‹ Jean de Bretagne Comte de RichmondChapitre 17 sur 51 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Quant à l’armée anglaise, des renseignements fort intéressants sur son compte se trouvent dans le Falkirk Roll of Arms (1), qui nous donne la liste des chevaliers bannerets. On y apprend que les Anglais étaient divisés en quatre corps. Le premier, sous le commandement du comte de Lincoln et composé de 21 bannières ; le second, sous le commandement de l’évêque de Durham, 26 bannières ; le troisième, conduit par le roi même et formant le gros de l’armée, 46 bannières ; et le quatrième sous le commandement du comte de Warenne, 18 bannières (2). Le total complet des bannières était donc de 111. Dans la suite du roi, sont mentionnés en premier lieu des personnages bien connus : Thomas, comte de Lancastre, le comte de Warwick, Henri de Lancastre, et à la quatrième place Jean de Bretagne (3). Sur le rôle, la mention de chaque personnage est suivie par la description de sa bannière. Celle de Jean de Bretagne porte un échiquier d’or et d’azur avec un quartier d'hermine et une bordure d’écarlate, chargée de léopards d’or (4).

Quoiqu'’on ne puisse douter, après tous ces détails, que Jean de Bretagne ait pris part à la bataille de Falkirk, il faut constater

(1) Ce document est publié par GouGnx, pp. 129-161.

(2) Corron (pp. 343-44) indique aussi la disposition de la troupe anglaise en quatre corps, mais les nombres de bannières qu'il prête à chaque corps sont un peu différents : 1°* corps, 23 ban.; 2° corps, 23 ban.; 3 corps, 40 ban.: 4° corps (arrière-garde), 25 ban. La somme lotale des bannières reste la même : 111.

(3) Gouau (p. 143) publie un Skotik Roll, donnant une série de lettres de protection. Nous n'y avons pu relever qu’une seule mention relative à un personnage se trouvant dans la suite de Jean de Bretagne. Ce personnage est nommé Eustache d’Avesyn (p. 50).

(4) Goucu, p. 143. Falkirk Roll of Arms : «Jehan de Bretayne: porte chekere dor et dasur od le cauntel d’ermine et la bordure de goules poudre de lupars d’or ».

Cette bannière est décrite aussi par le poète du siège de Carlaverock. Voir Nicocas, Carlaverock, p. 24. ù

« Banière avoit cointe et paree » De or et de azur eschequeree » Au rouge ourle o jaunes lupars » Dermine estoit la quarte pars. »

Ceci est un exemple intéressant de la combinaison de différentes armes sur une bannière. Les armes des Dreux, ancêtres des ducs de Bretagne, étaient un échiquier d’or et d'azur; à l'alliance de cette maison avec l'héritière de Bretagne, les armes de Bretagne (hermine) y furent ajoutées en quartier, et l'enseigne des rois d'Angleterre (écarlate chargée de léopards d’or) s’ajouta en bordure à la bannière que Jean de Bretagne tenait de ses ancêtres, comme signe de sa proche parenté avec la maison royale d'Angleterre par sa mère Béatrice.

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qu'aucun chroniqueur n’y mentionne sa présence ; tous, en effet, ne parlent qu’en termes généraux de la bataille, sans s'arrêter au rôle qu’y jouèrent les différents combattants. Comme les principaux aspects de cette action sont connus, nous ne les répéterons pas. On sait que la victoire fut facile aux Anglais, que les pertes des Écossais furent considérables (1), celles des Anglais minimes; la plupart de leurs chevaliers n’y coururent pas de danger sérieux, puisqu'aucun de ceux qui sont mentionnés dans le Rôle ne perdit la vie (2). Il est encore à remarquer que le troisième corps, dans lequel se trouvait Jean de Bretagne, n’arriva qu'après les deux autres qui avaient porté les premiers coups à l’ennemi.

Après la bataille, Édouard revint par Newcastle et Durham à York, où on le signale en décembre (3). Plusieurs comtes furent laissés en différents points pour surveiller le pays et le maintenir dans l’obéissance. Mais, peu de temps après, le roi d'Angleterre se vit obligé d'abandonner le château de Stirling (4), ses barons ayant refusé de se rendre avec lui en Écosse. La victoire de Falkirk avait été brillante, mais stérile.

On ne sait si Jean de Bretagne rentra en Angleterre avec le roi, ni s’il resta en Écosse, comme quelques autres seigneurs, Car nous le perdons complètement de vue depuis le jour de la bataille jusqu’au mois d’avril de l’année suivante. Un document du 7 avril 1299 fait supposer qu’il se trouvait en ce moment en Écosse, ou devait s’y rendre prochainement. Le roi, touché par les supplications des parents de certains prisonniers, donnait à cette date pouvoir à l’évêque de Durham, Jean de Bretagne et Guillaume de Latimer l’ainé, de traiter avec les Écossais pour l’échange des prisonniers et de lui annoncer le jour et l'endroit où il devait avoir lieu (5). D'autre part, le 29 septembre de la même année, Jean de

(4) LanGrorr, t. II, p. 314 — 100,000 hommes; RisHaAn@Er, p. 188 — 60,000 ; HEMINGBuRGH, p. 465 — 50,000; Flores Hist. t. III, p. 104, COTTON, p. 344 — 40,000.

(2) Voir aussi à ce sujet les témoignages du Chron. de Lanercost, p. 192, et Lancrorr, p. 315. Tous les deux attestent qu’un seul Anglais connu, le Maître des Templiers, fut tué à cette bataille.

(3) HemiesurGa, t. 1, p. 167; Bain the Edouards in Scotland, p. 30.

(4) RISHANGER, p. 388.

(5) Cal. Pat. r., t. 1292-1301, p. 406.

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Bretagne se trouvait à Londres (1). Une demi-année plustard, à Pâques (1300) (2), un Parlement rassemblé dans la capitale accorda au roi son consentement pour une nouvelle expédition en Écosse. La concentration eut lieu le 24 juin à Carlisle (3). Jean de Bretagne semble y être arrivé avec son oncle, car on le verra bientôt dans l’armée de ce dernier. Des lettres de protection ont été délivrées à la date du 7 avril à Eustache d’Avezyn, allant en Écosse avec Jean de Bretagne (4). Une preuve que le roi eut l’occasion d’apprécier les services militaires de son neveu dans cette campagne nous est fournie par une quittance qu'Édouard Ier octroya au père de son neveu, le duc Jean Il, le libérant «en raison du service de son fils, dont le roi est très satisfait, » du service militaire qu’il devait fournir au roi en Écosse, en sa qualité de comte de Richmond (5).

Édouard avait reçu de ses barons le conseil de passer par le Galloway et de dévaster les campagnes, mais il fut devancé dans ce projet par le peuple écossais, qui, ayant appris l’approche des Anglais, se retira devant eux, après avoir abrité son bétail dans des endroits où l’ennemi ne pouvait passer (6). Le manque de provisions qui s’en suivit, ainsi que des pluies torrentielles, entravèrent la marche des troupes. Cependant, le roi, maintenant sa résolution, assiégea le château de Carlaverock (entre le 6 et le 12 juillet) (7). Les chroniques ne mentionnent que très rarement ce fait de guerre. Mais il a fait l’objet d’un poème

(4) Lettre d’attournement, donnée par Jean de Bretagne en faveur de Guitard et Richard de Birmingham, les autorisant à recevoir pour lui 500 livres sterl. de l'Echiquier ainsi que la saisine de quelques manoirs, dont nous parlerons plus loin en détail. (Cal. of. doc. rel. to Scotl.,t. II, ne 1403).

(2) Lancrorr, p. 320, à Pâques 1299 (1300 nouveau style).

(3) Burton, ist. of Scotl, t. II, p. 321. Chron de Lanercost, p. 194.

(4) Ilest à remarquer que ce persounage est le même qui, dans des conditions identiques, avait reçu des lettres de protection en 1298. Dans les deux cas, ce sont les seuls documents, concernant la suite de Jean de Bretagne, qui nous soient parvenus.

(5) Cat. Pat, r., t. 1292-1301, p. 523, 3 Juillet 1300.

(6) LanGrorr, t. II, p, 325.

(7) Nicozas, The siege of Càrlaverock. . p. x. L'auteur dit que la date exacte du siège ne peut être fixée ; il la place entre le 6 et le 12 juillet, car, le 6, le roi est signalé à Carlisle (Lib. Quotid Garderobae an. 28 Edw. I:", p. 72) et le 12 à Carlaverock (1bid., p. #1). Mais, comme il se trouvait à Dumfries le 10 (1bid.), le siège du château avait dû avoir lieu probablement le 40 ou le 44 juillet.

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écrit en anglo-français, sur lequel nous devons nons arrêter (1). Quoique sujet à caution, comme œuvre d'imagination poétique, le poème sur le siège de Carlaverock fournit quand même des détails précieux à recueillir. fl montre Carlaverock comme un château très fort, situé dans un beau site. Le roi y vint en personne, supposant qu'il y rencontrerait une résistance sérieuse. De forme presque triangulaire, le château était flanqué à chaque angle d’une tour, dont l’une était double; c’est à cet angle que se trouvait l’entrée avec le pont-levis. Les murs étaient solides, les fossés remplis d’eau jusqu'aux bords. L’ennemi ne pouvait s’en approcher que du côté de l'Est, car, au Nord, le château était bordé par la mer et à l'Ouest par des défilés dangereux de bois et de marais. Édouard avait diviséses troupes, comme à Falkirk, en 4 corps (2). Le nombre des hommes d'armes est évalué à 3.000 par le poète (3). Une liste de chevaliers bannerets est dressée dans le poème; comme toutes les listes de ce genre, elle est probablement incomplète. Dans le premier corps, le poète nomme 12 bannières sous le commandement de Henri de Lacy, comte de Lincoln; dans le second, 16 bannières sous le connétable, comte de Hereford ; dans le troisième, 33 bannières, conduites par le roi en personne, et dans le quatrième, 23 bannières sous le commandement du prince Édouard : en tout 84 bannières, et 88 avec les bannières des chefs. Cependant, il ne semble avoir nommé ici que les plus importantes, car, au cours de son récit, il en nomme plusieurs autres appartenant à

(1) Plusieurs mss de ce poème se sont conserrés :

1. Une copie, faite sur l'original même et conservée dans la bibliothèque du College of Arms.

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