SCÈNE m
JEAN, à part.
Ah ! j'ai peur de parler :
11 me semble qu'un mot va tout faire crouler.
MARIE
Sommes-nous seuls ?
JEAN
Oui, seuls.
MARIE
Enfin ! Mon âme vibre Tout entière, à ces mots : c'est donc vrai, je suis libre ! Enfin I Plus de geôliers, de barreaux, de verroux 1 Merci, Jean. Si je vis encor, c'est grâce à vous : Sans vous, j'étais perdue.
JEAN
Avant d'être frappée.
Vous auriez vu ma main laisser tomber l'épée, Et la force à ce point m'eût-elle fait défaut, Je serais mort, du moins, devant votre échafaud.
MARIE
Quoi que votre départ m'ait pu donner à croire,
Vous avez, je le vois, gardé bonne mémoire.
Vous avez souvenir des services rendus.
Et mes bienfaits pour vous ne se sont pas perdus.
Je vois avec bonheur que ma sollicitude
A produit d'autres fruits que de l'ingratitude.
Et que vous vous croyez encore un peu lié
Par le bien que tout autre eût peut-être oublié.
JEAN
Vous oublier, madame : est-ce que c'est possible ? N'étiez-vous pas pour moi comme un ange visible ? Ne m'apportiez-vous pas, avec votre bonté. Comme un divin rayon de grâce et de beauté ? Vous oublier, grand Dieu I vous dont l'image sainte Chassait de mon sommeil la souffrance et la crainte, L'effroi de l'avenir et l'horreur du présent !.. Oh ! ne le croyez pas : je suis un paysan,