‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 15 sur 88 · ACTE PREMIER. Î · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. Î

JEAN, à Berthaut.

Il suffit de signer ?

BERTHAUT

Ah I vous savez écrire ?. .

BAUDRU , à part.

Diable ! c'est un savant !

GUTOT, à Berthaut.

Monsieur, c'est pas pour dire, Mais il est innocent : tout le pays sait ça. Il n'avait pas quinze ans, quand ça lui commença. Dame ! vous comprenez... il sait lire, et la tête...

BERTHAUT

C'est bon, laisse-nous!

GUTOT.

Mais...

BAUDRU , à Guyot.

Va-t'en faire la bête Ailleurs. Allons ! allons ! plus vite que cela !

GUYOT

Je m'en vais prévenir madame, moi, voilà !

MARIE

Il est fou.

RAOUL

C'est très-drôle !

Une belle recrue I

MARIE

Oui, mais je ne veux pas, moi, que l'on me le tue ! Pauvre garçon !..

LE COMTE

Peut-être avec un peu d'argent...

Voyons!..

(A Jean.)

Mais quelle idée as-tu, mon pauvre Jean ? Pourquoi veux-tu quitter ta charrue et ta grange,

Et te faire soldat ?. .

JEAN

Cela vous semble étrange :

Un soldat, c'est un homme, et vous ne croyiez pas Que cet être chétif, si timide et si bas, Fût un homme; et qu'il pût, en redressant sa taille. Prendre place au soleil sur un front de bataille. C'est que j'étais un serf, fils de serf. Mes aïeux Esclaves revenaient toujours devant mes yeux. Le temps avait en nous tué jusqu'à la haine. Et nous marchions, courbés sous notre lourde chaîne. Sans même la sentir traîner sur nos pieds nus. Mais, tout à coup, voici des souffles inconnus Qui m'apportent des mots que j'ai peine à comprendre, Si nouveaux qu'il fallut du temps pour les apprendre : « Sois libre ! le servage est mort ! relève-toi ! Les hommes sont égaux ! » — J'étais votre égal, moi ! - C'était trop beau : jamais je ne pouvais le croire. Cependant ces mots-là restaient dans ma mémoire ; Et je les répétais tout le jour ; et, la nuit, J'en révais, seul, au fond de mon triste réduit.

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