CHAPITRE II
Rôle du comte de Richmond dans le gouvernement intérieur de l’Angleterre. Le comte au Parlement et au Conseïil.— Les baïllis du comte à Boston et leur rôle. — Le comte ambassadeur auprès du pape en 1309.
Jean de Bretagne, comme on l’a déjà vu, avait fait partie du gouvernement dans les dernières années du règne d’Edouard Ier, Le baronage anglais ne formant pas une caste fermée, inaccessible à un étranger (1), la protection du roi pouvait facilement faire admettre un nouveau venu dans la noblesse anglaise, qui, de son côté, avait le droit etle devoir de conseiller et d’aider le roi dans son œuvre gouvernementale. Si ce droit ne provenait pas uniquement de la possession d’une importante tenure foncière, la donation d’un comté, comme celui de Richmond plaçait, par contre, le nouveau comte au rang des premiers du royaume, car ce sont les comtes (earls) qui jouent à cette époque le rôle prépondérant dans l’histoire du pays. Dans le Parlement, ils forment l'élite des vassaux laïques et sont convoqués par un « writ » spécial. En principe, tout comte est toujours présent au Parlement, à moins qu’il ne soit absent du pays ou en disgrâce. Dans les « Parliamentary writs » ont été conservées les convocations individuelles, adressées au comte de Richmond ; nous en donnons l’énumération en note (2).
(4) Srupss, Constitutional History, t. IT, p. 176.
(2) Convocation de l'an 1306 pour le 20 janvier 1307 à Carlisle. — Rot. Parl., p. 190 et Pari. Wr.,t. I, p. 181 (1).
Convocation du 26 août 1307 pour le 13 octobre suivant à Northampton. — Parl.Wr., t. Il, div. Il: 112:(2).
Convocation du 8 janvier 1309 pour le 23 février suivant au Conseil de Westminster. — 1bid., I. 23 (6).
Convocation du 26 octobre pour le 8 février 1310 à York et ensuite à Westminster. — 1bid., I. 40 (7). — Voir La suite de la note page suivante.
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Il n’est pas certain que le comte de Richmond assista au Parlement chaque fois qu’il y fut convoqué; du moins est-il souvent impossible d'y constater sa présence (1). Cependant à certains
Convocation du 3 juin 4312 pour le 33 juillet suivant à Lincoln. 1b., I, 73 (3) et prorogation jusqu’au 20 août à Westminster. — Jbid., I. 75 (9).
Convocation du 8 janvier 4313 pour le 48 mars suivant à Westminster. — Ibid., I. 80 (24).
Convocation du 23 mai pour le 8 juillet suivant : 1b., I. 95 (4).
Convocation du 26 juillet 1313 pour le 23 septembre suivant à Westminster. — Ibid., I. 401 (22).
Convocation du 26 novembre 4343 pour le 21 avril 4314 à Westminster.— Ibi1d., I. 120 (68).
Convocation du 29 juillet 1344 pour le 9 septembre suivant à York. — 1bid., 1. 1427 (3).
Convocation du 24 octobre 1314 pour le 20 janvier 1315 à Westminster.— 1bid., I. 437 (38).
Convocation du 16 octobre 1315 pour le 27 janvier 1316 à Lincoln. — Ibid., I. 4531(3);
Convocation du 20 novembre 1317 pour le 27 janvier 1318 à Lincoln. — Ibid., I. 173 (8) et prorogation au 12 mars suivant. — Ibid., I. 173 (8).
Nouvelle prorogation au 19 juin suivant. — 1b14., I. 179 (19).
Convocation du 25 août 1318 pour le 20 octobre suivant à York. — Ibid., I. 183 (3).
Convocation du 20 mars 1319 pour le 6 mai suivant à York. — Jbid., I. 197 (43).
Convocation du 6 novembre 1319 pour le 20 janvier 1320 à York. — Ibid, I. 216 (3).
Convocation du 5 août 1320 pour le 6 octobre suivant à Westminster. — Ibid., I. 219 (3).
Convocation du 15 mai 1321 pour le 45 juillet suivant à Westminster. — Ibid., I. 235 (3).
Convocation du 44 mars 4322 pour le 2 mai suivant à York. — Jbid., I. 245 (36).
Convocation du 18 septembre 1322 au 14 novembre suivant à Rippon. — /bid., I. 262 (4).
« Summonitio Magnatum de tractatu » du 24 septembre 1324 pour le 20 octobre suivant à Londres. — Jbid., I. 318 (5) cf. Cal. CL. r., t. 1323-27, P. 311. Mandement adressé au comte de Richmond.
(1) En étudiant de plus près la liste des convocations, on peut constater que les lacunes y correspondent généralement aux époques où le comte est absent de l'Angleterre. Le manque de convocation pour le Conseil, réuni le 28 avril 4308, qui proclama le bannissement de Gaveston (Part. Wr.,t. Il, d. IL: II, 4 (Z) et STUBBS t. II, p. 32), s'explique par le fait qu’il était Gardien d’Ecosse à ce moment, et l'absence du writ confirme même une fois de plus que le comte avait réellement séjourné en Ecosse à cette époque. Au Parlement d'avril 1309 (Part. Wr., t. I, d. II, 1 (25) (26, (35) et Srusss, t. Il, p. 323), il ne fut pas convoque parce que à cette époque il avait été envoyé en mission auprès du pape (voir plus bas, p. 76). La plus grande partie de l’année 1310 et l’année 1341 ont été passées par lui en Guyenne. Ensuite il a été convoqué régulièrement jusqu’en 1316. La fin de cette année, ainsi que l’année suivante, se passèrent sans
moments on le voit y jouer un rôle actif. Il fut, par exemple, à plusieurs reprises chargé par le roi d'ouvrir et de présider le Parlement. Le 1er juillet 1313 des pouvoirs sont conférés au comte de Richmond, au comte de Gloucester et à deux évêques d’ouvrir et de continuer le parlement, convoqué pour la quinzaine de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste, si le roi ne rentrait pas à cette date en Angleterre (1). Le 8 février 1316, en compagnie du comte de Pembroke et de deux évêques, le comte de Richmond estnommé pour tenir lieu du roi absent, au Parlement de Lincoln, jusqu’à l’arrivée du comte de Lancastre et des autres grands (2).
Au moment de la lutte entre Édouard II et ses barons, le comte de Richmond se trouve parmi ceux qui sont chargés par le roi à maintes reprises de veiller au maintien de l’ordre dans les Parlements, comme on le verra plus tard.
On sait que les barons anglais avaient essayé depuis longtemps de limiter le pouvoir royal. Mais sous Édouard II, le conflit entre eux et la royauté avait fini par dégénérer en une lutte, où les intérêts personnels jouaient le premier rôle, les Parlements étant le principal champ d’action de ces querelles intestines. L'époque des grandes réformes et de la promulgation de statuts importants était passée, et le nouveau roi était peu enclin à prendre au sérieux ses devoirs.
Quant à la besogne courante du gouvernement, le Conseil privé du roi et ses fonctionnaires y suflisaient. Il est fort probable que Jean de Bretagne, qu’on a déjà vu figurer dans le Conseil privé d'Édouard Ler, eut aussi sa place dans celui d'Édouard II, qui devait avoir à cœur de s’entourer de personnages attachés et fidèles. Cependant les documents ne nous permettent pas de l’affirmer (3).
Parlements; le comte de Richmond, du reste, se trouvait à cette époque en France. Mais depuis son retour il a été de nouveau régulièrement convoqué jusqu'en 1322; on sait qu’à la fin de cette année il fut pris par les Ecossais et qu’il resta captif en 1323 et une partie de l’année suivante. En 1325, il fit encore un voyage en France.
(1) Rot. Parl.,t. I, p. 448.
(2) Part. Wr., t. Il div.Il; I. 456 (19)-
(3) En été 1315 le comte de Richmond est mentionné comme membre d’un Conseil ; cependant ce dernier ne semble pas être le Conseil privé du roi, mais une assemblée temporaire d’évêques et de comtes. Les autres membres cités sont l’archevèque de Canterbury, les évêques de Saint-David, Chichester et Exeter, les comtes de Pembroke, Hereford, Warwick, et quelques autres personnages. Voir Cal. Pat. r.,t. 1313-17, p. 279; Cal. Cl. r., t. 1313-18, p. 185 et Rot. Parl., t.I, p. 359.
LP
Quoiqu'il n'ait été revêtu d'aucune des grandes charges ou dignités de la couronne, son influence à la cour d'Edouard IT semble avoir été considérable. Elle se manifesta entre autres par la protection efficace, dont à plusieurs reprises il réussit à couvrir différents personnages. Ainsi en 1309, il intervint avec Hugues le Despenser auprès du roi en faveur de quelques bourgeois de Londres qui furent exemptés, à cause de celte protection, de toutes tailles, aides et contributions, de l'obligation de figurer dans certains jurys ou d’accepter les fonctions de maire, shériff, prévôt, etc. (1). À sa demande, des marchands de Caen, venant en Angleterre avec leurs marchandises, reçoivent en 1321 un saufconduit et la promesse que leurs biens ne seront pas saisis comme garantie des dettes réclamées au roi de France (2); par son intervention, dans certains cas, des délits sont pardonnés (3), dans d’autres des commissions spéciales d’ « oyer et terminer » sont nommées pour punir des méfaits commis (4). La protection du comte de Richmond se manifesta aussi en faveur de personnages ecclésiastiques : de concert avec le comte de Gloucester et Hereford et Pierre de Gaveston, il obtint pour Jean de Drokensford, évêque de Bath et Wells, en récompense des bons services que celui-ci avait rendus à Édouard [er, la permission de ne pas payer ses dettes envers la couronne en une fois, mais de s’en décharger par des payements annuels (5). C’est le comte de Richmond également qui intervint en faveur de la prieure du couvent de Marrik, se trouvant sur ses terres du Richmondshire (6), qui obtint en 1318 pour ses religieuses, dont ‘la maison avait été détruite par les Écossais, la remise d’une somme de 83 livres 3 s. et 3d.1/2(7). Une remise du même genre, mais pour une somme
(A) Cal. Pat. r., t. 1307-13, p. 153. Cal. Pat. r., t. 4313-47, p. 393, exemption du même genre, donnée à l'instance du comte de Richmond, le 8 février 1316. (2) Cal. Pat. r., t. 1317-21, p. 599, 4 juillet 1321. (3) Cal. Pat. r., t. 1321-24, p. 37, an. 1321 et 1bid., p. 80, 17 mars 1322. Cal. Close r. t. 1313-18, p. S2, 20 novembre 1313. (&) Cal. Pat. r., t. 1807-43, p. 262, an. 1310. Cal. Pat. r.,t. 1313-17, p. 55, 27 juillet 1313. (5) Cal. Pat. r., t. 1307-43, p, 202 ; 14 décembre 1309. Ce personnage avait été chapelain du pape et gardien de la Garde-robe royale. (6) West Gilling wap., North-Riding, comté d'York. (7) Cal. Pal. r., t. 1317-21, p. 293 ; 20 nov. 1348. Cal. Doc. rel. Scotl., t. III p. 117, n° 619.
Paire
moins considérable (27 livres 8 s. 4 d. 1/2), fut octroyée dans la même année et par la même intervention à l'abbé et au couvent d’Egglesone (1) (également dans le Richmondshire).
Le comte de Richmond fut aussi chargé à plusieurs reprises d'informer au sujet de différentes affaires. En 1313, Édouard II lui demanda, par exemple, de s’enquérir avec d’autres comtes, afin de savoir si le roi avait réellement à payer une dette « à la dame de Felinges », qui lui avait adressé une demande de remboursement (2). Beaucoup de mandements royaux sont donnés d'après l’information du comte de Richmond. Ils accordent tantôt des indemnités à des marchands pour des sommes perdues dans le royaume (3), tantôt des droits de garde, de « mariages d’héritiers», etc. (4), tantôt enfin des exemptions du même genre que celles que nous avons vues plus haut (5).
On trouve aussi parfois le comte dans les listes de témoins, cités au bas de certains actes, et de tels documents ont une grande valeur pour sa biographie, car ils donnent des indications précieuses sur l’endroit où il se trouvait à certaines époques déterminées. C’est pourquoi on ne peut que regretter le petit nombre de ces documents. En outre de ceux que nous avons déjà mentionnés (6), un acte d'abandon de certains droits de propriété, passé à York en mai 1319 (7), porte, parmi les noms de ses témoins, celui du comte de Richmond. Le comte se trouvait donc à York à cette date. Comme il n’est pas connu d’autre part qu’il y ait été envoyé pour des affaires d'Etat (à moins que ce ne soit peut-être contre les Écossais), il est probable qu'il s’y rendit pour ses aflaires personnelles.
(1) Cal. Pat. r., t. 1317-21, p. 252, 7 déc. 1318. Cal. Doc. rel. Scolt., t. III, DAUAT- IN 1019:
(2) Ancient Correspondance (Chancery and Exchequer), vol XLV, 18%; 46 mars an. 8, Ed. IL « .. Nous vous eussiens charge que vous regardissiez que on feist à la dame de Felinges raison et grace de sa demande de la debte que nous deviens à son seigneur... »
(3) Cal. Close r., t. 1307-13, p. 93; 28 février 1309, donné en faveur d’un marchand de Bayonne qui, à l’époque de la guerre, âvait amené son blé en Guyenne sur un bateau, tombé au pouvoir des ennemis du roi. Cal. Pat., r., t. 1313-17, p. 52; 28 novembre 1313, en faveur d'un marchand de Caen.
(4) Cal. Pat. r., t. 1307-43, p. %5 ; 3 décembre 1308.
Ibid., p. 273; 18 juillet 1310.
(5) Cal. Pat. r., t. 1307-13, p. 145 ; 26 octobre 1308.
(6) Voir plus haut, p. 46 (note. 1) et p. 58 (note 3).
(7) Cal. CL, rolls., t. 1318-23, p. 138.