ACTE TROISIÈME
Le bourreau vous guettait, la hache était levée... Quelqu'un me dit : « Prends-la pour femme, elle est sauvée. »
— Ah ! j'atteste le ciel et l'honneur que jamais. Sans cela, vous n'auriez su quft je vous aimais.
Ma femme... Oui, c'était là le service à vous rendre : Tout ce que je pouvais faire pour vous défendre, Pour briser de la loi les terribles décrets...
— Je vois que j'aurais pu vous laisser libre, après ; Sacrifier ma joie et mon bonheur au vôtre;
Vous remettre, sauvée, entre les bras d'un autre...
— Eh bien I je n'ai pas su, devant vos yeux en pleurs. Devant votre beauté, plus belle en vos douleurs,
Je n'ai pas su défendre à mon âme enivrée
De frémir, au contact de votre âme adorée ,
Et de remercier le sort terrible et doux
Dont la rigueur m'oblige à vivre à vos genoux.
Quand tout mon cœur bondit de joie et d'espérance.
Exigez tout de moi, hormis l'indifférence.
Pour vous, je puis monter jusqu'aux plus hauts sommets;
Pour vous, vaincre ou mourir... mais vous livrer, jamais !
MARIE
Votre femme !.. A coup sûr, je dois mal vous entendre. Car... je ne comprends pas. Vous n'osez pas prétendre Que ce mot qui devait m'arracher au trépas Ait pu faire de vous mon mari, n'est-ce pas?
JEAN
Si, madame.
MARIE
Ah ! voyons, monsieur Dacier, je pense
Qu'on pourrait vous offrir une autre récompense. Que vous m'ayez sauvée, il faut en convenir : Sans vous, j'étais perdue, et je dois vous bénir. A vrai dire, j'ai beau me mettre à la torture, Je ne puis m'expliquer toute cette aventure. Mais enfin vous m'avez sauvée, ou peu s'en faut. Je sortais de prison, j'allais à l'échafaud ; Vous avez, juste à point, sur mon front misérable Tendu l'abri sauveur de ce bras secourable : C'est très-beau, je ne puis trop vous remercier ; Mais je suis riche encore assez pour vous payer.
JEAN
Ah 1 c'est cruel, cela ! Vous, l'objet de mon culte, A l'adoration répondez par l'insulte !
J'offre pour mon salut ce que je puis donner. Si ce n'est pas assez, il faut m'abandonner.
JEAN
Non ! ce n'est pas assez, madame, d'une aumône Pour ce que j'ai souffert et pour ce que je donne. Ce ne serait pas trop, madame, croyez-moi, Rien que pour ce moment d'angoisses et d'effroi , Où j'ai vaincu la mort d'une étreinte éperdue. D'une bonne parole et d'une main tendue. Je ne demande rien ; mais mon cœur eût compté Trouver, pour tant d'amour, un peu plus de bonté.