ACTE CINQUIEME. 4S
Debout ! mon protecteur, tHon maître, mon époux : Je veux, moi, vivre encore; et j'ai besoin de vous.
JE\N
Non ! suivez le conseil que votre époux vous donne. Quittez-moi : je le veux !.. au besoin, je l'ordonne. Partez. — Je ne suis pas fait pour de tels bonheurs. Je ne puis les goûter qu'à l'instant où je meurs. Croyez-moi ! tout est bien : ma mort, qui vous délie, Peut-être empêchera que votre cœur n'oublie. Parfois, heureuse et gaie, appuyant votre bras Sur un bras plus heureux, vous vous direz tous bas, En mêlant un soupir à la brise embaumée : « Celui-là qui n'est plus, aussi, m'a bien aimée. »
De mon bonheur futur ne soyez pas jaloux. Vivant ou mort, jamais je ne serai qu'à vous. Devant Dieu, si je dois survivre à cette épreuve, Je veux vivre et mourir dans mes habits de veuve. Et, quand la mort viendra me chercher à mon tour, Vous me retrouverez digne de votre amour.
JEAX.
Vous feriez cela, vous ?
MARIE
Devant Dieu, je l'atteste I
iSAN.
Qui donc a pu nommer ce jour un jour funeste ? Qu'il soit béni ce jour qui m'apporte avec lui Tant de bonlieur qu'il semble un songe épanoui !
4 16 .IKAN D ACIER.
Qu'il soit béni l'arrêt qui t'arrache au silence ! Avec un chant d'amour moù âme au ciel s'élance ! Être aimé : voilà donc quel est mon châtiment ! Est-ce bien vrai ? j'ai peine à le croire, vraiment.
MARIE
Jean I
JEAN
Oh 1 oui, je te crois 1 oui, j'en crois ta parole, Mais redis-le ce mot, ce doux mot qui s'envole De tes lèvres, et vient, souriant et vainqueur, Me gonfler la poitrine et m'enivrer le cœur !
MAKIK.
Oui, Jean, je t'aime.
Eh bien ! loin de tout œil profane, Marie... un seul baiser!..
(n l'attire dans ses bras. — On entend la diane. — II s'éloigne d'elle brusquement. Le jour se fait peu à peu.)
MARIE
Qu'as-tu donc ?
JEAN
La diane !
C'est le jour!
Le jour!
MARIE
JEAN
Oui, le premier rayon d'or.
Je ne le croyais pas si près de nous epcor. Revenons à nous ! l'aube en souriant se lève. Adieu Marie ! adieu l'amour ! adieu le rêve !