ACTE TROISIÈME
MARIE
S'il VOUS plait sur mon cœur d'avoir quelque puissance, Méritez mon estime et ma reconnaissance. Oubliez un vain rêve et d'impossibles vœux, Faites-moi libre, enfin !
JEAN
Je ne puis.
MARIE
Je le veux !
JEAN
Je ne le puis, madame. Il faudrait laisser croire.
Que j'ai de mes devoirs perdu toute mémoire;
Trahi pour vous les lois que je sers ; accepté
Cet or que vous m'offrez pour votre liberté ;
11 faudrait laisser dire à mes compagnons d'armes
Que j'ai vendu mon nom, mes prières, mes larmes ;
Et qu'à l'heure où, tremblant, pour vous j'ai supplié.
Je jouais, acteur vil, un rôle bien payé.
J'ai fait ce que j'ai pu pour votre délivrance ;
Mais l'honneur d'un soldat appartient à la France,
Et ce nom qu'aujourd'hui vous avez accepté
Doit demeurer sans tache, en son obscurité.
Du reste, l'on se bat ; mon poste me réclame :
Peut-être serez-vous bientôt libre, madame.
— Tant que vous n'aurez pas d'autre ordre à me donner,
Je veillerai sur vous sans vous importuner.
Quelque amère douleur que loin de vous j'emporte.
Je ne franchirai plus le seuil de cette porte.
7t JEAN DACIER.
Je m'en vais résigné, sans espoir, sans courroux... Mon cœur peut se briser sans cesser d'être à vous.
(Il sort à gauche.)