ACTE QUATRIEME
JEAN
"Vous n'oseriez pas le demander, madame ? Vous me prêtez, vraiment, par trop de bonté d'âme. Parce qu'un jour cet homme était en mon pouvoir Et qu'en le laissant fuir, j'ai trahi mon devoir, Vous pensez qu'aujourd'hui, je puis faire de même ?
(A Raoul.)
Mais qu'avez-vous donc fait, vous, pour qu'elle vous aime?
Avez-vous, autrefois, au temps de vos loisirs,
Sacrifié pour elle un seul de vos plaisirs ?
Quand vous vous êtes mis à combattre pour elle.
Ne souteniez-vous pas votre propre querelle ?
N'aviez-vous pas vos biens, vos titres engagés
Dans la même bataille avec ses préjugés ?
Fou que je suis ! qu'importe ! elle vous aime. — 0 rage !
A quoi donc sert l'épée ? A quoi sert le courage ?
De quel droit venez-vous, en vous livrant ainsi,
M'arracher le plaisir d'un combat sans merci ?
Quand douze coups de feu vous jetteront sans vie,
Pensez-vous que ma haine en demeure assouvie.
Et qu'il importe peu qu'en cette occasion.
Notre duel se termine en exécution ?
RAOUL
Que VOUS faut-il de plus ?
JEAN
Croyez- VOUS qu'il suffise Que l'amant soit frappé, pour que l'amour se brise? Pour elle, cette mort va, je la connais trop ! De vous faire un martyr, de moi votre bourreau.
Elle m'eût pardonné, peut-être, votre perte.
Si vous fussiez tombé dans une lutte ouverte ;
En duel, fussiez-vous mort, eussiez-vous survécu.
Elle ne vous eût pas permis d'être vaincu.
Maintenant, tout est dit : plus de combat, tout change ;
Votre sang glorieux m'éclabousse de fange ;
De haine et de mépris je demeure chargé ;
Et vous pouvez mourir : vous êtes bien vengé !
MARIE
Non 1 vous ne voudrez pas me forcer à la haine. "Vous m'avez dit tantôt : la bataille est prochaine ; Vous vous retrouverez face à face demain. Demain vous serez fort : ce soir, soyez humain ; Et, quel que soit celui que le sort favorise. Que ce soit son épée, ou la vôtre, qu'il brise. Je promets à tous deux une égale amitié : Au vainqueur le pardon, au vaincu la pitié.
• RAOUL
Et votre amour?
MARIE
A Dieu ! Cédez à ma prière.
D'être à l'un de vous deux, certes, j'eusse été fière; Mais puis-je appartenir à celui dont les coups Frapperont mon amant ou tueront mon époux? Nous sommes nés, tous trois, sous un destin funeste ; Faites votre devoir, laissez à Dieu le reste ; Combattez en soldats : pour vous deux je prierai.
JEA.V.
Croyez-vous que je puisse agir selon mon gré ?