CHAPITRE I
Donation du comté de Richmond faite par Édouard [* à Jean de Bretagne. — Rôle militaire du comte de Richmond sous Édouard II : Sa nomination au poste de gardien d'Écosse, son activité dans le pays. — Son rôle dans un projet de paix élaboré en 1321. — Campagne de 1322; capture du comte et sa libération.
On vient de voir que, dans la succession du duc de Bretagne Jean II, se trouvait le riche comté anglais de Richmond. Jusqu'’alors il avait été de préférence donné à l'aîné de la famille ; c’est pourquoi le fils aîné de Jean IT. Arthur, qui lui succéda en Bretagne, avait des espérances très précises sur les possessions anglaises de son père (1). Aussi alla-t-il en Angleterre pour se rendre le roi Edouard favorable. Écoutons à ce propos un chroniqueur anglais, le poète Langtoft : «le Seigneur Arthur de Bretagne, un duc de haute parenté, vint en Angleterre pour chercher son héritage, le comté de Richmond, avec ses rentes et ses profits, ses gardes et ses reliefs, ses forêts et ses glandées, et le tenir en hommage du roi Édouard : Pour parler bref, il eut une réponse évasive. Le duc Arthur retourna le cœur lourd ; au Seigneur Jean, son frère, plus jeune que lui est donné le comté sans nouveaux services, pour être tenu en fief, selon l’ancien usage, du roi, le Seigneur Édouard, et son lignage ». (2)
(4) Sur ce point, il est assez intéressant d'étudier les termes dans lesquels plus tard le duc Jean III, fils d'Arthur, réclamera le comté de Richmond. Voir dans le Fonds Moreau, t. 697 fes 46-52.... « e come nostre propre heritage a nous deu et appartenant naturelment come au duc de Bretaigne pour raison du droit de noz devantierz et par raison de nostre duchie et non a autre..... »
(2) LanGrorr (t. Il, p. 372-374)
« .... Sir Arthur de Bretaygne, duk de haut parage, » Veent en Engleterre pur quer son heritage,
La démarche d’Arthur avait donc été inutile, on aurait pu d'ailleurs s’y attendre : la sollicitude témoignée toujours par Édouard à l’égard de son neveu, les services multiples que ce dernier lui avait rendus, tout contribuait à lui donner la préférence.
Des raisons d'ordre politique avaient pu s’y ajouter, nous en avons parlé plus haut. Il est certain que les intérêts des rois d’Angleterre se trouvaient particulièrement bien servis par la donation du comté de Richmond à un fidèle serviteur de la couronne anglaise. La coutume était évidemment en faveur d'Arthur, mais toutes les autres raisons étaient contre lui, et le roi d'Angleterre d’ailleurs avait légalement le droit de choisir celui des héritiers qui lui convenait le mieux.
C’est le 15 octobre 1306 (11 mois après la mort de son père) que Jean de Bretagne reçut le comté de Richmond (1). Dans un chapitre spécial nous essayerons de donner la description, aussi précise que possible, de ce comté et d’en esquisser l'histoire. Constatons seulement ici que cette donation marque pour Jean de Bretagne une nouvelle étape dans sa carrière, en le faisant entrer dans le rang des grands feudataires, où il se trouve maintenant parmi les plus puissants. Le titre de comte de Richmond lui est attribué dès lors dans tous les documents, et dans les différentes listes de barons il occupe toujours une des premières places. Désormais aussi, les fonctions qui avaient été jusqu'ici exercées par lui comme neveu du roi, protégé par son oncle, lui seront
» Richemundchire, ove rentes et waygnage,
» Ove wardes et releves, forest et pounage,
» Du rey sir Edwarde à tenir par homage.
» Curtement à dire, respouns avoit volage.
» Luy duk Arthur repair, ove pesaunt corage; » A sir Jon son frere de plus joven age
» Est doné la countée, saunz novel servage,
» À tenir en fé par auncien usage
» Du rey sire Edward et de son lignage.
Ce passage contredit complètement le récit, peu vraisemblable d'ailleurs, que Dom Loëineau (Hist. de Bret.,t. I, p. 291), a fait à ce sujet sur la foi de Le Baup. I à raconté qu'Arthur, ayant hérité du duché de Bretagne, donna le comté de Richmond à son frère. Nous venons de voir qu'il usa, au contraire, de tous les moyens pour ajouter la possession de Richmond à celle de la Bretagne.
(1) La charte de donation ne semble pas s'être conservée, mais sa date est attestée par un document sensiblement postérieur: Cal. Cl. r., t. 131318, p. 233, an. 1315.
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attribuées, à plus juste titre, comme à un des grands du royaume.
Mais ce n’est plus à son oncle Édouard [er que le nouveau comte sera tenu de rendreses services, son fils Édouard II l'ayant remplacé sur le trône depuis le 8 juillet 1307. D’après ce qu’on a vu, on ne sera pas étonné des rapports cordiaux qui existeront entre le nouveau comte et le nouveau roi. Cependant, à la cérémonie du couronnement d’Édouard II le comte de Richmond ne joua aucun rôle ; du moins n'est-il pas mentionné parmi les personnages notables portantles insignes royaux (1). Mais à la naissance du premier fils d'Édouard II, à la cérémonie de son baptème qui eut lieu dans la chapelle de Saint-Édouard, au château de Windsor, il occupa une place d’honneur, car en compagnie de quelques grands personnages, laïques et ecclésiastiques, il fut le parrain du futur Édouard II (2).
L'histoire de Jean de Bretagne, depuis le moment où il devient comte de Richmond, est beaucoup plus difficile à faire, car sa vie se complique de plus en plus. Occupé d'un côté à servir la royauté anglaise, il a d’autre part des devoirs à remplir dans son comté, qu’il semble d'ailleurs avoir négligé.
Occupons nous d’abord de ses actes militaires. Le principal champ d’action des troupes anglaises sous le règne d’Édouard II a été, sans contredit, l'Écosse. On raconte que, peu avant sa mort, Édouard Ier avait, de sa main décharnée, montré à son fils la frontière de ce pays, en lui demandant de ne pas l’enterrer avant d’avoir mené à bien la campagne commencée, et de porter sa dépouille en tête des armées qui marcheraient contre les Écossais. Cependant le nouveau roi ne sut pas, ou peut-être ne voulut pas s'acquitter de cette mission. Les premiers actes de son règne accusent une rare incohérence. Après quelques mouvements insignifiants, il revint en Angleterre, relevant par là le courage de Robert Bruce, et s’aliénant les sympathies des barons écossais qui avaient pris son parti.
Quant à la nomination du lieutenant de l'Écosse, il maintint d’abord à ce poste le comte de Pembroke (3), mais changea bientôt
(4) Part. Wr., t. IL, div. Il : IL, p. 10 (50). Memorandum sur le couronnement du roi. Iln’est pas improbable que le comte ait été en Écosse à ce moment.
(2) Cal. Close r., t. 1307-13, p. 558, an. 1312. RyMER (13 nov.).
(3) RYMER, 30 août.
d'avis et le remplaça par le nouveau comte de Richmond (1).
On ne sait pas où ce dernier se trouvait en ce moment. Tout ce qu’on peut constater, c’est qu'il avait été convoqué pour le 20 janvier 1307 au Parlement de Carlisle qui devait traiter des affaires d'Écosse. C’est même dans ce bref de convocation qu'il apparaît pour la première fois sous son nouveau titre de comte de Richmond (2). Ce qui est certain (nous le prouverons), c’est que, cette fois, sa nomination au poste de lieutenant de l'Écosse ne resta pas fictive. Les « Provisions » qui lui furent délivrées stipulent que le comte tiendra la place du roi en Écosse, qu’il sera le gardien de ce pays pour le temps que le roi le voudra, et qu’il devra y maintenir soixante hommes d'armes de sa suite personnelle. Il recevra, pour l’entretien de ces hommes, 10 marcs par jour à partir de la Saint-Michel (29 septembre 1307), jusqu’à la fête suivante de la Purification (2 février 1308), ces deux jours inclus, payables par les mains du trésorier d'Écosse (3). Ce dernier reçut en même temps ordre de faire les dits payements (4).
Ces Provisions n’indiquent pas si le comte de Richmond devait recevoir des gages comme récompense personnelle de son service.
Cependant Bruce avait profité des hésitations de son adversaire pour envahir le Galloway. Édouard alors, voulant lui opposer une résistance sérieuse, ordonna au nouveau lieutenant (10 septembre) de marcher contre lui avec les gens de sa suite et les fidèles du roi d'Angleterre, qui se trouvaient en Écosse ; les « gardiens de Ja paix » dans les comtés de Lancastre, Cumberland, Westmoreland, Northumberland et de la « liberté » de Tyndale avaient reçu l’ordre de lui venir en aide avec les gens des dits comtés, sur sa requête ;
(4) Rymer, 43 sept. Dom Monice, Mémoires, t. I, p. 1214. Reg. Honor. Richm., p. 149 n° 93. Ces deux derniers recueils cependant, tout en donnant le même texte que RyMERr, le datent du 8 septembre.
(2) Part. Wr.,t. I, p. 1481 ().
(3) Dom Monice, Mémoires, 1214: «ita quod habeat et retineat de propria familia sua in eadem terra sexaginta homines ad arma pro custodia terrae supradictae. Et a festo St-Michaelis proximo futuro usque ad festum Purificationis beatae Mariae proximo sequens, utroque die computato, capiat a nobis singulis diebus decem marcas per manus Camerarii nostri terrae prædictae, qui pro tempore fuerit pro praedictorum hominum ad arma sustentatione.
(&) RyMer, 13 sept. Cette nouvelle nomination du comte de Richmond au poste de lieutenant d'Écosse a été rarement signalée dans les chroniques : Voir cependant Annal. Paulini, Chron. Ed. I et Ed. II, t. 1, p. 257.
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cependant le roi avait prévenu son lieutenant que ces hommes ne devaient être déplacés qu’en cas de stricte nécessité (1).
L'action de Jean de Bretagne contre Bruce semble avoir été efficace, puisque ce dernier se retira devant l'offensive anglaise (2). Mais le comte de Richmond ne le poursuivit pas, du moins n’estil pas signalé dans le reste de la campagne de 1308. Cependant il est certain qu’il continua d’occuper le poste de lieutenant. Le 44 décembre 1307, Édouard II avait envoyé ordre à 26 nobles écossais de lui obéir à ce titre (3), et quelques jours plus tard (20 décembre) le roi avait ordonné à son lieutenant et au trésorier d'Écosse, de faire exécuter strictement ses ordres à propos de l’arrestation des Templiers et de leurs biens, fixée pour le 10 janvier suivant et d'envoyer ensuite un compte-rendu de leurs opérations au trésorier et aux barons de l’'Échiquier (4).
Le terme de ses « Provisions » s'étant écoulé, un ordre du roi fit prolonger jusqu’à Pâques le payement de 10 marcs par jour, qui lui avait été alloués (5).
Mais comme cette somme n'avait pas paru suffisante à Jean de Bretagne, il chercha d’autres ressources et s’appropria des «(rentes et fermes» dans la forêt de Selkirk, d’une valeur de plus de 200 marces, appartenant à Aymar de Valence (6). Lorsqu'on lui en demanda compte, il affirma les avoir dépensées pour le service du roi. Deux enquêtes furent faites à ce sujet à l'instance d’Aymar de
(4) Rymer, 30 septembre. Part. Wr., t. II, div. Il; II. 370 (12). Cal. Doc. rel. Scotl., t. III, n°15.
(2) 11 serait cependant exagéré de tailler trop belle la part au comte de Richmond dans ce succès, car d’autres avaient été envoyés en octobre par le roi contre Bruce. Voir RYMER, 18 oct.
(3) Cal. of Doc. rel. Scotl., t. III, p. 6, n° 29. Le 12 décembre un mandement avait été envoyé au lieutenant; il lui enjoignait de restituer au comte de Pembroke certaines terres, saisies à l’occasion de la trahison de leurs tenanciers, qui s'étaient rangés du côté de Bruce. (Cal. Doc. rel. Stotl., t. III, p. 5, n° 28).
(4) Part. Wr., L. IL, d. Il; II 7. (834) Voir aussi (32) et (33).
(5) Ce mandement (Pari. Wi:.,t. II, d. II ; I. 372 (22) est rédigé dans des termes identiques au précédent, avec cette différence cependant, que la dite somme y est indiquée comme devant servir à l'entretien non seulement de la suite du lieutenant mais aussi de sa personne même « per sustentacione sua et sexaginta hominum ad arma. » La nouvelle nomination occupe les n° 18 à 21 des pp. 371- 372 du recueil.
(6) Ce dernier avait reçu d'Édouard Ier, au moment où il fut nommé gardien d'Écosse, après le siège de Stirling, la forêt de Selkirk et d’autres tenures ; Voir Scalachronica, Scot. Hist. Rev. Janvier 1906, p. 222.
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Valence. La première fut favorable au comte de Richmond, les résultats de la seconde restent inconnus. Le document qui parle de ces enquêtes (1) est intéressant, car il mentionne l'existence d’un compte-rendu, présenté par Jean de Bretagne, en tant que lieutenant d'Écosse, à la Garde-robe royale.
Tous ces faits, prouvent assez nettement que le comte de Richmond avait réellement rempli cette fois ses fonctions de lieutenant. Mais il ne resta pas longtemps en Écosse, et rentra en
Angleterre, où il est signalé à la cour d'Édouard à partir du 6 juin (2).
Guillaume de Ros (3) avait été nommé d’abord provisoirement lieutenant du gardien d'Écosse (20 mai 1308) (4), puis conjointement avec le comte d’Angus, lieutenant d'Écosse (3). Mais ils furent bientôt remplacés par Jean de Segrave (6).
Quant au comte de Richmond, à qui le roi avait octroyé, le 24 mai 1308, tous les biens et revenus que son père avait possédés en Angleterre (7), son nom figure dans une liste de barons convoqués pour le 22 août de cette année avec chevaux et armes pour aller confondre Robert Bruce (8), mais on ne peut affirmer qu’il se soit rendu à cette convocation (9).
(1) Rot. Parl., t. I, p. 344, n° 28. Petit. in Parl., An. 1315.
(2) Il se trouvait à Langley avec le chancelier, le trésorier et d'autres grands du royaume le 6 juin, quand Pierre de Gaveston [aujourd'hui Gabaston (Landes)] rendit au roi le château de Knaresborough el d’autres manoirs qu’il avait reçus de lui (Cal. Cl. r., t. 1307-13, p. 67); et il figure encore comme témoin de l'acte qui constata cette restitution à Stamford le 26 juillet 14309 (Cal. Cl. r., t. 4307-13, p. 225). Une série de différentes lettres ont été signalées également comme lues et scellées en sa présence devant le roi le 16 juin 4308. (Cal. Pat. r., t. 1307-13, p. 83). Une série de lettres datée du 1er juillet et contenant des remerciements à différents personnages pour leurs services en Ecosse, signale que ces services ont été annoncés au roi par le comte de Richmond, venu dernièrement en personne auprès de lui. (Part. Wr.,t. II, div. Il; I. 362 (22): «... ex relatu dilecti consanguinei et fideli nepotis nostri Johannis de Britannia, Comitis Richemundiae, Custodis terrae nostrae Scociae ad nos nuper personaliter venientis…
(3) De Hanelake.
(4) Part. Wr., t. IL, div. I; I. 372 (24) «.. Locum tenenti custodis Scociae ».
(5) Rymer, 16 juin.
(6) Ibid., 10 mars 1309.
(7) Rymen, 2% mai. Le 5 juin suivant, il avait demandé au duc de Bretagne Arthur d'envoyer en Angleterre un personnage de confiance pour traiter à propos d’une affaire, concernant son frère Jean et lui ({bid.5 juin).
(8) Part. Wr., t. II, div. II: L. 378 (28) : 21 juin 1308. '
(9) Le 8 juin une invitation lui est envoyée pour un Conseil devant être tenu.
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La présence de Jean de Bretagne en Écosse, comme lieutenant du pays sous Édouard II, semble donc n'avoir duré que peu de temps; nommé en septembre 1307, il revint en juin 1308, et ne résida dans le pays que huit mois tout au plus.
Mais si son rôle, comme lieutenant, est fini à cette époque, cela ne prouve pas qu'il n’ait eu d’autres occasions de prêter ses services au roi contre les Écossais, car les rapports entre les deux pays restaient hostiles, et des convocations multiples furent envoyées par Édouard à ses barons, leur demandant de lui venir en aide contre ses ennemis ; c’est ainsi qu’en 1309 et en 1310, le comte de Richmond reçut à plusieurs reprises des convocations de ce genre (1). Il semble s’y être rendu, car le 48 janvier 1310, on le trouve en Écosse à Lawe, d’où il demande une lettre de protection pour Edmond Comyn, qui se trouve avec lui (2); d’autre part un personnage de l’armée de Gaveston en Écosse est signalé (18 juillet) comme se trouvant dans la suite de Jean de Bretagne (3). Il est en tout cas certain que, vers la fin de cette année, il dut quitter le pays, car il fut envoyé en ambassade en France pour y séjourner pendant longtemps (4).
Ce n’est qu’à partir de 1315 qu'on retrouve de nouveau son nom dans les convocations annuelles d'Édouard II à ses barons pour le
à Wesim., le 23 févr. 1309. (1bid., I 23 et 24 (6). Il est cependant à remarquer que le comte de Richmond avait été également convoqué le 26 août 1307 au Parlement devant étre tenu le 13 octobre suivant à Northampton, mais comme la convocation a été faite avant sa nomination au poste de lieutenant, elle s'explique facilement. M. Bémonr cite encore à ce sujet un mandement des Rot. Purl., t. I, p. 448, mais ce dernier se rapporte à la sixième année du règne d’Édouard II (1* juillet 1813).
(1) Pari. Wr., t. IL, div. 11; I. 381-82 (1). Convocation du 30 juillet 1309 pour le 29 septembre suivant.
Ibid. 1, 40-41 (7). Convocation du 26 octobre 1309 pour le 8 février suivant à York et ensuite à Westminster.
Ibid. 1, 395 (94). Convocation du 48 juin 1310 pour être le 8 septembre suivant à Berwick sur Tweed.
(2) Cal. Doc. rel. Scotl., t. III, p. 22, n° 120.
(3) Rotuli Scotiae, t. I, p. 90. Cependant on ne trouve pas de lettre de protection, adressée personnellement à lui à cette époque,
(4) Le 6 octobre 1310 deux valets du comte se trouvent avec le roi à Biggar en route pour Glasgow. Dans une lettre qu'ils adressent à leur seigneur, ils lui donnent des nouvelles de la santé du roi, lui racontent que Robert Bruce se trouve près de Sirling, lui demandent de payer ses gages au porteur de la lettre, Jean de Bernois, et lui font savoir que Bertrand de Montboucher et Jean de Denkourt se recommandent à lui (Cal. Doc. rel. Scotl., t. III, n° 166).
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soutien de sa cause en Écosse (1); des ordres, en outre, lui sont donnés pour lever sur ses terres des hommes et tenanciers destinés à servir dans lestroupes qui devaient marcher contre les Écossais (2).
La nécessité de vaincre cet ennemi acharné était devenue de plus en plus impérieuse, car les Écossais passaient à leur tour la frontière, faisant des incursions désastreuses sur le sol anglais (3). Comme la plus importante partie du comté de Richmond, avec la ville de Richmond même, se trouvait non loin de la frontière, Jean de Bretagne dut lui-même souffrir à plusieurs reprises de leur audace croissante. En 1318, par exemple, ils s'étaient aventurés jusqu'à York (4). En 1319 ils y revinrent de nouveau, et ce
(4) Parl. Wr., t. Il, div, II; I. 457 (7) : Convocation du 30 août 1315 pour le 4° novembre suivant.
Ibid. II. 96 (12). Convocation du 1° septembre 1315 pour le 1*° novembre suivant à York.
Ibid. 1. 462 (33). Convocation du 20 février 1316 pour le 8 juillet suivant à Newcastle sur Tyne; puis prorogation de cette date au 10 août.
Ibid. 1. 476 (13). Convocation du 20 août 1316 pour le 6 octobre suivant à Newcastle sur Tyne.
Ibid. 1. 487 (56j. Convocation du 20 mai 1317 pour le 8 juillet suivant à Newcastle sur Tyne et Ibid. I. 490 (63) remise de cette convocation an 11 et (Ibid., p. 494 (2) au 15 septembre.
Ibid. I. 501 (35) Convocation du 10 juin 1318 pour le 26 juillet suivant à York.
Ibid. I. 513 (48). Convocation du 20 mars 1319 pour le 10 juin suivant.
Ibid. 1. 515 (52). Remise d’une convocation pour le 22 mai 1319 au 22 juillet suivant.
(2) Rot. Scot., t. I, p. 190, 6 janvier 1319.— Ordre à Jean de Bretagne de lever, pour aller contre les Ecossais, ses hommes et tenanciers de 20 à 40 ans, « citra Trentam, in quibuscumque comitatibus existant... tam infra libertates quam extra... »
Ibid., p. 203; 27 oct. 1319. — Ordre de lever des gens devant se présenter à York pour aller contre les Écossais.
Part. Wr.,t. IL, div. Il; IL 512 (41). — Ordre de lever des hommes et tenanciers.
(3) Part. Wr.,t. IX, div. Il; IL. 96 (12), 4er septembre 1345.
(4) Un mandement intéressant a été envoyé à ce sujet au comte de Richmond (Part. Wr., t. IT, div. I; I. 511 (37); 16 décembre 1318). Le roi commence par l’informer que les Écossais ont commis des meurtres et incendies multiples non seulement en Écosse, mais aussi à l’intérieur du royaume anglais, s'étant aventurés jusqu’à York, et lui annonce qu’en raison de ce fait il se propose de marcher contre eux. Ayant confiance dans la fidélité de Jean de Bretagne, il lui demande de lever personnellement, ou de faire lever par d’autres gens sûrs, tous ses hommes et tenanciers, âgés de 20 à 60 ans, sur les terres en delà de la Trent, de quelque comté qu'ils soient, des terres franches ou non, et de veiller à ce que ces hommes soient tous, cavaliers et fantassins, munis des armes nécessaires et prêts à partir à la suite du comte trois jours après la sommation faite. En même temps, le roi ordonnait à tous ses shérifis, baillis et autres fonctionnaires, de prèter aide et conseil au comte ou à ceux qu'il enverrait à sa place.
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fait est consigné dans le Registre du comté de Richmond, qui constate que différentes « villae » du Richmondshire, furent brüûlées et dévastées par les Écossais (1).
Deux ans plus tard, un projet d'armistice avait été ébauché par le roi d'Angleterre, de plus en plus occupé à lutter avec ses barons. L’archevêque d’York, ainsi que plusieurs évêques, les comtes de Pembroke et de Hereford et quelques autres seigneurs avaient reçu, le 19 janvier 1321, les pouvoirs suivants: {) d’entrer en pourparlers au sujet de la paix avec Robert Bruce et de ratifier, au nom du roi, le traité qui pourrait intervenir ; 2) de prolonger la trève entre les belligérants et de ratifier cette prolongation ; 3) de délivrer des sauf-conduits aux personnes venant d'Écosse pour traiter de la paix entre le roi et Robert Bruce, ces saufs-conduits devant avoir la même portée que s'ils avaient été scellés par le sceau du roi, et les fonctionnaires et sujets du roi étant tenus de les observer strictement (2). Un mois plus tard (23 février) le comte de Richmond est associé à cette ambassade, comme remplaçant les comtes de Pembroke et de Hereford avec les mêmes pouvoirs (3), et ordre est par conséquent donné deux jours après (25 février) à l’abbé de Notre-Dame d’York, de payer au comte 100 marcs pour ses dépenses durant le voyage qu'il va faire à Newcastle sur Tyne (4). Le jour suivant, des documents importants, concernant les relations anglo-écossaises, furent remis au comte et aux autres commissaires qui devaient partir pour l'Écosse (3).
Mais les projets pacifiques du roi restèrent sur le papier, et la commission, le comte de Richmond compris, n’eut pas l’occasion de profiter de ses pouvoirs, les lettres qui les lui conféraient ayant été annulées peu de temps après (6). Le roi Édouard, ayant
(1) Registrum Honoris Richmond. Appendice, p. 156-157, ne CV. Voir aussi Papal Letters, t. II, p. 188 (R.S.).
(2) Cal. Pat. r., t. 1317-21, p. 554.
(3) 1bid., p. 567.
(4) Cal. Doc. rel. Scotl., t. IIT, n° 726.
(5) Lbid., n° 728.
(6) M. Bémonr (Rôles Gasc., t. U, introd. p. LXVIII, note I) a cru que le comte de Richmond avait réellement poursuivi des négociations en Ecosse à cette époque, car il avait supposé que l’ordre de payement de frais, donné à l’abbé de Notre-Dame d’York, avait été donné une fois le voyage accompli. Cependant les termes impliquent plutôt un voyage en préparation : «To pay John de Britannia earl of Richmond, 100 marks for his expenses goëng to Newcasile on Tyne ». (Cal. Doc. rel. Scotl., t. HI, n° 726). La date de cet ordre, donné deux jours après la nomination du comte comme membre de la commission, confirme notre interprétation.
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triomphé de son ennemi principal, le comte de Lancastre, se prépara, dès l’exécution de ce dernier, à une nouvelle attaque contre l'Écosse qui se trouva être la dernière de son règne. Elle est, sans contredit, la plus importante pour le biographe de Jean de Bretagne, car c’est le comte de Richmond qui y joua le rôle principal.
À partir du mois de février 1322, le roi avait fait expédier, à ses barons et à ses shériffs, divers ordres militaires au sujet de la future campagne ; le comte de Richmond s’y trouva compris. Primitivement le jour du départ n'avait pas été fixé, et à la date du 6 février Jean de Bretagne avait été avisé uniquement de setenir prêt à partir au jour et à l’endroit qui seraient indiqués (1) ; c’est seulement le 25 mars que cet ordre fut précisé, la convocation ayant été fixée au 13 juin pour Newcastle (2). En conséquence, quelque temps après, des instructions furent transmises à différents comtes de préparer leurs gens et tenanciers au service militaire selon le statut de Winchester (3). La réunion des troupes, qui avait été fixée au 43 juin, fut renvoyée au 24 juillet (4) (1322), et ce n’est que le 5 août qu’une lettre de protection fut délivrée au comte de Richmond partant avec le roi pour l'Écosse, et à treize personnes de sa suite (5). Le mois de juin s'était passé dans une activité fiévreuse ; les différents shérifis avaient reçu ordre de former leurs contingents parmi les hommes de 16 à 60 ans (6}. On interdit aux commissaires, chargés de surveiller la levée dans les différentes parties du comté d’York, d’opérer dans le Richmondshire, où le comte devait lui-même s’en charger (3 juin) (7) ; huit jours après (10 juin) un ordre spécial lui fut adressé de réunir le plus grand nombre possible de cavaliers et de fantassins et de se tenir prêt à partir avec eux contre les
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(2) Lbid., I. 559 (106).
(3) Srusss, Select Charters, pp. 470-72.
(4) Part. Wr., t. IT. div. II; I. 568 (148) et (151).
(5) Cal. Pat. r., t. 1321-24, p. 1488-89. Ces personnages sont : 1) Jean Marmyon, 2) Jean de Waxand ; 3) Richard de Perers ; 4) Roger Heron ; 5) Thomas de Botencumbe ; 6) Guillaume Pollard ; 7) Robert d'Umfraville; 8) Jean de Mereworth; 9) Ralph de Normanville ; 10) Guillaume de Cusance ; 11) Jean Burdoun; 12) Guillaume fils de Pierre de Cusance; 143) Bertrand de Montboucher.
(6) On a vu plus haut (p. 62, notes 2 et 4) des exemples de levées moins considérables où les limites d'âge avaient été plus restreintes. ‘
(7) Cal. Pat. r.,t. 1321-24, p. 131.
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Écossais, ceux-ci, à la connaissance du roi, ayant l'intention de pénétrer dans le royaume avant le 24 juillet (1). Quelques jours plus tard (15 juin) le roi, dans un long mandement au comte de Richmond, précise les conditions dans lesquelles, comme on vient de le voir, devait être faite la levée. Pouvoir est donné aussi au comte de punir ceux qu’il trouvera récalcitrants ou rebelles. Si des gens, se trouvant dans le comté et possédant des biens et rentes suffisantes, n'étaient pas compris par le statut de Winchester, l’assise d’armes devait leur être quand même appliquée (2). A la date du 24 juin enfin, ordre est donné à Jean de Bretagne de passer la revue des troupes le dimanche suivant (28 juin) (3).
Cependant les Écossais, profitant de la lenteur de la mobilisation, dévastèrent le pays, attaquèrent le château de Norham, infligèrent des pertes à ceux qui le gardaient et, ayant passé jusqu’à Preston et Amounderness en Lancashire, revinrent par Carlisle. Édouard alors, voulant se venger de leur insolence, envahit l'Écosse au mois d’août, mais se vit bientôt obligé de rétrograder, à cause du manque de vivres (4). Le 20 septembre, se trouvant à Newcastle, le roi ordonna d’y concentrer son armée pour le 17 octobre (5); Jean de Bretagne devança cette date, puisque le 13 octobre le roi, se trouvant déjà à Riévaux, envoyait ordre au comte de Pembroke d'aller à Byland (6), pour rejoindre, avec ses hommes, le comte de Richmond et Henri de Beaumont, qui avaient des instructions pour l’action future (7).
La rencontre des Anglais avec les Écossais à Riévaux, est
(4) Part. Wr.,t. I, div. IL; I. 583 (207), Cf. Cal. Close r., t. 1318-23, p. 599. :
(2) Part. Wr.,t. II, d. Il; I. 586 (225), Cf. Cal. Pat. r., t. 1321-24, p. 133.
Voir aussi Part. Wr., t. II, d. IL; I. 597 (337). Ce document, daté du 30 juin, annonce que les Écossais sont déjà entrés dans le royaume : « ... ac jam intelleximus quod dicti inimici et rebelles nostri regnum nostrum sunt ingressi, in eodem homicidia, depredaciones, incendia, et alia dampna inhumaniter perpetrando. » Bain (The Edwards in Scotl., p. 74) se trompe donc de quelques jours quand il fixe l'incursion des Ecossais au commencement de juillet.
(3) Cal. Pat., r., t. 1321-24, p. 145.
(4) La lettre de protection accordée le 5 août au comte de Richmond et à sa suite (voir plus haut, p. 62) semble indiquer qu'il prit part à cette expédition.
(5) Rruer, à la date; Parl. Wr., t.1[, div. 11 ; [. 60% (24). Cal Close r., t. 1318- 23 p. 679. |
(6) Byland et Riévaux sont deux localités voisines.
(7) Cal. Doc. rel. Scotl., t. III, n° 79; Bain, p. 75.
Re
racontée d’une manière très différente par les chroniqueurs. Les Écossais en font une réelle bataille, une rencontre de deux armées (1) ; les chroniqueurs anglais au contraire en parlent avec peu de détails (2). Les faits généraux qui se dégagent de tous ces récits sont les suivants :
Le roi d'Angleterre s’était avancé, à la tête d’une partie de son armée (3), dont faisait partie le comte de Richmond avec ses gens, vers l’abbaye de Riévaux qu'il croyait inattaquable à cause de sa situation géographique (4). Cependant Bruce, informé de ses mouvements, résolut de le surprendre. Il y réussit admirablement, mais les chevaliers qui étaient avec Édouard, se défendirent avec vaillance. Cette défense est décrite longuement par les chroniqueurs écossais, surtout par Barbour. Il raconte que Bruce, pour atteindre les Anglais, qu’il rejoignit à Byland, dut escalader une montagne escarpée (5), et ces derniers en profitèrent pour organiser la défense (6). Les Écossais se lancent furieusement à l'assaut de la montagne, les Anglais la défendent vaillamment (7). Cependant, après plusieurs efforts infructueux, les premiers arrivent à l’escalader mais ils sont obligés d’y supporter un nouveau combat ; Jean de Bretagne leur oppose une résistance acharnée (8), jusqu’à ce que beaucoup de ses hommes tombent et que lui-même soit fait prisonnier avec un autre seigneur (9).
Cet engagement donna au roi le temps de s’enfuir, poursuivi par les Écossais jusqu'à York (10). La reine, qui le suivait de près,
(4) Barsour, The Bruce, pp. 3735-76. Forum, Chronica, p. 342. (2) Le récit le plus long a été donné par NanG1s. Histor. de Fr., t. XX, p. 632. (3) Certains chroniqueurs (NanGis par exemple} ont supposé que le roi avait renvoyé l’autre partie de son armée ; il nous semble plus probable que le gros de l’armée n’avait pas encore eu le temps de le rejoindre. Dans la lettre au comte de Pembroke le roi dil qu'il est en sùreté « rassemblant ses forces ». (4) La Chronique de Lanercost (p. 247) dit que Bruce n'avait jusque là jamais été dans ces terres à cause de la difficulté de leur accès. (5) Chron. de Lanercost, loc. cit.
(6) La chronique dit que Jean de Bretagne et sa compagnie étaient à table au moment où ils s’aperçurent de l'approche des Écossais. (7) La Chron. de Lanercost (loc. cit.) dit qu’ils firent pleuvoir des pierres sur l'ennemi. \ (8) BarBour, p. 376, vers 252-258 et Trokelowe, p. 126. (9) Scalachronica, Scot. Hist. Rev. N° 12 (juillet 4906), p. 470. (10) NanGis.
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s’abrita dans un château-fort d’où, peu de temps après, elle parvint à s'embarquer pour l’Angleterre.
Cette fois encore Jean de Bretagne avait été malheureux ; mais du moins son honneur était sauf, et son courage est loué même par le chroniqueur de la partie adverse. Il résista tant qu'il put pour donner à son roi le temps de se mettre en sûreté, peut-être la pensée du danger que courait son royal seigneur, lui imposa-telle un courage qu’il avait été loin de montrer dans d’autres circonstances ; mais, ayant donné à Édouard le temps de se retirer, il ne persista pas dans une résistance inutile, et sagement se constitua prisonnier de l’ennemi qui l’avait débordé par le nombre.
Cependant le récit de Barbour ne finit pas là ; il rapporte ensuite une entrevue intéressante qui eut lieu entre Bruce et le comte de Richmond : les prisonniers avaient été amenés devant le roi d'Écosse :
« Et quand Bruce vit Jean de Bretagne, il eut pour lui un grand dédain ; car Jean de Bretagne était habitué à parler avec fierté chez lui, et très impitoyablement. Il ordonna de l’amener tout de suite et de veiller à ce qu’il fût tenu strictement. Et il dit : Si ce n’était pas un prisonnier de cette importance, il aurait payé chèrement ses méchantes paroles. » (1).
Ce passage du chroniqueur écossais permet de croire que le comte de Richmond avait parlé de Bruce avec insolence, peut-être qu’il avait donné au roi le conseil de traiter les Écossais avec une rigueur impitoyable. Mais Bruce avait un intérêt évident à ménager un prisonnier que protégeait si manifestement le roi d'Angleterre, et dont il pouvait espérer tirer une grosse rançon.
Le roi ne perdit pas de temps pour s'occuper du sort de son cousin. C’est le 14 octobre qu'avait eu lieu la bataille (2), et le 27 déjà Édouard délivre un sauf-conduit à Robert de Stayndrop, gardien des Frères Mineurs d’York, allant en Écosse, pour affaire concernant le comte de Richmond prisonnier. Le dit Robert devait, avec un autre Frère Mineur, rester auprès du comte pour lui tenir compagnie, si ce dernier le désirait. En outre, Jean de Bretagne recevait la permission de retenir pour sa récréation et son service,
(1) Bargour, p. 378, Vers 297 et suivants.
(2) Annal. Paulini (chron. Ed. I et Ed. II)t.1I, p. 304, 2 Ides d’octobre. Cf.