‹ Jean de BailleulChapitre 4 sur 6 · TABLEAU · texte numérisé non relu

TABLEAU

Les compétiteurs ayant commis l'irrépnroble faute d'en appeler à la décision du roi d'Angleterre, £douard saisit avec empressement l'occasion inattendue qui lui était offerle de s'assurer la suzeraineté de l'Ecosse et il convoqua les Etats du royaume à Norham, le iO m li i291. — Après avoir fait accepter ce principe aux Etats à la suite d*une délibération qui ne dura pas moins de quinze jours» le roi posa la même question aux prétendants à la couronne, et leur demanda s*ils étaient préparés à accepter son jugement comme celui du seigneur suzerain. Tous répondirent aillrmativement, à l'exception de Jean de Bailleul qui était absent et s*était fait représenter par Thomas Randolf, « son chevalier. » Celui-ci prétendit, pour excuser Jean, que la convocation ne lui était pas parvenue à temps. Le jour suivant, juin «Jean, ayant comparu, hésita lorsque la question lui fut posée, se retira pour consulter ses amis et enfin revint dire oui, mais sur le ton d*une visible contrainte. Lingard prétend qa*il jouait une comédie destinée à lui donner de suite de la popularité en Ecosse, pour le cas, très-probable, où le roi d'Angleteri*e serait favorable à ses prétentions. Ne seraît-II pas plus sage, en rapprochant ce fait de la conduite de Jean devenu roi, de dire qu'il sentait vivement rhumiliation infligée par l'orgueil d'Edouard à l'Ecosse dans sa personne, et qu'en se préparant à ceindre son front du bandeau royal, il entendait que la phrase a par la grâce de Dieu, roi d'Ecosse, » dont il allait se servir.

ne fut pa4 une vaine formule de chancellerie: En d'autres

termes il songeait déjà à secouer le joug de l'Angleterre auquel ses compétileurs avaient si iui^rudemmcnt tendu le eou.

Le 5 juin, le roi Edouard leur iil signer à tous leur déclaration et il fut alors résolu qu'ils fourniraient leurs prenves à un conseil composé de quarante écossais choisis par Jean de Bailleul et par John Cumyn, quarante choisis par Robert Bruce et vingt-quatre anglais choisis par le roi. Berwick fut le lieu désigné pour les séances dont la. première se tint le 2 août 1291 et la dernière le 17 no> vembre 1292. L'enquête et le travail de la commission n'avaient pas duré moins de dix-huit mois. Cumyn et MandevîU s'étaient retirés spontanément : Tous les autres avaient été écartés à rexceplion de Jean de liaiiieul, de Robert Bruce et de John de Hastings. Leur compétition avait soulevé une question de droit féodal dont la solution parait avoir arrêté longtemps le conseil, bien que sa décision fut prise à l'unanimité* Bruce prétendait qu'étant plus rapproché d'un degré, de David de Huntrngdon que Bailleul et que Hastings, ii devait leur être préféré, pour rhérédité d'un royaume la prérogative de la primogéniture devant céder le pas à la proximité du sang. Jean de Bailleul soutenait qu'étant- issu de la fille aînée de David et Bruce n'étant issu que de .la fille cadette, en conséquence et suivant la coutume d'Angleterre et d'Ecosse* le royaume devait appartenir à sa mère Dervegulde, fille

unique de la fille ainée de David, qui avait cédé ses droits à ses cinq fils; or, Hugues, Alexandre et Alain de

Bailieul, frères aînés de Jean, étant morts sans poslérilé, leurs droits passaient naturellemeut à Jean» le quatrième fils, ou à son défaut, à Thomas, le dernier de tous. La décision da conseil fut unaniiue en faveur de la primogéniture contre la proximité du sang* et Jean de Bailleul étant donc rbéritier direct et légitime^ la couronne royale d'Ecosse lui fut solennellement adjugée, le i7 novembre 1292, par la commission siégeant à Berwick sur la Tweede (4 ).. Deux jours après, le 19 novembre, Edouard I** confirma le jugement de la commission, donna au nouveau roi la saisine de son royaume, prononça la dissolution de la régence et ordonna aux gouverneurs des divers villes et châteaux de TEcosse de résigner leur commandement entre les mains du roi élu.

Edouard 8*était exécuté de bonné grâce, mais il n'était pas d'humeur à laisser oublier à Jean de Bailleul la chaîne qu'il avait aidé lui-même à river, et dont une extrémité était entre les mains du prince anglais. Dès le 20 novembre, c'esl-à-dire dès le lendemain même de la reconnaissance de ses droits par Edouard, Jean était obligé de lui prêter serment de féauté, ce qu'il fit en ces termes,au château de Norham : u Ceo oez, vous mon seigneur Ëdvrard, rey d^Engleterre, soverein seigneur du réaume

(1) Rymer, t. i, part ni, passim.

de Escoce, que je lohan de Bail loi, rey de Escoce, vous

fas féautè du réaurae de Ëscocc« lequel je tiens et cleim tenir de vous : que Je tous serrai léaus et féaus, et fey et léaulé vous porterai de vie et de membre et de terrein honeur contre tôles gens qui porronl vivere et niorir : e leaument conostrai, e leauroent vous frai les services a vous deus du rcaume de Escoce avantdit ; et ensi me eide Dieu, et ces scinlcs Ewangilcs (i). »

Celà ne suffisait pas encore à Edouard et il obligea

Jean à venir à Newcasllc lui rendre hommage, le 26 décembre. La cérémoDie fut faite selon l'usage accoutumé et Jean y prononça le nouveau serment qui suit : «t Mon seigneur, mon sire Edward, rey d'Englclerrc, sovcreingn seigneur du réaumc do Ëscoce, je Johan de BailloI, rey de Escoce, devien vostre homme lige de tôt le réaume de Escoce ove les a[)parlenatKcs, et à quant que il y apenl ; lequel je tieng, et dci de drcit, e clcim par moi c mes heyrs reys de Escoce, tenir héritablement de vous e de voz heyrz, reys d'Engleterre, de vie et de membre e de terrein honeur, contre tole gent qe porrunt vivere e morir (2). » Jean confirma encore, le % janvier 4293. tous les actes accomplis par le roi d'An«i;lPterre pour le gouvernement de l'Ecosse entre la mort de son prédécesseur et son avènement au trône. Edouard, le 4 janvier,

(l) Rymer, 1. 1, part, m, p. 113.

(S) Ibidem

8*engagea de son oAté à assurer rbérédilé du rayaiime

d'Ecosse au fils de Jean de Baiileul, quelque fut son âge» et à ne jamais prétendre sur l'Ecosse d'autre droit que celui de suzeraineté : il fit délivrer à Jean les réles des plaids cl lui doQua entin la saisine de Tile de Man» comme ses prédécesseurs l'avaient eue. Ils se séparèrent alors et Jean alla se faire couronner à Tabbaye de Scone où étaient déposés les insignes de la royauté écossaise et le siège de pierre sur lequel les rois s'asseyaient le jour de leur couronnement. Jean y tint sa première cour plénière, le 9 février 1293, et il eut, dès ce jour, un avant-gout des déboires qui l'attendaient . dans sa nouvelle position. Quatre des plus grands seigneurs de l'Ecosse, Bobert Bruce> Donald, fils d Ângus, Jean, comte de Catben, et William Douglas s'étaient abstenus .de venir lui rendre hommage, et il dut les citer à comparaître devant lui le lendemain de Pâques pour rendre compte de leur conduite (1).

La situation faite au roi d'Ecosse par son puissant au* zerain était trop anormale pour ne pas altérer promptement les relations entre les deux couronnes. Edouard y aida de toutes ses forces par une série de ve&atlons dont le résultat devait être de porter à son comble Tindignation de Jean et de ses barons, fiers et indisciplinés, et qui avaient subi avec la plus grande peine la décision du

(1) Rymer,t I, part, m, p. 117.

conseil cbargé d'examiner les litres des prétendants, relativement au droit de suzeraineté prétendu par T Angleterre. Du 25 mars 1293 au 20 avril 1294, c estrà-dire pendant Tespace d'une année, Edouard n*envoyâ pas à Jt-ua moins de quatre citations pour répondre devant la cour d'Angleterre de Ja légalité de ses jugements (1). C'était un des inconvénients de la suzeraineté. Les parties appelées devant le roi d'Ecosse cl jugées par lui, pouvaient, si elles étaient mécontentes de sa décision, en appeler au suzerain. Le moindre vice de ce système était d'annihiler raulorité du roi d'Ecosse: C'était une arme très-dangereuse que la législation féodale mettait entre les mains du suzerain et Edouard n'aurait dû se servir d'un semblable nioyen qu'avec le plus extrême ménagement. Loin de là, il ne prêtait que trop volontiers l'oreille aux plaintes des mécontents, et c'est sur lui seul, sur la conduite lenue par lui pendant celle première année qu'il faut faire retomber toute la responsabilité des événements qui allaient bientôt ensanglanter l'Ecosse et certaines parties de son propre royaume pendant près d'un siècle.

Un de ces quatre appels, plus sérieux et plus désagréable que les autres, à propos de Macduff, fils de Malcolm, comte de Fife, avait rencontré une certaine résistance chez Jean de Bailleuh 11 n'avait prêté aucune

(1) Rymer, 1. 1, part, m, p. 118-138.

attention à la première assignation qui lui avait été envoyée par Edouard et celui-ci dut lui en faire porter une seconde dans le château de Slirling, le 2 août 1293, par le shériff du Northumberland. Jean se rendit alors auprès

d'Edouard cl manifesta des intentions si évidentes de résistance (i), qu'Ëdouard ne donna jamais gain de cause à son adversaire Macdulf» et que Taffaire resta en suspens. Le roi d'Angleterre se crut mùme obligé d'exempter Jean du paiement du relief pour les domames de sa mère en Angleterre, se montant à la somme considérable de 3289 livres 14 sous; mais retlct produit pout-étre par celle concession gracieuse sur Tesprit de Jean fut bicnlàt effacé par les deux injonctions impérieuses que lui fit Edouard, le 2 et lo '^[^ juin 4294, d'avoir à fermer serupuleusemenl tous les ports de l'Ecosse, de n'en laisser sortir ni un homme ni un navire, et de- lui envoyer à Londres, le 1" septembre, son contingent mililairt: aiia de raider à recouvrer la Gascogne sur le roi de France (2). Ces derniers actes devaient consommer la rupture qui se préparait, et hâter le dénouement.

Les historiens anglais représentent Jean de fiaiileul comme un monarque faible et sans énergie, incapable du bien comme du mal, et qui, se laissant guider par son conseil et par sa noblesse, dut se résigner à suivre le

(Ij Rot. Pari. I, 113. — Ryley, ifiO-lCS (8) Rymer, 1 1, part, ni, p lf9.

torrent et à marcher dans le sens où le poussait fnvîrw ciblemeot le sentiment national profondément bumilié. Nous voulons croire, pour l'honneur de notre héros, qu'il n*avBlt besoin ni de conseils ni d'influences étrangères pour ressentir vivement son injure et Taffront qui était fait à sa couronne. Quoiqu'il en soit, la guerre fut dès-lors résolue et Jean ne s'occupa plus que de se créer des alliés. Il envoya auprès de Philippe-le-Bel (13 juillet i295) les évéques de Saint-André et de Dunkelden, Jean de Soûles et Engoerrnn d'Umfravill , chevaliers, pour poser les bases d'un Irailô d'alliance offensive et défensive qui fut signé le â3 octobre. Par cet acte le roi de France s'engageait, si le roi d'Angleterre envahissait TEcosse, à attaquer les possessions anglaises, et Jean de Buillcul promettait, si Edouard envoyait une armée en France, de se jeter aVec toutes ses forces sur le nord de TAnglelene. Un second traité, signé le même jour, arrêtait les dispositions d'une union future entre Edouard de Bailleul, fils ainé du roi d'Ecosse, encore très-jeune, et Isabelle, Glle de Charles de France, comte de Valois et d'Alençon, frère du roi Philippe-le-Bel, et de Marguerite de Sicile (1). Isabelle était âgée de deux ans. Son douaire, de 1500 livres sterling dont 1000 en terres, fut assigné ])ar Jean de Bailleul sur ses seigneuries de Bailleul, de Dompierre, de Héltcourt et de Hornoy, en France, et sur

(t) Rymer, 1. 1, part, lu, p. 15S*15S. — Le P. Anselme, 1. 1, p. 100.

celles de « Lanark, Cado, Middiesley, Cunyngham, Hadyngtone et ie chastel de Donde » en Ecosse.

Malgré le soin qu^avait pris Jean de tenir secret ce double traité, il en transpira (]ue](|ne chose, et Edouard, voulant mettre Jean en demeure de se déclarer, le somma de lui envoyer des troupes pour la conquête de la Guyenne, de lui remellre les châteaux de Roxburgh, de Jedburgh et de Berwick comme places de sûreté, et le €ita enfin devant sa cour, à Newcastle, au mois de mars 1296. Jean n'ayant répondu que par un dédaigneux silence, Edouard envahit l'Ecosse à la tète d'une armée de trente*cinq mille hommes, assiégea et prit Berwick qui fut dévastée et où sept mille Ecossais trouvèrent la mort. La fortune ne paraissait pourtant pas se déclarer entièrement ' contre les Ecossais, lean avait envoyé à . Edouard sa renonciation à la vassalité rédigée dans on style fier et noble (5 avril 1296), et dix-huit vaisseaux anglais avaient été coulés bas par sa flotte pendant que ses soldats pénétraient dans le comté d'Yorck. Mais le roi d'Angleterre ayant mis le siège devant le château de Dumbar, Tarmée écossaise, forte de quarante mille hommes, vint lui offrir le combat, et, abusée par nn simulacre de retraite^ se jeta en désordre sur les Anglais qui l'attendaient de pied ferme. Le désastre fut complet : Quinze mille hommes périrent : Dumbar, Roxburgh, Jedburgh, Edimbourg, Stirling^ Perth, Brechin, Forfar et Saint-André ouvrirent leurs portes au vainqueur, et, le 24 juin, le roi d'Ecosse, monté

sur un petit cheval (a galloway)» tenant une baguette

blanche à la main, et suivi de son fils, vint se présenter

devant Edouard qui le reçut dans un cimetière u comme s'il Teut jugé indigne de fouler la terre des vivants (1 y. » Jean s*humilia et s'accusa d'avoir recherché Talliance de la France et porté les armes contre son suzerain, mais le roi d'Angleterre refusa de se laisser fléchir, et, en con* séquence, il força Finfortuné prince à signer à Kîncardîn, le 2 juillet (1296), sa renonciation à la couronne pour lui et pour les siens.

Une abdication pure et simple ne suffisait pas à Edouard. Jean de Bailk ul, libre, et avec l'attrait du malheur, pouvait en France lui susciter de dangereux ennemis, en Ecosse devenir un drapeau. Il renvoya h la Tour de Londres avec son ûls ; mais on s'accorde généralement à reconnaître qu'on y eut pour le monarque détréné tous les égards compatibles avec sa pénible situation. Il n*était que prisonnier sur parole et avait la faculté de circuler librement dans un rayon de vingt milles autour des murs de Londres. On lui avait conservé une suite et un budget convenable, et par nioments, Jean pouvait peut-être oublier. On eutdit que rien ne rattachait plus à son royaume et que ses seules préoccupations fussent pour le pays natal, pour les châteaux de Bailleul et de Uélicourt té-

{{} I.onaiidre, lUo^rrnpliitî d'Abbeville et de ses enviroQS^ p. 8i. — Hist. d'AugIcterre, par Liiigard, U 111, p. 342.

moins de son enfanee : il paraissait ne plus aspirer qu*à

les revoir, et, en altendant, il prêtait toujours de loin une scrupuleuse attention à radministrfrlion de ses biens patronymiques. Trois mois à peine après son abdication forcée et son emprisonnement, le 8 septembre 1296, il souscrivait un accord passé devant la cour d'£u, mettant fin au procès soulevé entre lui et l'abbaye d'Eu relativement à la dimc du mouljii d ilornoy (1). Ceci prouve qu'il avait conservé des relations suivies avec le Vimeu, puisqu*au moment oùlout s'écroulait eh Ecosse, où sa royauté éphémère allait s'abîmer sous les coups de celui qui l'avait édiûée de ses propres mains, il songeait à contester à une abbaye du continent la dîme d'un moulin I

Les historiens anglais ont cru remplir leur devoir en représentant Jean comme un homme faible^ sans aucune valeur morale, et qui descendit avec joie d'un trône pour lequel il ne se sentait pas fait. On prétend même que cinq ans à peine de règne ravaieol tellement désillusionné sur le compte de ses sujets qu'il aurait demandé comme une grâce à Edouard, quand ' celui-ci songeait à le rétablir dans son royaume, de retourner en Ponlhicu pour y vivre dans le repos et dans l'obscurité. 11 est possible que dans le premier moment de découragement qui suit les

(1) Copies et extraits d*actes concernant Ëu, mss. de la Bibl. Saiute- GeneTiève à Pans, F, 80, p. 131.

grandes défaites, le désespoir ait arraché à Jean de semblables paroles, mais qu'elles aienl été, sinon alors du moins par la suite, Texpression véritable de sa pensée, c*est ce dont on ne saurait convenir. Les actes de Jean, après son retour en France, prouvent qu'il n'avait renoncé à aucun de ses droits, et s'il eut été tellement désabusé des grandeurs du monde, pourquoi n^aurait-il jamais cessé de se qualiticr roi d'Ecosse et de porter les armes royales au lieu de celles qu'il tenait de ses ayeux ? On serait beaucoup plus près de la vérité si Ton disait que Jean, prisonnier, n'avait plus qu'un seul but, la liberté, et que celle liberté fut le prix de la déclaration du I*' avril 1298 par laquelle il prit rengagement de ne plus Intervenir dans les affaires de l'Ecosse (1).

11 était certain, quoiqu'on en dise, que la Tour de Londres ne devait plus ouvrir ses portes devant le royal captif, à moins que le vainqueur n'eut brisé dans sa main le dernier tronçon de son épée. Que ne ferait pas le prisonnier pour respirer Tair pur, pour voir le ciel bleu sur sa lèle? Quels que soient donc les term'es employés par Jean dans sa déclaration , quelles que soient les plaintes qu'il y ait faites contre ses sujets, elles ne doivent et ne peuvent rien prouver ni contre lui ni contre eux : à moins que l'on ne parvienne à démontrer l'entière sin« cérité d*un acte écrit dans une prison, devant une porte

(1} Prynne, 665. — Brady, tU, append. 28.

qu'il peut ouvrir à Tinstant ou fermer pour jamais. Le roi de France n*avait d'ailleurs pas oublié son ancien allié, el le nom de Jean de Bailleul était prononcé dans les préliminaires du traité de paix que le pape Boniface s'effSorçait de faire conclure entre les deux souverains de France et d'Angleterre. Ce fut pourtant seulement le 14 juillet iâ99 que Jean mit le pied sur la terre de France, à Wissant, où il fut remis à lëvèque de Yicence, légat apostolique, pour que le Pape prononçât sur son sort (i). C'était la liberté!

Jean de Bailleul revint alors à Bailleul et à Hélicourl, et, reprenant son rang parmi la noblesse du pays, il vécut désormais comme un simple gentilhomme. Nous avons retrouvé cinq pièces sur lui pour cette dernière période de son existence : Quatre sont émanées de lui et commencent ainsi n Jehans, rois d'Ëscosse et sires de Bailleul en Vimmeu ; » dans la cinquième, émanée des officiers du roi d'Angleterre en Pontbieu, t1 n*est désigné que comme « Jehans, sires de Bailluei, chevalier, » et c'est tout simple ; les officiers anglais et le roi d'Angleterre ne pouvaient plus voir en lui le roi d*£cosse puisquMIs l'avaient dépouillé de son rang et de son litre. A l'une de ces chartes est encore suspendu le sceau de Jean : C'est le seul, peut-être, qui ait été conservé. Ce sceau, d*une remarquable simpiicilé (â), est privé de tous les attributs

(1) Rymer, 1. 1, part, m, p. S08.

(S) Voir la Planche placée au oommencenient du Tolume.

(Je U royauté. Il porte ua écusson chargé des armes royales d'Ëcosse, à'or m iton de gueuks dam un d^Me treicheur flmranné et eowtnfteuronné di même. De la légende il ne

reste plus que ces mois : « f S REGIS SCOCIE »

encadrés dans ua double filet circulaire (i) ; mais il est facrle de la réliibUr telle qu'elle devait être : a f S« JO- HANNJS DE BALLOLIO REGIS SCOCIE u Ce monument, d'une grande importance, prouve un fait inconnu jusqu'ici, c*est que Jean de Batlleul, au lieu d'ècarteler ses armes patronymiques, d'hermines à l'écu de gueules, des armes royales d'Ecosse, quitta les premières pour adopter les secondes, pleines et sans brasure, et qu'elles devinrent, à rcxcUision de toulcs auUcs, les siennes et celles de son fils Edouard.

Le 23 novembre 4302, Jean de Bailleul écrivait à « nostre très chier seigneur et bon ami et nostrc espérance emprès Dieu » Philippe, roi. de France, pour le prier d'unir sa cause à la sienne, et de poursuivre en commun le redressement de leurs giiefs contre le roi d'Angleterre (2). On ne voit pas que celte, prière ait jamais été exaucée, et cette lettre missive fut assurément le dernier effort tenté ppr Jean pour reparaître sur la scène politique.. Malgré les formules d'humilité destinées à attendrir Philippe, Jean parle en roi et traite de

(1) Afcbtves de TEinpire, Trésor des Gliartes, carton J, 6SS, pièee S. (8) Ibidem.

puissance à pais$aDce, Philippe lui répondit-il? Od l'ignore. ^ Cette dernière espérance lui échappant, lean'ne devait plus, comme il 'le dit lui-même, espérer qu'en Dieu. Sa lettre est datée de « Bailleul, le jour de Teste Saint-Clément. » Le roi détrôné habitait donc alors le château de ses ancêtres^ ce château où le reléguait un roi d'Angleterre cl qu'un roi d'Angleterre devait détruire.

£n {304, Jean de Bailleul vendit â la ville d'Abbeville tout ce qu'il avait « en icelle ville et rivière, de Somme pour raison de travers, de coutume et de rente » : il y avait été autorisé par une charte du roi Philippe-le-Bel du mois de septembre de la même année (1). Le droit de travers était un droit féodal que les seigneurs percevaient sur les marchandises transportées à travers leurs terres d'un lieu dans un autre (â)-: 11 existait aussi bien sur les routes que sur les rivières ; on en trouve dans le Pontbien de fort nombreux exemples. Sur les rivières, on s'assurait la perception de cet impôt forcé en tendant d'une rive à l'autre une chaîne de fer ^ il fallait payer pour passer.-Le droit de Jean de Bailleul, son travers sur la Somme s'appliquait aux barques chargées de vin : C'est ce qu'à Abbeville on nommait encore au siècle dernier l'acquit de BaUUul (3). La charte originale constatant cette vente

(1) B. 1. — Gab. des Gbiirtes, GC, S4S.

(t) Dictionn.bistor. des Instttations de la France, par A. Chérael,t. II.

{S) Biogr. d'AbbevUle et de sea envirous, par Louaudre, p. 38.

et scellée du sceau de Jean de BaiUeui existait encore intacte dans Targentcrie de i'édievîDage d*Abbeville, en 1650(1).

Le 2 décembre de la même année, Jean « rois d Kscosse et sires de Bailleul en Yimeu » vendit à Hugues, abbé de Sery (2), tout ce qu'il possédait dans le bourg d*Oisemont, sauf la haute-justice et la vicomlé, moyennant la somme de 2,376 livres. Ces biens consistaient en terres, droits et revenus ainsi détaillés : 164 cbapons de cens annuel sur certaines masures d'Oisemont, 21 livres 4 deniers parisis de rente sur quarante journaux de terre, un four banal, vingt journaux de terre dont moitié en labour, tous ses droits sur dix-sept journaux de terre amodiés par lui à la léproserie d'Oisemont, et enfin son droit de justice sur le tout, ce qui était estimé valoir 85 livres 16 sous de revenu annuel (3). — En 1314, il servit au comte de Pontbieu un aveu pour sa cbàtellenie de Uélicourt (&). Il possédait à Rue des terres qu'il tenait aussi du roi d'Angleterre et sur lesquelles il avait fait dresser

(1) Uml. des mayeurs (1*AbbeviUe, parle P* Ignace de Jésus-Mana, (Jacques Sanson), p. 241 et 263.

(2) Uugaes de Caimessières, qui gooTerna Tabbaye de Sery de 1196

(S) notice histor. sur ràbbsye d0 Sery, par U. Dany — voL IS des Mém. de la Société des AntiquaireB de Picardie, p. SSS, — et Biet. mannac. de Pabb. de Serf, par D. Sauvage, 96i, Bibl. Sainte^enerièTe.

(4) Lettre de H. Le Ver ear Jeao de Bailleul, pabl. dans la Bévue

Anglo-Française, déjà citée.

des fourches patibulaires, embinuc de la haule-juslice. Le sénéchal de Ponlhieu prélendit que ce fait portait atteinte aux droits de son maître» et il assigna Jean à comparaître devant Robert de Villeneuve, bailli d'Amiens ; mais le sénéchal n'ayant pa produire des lettres de commiitimus adressées au comte de Ponthieo, le bailli renvoya, par lettres du 17 septembre 4312, les parties devant le plus prochain parlement (1). Le roi d'Angleterre n*avait pas attendu jusqu'à ce jour pour donner à Jean de Bailleul des preuves de sa haine: Le 12 août i30S> il avait confisqué toutes les seigneuries qu'il possédait en Angleterre, celles de Torkeseye (comté de Lincoln), de By well, de Wodehorn et de Dryfeld (comté de Nortbumberland), de Kempeston (Bedfordshire), de Tottenham (Middlesex), et le château de Fotheringay (comté de Norlhampton), cl les avait données à Jean de Bretagne» comte de Richemond (2). Il no s'en tint pas l|t, et, par son ordre, lean deLannoy, sénéchal de Ponthieu, accusa eu 1314 Jean de s'être rendu coupable à Hélicourl et « ès appartenancbes séans en \immeu » de « pluseurs entrepreseures» meffais, et trespas » c'est-à*dire d'usurpations, de pillages et de meurtres. L'affaire était grave, cette fois ^ il s'agissait de crimes et non plus de simples

(1) Bureau des finances d'Amiens, layettes de Ponthieu. — Pftp. de D. Grenier, vol. fi7 bis, ISS, aux Mss. de U Bibl. imp.

(i) hjmer, 1 1, part iv.

délits. Jeon de Bailloul sVn rolira pnurUint heureusemeott à la faveur d'uoe amende de ce wjt vins livres parists » versées on deux annuités entre les mains du receveur de Poathieu. En effectuant ce paiement, pour la garantie duquel il engageait sa terre de Uélicourl, Jean renonçait « à tout privilège de croix prinse et & prendre, espéciauraciiL au privilège de le crois de Icquele on a comenchié à prescliier pour le voiage d'Outremer, » le 4 mars 1344 (i). — La même année et à peu près à la même époque, Jvùd doiuia à Renaud de Picquigny, vidame d'Amiens, son cousin , une rente de 30 marcs sterlings à prendre sur toutes ses terres et particulièrement sur celle d'IIornoy : Renaud lui servit aussitôt un aveu pour ce fait (2).

Telle est la dernière mention qui soit faite de Jean de Bailleuldans l'hisloire locale du Ponlhieu. 11 mourut vers le mois d'octobre ou novembre 1314 : Ceci résuite d'une lettre écrite le 4 janvier 1315, par le roi d'Angleterre au

roi de France pour rinformer de la mort rccenlc de Jean de Baiileul, «c Gum dominus Jobannes de fialiolo viam univers» carnis, ut accepimus, sit Ingressus (3). » Cela

résullc également des calculs approximatifs empruntés à

(1) Pap. da D. Greoier, toI. supplémentaire, S9S, pièce originale, 99.

(S) Reg. des arrêts do Parlement, airêtdu 5 septembre 1S6S — et ansid D. GsflBaox, recherches sur lt>s BaOleal, Bibl. imp. Gsb. des titres, mes. Généalogies A-B, T, p. iS.

(S) Rymer, 1. 11^ part i, p* 7S.

M. Le Ver pour arriver à fixer le mois de cotfc mort, et que l'on a déduits plus haut de telle manière qu'il serait superQa d*y revenir.

' Jean avait épouhé Isabelle de Varcnncs, fille de Jean de Varennes, comte de Varennes, de Surrey et de Sussex, et d*A1faîs de La Marche, deuxième fille d*Hugues X, comte de La Marche, etd'Lsabcllc, comtesse d'Angoulème. Jean de Yarennes était le petit-fils d'HamehUt fils bâtard de Geoffroy Y, comte d*Anjoii, dit Plantagenet, et conséquemment frère d'Henri II, roi d'Angleterre. Hamclin avait épousé Isabelle, comtesse de Yarennes et de Surrey dont il avait transmis le nom et les iitres à ses descencdants. (Armes: échiqueté d'or et d*azur] (1). De celle union naquirent seulement deux fils :

I* EoouàRO DE Bailleul, roi d*Eoosse, qui suit ; 2* Henri de Bailleul, tué par les Ecossais i Annan,

le 16 décembre 1332. — Sans postérité (2).

Ylfl. ËooiTARD DE Bailleul , roî d*Eco8se, sire de

Bailleul-cn-Yirncu, Hélicourt, Dompierre cl liunioy.

On ignore l'époque de sa naissance, et Tbisloire fait mention de loi pour la première fois à propos de son mariage projeté par son père, Jean, alors roi d'Ecosse, et

(1) Le P. Auseline,^ l. Y, i». 26-S8. — Imbof, Geaeal. Anglicœ, part, ii, cap. II.

(3) Peerage of Scotland, by sir Roberl Douglas, t.i, p. 611-614.

Philippc-Ie-Bel, roi de France, le 23 octobre 1295, avec Isabelle» fille de Charles de France^ comte de Valois et d'Àlencon, frère de Philippe-le-Bel, et de Marguerite de Sicile. La fui Lire n'était âgée que de deux ans, et il est probable qu'Edouard devait être également fort jeuoe ; mais cette alliance qui aurait introduit Edouard dans la maison royale de France, n'eut pas lieu, à cause des événements qui firent perdre à son père le troue d'Ecosse, et Isabelle épousa en 1297 Jean III, duc de Bretagne» âgé de dix ans (1). Edouard suivit son père en France et il y vécut jusqu'à la mort de celui-ci, jusqu'à la fin de Tannée 1314. À cette époque il passa aussitôt en Ângleterrc pour implorer la protection du plus cruel ennemi de son père, qui se trouvait être son suzerain à cause du Pontbieu. Le roi l'accueillit favorablement; peut-être avait-il déjà des vues sur lui. Il écrivit en sa faveur au roi de France et le pria de recevoir Renaud de Picquigny, vidame d*Âmiens, chargé de la procuration d'Edouard afin de lui rendre les devoirs féodaux que celui-ci lui devait pour son patrimoine (2J. Cette démarche avait un but intéressé, si bien caché que personne n'a pu le dé^ couvrir : pourquoi Edouard aurait-il rempli par procu-' ration ses devoirs féodaux, puisqu'il revint presqu'aussitèt en France et retourna ensuite en Angleterre où

(1) p. Anselme, 1. 1, p* iOO. * (S) Rymer^ t. part, i, p, 75.

il alla le 2 septembre se présenter devant Jean Sandale, chancelier du roi « ia hospitio 8U0 juxta Âlgale Loadon (I). »

Pendant neuf ans Edouard de Bailleul résida assidument en Pontbieu. En 1324 il fut de nouveau mandé en Angleterre par le roi qui à cette occasion lui délivra un sauf-conduit valable depuis le 2 juillet jusqu'à la Toussaint En i327« il en reçut un semblable du Id juillet à Noël, el enfin en 1330 il lui en fut délivré deux, un le âO juillet, pour tout le temps qu'il voudrait passer en Angleterre» et le 1 7 octobre un second pour une année (2) . Il est évident qu'Edouard avait reconquis une certaine influence à la cour d'Angleterre, et que le roi lui témoignait une faveur marquée II le traitait alors plutét en prince qu*en simple chevalier. Il est permis de supposer qu'il nourrissait des projets sur lui» mais la question principalCt la plus difficile à résoudre, est de savoir quelle part Edouard prenait m% combinaisons qui germaient déjà dans l'esprit du roi. On a prétendu que ce dernier avait envoyé auprès d'Edouard de Bailleul un gentilhomme écossais réfugié en Angleterre pour lui faire entrevoir la possibilité de recouvrer la couronne de son père sous un assez bref délai. Mais les fréquents voyages d'Edouard de Bailleul en Angleterre et la considération que lui témoi-

(8) Rymer, t. II, part, t, p. S7.

(1) Rymer, t. II, part. u,p. iO»» t93; t lU, p. 45-61.

gnaii le roi prouveraient le contraire et qu'il n'y aurait pas eu besoin d*intermédiairo entre lui et Edouard IIL

L'histoire d'Edouard de Bailleul est une véritable odyssée, et f^cs aventures, si l'hisloiro ne les avait enregistrées, sembleraient plutôt appartenir à la fable ou au roman. Notre intention n*est pas de refaire Tbistori que du règne d J Edouard de Bailleul. Ce règne ne touche d'ailleurs qu'indirectement à la question que nous nous sommes proposé de traiter, car elle n*a d*autre objet que de revendiquer , pièces et })reuves en main , Jean et Edouard de Bailleul pour le Ponthieu. On passera donc Irès-brièvemenl sur ces faits connus de tous, rapportés par* tous les historiens de F Angleterre et de l'Ecosse, et sur lesquels il n'y a ni confusion, ni erreur» ni discussion possibles.

Les circonstances étaient favorables à Edouard : les réclamations des barons anglais, possesseurs de terres en Ecosse qui ne leur avaient pas été rendues malgré les termes du traité de paix, avaient excité une certaine fermentation en Ecosse : Edouard en profila pour recruter une petite armée avec laquelle il débarqua à K ii^'horn, dans le Fife, le 6 août 133^. Le roi d'Angleterre avait refusé de prêter son concours officiel à cette expédition, mais il la toléra, et la balaïUe de Dupplin (1^ aoùl), et la défaite de Tescadre écossaise dans le Tay août,) rétablirept Edouard sur le trdne de son p6re. Le 2& septembre il fut couronné à Scone, par Tcvèque de Dunketd,

et le 23 novembre il fit hommage à Edouard II] pour son royaume d*£coss6« reooDOUt sa sazeraineté et s'eiH gagea à venir en personne au secours de son nouvel allié

cbaque fois qu'il en serait requis (1).

Edouard avait rompu tout d'abord» on le voit» avec les traditions paternelles, et tandis que Jean s*était acquis

Taffection et Teslime de l'Ecosse en tirant l'épcc pour son indépendance, Edouard s'aliéna de suite le cœur de ses sujets par sa déférence servile pour le roi Edouard IIL Aussi, dès le mois de décembre^ surpris pendant un armistice, n'eut-ii que le temps de passer la frontière à la hâte, presque seul, après avoir perdu en un jour le terrain qu'il avail mis trois mois à conquérir. Le 3 mars 1333, Ja guerre était déclarée par l'Angleterre à l'Ecosse, et l'armée anglaise, commandée par Edouard de Bailleul lui-même, mettait le siège devant Berwick qui tomba en son pouvoir. Rétabli sur son trône par les armes anglaises, Edouard ne devait jamais y être solidement affermi et son règne ne fut plus dès lors qu'une longue guerre civile, qu'une rapide succession de victoires et de défaites. D'Edimbourg so capitale, où il siégeait en roî, il passait sans transition dans le nord de T Angleterre, serré de près et n échappant que par miracle aux poursuites. Edouard de Bailleul réalise enfin le type du partisan couronné. Tantôt roi, tantôt fugitif, tantôt à la tète d une armée nationale, tantôt placé par une commis-

(t) Rymer, t. S, part 3, p. 84-8S.

sioii royale à la tète de rarmée anglaise pour défendre les

frontières anglaises contre ses propres sujets, tantôt riche, tantôt à la solde d'Edouard lil et recevant jowr par jour une modique somme à peine suffisante pour nourrir les quelques pcj sonnages qui s'étaient attachés à sa fortune. Rien ne pourrait donner une idée plus complète de cette existence agitée, remplie de tant de brusques contrastes et de vicissitudes diverses, que rénumération succincte de^ actes conservés dans le précieux recueil de Rymer et constatant les rapports d*Edouard et du rot d*Angleterre peiidaiiL les quatorze aauccs de son règne. C'est ce que Ton va faire.

Le 18 juin 1334, Edouard III confirmait à Edouard de

Baillcul la propriété des terres de Botel, de Kenmorc et de Kirkandre dans le comté de Dumfries, comme les ayant reçues de ses ayeux et pouvant les transmettre à ses descendants. Le 27 janvier 1336 il lui donne une pension de 5 marcs par jour, et le 3 octobre 100 livres pour l*aider à payer les dépenses de son hôtel. Il lui donne 20 livres, le 3 janvier 1338, et le 3 mai 4339 il convient de lui assurer 30 sous par jour peudanl la paix et 50 sous pendant la guerre. — Quoiqu'il fut qualifié mogmficu$ princeps, Edouard de Baîlleul n*élait qu*un assez pauvre sire, — Il reçut, le iiO octobre 1339, une commission royale pour commander l'armée anglaise destinée à opérer contre les Ecossais. Le 28 juillet 1341, il toucha 100 livres et le 1'' août suivant il fut de nouveau mis a

la tète de l'armée anglaise. Edouard enfin protesta, par

un acte du 4 mars 1351, ( onU e le traité passé entre le roi d'Angleterre et les Ecossais, et Edouard III lui donoa acte de sa protestation.

Toutes ces infortunes n'empêchaient pas Edouard de BaiUeui de se divertir et il parait qu'il aimait passioné* ment la chasse. Le roi d'Angleterre loi avait accordé Tautorisation de chasser dans sa forêt d'Ingelwood, pendant qu'il était sur les frontières d'Ecosse, i^ouard en profita et y tua i9 cerfs, 14 biches» 17 faons» 2 daims» 4 daims de trois ans, 13 daines, 1 faon de daim et 2 chevreuils; mais il avait invité plusieurs barons du voisinage à partager son royal déduit, et il se crut ohligé de demander au roi d'Angleterre de ne pas sévir contre eux, ce que le roi lui accorda le 3 décembre 1355.

Enfin, le 20 janvier 1356, vaincu par la mauvaise for^ tune, Edouard de Bailleul, par un acte solennel pasî^ô à Rokesbury, abandonna au roi d'Angleterre son royaume d'Ecosse, sa terre de Galloway et tous les biens qu*il avait dans ce pays, moyennant une somme de 5,000 marcs sterlings et une rente annuelle et viagère de 2,000 livres sterlings^ payable en quatre termes, à Pâques à l.i Naliviic de Saint-Jean-Baptiste, à la Saint-Michel et ' à Noël, et enfin l'acquittement de ses dettes. Le 12 mars Edouard III délia Edouard de Bailleul de son serment de fidélité et inaugura, le 23 avril, la série des paiements trimestriels de sa rente.

Edouard s*6tait retiré dans la seigneurie de Haylefeld

(comté d'Yorck), appartenant au roi d'Angleterre, où il se livrait au plaisir de la chasse et de la pèctie dans toute rétendue de la seigneurie et du pare : 11 y était pendant les mois de septembre et d'octobre i35G, et, en compagnie de plusieurs nobles du voisinage» il tua en plusieurs fols» 16 cerfs, 6 biches^ 8 daims, 3 faons, 6 chevreuils, i daim de 3 ans et 1 daim d'un an , cL il pécha dans les étangs 3 a luz » de trois pieds et demi, 20 de deux pieds et demi et StO de deux pieds de longueur, 80 brochets d'un pîed et demi et G d'un pied, i09 perches, tanches et a skelys » et 6 brèmes. Cette fois encore il pria Edouard III de pardonner leur fait de chasse aux barons qui l'avaient accompagné sans l'autorisation royale (1).

Parmi les nombreuses erreurs accréditées par tous les historiens et toutes les biographies sur le compte de la famille de Bailicul-cn-Vimeu en général et d'Edouard de fiailleul en particulier, se trouve celle-ci, qu*à. partir de sdh abdication, c'cst-a-dîre depuis le 20 janvier 1356, Edouard disparait complètement et que le lieu de sa retraite et Tépoque de Fa mort sont également inconnus NjOus sommes en mesure de recli6cr cette dernière erreur et c'est encore Rymer qui nous fournit les preuves nécessaires.

Edouard doBinlIeul, qui n'avait plus de propriétés en (1) Rymer, t. S, part. 1 et S, pouiin.

Ecosse, n'en avait j^-is davantage en France. En 1331» sous le prétexte d'un homicide commis par lai sur la personne de Jean du Gandas, le roi de France avait saisi son château de Dompierreel la moitié de sa terre d'IIornoy. Plus tardfpour tirer vengeance de lalliance d'Edouard avec le roi d'Angleterre, Philippe VI avait confisqué le reste et donné le tout (c'est-à-dire tout Hornoy) à Ferry de Picqaigny* seigneur de Heilly. 11 ne restait plus à Edouard que Bailleul et Hélicourt. Or, le 27 mai 1363, par une charte datée du manoir de Whetlay près de Doucaster, où il est dit résider, l'ex-roi d'Ecosse, qui se qualifie encore « Edwardus, dei gratia, rex Sootorum t» donne au roi d'Angleterre, en reconnaissance de ses largesses et de la protection qu'il lui avait accordée contre ses ennemis, le château et toute la terre et seigneurie de Hélicourl-en-Vimeu, et le jour même le roi^ acceptant la donation de a li noble et trës-excellent prince sire Edvrard de Baillioll, roi d*£scoce » ordonne à Girard de Bautersheim, son sénéchal de Punlhieu, de s'en mettre en possession (1). De ses biens patronymiques il ne restait donc

(t) Bymer, t 3, part S, |*. 77. Après la soumission da Pontbieu, le château de Rélicoart ftit donné par le roi Cbarles V À Martelai dn Mes» nil, premier èciqrcr da corps et maître des écuries da roi, en reconnaissance de ce qa^il avait ooatribué puissAmment à faôe rentrer la Ponfbleu sons l*obéissance da roi. Peu après, celte terre lui Ait retirée etréouie au domaine; en édiauget il reçut 3^000 francs par lettres da M jain 1878. (P. Anselme, t. Vllt,p. 468). Par son ordonnance générale sur la police du royaume, Qiarles VI nomma un capitaine du cLàteau

plus à Edouard que le château dont il portait le nom. Cette pièce prouve doue qu Edouard n'avait conservé aucun projet de retour dans son pays natal» et qu*il babilait à Whellay, près de Doncasler, sept ans après l'époque depuis laquelle les historiens déclarent avoir perdu A.t-U'tU^ sa trace. Le manoir de.Wbqtltfy était-il son domicile habituel? Il est permis de ne pas le croire si l'on s'en rapporte à la vie errante qu'il parait avoir menée dans le Nord de l'Angleterre depuis Tannée 1355. On peut toujours affirmer qu*à partir de 1356 il ne quitta plus l'Angleterre, et pourquoi n'admettrait-on pas que ce serait à Whetlay qu'il serrât mort vers la fin de Tannée 1363 ?

Le 30 mai de la même année Edouard III remit à Edouard de Bailleul et à Guillaume de Aldburg les droits de sceau qui auraient dû lui revtsnir à cause de la donation

qu'il leur avait faite d'une rente de 10 livres à prendre sur «c la haie de Willeye dans la forêt de Sbirwood» » et dont ils pouvaient disposer, après la mort de Jobn

Attwode, en laveui- de la Uiai treube de Beiieval. Trois

de Hélicoui t dont les gages furent ré-duits ù 50 livres au lieu de 100 livres lounioii qu'il touchait précédemment, le 25 mai i 4 i 3 (Mss de D. Grenier, img. 24- lettre lï, f' )56, Bibl. inip.)— En U92, Jeau de Luxembourg^ avec ses bourguignons, et Baoul Le boulillitT, avec 300 anglaiS; s'empanHenl du chàleau de Hélicoml ; en vertu d'un ordre du ^ comte de Warwick, du 30 septembre 1422, le château de Ilélicourt et les châteaux de Longroy, de TiUoy et d'autrea encore furent déiiK>li6 de fond en comble. (Gliron« de MonBtrelet.)

jours auparavant, Edouard deBailleul déclarait demeurer à Wheduy* et le 6 sepleiubre 1365 Raoul de Coucy se portait comme son héritier devant le Parlement de Paris. Il est donc fort possible, presque probable même, qa*EdoQard mourut à Whellay, près de Doncaster, à la fin de 1363, mais il est positif qu'il était mort avant le 6 septembre 1365. Raoul de Gooey plaidait alors pour Thommage de ' la seigneurie d'Hornoy apparlenant à Hugues de Melun, seigneur d'Antoing» à cause de sa femme, et que Raoul réclamait comme seul héritier d*Edouard, par Guillaume de Coucy, son père, fils et héritier d'Enguerran de Giiines, seigneur ^e Coucy, et de Chrétienne de Bailleul iille de Thomas de Railleul, frère puîné de Jean de RaîlleuU et par couséquent oncle d'Edouard dont Chrétienne était lu cousine-germaine.

On n*a pu découvrir si Edouard de Bailleul avait été marié : Il est certain qu'il n'eut pas d*enfants, puisque Raoul de Coucy, son cousin, réclamait son héritage^ et avec lui s*éteignit la maison de Bailleul-en-Vimou.

riN.

Page 1