elles son séjour au Lavandou.

Il est toujours inspiré quand il est chez lui, et l'on est surpris de la variété des aspects que prennent la même misérable chaumière, le même coin étroit de dune, suivant les points de vue auxquels il se place, l’heure différente, le caprice du vent et des nuées. De même que, dans ses tableaux de figures, la nature, à tout instant, s’unit comme un accompagnement sympathique aux actes des hommes, de même il se plaît à chercher tout ce qui met le souvenir de l'homme dans les choses de la nature et, fidèle à sa compréhension morale du monde, devant les choses inanimées comme devant les êtres vivants, il se sent pris de la même tendresse compatissante pour tout ce qui est petit, humble, pauvre, dédaigné, souffrant. Aussi choisit-il de pré-

férence les motifs les plus accoutumés, les plus misérables : champs moissonnés, humbles cabanes de pêcheurs, coins de carrières avec leurs pierres blanches et leurs treuils bizarres, moulins perdus de l’Artois, petites cultures, dunes arides aux herbes grises, aux genêts hérissés de Heurs d'or.

Ici, c’est un carré de choux au milieu duquel sont plantées deux bêches, dans un terrain sans horizon, fermé par un pauvre chaume sous un ciel limpide dans lequel s’élève le croissant laiteux de la lune; là, un potager avec son mur de clôture, son fond de petit village abrité au pied d’une colline, son cerisier au milieu du champ, son linge qui sèche sur la haie, ses alignements de choux, ses espaliers de vignes, toute cette prose de la campagne d’où monte avec les parfums et les frissons du soir une poésie intime et pénétrante. Plus loin, c'est un ru très étroit, traversant un champ moissonné avec ses meules de foin arrondies, ses petits saules cagneux, les barrières de bois qui divisent les pâturages, les pieux plantés au bord du champ; ou bien encore tantôt des moyettes rangées dans les éteules comme des ruches, tantôt de hautes meules solitaires ou groupées, soutenues par des béquilles, qui semblent au couchant des pâtres rêveurs, s’appuyant sur leur bâton, enveloppés dans leurs lourdes limousines.

Personne n’excelle à rendre comme lui les petits chemins de villages endormis qui sentent bon les feuilles mouillées et les senteurs d’étables, et ces étroites maisons aux fenêtres closes, serrées l une contre l’autre, toutes transies sous la froide clarté de la lune qui donne aux vitres des éclats fantastiques; et les petites villes de province, avec leurs anciennes tours, leurs fossés comblés, mirant, dans l’eau plombée des canaux, leurs vieilles pierres

Jeine hollandaise

blanches, leurs pignons aigus, leurs larges fenêtres, leurs petits ponts trapus qui rejoignent les rives; ces petites villes où tintent toujours des sons lointains de cloches, des sonnailles de diligence, exhalant, avec une fraîcheur de

rosée

un désir de repos profond dans de gros draps humides dauber

e, le

rêve de calme, d’apaisement bienfaisant que laissent les petites cités qu’on traverse et où l'on ne s’arrête pas.

C’est le crépuscule ou la nuit que Cazin a choisi de préférence pour développer le thème de ses harmonies tièdes, discrètes et apaisées, et plus souvent encore celle heure indécise, ce moment hésitant entre les dernières lueurs du jour qui s’en va et les premières ombres de la nuit qui monte, ces (‘iïels fugitifs et changeants

qui frappent d’autant plus qu’on les sent plus passagers *.

c c - - • — j| a éclairé aux splen-

deurs du couchant des ciels animés, des nuées en marche, de vastes firmaments orageux, des horizons de mer fantastiques, des petites fermes enfouies sous des bouquets de sureaux en fleurs. Et il a trouvé dans ses harmonies blondes et fauves, sur le fond beige un peu doré de la

Croquis pour i.’« Étude »

C) « En vérité, écrit-il aux organisateurs de son Exposition de New-York, en 1893. j'ai toujours travaillé avec la pensée qu'un jour ou l'autre plusieurs de mes peintures pourraient être réunies ; il s'en est suivi pour moi certaines préoccupations, la suppression voulue de moyens aisés, et des recherches particulières en vue de maintenir à chaque toile son heure de jour ou de nuit, sa saison, son temps spécial à côté d'une toile voisine. »

.TEAN-CIIARLES CAZIN

dune, ces deux notes mélodiques et chantantes, désormais inoubliables : ce ton ému et mouillé des tuiles rouges imprégnées des clartés crépusculaires. qu’IIobbema lui avait déjà indiqué et ce blanc des vieilles pierres, ce blanc froid comme avivé dans l’indigo transparent de la nuit avec quelque chose de frissonnant. Et tout cela est si exalté qu’il semble vraiment que la

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