‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 85 sur 88 · ACTE CINQUIÈME. 4î · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME. 4î

Chasser les visions de mon âme assombrie Du charme caressant de votre voix chérie ; Bonne et douce, affermir jusqu'à mon dernier pas... Il faut vous adorer, mais vous ne m'aimez pas. — Lorsque je fus blessé, pâle, sanglant, farouche. Je vous voyais ainsi vous pencher sur ma couche. Alors, comme à présent, immobile et surpris. Sous le divin rayon de vos yeux attendris , Je sentais sur mon front, noir encor de fumée. Glisser, en l'effleurant, votre haleine embaumée.

* Oui , vous avez encor l'attitude qu'avait ' La chère vision penchée à mon chevet.

* Alors, comme aujourd'hui, ce front sur mon épaule

* S'inclinait... — Moins flexible est la branche du saule ! Alors, comme, aujourd'hui, je puisais dans ces yeux

Un trouble si mortel et si délicieux,

Qu'il n'est pas de péril, de souffrance, de lutte.

Qui puisse trop payer une telle minute ;

Et que mon seul regret, à tant de joie uni ,

Est de n'être pas mort en ce moment béni.

MARIE

Pourquoi mourir ? — La fièvre a fui loin de ta couche : Ce n'est plus une main de spectre qui te touche. Pourquoi détournes-tu ton regard attristé ? Le délire t'a fui, mais le rêve est resté.

* Pourquoi mourir? Fuyons le bord du précipice.

* La nuit nous couvrira de son ombre propice.

* D'ailleurs, tous tes gardiens, en dépit du devoir,

* Détourneront la tête et ne voudront rien voir.

ISi JEAN DACIER.

Viens ! La mer nous attend au pied de la falaise. N'est-il donc que la tombe où le repos te plaise? Ne seras-tu pas mieux, mon ami, mon époux, Pour dormir, à mes pieds, le front sur mes genoux?

JEAN

Vous me suivriez... vous?

Proscrit, déshonoré?

MARIE

Ne suis-je pas ta femme ?

JEAN

Vas-tu te croire infâme ? T'aimerais-je ainsi, moi, si je t'avais pu voir Hésiter un instant devant un vrai devoir ? Mais depuis quand, pareil à l'agneau qu'on égorge , Le lion au chasseur va-t-il tendre la gorge ? Ces hommes, à tes pieds, dans la brume endormis, Ne t'arrêteraient pas, s'ils n'étaient tes amis. Tu saurais bien, alors, me protéger, sans doute. Et, de tes pieds sanglants, me frayer une route. — Si l'un d'eux m'insultait?..

JEAN

Dieu du ciel !..

MARIE

Allons donc !

Est-ce qu'on jette ainsi sa vie à l'abandon ? La vie et mon amour sont-ils si peu de chose ? Debout ! et défendez un peu mieux votre cause !

Page 1