‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 77 sur 88 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Et combien aisément, après les jours de flamme, Cette àme de lion se change en cœur de femme, Avant de se tourner vers toi pour te viser, Nous verrons nos fusils d'eux-mêmes se briser.

JEAN

Tais-toi î — Ne sens-tu pas que ces mots, dans ta bouche,

Sont un arrêt de mort inflexible et farouche?

Jusqu'ici, j'ai douté; je pouvais, en effet,

Douter encor du mal immense que j'ai fait.

Ce n'était, après tout, qu'une faute vulgaire

D'avoir laissé s'enfuir un prisonnier de guerre ,

D'avoir voulu soustraire un coupable à la loi...

D'autres l'ont fait, le font, le feront après moi.

Mais que vous , mes amis , toi , la vertu solide ,

Que la raison soutient et que le devoir guide,

Vous soyez ébranlés par l'exemple fatal

Jusqu'à vouloir déjà me suivre dans le mal :

C'est trop me faire voir la moisson qu'on récolte

Quand au cœur du soldat l'on sème la révolte.

Oh I ne me suivez pas dans ce sentier maudit !

Laissez-y mourir seul celui qui s'y perdit.

Trop heureux si je puis, en subissant ma peine ,

Rompre l'attrait fatal qui déjà vous entraine ;

Si je vois l'emporter, à mon dernier moment ,

Sur l'exemple du mal celui du châtiment!

BALORL.

Alors , si c'était moi qu'on chargeât de la chose , Tu voudrais...

Mi JEAN DÂCIER.

JEAN , lui prenant la main , très-doucement.

Sur toi seul mon esprit se repose. Les balles et le fer m'ont manqué si souvent Que j'ai peur de tomber mutilé, mais vivant. Alors , pour m'éviter une longue torture , Il faudra qu'un ami fidèle , une main sûre , Vienne, et, sans hésiter, sans trouble, sans effroi...

BAi;UUL', (épouvanté.

Tu veux?..

JEAN

Un seul ici peut le faire , et c'est toi.

— Me refuses-tu ?

BAUDRU, attendri et dominé.

Non , car dans ta voix sévère Vibre tout ce que j'aime et ce que je révère. Gloire , patrie , honneur , tout cela vit en toi , Grand comme le devoir, puissant comme la loi. Ordonne, j'obéis. — Mais je ne saurais croire Qu'on veuille, en te frappant, effrayer la victoire; Ou qu'il faille verser, pour le crime commis, Plus de sang qu'on n'en peut tirer des ennemis. Tu vivras : cet espoir n'est pas un vain mirage.

— Au surplus, tout est dit : voici Berthautl — Courage

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