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nettement du côté des Français, et l’armée anglaise est complètement défaite ; le comte de Lincoln, et beaucoup d’autres réussissent à se dérober, grâce à l’approche de la nuit, mais tout le convoi tombe aux mains de l’ennemi, ainsi que de nombreux prisonniers, parmi lesquels un des chefs, Jean de Saint-John (1).
Une partie des fuyards arriva à la nuit tombante à Bonnegarde, la ville que les Anglais avaient voulu ravitailler ; mais les habitants qui avaient déjà appris ce qui s'était passé à la bataille, fermèrent les portes de la ville et ne les laissèrent pas entrer, en les réprimandant de ce qu’ils avaient délaissé si traitreusement leurs compagnons et leur valeureux comte (2). Ces Anglais devaient donc être de ceux qui s'étaient enfuis après la première défaite, et il est très probable que Jean de Bretagne se trouvait parmi eux.
Cependant, Henri de Lacy, ayant erré pendant toute la nuit, arriva vers le matin à Peyrehorade, et les débris des troupes, s'étant réunis, revinrent à Bayonne (3).
Essayons maintenant de dégager de cette description ce qui se rapporte au rôle joué par Jean de Bretagne dans cette bataille. Il faut le dire : à Bonnegarde comme à Rions ce rôle ne fut pas brillant. Dans l’un comme dans l’autre cas, il y avait eu panique et fuite au camp anglais, et chaque fois Jean de Bretagne fut parmi les premiers fuyards. Il sauva sa liberté et sa vie, mais à quel prix! Sans doute on ne saurait se prononcer nettement dans une cause dont les détails restent obscurs, mais le témoignage des contemporains doit être recueilli et pesé. On a déjà vu que les habitants de Bonnegarde avaient jugé sévèrement ceux qui, comme Jean de Bretagne, s'étaient enfuis en laissant en détresse leur comte. Les chroniqueurs se taisent pour la plupart, peut-être pour ménager le neveu du roi; mais est-ce sans intention qu’en passant Jean de Bretagne sous silence, ils font ressortir le courage déployé par le comte de Lincoln et Jean de Saint-John ? (4)
(1) Les trois phases consécutives de la bataille peuvent être distinguées assez nettement chez Gurarr. La chronique française de GuicL. Scorus (Histor. de Fr., t. XXI, p 203) dit aussi que les Anglais revinrent à deux reprises à la charge.
(2) HeMINGBURGN, t. 1, p. 74.
(3) HEMINGBURGR, loc. cit.
(4) Le comte de Lincoln est appelé « comes strenuus » chez KNIGHTON, «comes strenuissimus » chez HEmMINGBuRGn. Voir aussi NicoLas, ouvr. cité, p. 5. Quant à Jean de Saint-John, son courage est certainement favorablement jugé par tous les
no
Est-ce sansintention encore quelerimeuranglais, Pierrede Langtoit, a jugé sévèrement James de Beauchamp, qui prit la fuite en même temps que Jean de Bretagne à la bataille de Bonnegarde, - mais, moins heureux que lui, se noya dans la rivière ? » Sir James de Beauchamps la bataille a guerpye » Of molz de nos Englays de sa couardye » En fuyant se nayt, allas! la villainye (t. II, p. 282).
Quant à Guiart, il juge fort honorablement Henri de Lacy, ainsi que Jean de Saïint-John (1), tandis qu’une légère pointe d'ironie perce chaque fois qu’il fait mention, dans son récit, de Jean de Bretagne. Prenons, par exemple, la première mention de sa présence dans l’armée :
€ Lors fu là Jehan de Bretaingne, qui mieux s’amast à Oistrehan (2), » c’està-dire quelque part très loin du champ de bataille. L’impression se précise davantage ensuite dans la description de la fuite de Jean de Bretagne:
» Du champ part Jehan de Bretaingne, » Que li contraire ne l’accrochent.
» Tiex C aveuc lui en descochent,
» D’eus garantir entalentez.
» Qui tuit sont richement rentez. »
Le tableau est assez frappant ; il nous présente Jean de Bretagne fuyant l’un des premiers du champ de bataille, entouré d’une centaine de seigneurs, tous riches et désireux de se mettre en sûreté (3).
On peut donc dire d’une manière assez certaine que les contem-
auteurs. Beaucoup le montrent s’engageant avec audace dans un détroit devant lequel doivent l’attendre les Français, et il est même curieux de constater que les chroniqueurs, qui voient dans ce fait un acte de courage, sont précisément ceux qui semblent ignorer complètement la présence de Jean de Bretagne dans le premier corps de l'armée de ravitaillement. Voir aussi NicoLas, ouv. cilé p. 43, caractéristique de Jean de Saint-John.
(1) « L'autre [armée] doit (qu'aucun n'i puist nuire) » Jehan de Saint-Jehan conduire ; . » Cèle est:jointe de bonne escole ; » La tierce a le comte de Nichole » Quine se va pas tapissant (vers 13459-63.) » (2) Oistreham se trouve en Normandie et a été choisi parmi les lieux éloignés pour rimer avee la ligne suivante, qui finit par « Saint Jehan». (3) Comparer avec la description de la fuite du comte de Lincoln, vers 13677-84.
porains, anglais comme français, n'avaient pas jugé favorablement la conduite militaire du neveu du roi, et les faits qu'ils font connaître justifient cette sévérité.
La bataille de Bonnegarde fut la dernière opération notable de la guerre en Guyenne. De menus faits d’hostilité se produisirent encore, et le comte de Lincoln continua de renforcer son armée jusqu’au 9 octobre 1297, jour de la trève conclue à Vyve-Saint- Bavon. En ce qui concerne l’Aquitaine, cette trève devait durer jusqu’au 6 janvier 1298, mais, en fait, elle fut continuellement prorogée jusqu’à la conclusion définitive de la paix (20 mai 1303). Le théâtre de la guerre s’était depuis longtemps transporté en Flandre.
Si des opérations militaires nous passons aux faits d’administration, nous constatons que, malgré sa position subordonnée depuis l’arrivée d’'Edmond, Jean de Bretagne avait continué de jouer un rôle assez important dans le gouvernement du pays. On sait, par exemple, qu’il délivra à des marchands gascons des lettres patentes contenant des sauf-conduits pour aller en Angleterre (1), et obtint du roi le pardon de gens qui avaient été mis hors la loi (outlaws), mais qui avaient depuis rendu des services considérables pendant la guerre (2). C’est lui qu'on retrouve aussi en compagnie de Jean de Saint-John et d’Amanieu d’Albret, comme membre d’une commission chargée d'évaluer les pertes subies à La Rochelle par un habitant de Bayonne (3). Lorsque le roi veut montrer sa protection aux frères Mineurs de Bayonne, il les recommande par ses lettres à l’attention du maire et des jurats de Bayonne, du sénéchal Jean de Saint-John et de Jean de Bretagne (4).
Mais le souci principal de ce dernier à cette époque fut d'aider le lieutenant à trouver de l'argent et des vivres nécessaires à la continuation de la guerre. Le comte de Lincoln, dès sa nomination, avait déjà été presque entièrement abandonné par Édouard à ses propres ressources, Car la nation anglaise devenait de plus en plus récalcitrante à soutenir la querelle de la Gascogne. Ce fut la Gascogne elle-même qui dut dèslors fournir l’argent et les troupes
(4) Cal. Pat. r., t. 1292-1301, p. 245, an. 1297, 1 avril. (2) Cal. Pat. r., t. 1292-1301, p. 350, an. 1298, 13 mai. (3) Cal. Pat. r., t. 1292-1301, p. 234, an. 1297, 12 février. (4) R. G., n° 4810, an. 1296.